2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mercredi 27 janvier 2021

Rappel : Coronavirus en Belgique : les écoles, les bars, les restaurants ferment… Et les prisons ?

  par Luk Vervaet, ancien enseignant dans les prisons, et Jean-Marc Mahy, éduc-acteur

(Photo anti-k.org :: corona et révolte dans les prisons italiennes)

Le 12 mars 2020, la presse nous apprend qu’au palais de justice de Mons, la présidente de la cour d'assises a été contaminée par le coronavirus et qu’une cour d’assises sera reportée. L’avocate Nathalie Gallant déclarait à ce propos : « Des mesures doivent être prises, Il en va de la santé de tous, tant des clients que des avocats. Il ne faudrait vraiment pas qu’un détenu qui se présente à une audience risque de contaminer tous les autres en prison ». 
Depuis, confirmé par l’administration pénitentiaire, un cas de coronavirus a été avéré à la prison de Mons. 
Le lendemain, la majorité du personnel pénitentiaire de la prison de Saint-Gilles est absente ! Avec comme conséquence que toutes les visites et toutes les activités sont annulées. 
Se dirige-t-on vers des situations à l’italienne ?

La prison face à quatre défis majeurs

Il ne faut pas être virologue pour comprendre que le monde carcéral, institution de confinement total par définition, est des plus vulnérables face aux virus et aux épidémies. Ce qui cause des ravages à l’intérieur des prisons et constitue une menace pour la société dans son ensemble. 
Le problème est multiple. 
Il y a le lieu confiné qui provoque la propagation des maladies. Il y a la concentration de personnes malades. Il y a le manque de soins à tous les niveaux. Il y a la surpopulation. Selon les derniers chiffres de 2019, les 36 prisons du pays comptent ensemble 1.862 détenus en trop, compte tenu de leur capacité.

La prison, une concentration de maladies

Déjà en novembre 2013 se tenaient au parlement belge les États généraux sur la prison, à l'initiative du Conseil central de Surveillance pénitentiaire. Le professeur Cosyns, de l'Universitair Forensisch Centrum Antwerpen, y tenait un exposé sur les soins de santé au sein des prisons belges. Il nous informait du fait que le taux de tuberculose dans les prisons est seize fois supérieur au taux dans le pays ; celui du sida cinq fois, de l'hépatite C sept fois, des psychoses cinq fois, de suicide six fois, de problème d'alcoolisme ou autres drogues sept fois, de l'expérience de consommation de l'héroïne cinquante-quatre fois. 
Depuis, les problèmes n’ont fait qu’empirer, aggravés par la surpopulation et les économies au niveau des soins. 
Cinq ans plus tard, le journal De Tijd (3 mai 2018) titre : « Les médecins dans les prisons constatent la propagation des maladies contagieuses dans les prisons, comme la tuberculose, l’hépatite B et C, la gale et le VIH ». Selon le syndicat ACV, ajoute le journal, les économies au niveau des moyens pour assurer l’hygiène sont en cause.

La prison, des épidémies en chaine

Les prisonniers et leurs familles ont déjà fait l’expérience des mesures de confinement et d’isolement drastiques auxquelles toute la société est brusquement soumise aujourd’hui. 

Prenons quelques exemples récents.

En juin 2017, découverte de la rougeole à la prison de Gand, suivie d’interdiction de visites, de nouvelles entrées de détenus dans la prison et de l’arrêt des transports vers les tribunaux. 
En avril 2019, la prison de Mons est frappée par ce que les autorités pénitentiaires et les syndicats appellent « une catastrophe » : une épidémie de punaises de lit, qui pourrait même se répandre en dehors de ses murs avec des conséquences pour la salubrité publique. 
Fin mai 2019, épidémie de rougeole à la prison de Lantin, suivie par une mise en isolement des 1000 détenus dans leurs cellules pendant des semaines, pas de transferts, pas de visites autorisées pour les familles des détenus. 
En juillet 2019, c’était au tour de la prison de femmes de Berkendael à être frappée par le fléau des punaises de lit. Avec comme conséquence un lock down complet de la prison pendant près d’un mois :  pas de visites, pas d’activités, pas de téléphone, pas de services extérieurs… 
En septembre 2019, une douzaine de cas de gale sont constatés à la prison d'Arlon.

