2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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vendredi 20 décembre 2024

Rapport de l’ONU: La faim dans la région arabe atteint un nouveau sommet alors que les défis s’intensifient

 

Détérioration de la sécurité alimentaire au Maroc et dans le monde arabe. Le rapport «Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord» a révélé que le pourcentage de personnes sous-alimentées au Maroc est passé de 6,4% entre 2020 et 2022 à 6,9% entre 2021 et 2023. Le rapport, publié par six organisations des Nations unies, dont la FAO et le Programme alimentaire mondial, indique que le nombre de personnes souffrant de malnutrition au Maroc a atteint 2,3 millions durant cette période. Au niveau de la région arabe, environ 62,1 millions de personnes, soit 13,4% de la population, souffrent de la faim, avec des chiffres élevés enregistrés dans des pays comme le Yémen (13,3 millions), la Somalie (des dizaines de millions), l'Égypte (9,4 millions), l'Irak (7,2 millions), la Syrie (7,6 millions) et le Soudan (5,3 millions). 

Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, Le Caire, 18/12/2024

Les agences onusiennes appellent à un financement renforcé et plus important de la transformation des systèmes agroalimentaires pour combattre la faim et la malnutrition dans la région

Gaza : terres agricoles et infrastructures agricoles endommagées. Les indicateurs de sécurité alimentaire et de nutrition devraient encore se détériorer en raison des conflits en cours et des sécheresses persistantes dans de nombreuses régions de la région arabe. ©FAO/Yousef Alrozzi


Avec l’intensification des crises en 2023 dans la région arabe, la faim s’est exacerbée, selon un rapport lancé aujourd’hui par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (CESAO). 

Le rapport, intitulé «Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord», met en garde contre le fait que la région arabe demeure loin d’atteindre les cibles de sécurité alimentaire et de nutrition des Objectifs de développement durable d’ici à 2030. 

En 2023, 66,1 millions de personnes, soit environ 14 pour cent de la population de la région arabe, ont été confrontées à la faim. Le rapport souligne que l’accès à une alimentation adéquate reste difficile pour des millions de personnes. Approximativement 186,5 millions de personnes – 39,4 pour cent de la population — sont confrontées à une insécurité alimentaire modérée ou grave, soit une augmentation de 1,1 point de pourcentage par rapport à l’année précédente. Fait alarmant, 72,7 millions de personnes ont été confrontées à une insécurité alimentaire grave.  

Selon les analyses du rapport, les conflit est le principal facteur de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition dans la région. Les défis économiques, les fortes inégalités de revenus et les phénomènes climatiques extrêmes jouent également un rôle important. La hausse des prix des denrées alimentaires a aggravé la crise. En 2023, les taux de sous-alimentation dans les pays touchés par un conflit ont grimpé à 26,4 pour cent, soit quatre fois plus que les 6,6 pour cent enregistrés dans les zones non touchées par un conflit. 

Malheureusement, les indicateurs de sécurité alimentaire et de nutrition devraient encore se détériorer à cause des conflits en cours associés aux sécheresses persistantes dans de nombreuses régions de la région. 

Principales conclusions au-delà de la faim 

L’accessibilité économique à des régimes alimentaires sains reste un problème crucial, qui touche plus d’un tiers de la population de la région arabe. En 2022, de nouvelles données sur les prix des denrées alimentaires et des améliorations méthodologiques ont révélé que 151,3 millions de personnes n’avaient pas les moyens d’avoir accès à un régime alimentaire sain. Les pays touchés par un conflit affichent les taux les plus élevés, avec 41,2 pour cent de leur population n’ayant pas les moyens de s’offrir un régime alimentaire sain. 

Le rapport souligne que la région arabe continue de souffrir du triple fardeau de la malnutrition, notamment les tendances haussières de l’obésité chez les enfants et les adultes, de l’émaciation et des carences en nutriments telles que l’anémie chez les femmes. 

Bien que des progrès aient été accomplis en termes de réduction des taux de retard de croissance de 28 pour cent en 2000 à 19,9 pour cent en 2022, la réalisation des objectifs nutritionnels dans la région arabe reste un défi. La prévalence de l’émaciation chez les enfants a également dépassé la moyenne mondiale, les pays à faible revenu affichant les taux les plus élevés (14,6 pour cent). 

