2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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dimanche 19 octobre 2025

Nous réclamons Vérité et Justice pour les victimes de la répression à Lqliâa !

Ci-dessous 2 documents transmis par le SNP/CGT et traduits par SOLIDMAR

  CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL

SYNDICAT NATIONAL DES PAYSANS
BUREAU NATIONAL – AGADIR, MAROC

LETTRE OUVERTE

À Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies
Au Comité des Droits de l’Homme de l’ONU

Objet : Plainte relative à l’assassinat de M. Abdessamad Oubla, jeune activiste du mouvement Gen Z Maroc

Monsieur le Secrétaire Général,

La victime, M. Abdessamad Oubla, était diplômé de l’Institut du Cinéma de Ouarzazate, affilié à l’Université Ibn Zohr. Jeune artiste ambitieux, il avait choisi le septième art pour bâtir une carrière prometteuse dans ce que l’on appelle parfois le Hollywood marocain – Ouarzazate. Cependant, la trahison, l’oppression et l’injustice ont anéanti ses espoirs : il a été assassiné lors des manifestations du mouvement de jeunesse Gen Z, dans sa ville natale de Lqliâa, province d’Inezgane-Aït Melloul, région du Souss-Massa-Drâa, au sud du Maroc.

Les faits

Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2025, M. Oubla documentait pacifiquement les manifestations avec sa caméra. Un gendarme tireur embusqué l’a poursuivi dans la rue principale, tentant de lui arracher son appareil. D’un seul coup de revolver, il lui a ôté la vie.

Le commandement de la gendarmerie du Sud a ensuite tenté de dissimuler tous les éléments du crime prémédité : témoignages, vidéos et photographies publiés sur les réseaux sociaux, autant de preuves accablantes confirmant la matérialité du crime. Comme souvent, ces éléments ont été soustraits à la connaissance publique et relégués dans les archives internes de la gendarmerie.

Tentative de dissimulation officielle

Le rapport du commandant de la gendarmerie du Sud, accompagné d’une vidéo produite par la gendarmerie elle-même, montre que les manifestants n’ont à aucun moment attaqué le poste de gendarmerie. Ils ont simplement déplacé la clôture du parking, endommagé des poubelles et mis le feu à des détritus sur la voie publique. La vidéo officielle le confirme d’ailleurs. Malgré cela, le commandant a transmis au parquet d’Agadir ce document accompagné d’un rapport falsifié, prétendant que les forces de l’ordre avaient agi en légitime défense.

Manquement du parquet

Le Procureur général près la Cour d’appel d’Agadir s’est appuyé sur ce rapport falsifié sans procéder à une enquête sérieuse ni consulter de témoignages indépendants permettant de vérifier les affirmations du commandement de la gendarmerie du Sud. Le procureur a ensuite publié une déclaration officielle, relayée par plusieurs journaux électroniques, comportant des faits contredits par les preuves visuelles et les témoignages recueillis sur le terrain.

Les victimes

Le martyr Abdessamad Oubla a été tué, tout comme deux autres victimes, dont les identités ne sont pas encore connues à ce jour. Ces trois citoyens ont été assassinés deux fois : d’abord par les balles de ceux qui avaient le devoir de les protéger, ensuite par la falsification de la vérité opérée par les autorités censées rendre la justice.

Démarches entreprises

Au vu des faits établis et des preuves recueillies, le Syndicat National des Paysans, affilié à la Confédération Générale du Travail, a déposé une plainte préliminaire auprès de la Présidence du Parquet Général à Rabat. Nous attendons la finalisation de toutes les informations, notamment l’audition des témoins présents sur les lieux, ainsi que l’identification complète des deux autres victimes, dont l’une était mineure.

Fait à Agadir, le 6 octobre 2025

Le Secrétaire Général National
Amal Lahoucine

RÉFÉRENCES ET LIENS

Site du Comité des Droits de l’Homme (ONU) : https://www.ohchr.org/fr/treaty-bodies/ccpr

Profil syndical : https://www.ahewar.org/m.asp?i=7141

Page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=61563254921948

Chaîne YouTube : https://www.youtube.com/@snp-cgt-maroc

Vidéos de preuve

Le gendarme qui tire dans la rue : https://www.facebook.com/reel/1317024186555222

Les trois corps des martyrs : https://www.facebook.com/reel/1696442567719081

Témoignage du père d’Abdessamad Oubla : https://www.facebook.com/reel/818313804087812

Témoignage du père de Mohammed Ben Khalifa (deuxième victime) : https://www.facebook.com/reel/1967870944053567

 

CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL

SYNDICAT NATIONAL DES PAYSANS
BUREAU NATIONAL

À l’attention de :
- Monsieur le Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du Ministère public, Rabat
- Monsieur le Président délégué du Conseil supérieur de la magistrature, Rabat 

OBJET : PLAINTE POUR HOMICIDE VOLONTAIRE PAR BALLES RÉELLES AVEC PRÉMÉDITATION ET GUET-APENS, ET POUR COMPLICITÉ DANS LA DISSIMULATION DU CRIME

Contre :

  • Monsieur le Procureur général du Roi près la Cour d’appel d’Agadir,
  • Monsieur le Commandant de la région sud de la Gendarmerie d’Agadir,
  • Le Centre de la Gendarmerie de la ville de Lqliâa, province d’Inezgane Aït Melloul.