Prisons : toujours la même solution face à une crise.

Renforcer l’isolement, arrêter toutes les activités, interdire les visites… sont à chaque fois la réponse aux crises. Ce qui ne fait qu’augmenter le vécu de l’exclusion et provoquera inévitablement des révoltes comme on en a vu en Italie.  En Italie, où les détenus se trouvent parfois à cinq dans une même cellule, un mouvement de révolte s'est en effet déclenché, provoqué par l'inquiétude sur l'épidémie et l'annulation des parloirs pour les familles. En tout, douze prisonniers sont décédés.

Il faut libérer des prisonniers.

L’Iran, pays faisant partie de « l’axe du mal » et mis en isolement par un boycott du monde occidental, a libéré temporairement 77.000 prisonniers, après les avoir testés médicalement. Des mesures inimaginables en Belgique ?

Quelques mesures de bon sens pourraient enlever immédiatement la pression sur les prisons, aussi bien sur les détenus que sur le personnel pénitentiaire. 
En diminuant radicalement le nombre de détenus dans nos prisons par la libération de tous les détenus en détention préventive (36% de toute la population carcérale) qui ne constituent pas un danger pour autrui. 
En libérant toutes les femmes prisonnières et tous les détenus âgés, fragiles, malades qui ne constituent pas un danger pour la société. En mettant fin à l’arrêt actuel des libérations conditionnelles. 
En renforçant les soins dans les prisons. 
En allongeant la possibilité de téléphoner à la famille.

On ne peut qu’espérer que l'expérience sociétale de cette épidémie augmentera la compréhension des problèmes vécus au sein du monde carcéral.

Cet article est aussi paru dans POUR et dans LEGRANDSOIR
 

(photo :Marcus, Jean-Marc et Luk à Haren)


jeudi 21 janvier 2021

Les inégalités provoquent la délinquance

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Pour Luk Vervaet, la délinquance n’est pas engendrée par la pauvreté. Ce sont les inégalités qui provoquent la délinquance. Enseignant en prison, Luk Vervaet est un intervenant engagé dans la lutte anti-carcérale. 
 Son site internet www.supermax.be est une référence en la matière.
Retrouvez l'interview en intégralité sur notre site
📣 Et venez défendre l'indépendance de notre coopérative de presse

 

jeudi 23 avril 2020

Le sentiment de confinement va-t-il nous amener à remettre en question notre culture carcérale ?

Le sentiment de confinement et d’isolement pendant cette pandémie nous rapproche du sentiment de l’enfermement vécu par les prisonniers dans les prisons, les réfugiés dans les centres de détention, les patients dans les hôpitaux et prisons psychiatriques. On se rapproche. Mais on est encore loin de l’enfermement 23/24h, 7 sur 7, dans 9m², seul ou avec deux ou trois, pendant des mois, si pas des années comme c’est le cas dans « les institutions totales ».
 Les premiers signes d’alerte du confinement doux sont là : le manque de liberté de mouvement, l’absence d’un vrai contact humain fait exploser le nombre d’appels à l’aide chez les organisations pour la prévention du suicide ou contre les violences conjugales. On nous dit qu’il y a un nombre de vieux qui se laissent mourir.
Pouvons-nous nous imaginer dans quel état se trouvent des détenus qui sortent des prisons ou des centres de détention après des années d’enfermement ?
Le sentiment de confinement va-t-il nous amener à remettre en question notre culture carcérale, notre société de bannissement et d’éloignement de tous ceux qu’on ne souhaite pas avoir chez nous ? Des déchus de la nationalité aux vieux dans les homes aux réfugiés dans des camps aux délinquants (pauvres) dans les prisons… Des institutions de soin sont nécessaires, mais il nous faudra surtout nous réapproprier le sentiment de résistance collective et notre pouvoir de régler les problèmes sociaux en tant que communautés.

lundi 6 avril 2020

Koen Geens : le monde vacille, mais les prisons belges restent debout.