En 2022, 9,5 pour cent des enfants de moins de cinq ans étaient en surpoids, soit près du double de la moyenne mondiale. Il s’agit là d’une augmentation de 8 pour cent depuis l’année 2000, les taux les plus élevés étant observés en Libye, en Tunisie et en Égypte. 

Selon l’Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, la prévalence de l’anémie chez les femmes âgées de 15 à 49 ans était de 33,2 pour cent en 2019, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale, les taux les plus élevés étant enregistrés dans les pays à faible revenu (43,9 pour cent).  

En dépit de quelques améliorations, les taux d’obésité chez les adultes dans les États arabes restent alarmants, avec une prévalence de 32,1 pour cent en 2022, soit plus du double de la moyenne mondiale. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure affichent les taux les plus élevés (33,8 pour cent), avec l’Égypte, le Qatar et le Koweït en tête.  

Favoriser la transformation agroalimentaire grâce à un financement innovant 

Le thème du rapport de 2024, «Financer la transformation des systèmes agroalimentaires pour la sécurité alimentaire et la nutrition», souligne la nécessité d’une stratégie globale pour atteindre l’ODD 2: Faim zéro. Il met l’accent sur la nécessité de transformer et de renforcer les systèmes agroalimentaires, de s’attaquer aux inégalités et de veiller à ce que des régimes alimentaires sains soient abordables et accessibles à tous. 

L’Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition 2024 pour la région NENA lance un appel urgent à un financement plus important et plus rentable. Il recommande des mécanismes de financement innovants — tels que les dotations en capital, le financement basé sur les résultats, le financement climatique, les échanges de créances, les engagements préalables sur le marché et les incubateurs d’innovation — pour combler le déficit de financement. Le rapport met en évidence la nécessité d’adapter ces approches aux capacités financières de chaque pays et d’aligner les objectifs des parties prenantes afin de préserver les systèmes agroalimentaires. Il appelle, en plus, à la mise en place d’environnements réglementaires favorables et à l’amélioration des politiques dans le but d'attirer les capitaux vers ces instruments innovants.  

«Il est à présent crucial d’optimiser l’utilisation des ressources publiques existantes et d’obtenir des financements supplémentaires pour impulser des effets positifs au niveau des systèmes agroalimentaires, socio-économiques et environnementaux. Les instruments financiers innovants sont essentiels pour transformer les systèmes agroalimentaires dans les États arabes et combler le déficit de financement», a déclaré le Sous-Directeur général de la FAO et Représentant régional de la région NENA, Abdulhakim Elwaer, dans l’avant-propos conjoint du rapport, aux côtés de la Directrice régionale de la Division Proche-Orient, Afrique du Nord et Europe du FIDA, Dina Saleh; le Directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Edouard Beigbeder; la Directrice régionale du PAM pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe de l’Est, Corinne Fleischer; la directrice régionale de l’OMS pour la Méditerranée orientale, Dr. Hanan Balkhy; et  la secrétaire exécutive de la CESAO, Rola Dashti.  

Les agences onusiennes affirment que les conclusions du rapport donneront un nouvel élan à la transformation des systèmes agroalimentaires dans la région arabe, en créant des systèmes agroalimentaires plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables pour les populations et la planète. 

S’appuyant sur les conclusions du rapport, les agences onusiennes ont publié la «Déclaration du Caire sur le financement de la transformation des systèmes agroalimentaires dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord» lors de l’événement de lancement organisé aujourd’hui. Dans cette déclaration, elles assurent leur engagement à approfondir la collaboration entre elles et avec les banques de développement internationales et régionales, le secteur privé et les gouvernements nationaux. Cet effort de collaboration vise à développer, augmenter et déployer des ressources financières supplémentaires pour soutenir la transformation des systèmes agroalimentaires régionaux afin de parvenir à la sécurité alimentaire et à la nutrition. 

Les agences des Nations Unies proposent également de lancer des plateformes de financement collaboratif. Ces initiatives se feront en collaboration avec les gouvernements bénéficiaires, les partenaires de développement et de financement pour atteindre l'ODD2.