 

I. RAPPEL DU CONTEXTE

Le Bureau national du Syndicat National des Paysans, affilié à la Confédération Générale du Travail, a déposé le 3 octobre 2025 une plainte auprès de la Présidence du Ministère Public à Rabat (numéro d’enregistrement 292418) concernant un crime d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, commis par un gendarme du centre de Lqliâa (province d’Inezgane Aït Melloul).

De nouveaux éléments de preuve, matériels et numériques, justifient la présente plainte complémentaire.

II. EXPOSÉ DES FAITS

Au cours des manifestations du mouvement « Génération Z » dans la ville de Lqliâa, un gendarme a utilisé des balles réelles contre des manifestants pacifiques, provoquant la mort de trois citoyens, dont le caméraman chargé de documenter les événements.

1. Ciblage de la victime Abdelssamad Oubla

La victime Abdelssamad Oubla, diplômé de l’Institut du Cinéma de Ouarzazate, filmait les manifestations à titre professionnel.
Il a été délibérément visé parce qu’il documentait les faits à l’aide d’une caméra, ce qui constitue également une atteinte grave à la liberté de la presse et une tentative manifeste d’effacer les preuves des exactions commises par la gendarmerie lors des manifestations pacifiques du 30 septembre au 1er octobre 2025.

2. Refus de restitution de la caméra de la victime

Le Commandant de la région sud de la gendarmerie n’a pas restitué la caméra de la victime, bien qu’elle contienne des preuves irréfutables de l’implication directe de la gendarmerie dans des actes criminels.
Ce refus démontre une volonté claire de dissimulation de la vérité.

III. DÉTAILS DES VICTIMES

1. Abdelssamad Oubla, étudiant chômeur diplômé, originaire du quartier Al Jadid à Lqliâa, a reçu une balle réelle dans la tête alors qu’il filmait à environ 300 mètres du poste de gendarmerie.

               

2. Mohammed Ben Khalifa, décrit par ses pairs comme un jeune homme paisible et intègre, a été tué par balle alors qu’il cherchait son frère cadet au milieu des manifestations.

3. Une troisième victime, mineure, reste non identifiée à ce jour.

IV. ÉLÉMENTS DE PREUVE

Les preuves disponibles établissent sans équivoque la matérialité du crime :

  • Vidéos diffusées sur les réseaux sociaux localisant les trois victimes à environ 300 mètres du centre de la gendarmerie.
  • Photographies et témoignages confirmant que les victimes ont été touchées par derrière, preuve d’une fuite et non d’une attaque.
  • Vidéo officielle de la gendarmerie montrant uniquement un feu devant la clôture du garage, et non devant le poste.
  • Montage vidéo falsifié amalgamant des images prises à l’intérieur du centre et dans la rue, pour induire en erreur sur le lieu réel des faits.

Ces éléments confirment la thèse d’un usage illégal et disproportionné de la force armée contre des civils non armés.

V. CONTEXTE DE VIOLENCES ANTÉRIEURES

Les faits de Lqliâa s’inscrivent dans un historique de violations graves des droits humains commises par le même centre de gendarmerie.
En 2015, le jeune Mohammed Ajdidik a été renversé par un véhicule de la gendarmerie, transporté au poste au lieu d’être secouru, et est décédé dans des conditions suspectes à l’intérieur du centre.
Dix ans plus tard, la scène se répète, aggravée par l’emploi d’armes à feu.

VI. TENTATIVE DE DISSIMULATION DU CRIME

Le Commandant de la région sud a sciemment cherché à dissimuler un homicide volontaire caractérisé, en présentant à la justice un rapport falsifié, appuyé d’une vidéo manipulée.
Ce rapport, accepté sans vérification par le Procureur général du Roi à Agadir, a été relayé dans une déclaration publique comportant des faits inexacts.

Ce comportement constitue une deuxième atteinte aux victimes — l’assassinat de la vérité elle-même.

VII. TÉMOIGNAGES VIDÉO

  • Le père d’Abdelssamad Oubla, dans une déclaration filmée au cimetière, confirme que son fils n’a pas participé aux manifestations mais filmait les événements.
  • Le père de Mohammed Ben Khalifa affirme que le gendarme tirait à balles réelles dans la rue, atteignant son fils dans le dos, et demande à être entendu par la justice.

Toutes les vidéos pertinentes ont été archivées et peuvent être remises aux enquêteurs compétents.

VIII. DEMANDE

Au regard des faits, le Syndicat National des Paysans considère que :

  • Le Procureur général du Roi près la Cour d’appel d’Agadir,
  • Le Commandant de la région sud de la Gendarmerie d’Agadir,

sont responsables pénalement et administrativement de la dissimulation d’un homicide volontaire commis par un agent de l’État.

Nous demandons :

  1. L’ouverture immédiate d’une enquête impartiale et approfondie sous la supervision du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire ;
  2. La mise en œuvre de poursuites pénales contre toute personne impliquée, directe ou indirecte, dans la commission ou la dissimulation du crime ;
  3. La préservation et la saisie des preuves numériques (vidéos, caméras, rapports internes, témoignages) avant toute altération.