Par Luk Vervaet, Prisoner’s News, 5/4/2020

Depuis le début de la crise du coronavirus et la crise qu’elle a provoqué dans les prisons, le ministre de la Justice Koen Geens et les autorités pénitentiaires sont dans le déni. 
 « Rien à signaler, rien à déclarer, tout va bien, tout est normal et sous contrôle, l'hygiène est assurée comme avant, non, il n’y a pas plus de médecins qu'avant, les détenus ont bien tenu pendant deux mois pendant la grève du personnel pénitentiaire, alors ... ». 
 C’était le ton de l’intervention du ministre à la chaine LN24. Une annonce à peine voilée sur ce sur ce qui attend les prisonniers dans les semaines qui viennent : encore plus d’isolement. En Belgique, laisse sous-entendre le ministre, la crise n’est pas aussi dramatique que dans d’autres pays. Le monde vacille, mais les prisons belges restent debout. Le calme légendaire de cet homme d’Etat, le manager faisant face à toutes les crises, n’impressionne que le monde politique et médiatique. Les propos de Koen Geens ont été ressentis comme des gifles par les détenus et leur famille, qui sont dans l’abandon et l’angoisse.

Lire :  Koen Geens : le monde vacille, mais les prisons belges restent debout.
Monsieur le ministre, n’entendez-vous pas les cris qui traversent les barreaux ? Les demandes à répétition des mamans et des sœurs de détenus, de la CLAC, de l’OIP, des Familles de détenus Belgique, en passant par le Genepi Belgique, la Ligue pour les Droits humains jusqu’au Conseil Central de surveillance des établissements pénitentiaires, jusqu’à l’ONU… qui plaident tous pour des réductions immédiates du nombre de détenus dans les prisons ? 
Faut-il s’étonner qu’en absence d’une réponse à ces appels, des détenus mettent le feu, des détenus se battent entre eux, des gardiens se font agresser ? 
La grève des syndicats, annoncée pour le 12 au 19 avril, rendra la situation encore plus intenable. Une situation sanitaire qui risque à tout moment de devenir aussi grave dans les prisons que dans les homes, les maisons de repos et autres formes de détention. 

 L'isolement
La politique du gouvernement est double : quelques miettes pour calmer la colère, comme les 20 euros pour le téléphone, un petit mot de remerciements de la part du Roi pour remercier les détenus qui fabriquent des masques, tout en se dirigeant en même temps vers un isolement total des détenus. Silence radio pour les détenus quant à la propagation du virus au sein des prisons. Des détenus qui pourraient sortir de prison dans quelques semaines ou quelques mois doivent y rester. Des personnes qui sont en détention préventive (et donc présumés innocentes) y restent. Pour donner un exemple parlant : leur procès étant reporté jusqu’au 8 mai, les personnes inculpées pour être venues en aide et avoir hébergé des réfugiés (« trafic d’êtres humains » !), dont trois sont depuis 10 mois en détention préventive, restent en prison. Tandis que des hôpitaux et des maisons de repos lancent un appel à des volontaires pour renforcer les équipes médicales et de soins, les prisons font le contraire, elles se renferment complètement : les visites des familles ainsi que toutes les activités sont annulées. En plus, le personnel pénitentiaire étant à bout et déjà réduit pour cause de maladie, ceux qui travaillent encore se mettent en grève à chaque fois qu’un incident ou une agression se produit. 

Moins catholique que le pape ? 