 Glossaire des termes clés 

  • Régimes alimentaires sains: cela inclut quatre aspects essentiels: la diversité (au sein des groupes alimentaires et entre eux), l’adéquation (suffisance de tous les nutriments essentiels par rapport aux besoins), la modération (aliments et nutriments ayant de faibles résultats sur la santé) et l’équilibre (apport en énergie et en macronutriments). Les aliments consommés doivent être sûrs. 
  • Faim: sensation inconfortable ou douloureuse causée par une insuffisance d’énergie causée par l’alimentation. Dans ce rapport, le terme faim est synonyme de sous-alimentation chronique et est mesuré par la prévalence de la sous-nutrition (PoU). 
  • Malnutrition: état physiologique anormal causé par un apport inadéquat, déséquilibré ou excessif de macronutriments et/ou de micronutriments et/ou par une maladie qui entraîne une perte de poids. La malnutrition comprend la sous-nutrition (retard de croissance et émaciation), les carences en vitamines et minéraux (également appelées carences en micronutriments) ainsi que le surpoids et l’obésité. 
  • Insécurité alimentaire modérée: niveau de gravité de l'insécurité alimentaire des personnes confrontées à des incertitudes quant à leur capacité à obtenir de la nourriture et contraintes de réduire, à certains moments de l’année, la qualité et/ou la quantité de nourriture qu’elles consomment en raison d’un manque d’argent ou d’autres ressources. Il s’agit d’un manque d’accès régulier à la nourriture, qui diminue la qualité de l’alimentation et perturbe les habitudes alimentaires. Elle est mesurée à l’aide de l'échelle de l’insécurité alimentaire vécue et contribue à suivre les progrès accomplis dans la réalisation de la cible 2.1 de l’ODD (indicateur 2.1.2). 
  • Insécurité alimentaire grave: niveau de gravité de l'insécurité alimentaire auquel, à un moment donné de l’année, les gens ont manqué de nourriture, ont connu la faim et, dans les cas les plus extrêmes, sont restés sans manger pendant un jour ou plus. Elle est mesurée à l'aide de l’échelle de l’insécurité 

samedi 7 janvier 2023

Malgré la pluie, le Maroc toujours assoiffé

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Le Maroc, toujours assoiffé malgré la pluie
 
ven. 6 janv. 11:55     

Hantise ancrée chez les Marocains, le stress hydrique n’est plus un phénomène conjoncturel mais une réalité structurelle, qui alarme les experts. Les dernières pluies n’y ont rien changé, d’où la nécessité de repenser notre rapport à l’eau, son usage et sa gouvernance.

Lire le dossier

    Une perspective alarmante. Dans le dernier rapport climat et développement du Groupe de la Banque mondiale (CCDR), dédié au Maroc et paru en octobre dernier, le constat émis par le pool d’experts alerte sur "la nécessité d’un changement radical de la gestion des ressources en eau fondé sur la prise en compte du fait que la pénurie devient structurelle et non occasionnelle."

    Le grand réchauffement. Sur la période allant de 1982 à 2020, le réchauffement climatique s’est traduit par une hausse remarquable et significative de 1,5°C de la température moyenne nationale. Parallèlement, une baisse de 20% du cumul de précipitations a été enregistrée entre 1960 et 2018. Un phénomène dont l’intensité augmente au fil des ans. De quoi inquiéter les experts qui tirent la sonnette d’alarme.
    .Décrue de la dotation par habitant. Nous acheminons-nous vers un possible passage de la dotation en eau à moins de 500 m3 par habitant, par an, à l’horizon 2030, soit un niveau bien en dessous du seuil de pénurie ? C’est la conséquence qui ressort d’une prévision des agronomes, se basant sur les effets conjugués de la pression démographique, de l’augmentation de la demande et du changement climatique.
    L’agriculture, au cœur du problème. Ces perspectives inquiétantes le sont encore plus pour le secteur agricole, une activité qui, tout en étant hydrivore, avec pas moins de 87% de la consommation en eau du royaume en 2020, reste également la première victime de cette détérioration. Faut-il repenser l’orientation de notre politique agricole ?

Nappes pompées frénétiquement. En dépit des explications du ministère géré par Mohamed Sadiki, le pool d’agronomes évoque pour sa part “un développement incontrôlé qui participe à l’aggravation de la surexploitation des nappes fragiles des oasis”, tout en rappelant que “la surexploitation des nappes des oasis n’est pas un phénomène nouveau et n’est pas liée à la seule culture de la pastèque”. Pour ces spécialistes, le problème est beaucoup plus complexe.
    .Que faire ? Plutôt que d’interdire des types de cultures jugées trop gourmandes en eau potable, les experts préconisent d’autres pistes qui pourraient améliorer la production et prolonger les saisons de culture, mais surtout conduire à l’efficience en matière de gestion de l’eau et des sols.
    .Interview. Mohamed Taher Sraïri, enseignant chercheur et professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire (IAV) Hassan II de Rabat : “On considère que l’agriculture est le moteur du développement. Or, c’est faux”
    .Le long de l'oued Drâa, deux barrages et une vallée à sec. Source d’eau de toute la région d’Ouarzazate, l'oued Drâa est à sec. Il ne remplit plus le barrage Mansour Eddahbi et n’arrose plus les palmeraies. Ce qui impacte tous les oasis de la vallée. TelQuel vous livre son reportage.