IX. LIENS DES PREUVES VIDÉO

  1. Corps des victimes dans la rue :
    https://www.facebook.com/reel/1696442567719081
  2. Deux vidéos montrant un gendarme tirant à balles réelles :
    https://www.facebook.com/reel/1768481030468440
  3. Déclaration du père d’Abdelssamad Oubla :
    https://www.facebook.com/reel/818313804087812
  4. Déclaration du père de Mohammed Ben Khalifa :
    https://www.facebook.com/reel/1967870944053567
  5. Vidéo montrant le lancement de gaz lacrymogène par la gendarmerie :
    https://www.facebook.com/reel/1322743632642812
  6. Vidéo manipulée pour faire croire à une attaque du poste :
    https://www.facebook.com/reel/1531096111270034
  7. Vidéo expliquant les causes du soulèvement du Souss :
    https://www.facebook.com/reel/2255812821524718

Fait à Agadir, le 10 octobre 2025
Pour le Syndicat National des Paysans,
Le Secrétaire Général National :
Amal Lahoucine


samedi 15 mars 2025

Hicham Jerando, l’ennemi public du Makhzen : “Je crains pour ma vie. Je pourrais finir comme Khashoggi”

Le régime marocain a arrêté quatre membres de sa famille à la suite d’allégations lancées depuis l’exil. Hicham Jerando parle à El Independiente

Francisco Carrión, El Independiente, 12/3/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala


L’opposant marocain Hicham Jerando

Il accumule des centaines de milliers de visionnages sur sa chaîne Youtube [149 000 abonnés]. Ses harangues anti-corruption désignent et couvrent de honte les chefs de l’establishment marocain. Hicham Jerando, qui vit au Canada, est devenu l’ennemi public numéro un de la monarchie de Mohammed VI. Jusqu’à quatre membres de sa famille, dont une nièce de 14 ans, ont été arrêtés par les autorités du pays dans une affaire qui illustre le niveau de répression de l’autre côté du détroit de Gibraltar..

« Ils paient le prix de mon activisme », se plaint Jerando dans un entretien accordé à El Independiente. « J’ai des centaines de milliers de followers sur YouTube et TikTok et cela fait trois ans que je dénonce la corruption au Maroc », affirme-t-il. Le 1er mars, la brigade nationale de la police judiciaire de Casablanca a arrêté sa sœur, son mari et ses deux neveux. « L’un d’eux a 22 ans et Malak 14 ans. Ma sœur et ma nièce ont été libérées cette semaine, mais elles n’auraient pas dû être détenues un seul jour en vertu de la loi », dit Hicham. Elles sont poursuivies pour complicité présumée d’outrage à un organe constitutionnel, diffusion de faux faits portant atteinte à la vie privée d’autrui et participation au délit de menace. Malak et sa mère sont toujours poursuivies et doivent comparaître devant le tribunal lundi prochain.

Selon les autorités judiciaires, Malak aurait acheté des puces électroniques pour aider la famille à communiquer avec Hicham, que le tribunal considère comme un fugitif. Originaire de Nador, dans le nord du Maroc, Hicham vit depuis des années à Toronto, où il dirige une entreprise de confection. « Ils sont particulièrement nerveux maintenant parce que j’ai touché un point sensible. J’ai commencé à parler du système judiciaire et de la corruption qui règne dans les services secrets et parmi ceux qui appliquent la loi », déclare-t-il dans une conversation avec ce journal.

Son cas montre les nouvelles limites de la persécution arbitraire des familles et des enfants dans le but de harceler les opposants et de terroriser tout le monde.

Le dernier signe de la répression

Son cas est devenu le dernier signe de la répression qui étouffe toute liberté publique au Maroc. « De temps en temps, il donne des informations très intéressantes sur certaines personnes corrompues au Maroc, mais elles sont généralement trop vagues et trop personnelles pour être crédibles. Le fait qu’ils persécutent ses proches au Maroc, arrêtant même sa nièce de 14 ans sur la base d’accusations absurdes, indique clairement qu’il est perçu comme l’un des principaux ennemis publics du makhzen aujourd’hui », explique l’économiste Fouad Abdelmoumni, une figure de l’opposition marocaine qui est également jugée pour ses déclarations critiques. Le 3 mars, il a été condamné à six mois de prison sans sursis pour « diffusion de fausses allégations ». « Son cas montre les nouvelles limites de la persécution arbitraire des familles et des enfants dans le but de harceler les opposants et de terroriser tout le monde », a-t-il déclaré.

Jerando dit que, suite à l’arrestation de ses proches, il a choisi de quitter le Canada. Par peur, il refuse de révéler où il se trouve actuellement. « Je crains pour ma vie. J’ai reçu de nombreuses menaces et ils ont essayé de m’acheter, mais je ne peux pas abandonner le combat », déclare-t-il. « Vous vous rappelez ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi?  Je peux finir comme lui », prévient-il, en référence au journaliste saoudien assassiné en 2018 au consulat saoudien d’Istanbul et dont le corps n’a jamais été retrouvé. « Ils ont surveillé ma maison et ont posé des questions sur mon fils quand ils l’ont vu dans la rue ».

Le dissident pointe directement du doigt le makhzen, le cercle proche de Mohammed VI qui dirige “de facto” le pays. Et un homme en particulier : Abdellatif Hammouchi, le chef de la police et des services de renseignement marocains. « Ce sont eux qui dirigent le pays. Le roi est absent et malade. Ils profitent de cette période pour faire ce qu’ils veulent. Pour avoir publié un simple tweet, certains ont été envoyés en prison pendant cinq ans, où ils ont été torturés », a dénoncé l’homme d’affaires, qui a également accusé les principales figures du système judiciaire. « Ce sont eux qui ont intenté jusqu’à quatre procès contre moi au Canada, les mêmes qui ont signé des choses horribles contre leur propre peuple et ceux qui ont pris le pouvoir sous prétexte de l’état de santé du roi ».

