2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 2 février 2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025
Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

samedi 5 avril 2025

Maroc : empêché de quitter le territoire, l'historien Maâti Monjib entame une nouvelle grève de la faim

Le Figaro avec AFP, 3/4/2025


L’historien et militant des droits de l’homme marocain Maati Monjib, en grève de la faim depuis 19 jours, à sa sortie de la prison d’El Arjate près de la capitale Rabat, le 23 mars 2021. - / AFP

L'historien et défenseur des droits humains franco-marocain Maâti Monjib a annoncé jeudi avoir entamé une nouvelle grève de la faim pour protester contre son interdiction de quitter le Maroc. «J'entame une grève de la faim après avoir été illégalement empêché de voyager. J'étais invité par l'Université de la Sorbonne pour donner une conférence sur “Le printemps des peuples en Tunisie 2011-2021”», a écrit Maâti Monjib sur sa page Facebook. L'interdiction de quitter le territoire a été émise par un juge d'instruction dans le cadre d'une enquête pour «blanchiment de capitaux» à son encontre, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

L'intellectuel de 63 ans est suspecté de malversations dans la gestion d'un centre qu'il avait créé pour promouvoir le journalisme d'investigation. Des accusations qu'il rejette. Cette instruction judiciaire, lancée en 2019, avait valu à l'historien trois mois de détention préventive avant qu'il ne soit mis en liberté provisoire le 23 mars 2021, après 20 jours de grève de la faim. «Je rappelle au public qu'il m'est interdit de voyager depuis 2020 et que ma voiture, ma maison et mon compte bancaire sont bloqués depuis plus de quatre ans», a écrit Maâti Monjib dans sa publication.

Il avait déjà observé une grève de la faim en octobre 2022 après avoir été interdit de quitter le territoire marocain. Fin juillet 2024, le défenseur des droits humains avait été gracié après avoir été condamné en première instance, début 2021, à un an de prison ferme dans une autre affaire pour «fraude» et «atteinte à la sécurité de l'État» au terme d'un procès ouvert en 2015. Maâti Monjib a également affirmé sur Facebook que sa suspension de son poste universitaire, datant de 2023, n'a toujours pas été levée «malgré (ses) demandes répétées».

mercredi 24 avril 2024

Halte à la criminalisation, des contestations et des luttes militantes, répression, Gaza,

Gap, le 23 avril 2024

Halte à la criminalisation des contestations et des luttes militantes

La répression à l’égard des militantEs syndicalistes, associatifs et politiques qui refusent le discours dominant, illégitime, sur la situation à Gaza s’accélère.
Le secrétaire de la fédération CGT du nord, Jean Paul Delescaut, condamné à un an de prison avec sursis, Anasse Kazib, SUD Rail et Révolution Permanente, traîné devant les tribunaux, Rima Hassan et Mathilde Panot convoquées par la police, les conférences de Mélenchon et de Rima Hassan annulées, la conférence-débat à Montpellier de Pierre Stambul, porte parole de l'Union Juive Française pour la Paix interdite; et tout cela avec les mêmes arguments grossiers ou diffamatoires : « apologie du terrorisme, antisémitisme ». La préfecture de police de Paris a même tenté de faire interdire une manifestation antiraciste le 21 avril en arguant que des propos antisémites pourraient être tenus au cours de celle-ci. Après un recours juridique, la manifestation s'est tenue et évidement sans propos antisémite.
Une chasse aux sorcières digne du Maccarthysme s’installe dans le pays.
Depuis l'an dernier, déjà, et encore aujourd'hui, des centaines de syndicalistes sont poursuivis à la suite du mouvement des retraites, les militantEs qui luttent pour arrêter la catastrophe écologique en cours, sont qualifiéEs d’éco-terroristes, et plusieurs d’entre eux sont toujours poursuiviEs devant les tribunaux.
Ça suffit, il est grand temps de réagir pour arrêter ce mouvement liberticide engagé par le gouvernement avec la complicité active des médias, de la droite, du RN et de Reconquête.