vendredi 3 avril 2020


Maroc. Le roi, le coronavirus et « la volonté divine »



Dans un contexte économique marqué par l’absence de pluies, le coronavirus aggrave la situation sociale marocaine. Avec des infrastructures sanitaires fragiles, les autorités tentent de gérer les conséquences de l’épidémie, et le roi est en première ligne. La politique néolibérale de régime sec pour des services sociaux suivie depuis des décennies est désormais remise en cause.


Le premier cas officiel de coronavirus est apparu le 2 mars 2020 au Maroc. Selon les autorités, il s’agissait d’un Marocain résidant en Italie et de retour pour les vacances. Deux cas de touristes français s’en sont suivis, et le bilan officiel au 1er avril est de 575 cas et 37 décès. Les autorités marocaines ont pris relativement tôt des mesures jugées courageuses. Elles ont suspendu, dès fin janvier, les vols avec la Chine et intensifié les contrôles au niveau des ports et des aéroports internationaux.
Durant la première phase de la propagation du virus, elles ont ordonné la fermeture des mosquées, des cafés et des restaurants, ainsi que de tous les lieux de divertissement. De même, tous les événements sportifs et artistiques ont été annulés. Quant aux vols internationaux, ils ont diminué progressivement avant d’être totalement suspendus à la mi-mars. Un confinement a également été instauré avant l’état d’urgence sanitaire, décrété le 20 mars, jusqu’au 20 avril prochain.
Au moment du confinement, les forces de l’ordre et les blindés ont été déployés, à la fois pour rassurer et pour dissuader celles et ceux qui ne s’y conformeraient pas. Les autorités ont utilisé les haut-parleurs des mosquées et des mégaphones dans la rue, et ont même fait appel aux crieurs, dans l’espoir de convaincre tout le monde de rester chez soi, en adaptant à chaque fois le discours et le dialecte employé aux spécificités régionales.
Le calme et l’efficacité dont ont fait preuve les autorités sont assez inattendus, et s’expliquent par les circonstances exceptionnelles, exprimées par le ministre de l’intérieur Abdelouafi Laftit dans une intervention marquante : « Nous n’avons jamais eu autant besoin les uns des autres comme aujourd’hui… Nous sommes embarqués sur une même galère. Soit nous nous noierons tous, soit nous serons tous sauvés » (on notera que la possibilité de la noyade précède celle du salut…). Toutefois, quelques arrestations musclées, voire humiliantes, ont été constatées, marquées par la violence physique.

Le Makhzen gère la crise

Comme il est de mise à chaque crise, le régime a fait en sorte de reléguer au second plan le travail du gouvernement et des partis politiques, qui se sont contentés de regarder et de bénir les décisions prises. Le roi est apparu au premier plan, entouré de ses ministres régaliens — imposés au gouvernement par le Palais — et s’appuyant sur des technocrates. Le ministre de la santé a en effet été effacé par Mohamed Alyoubi, chef de la direction des épidémies du ministère, tandis que le chef du gouvernement, Saadeddine El-Otmani, a quasiment vu son ministre de l’intérieur devenir vizir à la place du vizir. Le premier ministre se contente désormais de partager les déclarations de Laftit sur sa page officielle sur Facebook, mises à part quelques déclarations qui sont généralement raillées à grande échelle sur les réseaux sociaux.