Le premier ministre, « l’homme le plus corrompu du Maroc »

Jerando exonère Mohamed VI de toute responsabilité dans la chasse qu’il dit subir. « La réalité, c’est qu’il n’est pas au pouvoir, même s’ils veulent le prétendre. Il est aux Émirats arabes unis depuis longtemps. Il ne dirige rien », dit-il, inquiet de la dérive de son pays d’origine. « Le Maroc est dans une très mauvaise situation. La corruption a atteint des niveaux très dangereux. La torture existe toujours, les gens ne peuvent pas s’exprimer. Il y a beaucoup de gens en prison pour un tweet ou un simple “like” et en même temps il y a des dirigeants qui ont volé des millions. En Espagne, ils le savent bien. Il suffit de poser la question au ministère des finances et de voir combien de manoirs ils possèdent en Espagne et combien ils détiennent dans les banques espagnoles ».

« Le Premier ministre Aziz Akhannouch est l’une des personnes les plus corrompues du pays. Il possède la plus grande compagnie de gaz du Maroc, des usines de dessalement, des centres commerciaux et des franchises Zara. On ne peut pas être au gouvernement et posséder autant de choses en même temps. C’est un exemple clair de conflit d’intérêts ».

L’ennemi du makhzen avoue que sa décision de parler vient de la conviction que « les gens doivent faire quelque chose ». « Je sais qu’il n’y a pas de fin à tout cela. Si vous regardez les médias gouvernementaux au Maroc, tout le monde m’attaque. Les médias libres et les gens parlent de moi en bien. Si vous consultez l’une de mes publications, vous verrez que 90 % des commentaires sont en ma faveur parce que les gens savent ce qui se passe mais ne peuvent pas s’exprimer. Tout le monde me dit : « Tu parles à notre place. Nous ne pouvons pas dire ce que tu dis ».

Jerando, qui a quitté le Maroc en 2010, compare le règne de la terreur au Maroc à l’Espagne de Franco. « Les gens sont déprimés et déçus, mais ils ne peuvent rien faire », dit-il. Il n’hésite pas lorsqu’on lui demande si le Maroc est une dictature. « Comment appelez-vous un système qui censure, condamne les gens à la pauvreté et où les prix ne cessent d’augmenter alors que tout le monde doit se taire », grommelle ce Rifain qui se dit solidaire de leur cause. « Ils ont organisé des manifestations pacifiques et ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison ».


Hicham Jerando

Cyber-activisme pour “délégitimer le régime”

La fixation des autorités marocaines sur Jerando l’a transformé en symbole parmi les dissidents punis à l’intérieur du pays. « Son cas est symbolique, vraiment révélateur et expressif. Il montre à quel point le régime prend au sérieux le discours de la cyber-opposition. Cela signifie que le cyberactivisme est efficace pour délégitimer le régime et montrer aux gens les tristes réalités de la corruption et de la répression dans le pays », explique à ce journal Maati Monjib, historien marocain, un autre opposant qui fait face à des persécutions judiciaires et à des représailles telles que l’expulsion de l’université où il travaillait.

« ça signifie également que le régime se sent politiquement faible. Si ce n’est pas le cas, pourquoi a-t-il si peur des quelques courageux qui disent la vérité sur ses politiques impopulaires, y compris son étroite collaboration en matière de sécurité avec le gouvernement extrémiste de Netanyahou ? Je dois vous rappeler ici que le peuple marocain est le plus propalestinien de la région. Le peuple marocain est réellement choqué par le fait que Netanyahou soit traité diplomatiquement et dans les médias locaux d’orientation mukhabbaratiste comme un leader international ami du gouvernement marocain. Le peuple marocain éprouve une réelle sympathie pour la tragédie palestinienne, contrairement au Maroc officiel, qui est le régime arabe le plus proche d’Israël avec les Émirats et l’Égypte d’Al Sissi », ajoute Monjib.

Jerando se dit prêt à tout sacrifier. « Je savais que je devrais le faire lorsque j’ai commencé tout ça. Je dois sacrifier mon entreprise, ma famille et moi-même, mais quelqu’un doit le faire », explique-t-il. « Je suis devenu dangereux parce que je donne des noms et des détails sur ce que font les personnes importantes du régime. Je ne parle pas de la corruption en général, mais de personnes spécifiques. Personne n’est venu dire que ce que je dénonce n’est pas vrai. Ils savent parfaitement que ces informations proviennent de l’intérieur du système. Il s’agit d’une kleptocratie ».


lundi 24 février 2025

De quoi “le procès Kastet” est-il le nom ?

 

 Salma El Harrak, enass, 21/2/2025

* Selma El Harrak est journaliste et étudiante-chercheure en sciences de l’information et de la communication. 

 La politique de musellement des voix reste fermement en place au Maroc. Hamid Mahdaoui, Ismail Laghzaoui, et maintenant Ridouan Kastet—la liste ne cesse de s’allonger, et l’année 2025 ne fait que commencer.

Le 10 février dernier démarrait le procès de l’activiste Ridouan Kastet à la chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tanger. Malgré un fort soutien juridique de la part des avocats, sa demande de mise en liberté provisoire  fut rejetée par la Cour. Un sit-in de solidarité a été organisé devant le tribunal en soutien à Kastet. La prochaine audience est prévue pour le 24 février.