Il suffirait de laisser parler le bon sens. Nous savons tous que la prison ne peut pas faire face au virus. Qu’il faut libérer des détenus. Lors de sa prière de l’Angelus du 29 mars, le pape, le guide spirituel du ministre Geens, s’est inquiété du sort des personnes vivant le confinement « en groupe ». En particulier celles « dans les prisons surpeuplées ». Et il a ajouté : « Je demande aux autorités d’être sensibles à ce grave problème et de prendre des mesures pour éviter les tragédies à venir ».  
Ces personnes dont parle le pape font partie de ceux d’en bas. Partout la population carcérale est composée d’ouvriers, de chômeurs, de sans-profession, de sans-diplôme, avec, comme aux États-Unis, une surreprésentation des minorités « étrangères et/ou (d’origine) immigrées ». Serait-ce une des raisons du désintérêt pour cette population ? 
Le contraste avec l’impunité et la liberté dont jouissent les criminels au sommet de nos sociétés, est révoltant. Aucun des criminels qui ont provoqué les crises financières comme celle de 2008, ce qui a entraîné des drames sociaux par milliers et des suicides par centaines, n’ont été mis en prison (sauf en Islande !). Impunité aussi pour ceux qui s’évadent avec leurs milliards vers les paradis fiscaux, privant ainsi nos sociétés des fonds nécessaires pour l’éducation, le logement ou les hôpitaux. Impunité aussi pour ceux qui sont responsables de ce système capitaliste mondial qui investit 1000 fois plus dans les armes, la guerre, les drogues et la destruction que dans le matériel et le personnel de soins.     
Ceux d’en bas se trouvent dans des prisons, des lieux confinés, où les mesures contre la contamination du virus, recommandées à l’extérieur, sont impossibles à respecter. En temps normaux déjà, l’hygiène et les soins n’y sont pas assurés. Il y a les rats, les cafards, les punaises, les moisissures. Il y a une population carcérale dont une partie est âgée, malade, fragile, ce qui en fait un groupe extrêmement vulnérable. 
Il faut donc libérer les détenus, comme le propose la Clac. Il faut désengorger immédiatement les prisons et libérer ceux et celles qui peuvent l’être, comme le disent d’autres organisations. Il faut écouter les messages et regarder les vidéos des détenus qui sortent de prison et y donner suite : gratuité du téléphone et de la télévision, possibilité d’utiliser Skype, comme aux Pays-Bas, mise à disposition d’un téléphone pour ceux qui n’en ont pas, comme en Espagne, renforcement des équipes médicales et de soins, mesures supplémentaires d’hygiène pour les détenus, pas d’augmentation des prix de la cantine, grâce royale… 