L’historien et analyste politique Maâti Monjib juge que la vitesse exigée par les mesures prises oblige le régime à sortir de l’ombre : « On voit ainsi sa manière de fonctionner et on peut juger de qui gouverne réellement le pays. » Mais l’objectif est également psychologique selon lui : « Le Makhzen1 ne craint pas, en temps de crise, de montrer au peuple que c’est lui qui gouverne, car celui qui reflète l’image du pouvoir est assuré de le détenir réellement. »À l’instar de nombreux pays, le Maroc a eu recours à une « dérogation de déplacement » en temps de confinement. Les autorités ont opté pour une permission remise par les [moqademhttps://fr.wiktionary.org/wiki/moqqadem] et les cheikhs, les relais de l’autorité au niveau des quartiers et des villages, dont la relation avec les citoyens est souvent tendue. À l’époque de Driss Basri, ministre de l’intérieur de Hassan II dans les années 1980 et 1990, ils ont acquis la réputation de corrompus, en plus de celle d’indicateurs, puisqu’on les appelle « les yeux des services ». Cette attestation limite les personnes qui peuvent en bénéficier à « un seul membre par famille », ouvrant ainsi la voie aux pots-de-vin, d’autant que le document sera valable jusqu’à la fin de l’état d’urgence. De plus, la distribution de cette dérogation ayant été inégale dans certaines zones, beaucoup de personnes sont sorties trouver les moqadem et les cheikhs pour en avoir une, ce qui a contribué au non-respect du confinement.

Entre complotisme et fatalisme

Entre temps, les théories du complot et les rumeurs sont allées bon train. Par exemple, la police judiciaire a arrêté un salafiste connu sous le nom d’Abou Naïm, accusé d’incitation à la haine et de menace à l’ordre public. Ce dernier était apparu sur une vidéo où il décrivait le coronavirus comme étant « un délire, un fruit de l’imagination, un mirage », et où il critiquait la décision du ministère des affaires religieuses de fermer les mosquées, car un pays qui fait cela « est un pays renégat ». D’autres vidéos ont circulé, montrant des citoyens qui considéraient le virus comme une « plaie divine ».
Selon Maâti Monjib, il existe au Maroc un champ lexical très riche autour des maladies et des pandémies, puisé dans l’histoire du pays. Or, le Makhzen craint tout ce qui peut être perçu par la population comme une « colère divine » : « Sur le plan théologique, Dieu ne saurait se mettre en colère contre un peuple croyant, mais uniquement contre les tyrans qui ne respectent pas la religion, la justice et la volonté divine. » Et dans un pays où la majorité écrasante croit profondément que la volonté divine est au-dessus de celle du roi et des autorités, « cela ne peut qu’affaiblir la légitimité religieuse du régime ». Car « selon la mentalité dominante, si l’autorité est bonne et qu’elle suit le chemin de Dieu, de telles choses qui menaceraient l’existence des musulmans ne sauraient advenir ». Maâti Monjib cite en exemple le séisme qui a détruit la ville d’Agadir, au sud du pays, en 1960, et avait été vu par certains conservateurs comme la conséquence du fait « d’être gouvernés par des athées », en référence à la gauche alors au pouvoir.

Un système de santé fragile

Devant la précarité des infrastructures et des services sanitaires, se tourner vers Dieu reste pour beaucoup le seul refuge. À Tanger, à Tétouan (nord du pays) et à Fès, des habitants ont ainsi scandé : « Dieu est grand, et Il est le seul capable de nous aider ! » Beaucoup d’habitants organisent, dans de nombreuses villes, des implorations collectives depuis les toits ou les fenêtres de leurs maisons, demandant miséricorde et pardon dans une ambiance très solennelle.
De leur côté, les autorités savent bien qu’elles ne peuvent pas juste s’appuyer sur les hôpitaux qui comptaient, selon le chef du gouvernement, 250 lits de réanimation à travers le pays (pour un total de 35 millions d’habitants). Devant les craintes suscitées par cette déclaration, ce dernier a revu le nombre à la hausse, évoquant le chiffre de 1 600 lits et affirmant que « les 250 lits évoqués dans un premier lieu sont exclusivement consacrés aux malades du coronavirus, mais nous pouvons augmenter cette capacité selon nos besoins ».
Quant au roi, il a donné l’ordre de créer une « caisse spéciale pour faire face à la pandémie du coronavirus » afin d’« assurer les dépenses relatives à l’équipement des infrastructures sanitaires ». Il a également annoncé que des mesures seront proposées par le gouvernement afin de soutenir les petites et moyennes entreprises qui sont en difficulté, ainsi que les salariés.
Une cagnotte a également été mise en place sur le site du Trésor public, à la disposition des personnes physiques et morales. Afin de les pousser à la générosité, la Direction générale des impôts a annoncé que les dons seraient non imposables. Plusieurs entreprises publiques et privées, ainsi que des établissements publics et des organismes professionnels ont répondu à l’appel. La Direction générale de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire du Maroc (les services secrets) ont contribué pour un montant de 40 millions de dirhams (3,7 millions d’euros), sans parler de personnalités publiques et de ministres, comme celui de l’agriculture et de la pêche, Aziz Akhnouch, ou encore Otmane Ben Jelloun, le PDG de la Bank of Africa, tous deux milliardaires.
Le Maroc a rassemblé à ce jour 23,5 milliards de dirhams (2,11 milliards d’euros) pour lutter contre le coronavirus, soit 2,7 % de son PIB (108,5 milliards d’euros en 2019). Le 27 mars, les autorités ont annoncé que des aides financières seront apportées aux ménages les plus précaires, dont le chiffre est officiellement estimé à 8 millions. Ainsi, à partir du 6 avril, les ménages composés d’une ou deux personnes recevront une aide de 800 dirhams (72 euros), ceux de 3 à 4 personnes toucheront 1 000 dirhams (90 euros) et ceux de plus de 4 personnes 1 200 dirhams (108 euros).