Récit de l’arrestation d’un activiste pour la Palestine

Mercredi 5 février 2025, l’activiste et blogueur Ridouan Kastet a été arrêté à Tanger. Connu pour son soutien à la cause palestinienne et sa critique de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, Kastet fait désormais l’objet de lourdes poursuites judiciaires 

Pour l’heure, et avant le débat sur le fond dans son procès, peu d’éléments filtrent sur les raisons de cette arrestation et ces poursuites. La presse locale de Tanger suggère que son arrestation soit « liée à des publications sur son compte Facebook exprimant sa solidarité avec la cause palestinienne et son opposition à la normalisation ». 

Une source anonyme, nous a révélé que la poursuite de Kastet est liée à une publication sur les réseaux sociaux considérée comme une « infraction criminelle », impliquant des accusations d’incitation à la haine, à la violence et à la provocation. Les mêmes sources indiquent que le procureur l’a inculpé en vertu du Code pénal pour des infractions telles que  « outrage à des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions », « outrage à une entité constituante », « incitation à commettre un crime via des moyens électroniques » et « incitation à la discrimination et à la haine ».

La source a précisé que son arrestation a été ordonnée par le procureur en raison d’une publication relative à l’assassinat de citoyens israéliens par un Marocain à Tel-Aviv, plutôt que de sa position sur la normalisation.

Kastet était proche d’Al Adl Wal Ihsan (Mouvement de Justice et Bienfaisance), l’une des plus influentes organisations islamistes du Maroc, avant de prendre ses distances envers cette mouvance. Il a également participé au Mouvement du 20 février né en 2011, pourtant des revendications de liberté, de dignité et de justice sociale. Dans un communiqué, Al Adl Wal Ihsan a condamné son arrestation, la qualifiant de « détention politique visant à réprimer la liberté d’expression et à faire taire les voix dissidentes ». Cette organisation a appelé à sa libération « immédiate ».

Un schéma répressif

La répression de l’expression des opinions, en ligne  de même qu’ hors ligne, s’inscrit dans une vague continue de répression des dissidents au Maroc. En 2022 seulement, les autorités ont enquêté, poursuivi et emprisonné au moins sept journalistes et activistes pour avoir critiqué le gouvernement. D’autres ont été poursuivis pour avoir abordé des questions religieuses ou exprimé leur solidarité avec des détenus politiques, comme l’a signalé Amnesty International.

Dans une interview accordée au Monde Afrique, Maâti Mounjib a déclaré : « Le Maroc vit sa période la plus autoritaire depuis trente ans. » Mounjib, historien marocain, a été arrêté en 2021. À l’âge de 61 ans, il a été provisoirement libéré le 23 mars 2021 après près de trois mois de détention à la prison d’El Arjat, près de Rabat. Défenseur de la liberté d’expression, il avait été condamné en janvier 2021 à un an de prison pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « fraude ».

En juillet dernier, activistes et prisonniers politiques ont connu un bref répit lorsque le roi Mohammed VI a exercé son droit en vertu de l’article 58, celui d’accorder des grâces royales. Les journalistes Omar Radi, Soulaimane Raissouni et Taoufik Bouachrine ont été libérés en même temps que plusieurs autres activistes en ligne, également détenus suite à l’expression d’opinions dissidentes. Cependant, la vague de répression a depuis repris, comme en témoignent les arrestations de Laghzaoui et maintenant de Kastet.

Selon le rapport 2024 de Human Rights Watch, le journaliste Hamid Mahdaoui a été condamné le 11 novembre à 18 mois de prison pour diffamation présumée contre le ministre de la Justice Abdelatif Ouahbi, et condamné à une amende de 1,5 million de dirhams marocains (environ 150 000 dollars américains).

L’arrestation de Kastet s’inscrit dans une nouvelle vague, touchant les personnes soutenant la cause palestinienne. L’activiste Ismail Laghzaoui,et qui venait à peine d’être libéré de prison, en a fait les frais suite à un procès à Casablanca. Laghzaoui a été condamné en décembre à un an de prison pour avoir appelé à un blocus de l’ambassade des États-Unis en raison de son soutien à Israël. Il a été accusé d’« incitation à commettre des crimes et délits par des moyens électroniques ». Sa peine fut réduite à quatre mois de prison, dont deux avec sursis.  

Les attaques ciblant les personnes solidaires coïncident avec le retour en force de la normalisation. Les autorités locales d’Agadir ont interdit un sit-in prévu le 5 février devant le Parc des Expositions, où s’est tenue le Salon Halieutis du 6 au 9 février. Le rassemblement avait été organisé pour protester contre la participation d’une délégation israélienne, selon une déclaration de l’Observatoire marocain contre la normalisation, qui a dénoncé ce qu’il a décrit comme une « oppression autoritaire ».

Contradictions légales et constitutionnelles

La constitution marocaine garantit en principe la liberté d’expression et la liberté de la presse. L’article 28 stipule : « Toute personne a le droit d’exprimer et ou diffuser librement des informations, des idées et des opinions, dans les seules limites expressément prévues par la loi. » De plus, la loi affirme explicitement que « La liberté de la presse est garantie et ne peut être restreinte par aucune forme de censure préalable. » Cependant, ces garanties sont sapées par l’interprétation vague et large des restrictions légales par l’État, permettant aux autorités de réprimer la dissidence.

D’après le même rapport de Human Rights Watch, « les autorités ont de plus en plus recours à des accusations douteuses d’inconduite sexuelle pour cibler les dissidents. Omar Radi, Soulaimane Raissouni et Taoufik Bouachrine ont tous été arrêtés, jugés  puis emprisonnés sous de telles allégations, une tactique utilisée ces dernières années pour discréditer les opposants. » De nombreux cas démontrent comment le système judiciaire est utilisé à l’image d’un outil pour occulter l’opposition, en contradiction avec les engagements constitutionnels du Maroc en matière de liberté d’expression.