Utilisez vos pouvoirs spéciaux 
Une crise sanitaire qui paralyse le monde ne demande-t-elle pas des mesures exceptionnelles ? 
Vous venez de recevoir des pouvoirs spéciaux pour gérer la crise. Vous pouvez prendre des mesures exceptionnelles et ordonner la libération des détenus. Si vous n’en avez pas le courage, vous pouvez demander au Roi de prononcer une amnistie ou une grâce, comme c’était le cas jusque dans les années 90. Ce geste humain mettrait plus de détenus sur la bonne voie que de les faire subir des années de prison dans des situations intenables.  
Prenons l’exemple du Portugal. S’il est vrai que ce pays compte 2000 détenus de plus dans ces prisons que la Belgique, il a au moins le mérite de suivre la recommandation de l’ONU de libérer des prisonniers. Le gouvernement portugais a décidé « de simplifier la procédure pour gracier des prisonniers par le Président de la République. D’accorder une grâce partielle pour les peines jusqu'à deux ans / ou pour les deux dernières années de détention - en sont exclus : les homicides et viols, abus de mineurs, violence domestique ou des crimes commis par des gens ayant exercés des fonctions de responsabilité (les hommes politiques, membres des forces de l'ordre, les magistrats, les militaires etc.). Les congés pénitentiaires passent de trois jours à 45 jours, au terme desquels les autorités judiciaires peuvent décréter la liberté conditionnelle. Tous les prisonniers libérés sont bien entendu soumis aux règles de confinement en vigueur.
Non, monsieur Geens, notre objectif immédiat n’est pas d’avoir 10.000 détenus dans les prisons belges, mais 5.611 !
En 2014, vous avez déclaré que votre ambition était, je cite : « d’arriver à faire descendre le nombre de détenus en-dessous de 10.000 ». D’abord, je n’ai toujours pas compris d’où vous sortez ce chiffre phare et ce qui vous fait dire que ce chiffre est un objectif. Vous avez oublié qu’en 1980, le nombre de détenus en Belgique était 5.611, c’est-à-dire la moitié. Pourquoi ce chiffre ne vous sert-il pas d’objectif à atteindre ? 
Les Pays-Bas comptent 17 040 000 habitants. La Belgique en compte 11 400 000, c’est-à-dire 6 millions en moins. En dix ans, les Pays-Bas ont réduit leur population carcérale de la moitié : de 21 826 détenus en 2005 à moins de 10 000 en 2014.  Selon les ministères de l'Intérieur et de la Justice des Pays-Bas « 27 établissements pénitentiaires et judiciaires jugés excédentaires ont été fermés depuis 2014 » Si le taux d’incarcération (le nombre de détenus sur 100.000 habitants) se situe entre 50 et 60 pour les Pays-Bas, celui de la Belgique tourne de 90 à 100, c’est-à-dire quasi le double ! 
Ensuite, depuis votre promesse, et malgré la construction de nouvelles prisons, malgré le transfert d’un nombre d’internés dans des institutions psychiatriques, ce chiffre n’est jamais descendu en-dessous des 10.000, à l’exception de l’été 2018. En 2019, il y avaient 10.556 prisonniers en moyenne dans nos prisons, avec un nombre de 10.883 en décembre 2019, le niveau le plus élevé depuis quatre ans. Nous avons toujours 1.862 détenus « de trop » dans les prisons. Pour 55 places à la prison de Ypres il y a 133 détenus. À Saint-Gilles, il y a 863 détenus pour 579 places. À Anvers, 717 prisonniers pour 413 places. À Malines 144 détenus pour 84 places. À Turnhout, 283 détenus pour 262 places.
Monsieur le ministre, que cette crise serve au moins à ramener le nombre de détenus au chiffre de 1980 !  
Ce ne sera qu’un premier pas. Par après, la question se posera autrement.
Vers une société égalitaire !
Depuis quelques décennies le monde est victime d’une pandémie carcérale : de nouvelles prisons, centres de détention, camps pour réfugiés, murs… ont été érigés partout. Quand cette crise sera derrière nous, nous ne voulons pas retourner à ce qui était « la normalité ». 
Le résultat de cette crise sera une confrontation. Entre ceux qui veulent sauver ce système par le renforcement de l’exploitation et de la répression, par l’augmentation du nombre de prisons et de prisonniers et de système de contrôle de toute une population, pour répondre à une misère et une révolte sociale qui s’annoncent. Et entre ceux qui veulent la fin de ce système capitaliste qui a prouvé sa faillite et qui font le choix d’une société égalitaire. Dans cette conception, l’abolition des prisons se posera. Il ne s’agira pas d’instaurer un régime d’impunité, il s’agira de nous défaire de notre addiction à la prison, de reconstruire des communautés solidaires qui cherchent ensemble des solutions pour prévenir le mal et le réparer autant que faire se peut. Il s’agira de s’appuyer sur les formes solidaires qui se développent entre les gens, de remettre la justice dans leurs mains en développant des formes de justice réparatrices, restauratrices et transformatrices. 

samedi 14 mars 2020

Coronavirus : les écoles, les bars, les restaurants ferment… Et les prisons ?









 par Luk Vervaet, ancien enseignant dans les prisons, et Jean-Marc Mahy, éduc-acteur
(photo :Marcus, Jean-Marc et Luk à Haren)



Le 12 mars, la presse nous apprend qu’au palais de justice de Mons, la présidente de la cour d'assises a été contaminée par le coronavirus et qu’une cour d’assises sera reportée. L’avocate Nathalie Gallant déclarait à ce propos : « Des mesures doivent être prises, Il en va de la santé de tous, tant des clients que des avocats. Il ne faudrait vraiment pas qu’un détenu qui se présente à une audience risque de contaminer tous les autres en prison ». 
Depuis, confirmé par l’administration pénitentiaire, un cas de coronavirus a été avéré à la prison de Mons. 
Le lendemain, la majorité du personnel pénitentiaire de la prison de Saint-Gilles est absente ! Avec comme conséquence que toutes les visites et toutes les activités sont annulées. 
Se dirige-t-on vers des situations à l’italienne ?

