Au
Maroc, les éditorialistes s’interrogent depuis plusieurs semaines sur
le devenir du royaume. Le climat délétère et le manque de visibilité
font craindre, à n’importe quel moment, un basculement vers l’inconnu.
Dans
la rue, le langage qui excluait habituellement toute responsabilité du
palais royal pointe aujourd’hui d’un doigt accusateur, la responsabilité
directe du chef de l’État. La jeunesse, en particulier, montre une
dureté de langage jamais observée depuis l’accession du roi Mohammed VI
au trône en 1999.
Les Marocains sont-ils sur le point de vivre une révolution ?
Au regard du nombre de jeunes qui auront 25 ans entre 2017 et 2020, le
géographe Laurent Chalard estime que cette période offre une fenêtre
favorable à la révolution au Maroc (AFP)
À en
croire la théorie élaborée en 2015 par le géographe Laurent Chalard, le
Maroc se trouverait en tout cas, depuis 2017, dans une période propice
aux soulèvements.
Selon lui, la combinaison de trois facteurs
–
l’autoritarisme, l’économie fragile et le pic des naissances 25 ans plus
tôt
– augmente considérablement la probabilité de déclenchement d’une
révolution.
- Le troisième paramètre expliquerait la forte
mobilisation des manifestants de la place Tahrir, au Caire en 2011, ou
dans l’avenue Habib Bourguiba, à Tunis la même année. En effet, les
volumes des naissances ont connu leur apogée en Égypte et en Tunisie
respectivement entre 1985-1988 et 1984-1987, ce qui signifie qu’en 2011,
la population âgée de 25 ans était, en nombre, la plus représentée dans
les pyramides des âges des deux pays, catalysant ainsi les mouvements
de contestations dans la rue.
« L’émigration de la jeunesse marocaine vers les pays étrangers n’est pas suffisante pour contenir les tensions susceptibles de conduire à une révolution »
- Laurent Chalard, géographe
Contacté par Middle East Eye,
le chercheur explique que d’un point de vue démographique, la période
2017-2020 offre une fenêtre favorable à la révolution au Maroc.
« Même
si les données civiles des naissances pendant les années 1990 au Maroc
ne sont pas tout à fait précises, il est possible de reconstituer ces
chiffres à partir des données du recensement général de 2014. Ainsi, la
transition démographique, c’est à dire le processus de passage d’une
hausse des natalités vers une baisse, a engendré un pic des naissances
situé entre 1992 et 1995. Ce qui signifie que la population marocaine
âgée de 25 ans sera la plus importante entre 2017 et 2020 », précise le
géographe.
« Traditionnellement,
on considérait les jeunes âgés entre 18 et 20 ans comme une locomotive
des mouvements révolutionnaires. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Avec
le retard de l’âge du premier mariage chez les jeunes hommes, et les
différentes désillusions qui l’accompagnent, se crée une situation de
frustration marquée par une perte de l’espoir. J’ajoute à cela que
l’émigration de la jeunesse marocaine vers les pays étrangers n’est pas
suffisante pour contenir les tensions susceptibles de conduire à une
révolution », poursuit-il.
La transformation de la structure
familiale au Maroc renforcerait également la prédisposition au
déclenchement de mouvements révolutionnaires.
L’avènement d’une classe moyenne plus consistante
À
ce propos, une étude commandée en 2007 par le gouvernement marocain aux
démographes Emmanuel Todd et Youssef Courbage sur les implications
culturelles de la transition démographique au Maroc fait ressortir, dans
la synthèse que « l’endogamie est l’un des indicateurs de
l’anti-individualisme du système familial : il existe un rapport entre
le degré d’ouverture du système familial et le degré d’ouverture du
système politique ».