Jusqu’à quand cette oppression va-t-elle durer ?

L’intensification de la répression au Maroc soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’engagement du pays en faveur des droits de l’homme, et des principes démocratiques. Cela est particulièrement préoccupant à l’approche de la Co-organisation de la Coupe du Monde de la FIFA en 2030 par le Maroc. Comment un pays qui réduit au silence les voix critiques sur les réseaux sociaux peut-il se présenter comme un partenaire mondial pour un tel événement ?

Les activistes et journalistes continuent de vivre sous la menace constante de poursuites judiciaires. Beaucoup sont poursuivis par le Code pénal plutôt que par le Code de la presse, et écopent de lourdes peines pour leurs opinions. Alors que ces lignes sont écrites, un groupe de sept militants du Hirak du Rif, dont les leaders Nasser Zefzafi et Nabil Ahamajik, restent derrière les barreaux, purgeant de la sorte des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour s’être récrié  contre les conditions de vie dans leur région délaissée. La question demeure : Jusqu’à quand cette oppression va-t-elle durer ?

Ridouan Kastet risque jusqu’à cinq ans de prison en fonction des charges retenues contre lui. La prochaine audience est prévue pour le 24 février. Ridouan comme plusieurs autres citoyens ont tous besoin de notre solidarité…


jeudi 13 février 2025

“Même avec trois rois, on ne pourra plus acheter de gaz” : une femme au foyer condamnée à 2 ans de prison pour une blague
On ne plaisante pas sur la monarchie marocaine

Rachida Jalali, mère de quatre enfants, purge une peine de deux ans de prison pour avoir écrit sur Facebook qu’avec un billet à l’effigie des trois derniers rois alaouites, on ne pourra plus acheter de bouteille de butane

 Ignacio Cembrero, El Confidencial, 10/2/2025

Quand elle a appris que le prix d’une bouteille de gaz de 12 kilogrammes allait dépasser les 50 dirhams (4,82 euros), Rachida Jalali, une femme au foyer marocaine, a fait une petite blague sur sa page Facebook. « Même avec trois rois, on ne pourra plus acheter de gaz », a-t-elle commenté. Elle a accompagné son message d’un billet de 50 dirhams illustré par l’effigie des trois rois que le Maroc a eus depuis son indépendance en 1956 : Mohamed V, Hassan II et l’actuel, Mohamed VI.

Son commentaire est devenu viral dans un pays où les manifestations contre la vie chère se multiplient et qui a connu mercredi 5 février son premier mouvement de grève générale en neuf ans, même s’il n’a pas été très suivi, sauf dans le secteur de l’éducation.


La popularité de la plaisanterie de Rachida Jalali a fini par éveiller, avant qu’elle ne la supprime, l’intérêt de la police qui s’est présentée à son domicile de Khouribga, dans le centre du pays, où vit désormais cette mère de quatre enfants. Elle a émigré en Italie il y a des années, mais avait décidé de revenir pour monter une entreprise dans sa ville natale. Les agents l’ont d’abord interrogée sur ses intentions en publiant ce message, pour savoir s’il s’agissait d’une critique des autorités. Ensuite, ils l’ont mise à la disposition de la justice.

La semaine dernière, Rachida Jalali a été condamnée par un tribunal de Khouribga à deux ans de prison pour « offense aux institutions de l’État », ce que le code pénal marocain punit, si elle est formulée en public, d’un à cinq ans de prison et d’une amende. Cela aurait été pire si les juges l’avaient condamnée, comme ils ont failli le faire, pour offense au roi.

« Ma cliente n’avait aucune intention malveillante », a expliqué l’avocat de Rachida Jalali aux quelques journalistes qui se sont intéressés au procès au Maroc. « Elle a fait une blague comme il s’en fait des centaines chaque jour sur les réseaux sociaux », a-t-il ajouté. « La condamner, c’est envoyer un message inquiétant à la société », a-t-il conclu.

Rachida Jalali a commencé à purger sa peine à la prison pour femmes d’Oukacha (Casablanca), d’où elle a réussi à faire passer un message audio le week-end, qui a également beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Elle y annonce qu’elle entame une grève de la faim pour protester contre une condamnation qu’elle juge injuste, mais finit par crier « Vive le roi » comme pour se faire pardonner.

La bouteille de gaz coûte désormais 50 dirhams au Maroc, mais après le ramadan, fin mars, elle passera à 60, selon les annonces de la presse, et à 70 l’année prochaine. Il s’agit d’« alléger les dépenses de la Caisse de compensation », selon le journal makhzénien Le 360, qui subventionne de nombreux produits de base. Aujourd’hui, près de la moitié du prix de la bouteille est à la charge de l’État.

Les tribunaux marocains continuent de prononcer des condamnations à caractère politique contre des militants, mais celle d’une femme au foyer est exceptionnelle. La plus légère des condamnations récentes a été infligée à Ismael Lghazaoui : un an de prison et une amende de 5 000 dirhams (482 euros) pour avoir manifesté devant le consulat des USA à Casablanca et contre un cargo MAERSK transportant des armes vers Israël et faisant escale à Tanger. La peine la plus sévère, cinq ans de prison, a été prononcée en avril contre Abderrahmane Zankad, coupable d’avoir dénoncé sur les réseaux sociaux les relations étroites entre le Maroc et Israël, dont il a imputé la responsabilité à Mohamed VI.