La prison face à quatre défis majeurs

Il ne faut pas être virologue pour comprendre que le monde carcéral, institution de confinement total par définition, est des plus vulnérables face aux virus et aux épidémies. Ce qui cause des ravages à l’intérieur des prisons et constitue une menace pour la société dans son ensemble. 
Le problème est multiple. 
Il y a le lieu confiné qui provoque la propagation des maladies. Il y a la concentration de personnes malades. Il y a le manque de soins à tous les niveaux. Il y a la surpopulation. Selon les derniers chiffres de 2019, les 36 prisons du pays comptent ensemble 1.862 détenus en trop, compte tenu de leur capacité.

La prison, une concentration de maladies

Déjà en novembre 2013 se tenaient au parlement belge les États généraux sur la prison, à l'initiative du Conseil central de Surveillance pénitentiaire. Le professeur Cosyns, de l'Universitair Forensisch Centrum Antwerpen, y tenait un exposé sur les soins de santé au sein des prisons belges. Il nous informait du fait que le taux de tuberculose dans les prisons est seize fois supérieur au taux dans le pays ; celui du sida cinq fois, de l'hépatite C sept fois, des psychoses cinq fois, de suicide six fois, de problème d'alcoolisme ou autres drogues sept fois, de l'expérience de consommation de l'héroïne cinquante-quatre fois. 
Depuis, les problèmes n’ont fait qu’empirer, aggravés par la surpopulation et les économies au niveau des soins. 
Cinq ans plus tard, le journal De Tijd (3 mai 2018) titre : « Les médecins dans les prisons constatent la propagation des maladies contagieuses dans les prisons, comme la tuberculose, l’hépatite B et C, la gale et le VIH ». Selon le syndicat ACV, ajoute le journal, les économies au niveau des moyens pour assurer l’hygiène sont en cause.

La prison, des épidémies en chaine

Les prisonniers et leurs familles ont déjà fait l’expérience des mesures de confinement et d’isolement drastiques auxquelles toute la société est brusquement soumise aujourd’hui. On ne peut qu’espérer que cette expérience sociétale augmentera la compréhension des problèmes vécus au sein du monde carcéral. 

Prenons quelques exemples récents.

En juin 2017, découverte de la rougeole à la prison de Gand, suivie d’interdiction de visites, de nouvelles entrées de détenus dans la prison et de l’arrêt des transports vers les tribunaux. 
En avril 2019, la prison de Mons est frappée par ce que les autorités pénitentiaires et les syndicats appellent « une catastrophe » : une épidémie de punaises de lit, qui pourrait même se répandre en dehors de ses murs avec des conséquences pour la salubrité publique. 
Fin mai 2019, épidémie de rougeole à la prison de Lantin, suivie par une mise en isolement des 1000 détenus dans leurs cellules pendant des semaines, pas de transferts, pas de visites autorisées pour les familles des détenus. 
En juillet 2019, c’était au tour de la prison de femmes de Berkendael à être frappée par le fléau des punaises de lit. Avec comme conséquence un lock down complet de la prison pendant près d’un mois :  pas de visites, pas d’activités, pas de téléphone, pas de services extérieurs… 
En septembre 2019, une douzaine de cas de gale sont constatés à la prison d'Arlon.

Prisons : toujours la même solution face à une crise.

Renforcer l’isolement, arrêter toutes les activités, interdire les visites… sont à chaque fois la réponse aux crises. Ce qui ne fait qu’augmenter le vécu de l’exclusion et provoquera inévitablement des révoltes comme on en a vu en Italie.  En Italie, où les détenus se trouvent parfois à cinq dans une même cellule, un mouvement de révolte s'est en effet déclenché, provoqué par l'inquiétude sur l'épidémie et l'annulation des parloirs pour les familles. En tout, douze prisonniers sont décédés.