Quarante ans d’austérité

La situation marocaine est d’autant plus critique que la crise du coronavirus advient en une année de sécheresse, dans un pays dont l’agriculture demeure très liée aux aléas météorologiques. Selon l’expert économique Najib Aksabi, « nous vivons deux chocs en même temps. On avait déjà vu avant le coronavirus les prémices d’une année économique et sociale difficile à cause de la sécheresse. Les prévisions parlaient en effet d’une récolte de 40 millions de quintaux de blé, soit 42 % de moins que la moisson de l’année dernière, et 34 % si on compare à la moyenne des 5 dernières années ». Selon Maâti Monjib, « l’effet psychologique de la sécheresse décuple son effet matériel, car les familles cessent de dépenser et préfèrent épargner, tandis que les hommes d’affaires évitent d’investir, ce qui a un effet domino sur tous les secteurs, y compris le tourisme, qui est censé prospérer en période de chaleur. Le Marocain reste d’abord et avant tout un paysan ».
Mais surtout, à l’instar d’autres pays, cette crise a également montré à la classe politique la fragilité des services publics et l’erreur qu’a été la marginalisation de secteurs vitaux jugés non rentables, comme la santé ou l’enseignement. « Le régime a continué à miser sur la sécurité, à tel point que c’est aujourd’hui le ministère de l’intérieur qui contrôle les autres ministères. Ce sont ses employés qui gèrent la situation sur le terrain » , commente Maâti Monjib.
Un point de vue que partage Najib Aksabi, qui estime que la crise a prouvé l’échec cuisant du néolibéralisme sauvage, qui a tenté de faire croire que le marché et le secteur privé pouvaient tout assurer : « Cela fait 40 ans que nous suivons les politiques d’austérité dictées par les institutions internationales. Cette crise a ouvert les yeux de tout le monde. »
Dans une interview polémique, le haut-commissaire à la planification Ahmed Halimi a déclaré que « l’année 2020 sera la pire pour l’économie marocaine depuis 1999 » , estimant que le taux de croissance ne dépassera pas 1 % (la Banque du Maroc l’avait estimé à 2,3 % à la mi-mars). Selon Halimi, la crise du coronavirus a montré « les points faibles du régime et l’absence d’acquis du néolibéralisme imposé par le FMI ». Et d’en conclure : « Le retour à l’État social s’impose. »

Des migrations inversées

La crise du coronavirus a également donné lieu à deux migrations inversées, l’une de l’Europe vers le Maroc, l’autre, sur le plan intérieur, des villes vers la campagne. Les Marocains continuent en effet à se sentir plus en sécurité chez eux malgré tout, et des résidents marocains en Europe ont décidé de « fuir » vers leur pays natal, malgré les messages — parfois ponctués de violence verbale — de leurs compatriotes les incitant à rester là où ils sont, de peur qu’ils ne participent à la propagation du virus.
D’autre part, et devant le retard accusé par les aides financières, des Marocains des villes ont migré vers des villages de campagne qui n’ont pas encore enregistré de cas d’infection, du moins officiellement. Là-bas, ils peuvent compter sur un réseau d’entraide familiale et tribale, et vivre de ce qu’ils cultivent, aussi peu soit-il.
Dans ce contexte, et dans l’espoir de lancer « une nouvelle trajectoire pour la réconciliation nationale » et d’alléger la surpopulation des prisons, une pétition lancée par des militants des droits humains a appelé à « libérer tous les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion, ainsi que les prisonniers des mouvements sociaux, y compris ceux du mouvement du Rif ». Ils ont également demandé une grâce pour une catégorie des prisonniers de droit commun, comme les mères, les personnes âgées et les malades. Un appel similaire, baptisé « l’appel de l’espoir », a été lancé par plus de 200 personnalités, afin qu’une grâce royale soit accordée à tous les prisonniers du mouvement du Rif, ainsi qu’aux journalistes qui ont été condamnés dans ce contexte.
En attendant la réaction des autorités sur ce sujet, le seul « acquis » notable jusque-là est la suspension de la tradition du baisemain à Sa Majesté, un protocole jugé par nombre d’activistes « révolu » et « humiliant », et qu’ils ont appelé à supprimer. Certes, le but de cette suspension est la préservation de la santé du roi. Mais on peut espérer que le retour à cette tradition serait quelque peu gênant pour le Palais.