Les journalistes ne sont pas non plus épargnés, bien que trois d’entre eux aient été partiellement graciés par le roi en juillet et soient sortis de prison. Le dernier à avoir été condamné est Hamid El Mahdaoui, mais il pourrait peut-être échapper à la prison. Il a fait appel d’une décision qui l’a condamné en novembre à 18 mois de prison et à une lourde amende pour « diffusion de fausses allégations » et « diffamation », selon le Code pénal. Il aurait dû être jugé en vertu de la loi sur la presse et les publications, a souligné Reporters sans frontières dans un communiqué.

mercredi 1 janvier 2025

Liberté d’expression au Maroc : des manifestants pro-Palestine condamnés à des peines de prison avec sursis

 Tunisie Numérique, 26/12/2024

Au Maroc, la liberté d’expression et de manifestation fait face à de nouvelles restrictions. Ce jeudi 26/12, 13 membres du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, assortis d’une amende de 2 000 dirhams (soit 200 euros, 670 tnd), pour avoir participé à un rassemblement non autorisé.

Photo Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation

Les faits remontent à novembre 2023, lorsque ces militants ont organisé un sit-in devant un magasin Carrefour, appelant au boycott de l’enseigne française qu’ils accusent de liens économiques avec l’occupation israélienne. Les accusés ont annoncé leur intention de faire appel, selon l’agence de presse espagnole EFE.

Une répression croissante contre les mouvements pro-Palestine

Cette affaire s’ajoute à une autre décision judiciaire marquante : celle d’Ismail Lghazaoui, un ingénieur agronome et militant du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). En octobre dernier, Ghazaoui a été condamné à un an de prison ferme pour « incitation à commettre des crimes ». Il avait été arrêté alors qu’il se rendait à une manifestation organisée près du consulat des États-Unis.

Ces condamnations surviennent dans un contexte de forte mobilisation internationale autour du conflit israélo-palestinien, notamment après les événements de Gaza en 2023.

Une comparaison frappante avec l’Europe

Alors que les citoyens marocains subissent des restrictions croissantes à leur liberté d’expression et de manifestation, les mobilisations pro-Palestine en Europe se déroulent avec davantage de latitude. Dans des pays comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, des milliers de personnes ont pu défiler pour exprimer leur soutien à la cause palestinienne sans craindre de répercussions judiciaires immédiates.

Cette différence illustre le climat répressif qui prévaut au Maroc, où les manifestations publiques, même pacifiques, sont souvent considérées comme une menace à l’ordre public.

Un appel à la liberté d’expression

Les condamnations des manifestants pro-Palestine soulèvent des préoccupations plus larges sur l’état de la liberté d’expression et des droits humains au Maroc. Alors que les autorités affirment vouloir préserver l’ordre public, ces mesures sont perçues par beaucoup comme une tentative de dissuader toute critique ou mobilisation sur des sujets sensibles.

Le cas des militants pro-Palestine rappelle que, dans certains pays, manifester pour une cause reste un acte risqué, loin des standards internationaux en matière de droits fondamentaux.

dimanche 29 décembre 2024

Séisme d’Al Haouz: le président de la Coalition des sinistrés incarcéré

, H24 Info, 26/12/2024 

Said Aït Mehdi, président de la «Coordination des victimes du séisme d'Al-Haouz», lors d'une conférence organisée par le Parti marocain libéral à Rabat. © DR

Said Aït Mehdi, président de la «Coordination des victimes du séisme d’Al Haouz», va comparaître devant la justice lundi prochain à Marrakech

mardi 10 décembre 2024

Au Maroc, le mouvement antinormalisation avec Israël gêne les autorités

 Camélia Echchihab, Mediapart, 9/12/2024

À Casablanca, un activiste du mouvement propalestinien Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) va être jugé pour « incitation à commettre des crimes et des délits ». Un procès dénoncé comme politique par les associations de défense des droits humains.

  (Maroc).– « Non à la criminalisation de la solidarité avec le peuple palestinien » : tel sera le mot d’ordre mardi 10 décembre, devant le tribunal de première instance d’Aïn Sebaa. Ismaïl Lghazaoui, un activiste opposé à la « normalisation », nom de la politique menée par le régime du Maroc à l’égard d’Israël, y sera jugé pour « incitation à commettre des crimes et des délits ». Arrêté le 19 novembre dernier après avoir mené plusieurs actions dénonçant les relations entre les deux pays, ce militant du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) risque la prison. Il est déjà en détention, ses demandes de liberté provisoire ayant été rejetées. 

Derrière Ismaïl Lghazaoui, c’est toute une coalition qui se mobilise pour défendre la liberté d’expression : le Front de soutien à la Palestine et de lutte contre la normalisation, créé à la signature des accords d’Abraham, qui ont acté le rapprochement Maroc-Israël, fin 2020. Formé par des partis, des syndicats ou encore des associations de défense des droits humains, le Front a pris beaucoup d’ampleur depuis le 7 octobre 2023. Dénonçant une normalisation « honteuse », ses rassemblements ne faiblissent pas, et ce, aux quatre coins du royaume.

Le gouvernement, lui, n’a pas l’intention de revenir sur les accords d’Abraham, qui lui ont permis d’obtenir la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les États-Unis. Mais les autorités montrent des signes de crispation face à certains aspects de la protestation.