Il faut libérer des prisonniers.

L’Iran, pays faisant partie de « l’axe du mal » et mis en isolement par un boycott du monde occidental, a libéré temporairement 77.000 prisonniers, après les avoir testés médicalement. Des mesures inimaginables en Belgique ?

Quelques mesures de bon sens pourraient enlever immédiatement la pression sur les prisons, aussi bien sur les détenus que sur le personnel pénitentiaire. 
En diminuant radicalement le nombre de détenus dans nos prisons par la libération de tous les détenus en détention préventive (36% de toute la population carcérale) qui ne constituent pas un danger pour autrui. 
En libérant toutes les femmes prisonnières et tous les détenus âgés, fragiles, malades qui ne constituent pas un danger pour la société. En mettant fin à l’arrêt actuel des libérations conditionnelles. 
En renforçant les soins dans les prisons. 
En allongeant la possibilité de téléphoner à la famille. 



mercredi 29 janvier 2020

Julian Assange, Chelsea Manning, Edward Snowden, nous vous sommes tous redevables !


mardi 25 juin 2019

Mohamed Morsi est mort au tribunal


h(photo : Mohamed Morsi waves from inside the defendants cage during a 2015 trial in Cairo. STR/AFP/Getty Images)amed Morsi, cronique d’une mise à mort préméditée

Egypte Morsi in a cage in court
 (photo : Mohamed Morsi waves from inside the defendants cage during a 2015 trial in Cairo. STR/AFP/Getty Images)


par Luk Vervaet, 

Mohamed Morsi est mort  le 17 juin 2019.

Il était le premier président égyptien élu démocratiquement, en 2012 avec 52% des voix, après la révolte populaire de 2011 qui avait mis fin à 30 ans de dictature de Hosni Moubarak. Après son élection, lors de son premier speech à la place Tahir devant des dizaines de milliers de supporters, il promettait de tout faire pour sortir Omar Abdel-Rahman, le Cheikh égyptien aveugle, de sa prison de haute sécurité américaine et de sa détention en isolement.


Egypte USA le cheikh aveugle
le Cheikh aveugle Omar Abdel-Rahman
Il n’y est pas parvenu : après plus de 20 ans en prison et en isolement total, Omar Abdel Rachman est mort dans le goulag américain en 2017, à l’âge de 78 ans. Selon les autorités américaines Omar Rachman était mort « de causes naturelles… Omar Abdel-Rahman souffrait de diabète depuis l’enfance et de problèmes artériels ». Quand Mohamed Morsi se mobilisait pour le Cheikh aveugle, il n’a certainement pas prévu qu’il allait lui-même perdre l’usage de son œil gauche en prison, et qu’il allait mourir lui-même à 67 ans, deux ans après le Cheikh, dans des conditions similaires.     
Mohamed Morsi a été tué par sa mise en isolement total et par la négligence médicale qui y a été liée. Pendant ces trois dernières années, des avocats, des médecins, des parlementaires ont averti les autorités égyptiennes et le monde. Ils ont répété à mainte reprise que Mohamed Morsi allait mourir.
Mais ses conditions de détention infernales ont été maintenues, jusqu’à ce qu’il en meure. Le régime de détention en isolement qu’a subi Morsi fait partie d’un schéma de torture légale pratiqué de plus en plus fréquemment dans le monde. Sous des formes différentes et variables, mais avec un même but : l’anéantissement psychologique et physique de la personne, en la poussant au suicide ou à la mort ‘naturelle’. 
       
Le coup d’Etat d’ Al-Sisi suivi d’une terreur sans précédent
La présidence de Morsi n’a duré qu’un an. Du 30 juin 2012 jusqu’à son renversement par un coup d’État par le général Al-Sisi, le 3 juillet 2013. Un coup d’Etat qui s’ajoute à la liste des 89 coups d’État en Afrique depuis 1953. Et qui, comme on le verra, ajoutera le nom de Mohamed Morsi à la liste des dizaines de dirigeants africains et des 22 présidents africains assassinés depuis 1963.