lundi 9 avril 2018

L'Europe accro aux phosphates marocains

Malgré le conflit larvé sur l'indépendance du Sahara occidental, l'Europe devrait rester dépendante pour ses engrais du phosphate extrait au Maroc. Cet intrant a tout de même été inclus dans la liste des matières critiques pour l'Union européenne.

L'Europe accro aux phosphates marocains
L'Office chérifien des phosphates (OCP) reste le premier fournisseur de phosphates de l'Union européenne.
© ThyssenKrupp

Tout récemment s'est tenu à Marrakech l'événement "Phosphates 2018", la plus importante conférence mondiale consacrée à cette roche sédimentaire utilisée pour la fabrication d'engrais. Cinq cent producteurs et acheteurs ont pu se féliciter de la forte croissance du marché mondial des engrais phosphatés. En hausse annuelle de 5%, dynamisé par la faible disponibilité des terres arables et l'accroissement de la demande de produits carnés, celui-ci devrait en effet atteindre 78 milliards de dollars en 2025 (contre 51,6 milliards en 2016).
Si l'événement a eu lieu à Marrakech, c'est parce qu'avec 13% de la production mondiale, le Maroc est le deuxième producteur de phosphate naturel après la Chine (44%). La production est contrôlée par le puissant Office chérifien des phosphates (OCP). Et le royaume chérifien exporte : avec 28% des importations de l'Union européenne, il est même notre premier fournisseur, loin devant la Russie (16%). Cette concentration de l'offre, l'absence de substituts et la faible production de phosphates par les pays membres de l'UE ont d'ailleurs incité la Commission européenne à inclure le phosphate naturel dans sa liste de 27 matières premières dites "critiques"(...)
De plus, les ressources marocaines de phosphates se trouvent pour partie extraites au Sahara occidental, un territoire vaste comme la moitié de la France revendiqué à la fois par Rabat et par le Front Polisario. "C'est la dernière colonie d'Afrique !", souligne Gilles Devers, un avocat français lancé dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance du droit à l'autodétermination du Sahara occidental. Or en décembre 2016, la Cour de justice de l'Union européenne devait estimer qu'un accord de pêche signé entre l'UE et le Maroc ne s'appliquait pas au Sahara occidental. "Cette décision conditionne toute activité au Sahara occidental au consentement du Front Polisario – y compris l'extraction de phosphates", affirme Gilles Devers.
"Les groupes privés important des phosphates depuis le Sahara occidental violent les principes directeurs sur les droits de l’Homme et les entreprises adoptés par l'ONU et cela représente un risque pour leur image", abonde Erik Hagen, de l'association Western Sahara Resource Watch, qui constate que "sur les 15 entreprises qui importaient des phosphates sahraouis en 2012, il en restait neuf en 2016. Et l'année prochaine, elles ne seront plus que trois". Même le canadien Potash Corp pourrait bientôt se tourner vers d'autres fournisseurs.
Cette tendance doit-elle inciter les agriculteurs et industriels européens à diversifier leurs approvisionnements ? Erik Hagen nuance : "les mines de phosphates du Sahara occidental représentent un détail dans le modèle économique global du groupe OCP", qui extrait également les phosphates des sites de Khouribga et Gantour, au sud-est de Casablanca, bien loin du Sahara occidental... En 2017, ce dernier a augmenté de 40% ses ventes de roche et de 24% celles d'engrais par rapport à 2016. Les Européens devraient rester dépendants, pour de longues années encore, des engrais phosphatés marocains.