Saadia Elouallous, membre du Comité de soutien des prisonniers politiques et d’opinion, et présidente de la Fédération marocaine des droits humains, éclaire le contexte de l’arrestation d’Ismaïl Lghazaoui : « Le 25 octobre, Ismaïl a été agressé par la police, arrêté, puis rapidement relâché, alors qu’il se dirigeait vers le consulat américain de Casablanca pour manifester, en portant son keffieh. »

Tanger Med, 16 novembre 2024 : protestation filmée contre des navires de l’entreprise de transport Maersk, chargés d’équipement militaire provenant des USA ET à destination d’Israël. bds.maroc

Une vidéo le montrant en train de protester, face à la police, aurait alors circulé. « On l’y voit crier que ce n’est pas normal d’être empêché. Il dit aussi qu’il serait prêt à donner son sang pour la Palestine », détaille Saadia Elouallous, qui a eu accès à la vidéo par l’intermédiaire des avocats de l’activiste. « Ismaïl n’a pas appelé à la violence », défend-elle. Pour elle, le traitement particulièrement dur de l’activiste, auquel a été refusée la liberté en attente de son jugement, s’expliquerait par son implication sur un sujet « sensible » : la campagne #MaskOffMaersk.

Le 16 novembre dernier, Saadia Elouallous a accompagné Ismaïl Lghazaoui au port de Tanger pour réaliser une protestation filmée s’appuyant sur les révélations d’une enquête du Palestinian Youth Movement. Des navires de l’entreprise de transport et de logistique danoise Maersk, chargés d’équipement militaire provenant des États-Unis, transiteraient par le port de Tanger Med à destination d’Israël.

Des arrestations pour « faire des exemples »

Entre septembre 2023 et 2024, la flotte aurait transporté près de 23 500 tonnes de cargaison, a alerté BDS Maroc, qui détaille sur sa page Instagram : « Cette opération suit un système en deux phases : lors de la première phase, 12 vaisseaux transportent des cargaisons à travers l’Atlantique vers un port méditerranéen ; lors de la seconde phase, 5 vaisseaux basés en Méditerranée transfèrent ces cargaisons vers les ports israéliens de Haïfa ou Ashdod. » BDS Maroc a aussi salué la position de certains employés du port, qui auraient refusé de charger les bateaux à destination d’Israël. Saadia Elouallous insiste : « Ce sujet est sensible pour les autorités, car elles veulent pouvoir faire leur business tranquillement. En arrêtant un jeune comme Ismaïl, l’État veut faire un exemple. »

Le 22 décembre, la normalisation des relations Maroc-Israël marquera ses quatre ans. Le mouvement de contestation des accords d’Abraham n’a véritablement explosé que l’année dernière, avec l’embrasement du conflit à Gaza. Mais même avant cela, trois Marocains avaient déjà été condamnés pour avoir critiqué la normalisation sur les réseaux sociaux.

Saïd Boukyoud, un Marocain résidant au Qatar, avait par exemple été arrêté en juillet 2023, alors qu’il arrivait au Maroc pour des vacances. Il avait écopé de cinq ans de prison et de 40 000 dinars d’amende pour « atteinte à la personne du roi ». Les trois ont été graciés par le roi à l’occasion de la Fête du trône, en août dernier, aux côtés notamment d’autres prisonniers d’opinion comme les journalistes Omar Radi et Souleiman Raissouni.

Les manifestations antinormalisation, devenues régulières, depuis le 7 octobre, se passent généralement sans heurts… à quelques exceptions près. Mohammed Ghafri, coordinateur du Front de soutien à la Palestine et de lutte contre la normalisation, note : « Dans la région du Souss, à chaque fois que l’on organise quelque chose, c’est tendu. » « Quoi que l’on fasse, il y a toujours des blessés. C’est une région verrouillée par les autorités », explique-t-il, en soulignant également qu’il est devenu interdit de se rassembler devant les ambassades et les consulats.

« La semaine dernière, il y a eu des violences policières à Chefchaouen ou encore à Meknès, où normalement ça se passe bien, ajoute Mohammed Ghafri. Nous n’avons pas compris pourquoi la police s’est montrée agressive avec les manifestants. »

En parallèle, depuis un an, 13 activistes du Front sont poursuivis en état de liberté pour « appel à la manifestation » et « participation à une manifestation non autorisée », alors qu’ils appelaient au boycott, rassemblés devant un magasin Carrefour, à Salé. Reportée à plusieurs reprises, l’audience devrait avoir lieu bientôt.

من الإسكندرية إلى طنجة، صوت شعوبنا عالٍ رفضاً للتواطؤ في الإبادة ودعماً لنضال الشعب الفلسطيني، والذي كان وما يزال زَاد هذه الأمة الذي يدفعها للمضي في تحقيق حلمها المنشود بتحرير فلسطين وتحقيق الحرية والكرامة والعدالة الاجتماعية لكافة شعوب المنطق
لنقف يداً واحدة، ونواصل الضغط من أجل إغلاق سفارات العدو الإسرائيلي وإنهاء جميع الاتفاقيات التطبيعية والتحالفات العسكرية-الأمنية معه، وعلى رأسها التجارة العسكرية المشينة
D'Alexandrie à Tanger, nos peuples ont exprimé leur voix en rejetant la complicité avec le génocide et en soutien à la lutte du peuple palestinien, qui a été et est toujours poussé par cette nation à poursuivre son rêve de libérer la Palestine et d'atteindre la liberté, la dignité et la justice sociale pour tous les peuples de la région.
Soyons unis et continuons de faire pression pour la fermeture des ambassades de l’ennemi israélien et la fin de tous les accords de normalisation et alliances militaro-sécuritaires avec lui, notamment le commerce militaire honteux.