 
Nous vous appelons à participer à un rassemblement place de la République à 10h, samedi 27 avril (On pourrait préparer l’organisation de ce rassemblement, vendredi soir dans un lieu de votre choix).
Premiers signataires : ATTAC, AFPS, La ligue des droits de l’homme, La Libre pensée, Ensemble, LFI, NPA.
Destinataires : CGT, FSU, Solidaires, la confédération paysanne, Collectif 05 pour une paix durable entre Palestiniens et Israéliens, le mouvement de la paix, la Cimade, tous migrants, Refuge, réseau hospitalité, extinction rébellion, Gilets jaunes, EELV, PC, PS, POI,

mercredi 30 août 2023

Amnesty. Mettez fin à la régression des droits humains en Tunisie

Les avancées obtenues après la révolution de 2011 en Tunisie sont menacées. Depuis qu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed multiplie les attaques contre les droits humains, en portant atteinte à la liberté d’expression et d’association ainsi qu’au droit à un procès équitable. Les propos racistes qu’il a tenus en 2023 ont déclenché une vague de violence envers les personnes migrantes et réfugiées dans le pays.

Répression de l’opposition politique et attaques contre la liberté d’expression

Des parlementaires et autres responsables politiques tunisiens de premier plan, des journalistes, des défenseur·e·s des droits humains et des militant·e·s ont été pris pour cible pour avoir contesté la mainmise du président sur tous les pouvoirs et la répression menée par son gouvernement. Ces personnes ont fait l’objet d’arrestations et de détentions arbitraires, d’interdictions de voyager et d’enquêtes pénales.

Les autorités tunisiennes ont pris tout particulièrement pour cible des membres d’Ennahda, le plus grand parti d’opposition du pays, en ouvrant une enquête pénale à l’encontre d’au moins 21 membres de ce parti, dont 12 sont en détention. En avril 2023, elles ont arrêté Rached Ghannouchi, dirigeant d’Ennahda et ancien président du Parlement de Tunisie, aujourd’hui dissous. Cet homme fait l’objet d’une enquête pour « complot contre l’État » et « tentatives visant à changer la forme du gouvernement ». Le 15 mai 2023, un tribunal antiterroriste l’a condamné à un an d’emprisonnement pour les propos qu’il a tenus publiquement lors d’un enterrement l’an dernier, faisant l’éloge du défunt et le qualifiant d’« homme courageux » qui ne craignait pas « un dirigeant ou un tyran ».

Depuis le 25 juillet 2021, la justice a ouvert des enquêtes visant au moins 39 personnes qui n’avaient fait qu’exercer pacifiquement leur droit à la liberté d’expression, dont certaines ont été jugées par un tribunal, en vertu du Décret-loi n° 54, qui offre une large latitude aux autorités pour réprimer la liberté d’expression et s’ingérer dans la vie privée en ligne.

En outre, le président Kaïs Saïed s’est attaqué à plusieurs reprises à l’indépendance de la justice en dissolvant le Conseil supérieur de la magistrature et en révoquant arbitrairement 57 juges et procureurs.

Les personnes migrantes et réfugiées en grand danger en Tunisie

Le président Kaïs Saïed a déclaré que « des hordes d’immigrés clandestins provenant d’Afrique subsaharienne » avaient déferlé sur la Tunisie et étaient à l’origine « de violences, de crimes et d’actes inacceptables ». Il a ajouté que c’était une situation « anormale » qui s’inscrivait dans le cadre d’un plan criminel conçu dans le but de « métamorphoser la composition démographique de la Tunisie » et de la transformer « seulement en un État africain qui n’appartienne plus au monde arabo-islamique ».

Les attaques contre des Africain·e·s noirs se sont multipliées dans les deux semaines qui ont suivi le discours du président : des groupes sont descendus dans la rue pour s’en prendre à des personnes migrantes, réfugiées ou demandeuses d’asile et la police a procédé à des dizaines d’arrestations arbitraires. Les tensions raciales à Sfax, dans le sud du pays, ont connu une escalade qui s’est soldée par la mort d’une personne migrante en mai et celle d’un Tunisien en juillet. À la suite de ces décès, les autorités ont expulsé de force des dizaines d’Africain·e·s noirs migrants ou demandeurs d’asile vers la 

Agissez maintenant en appelant le président tunisien et d’autres autorités à mettre fin à la répression de plus en plus dure des droits humains, notamment du droit à la liberté d’expression et d’association, à faire respecter les droits des personnes migrantes et réfugiées et à ne pas compromettre l’indépendance du pouvoir judiciaire.

 

vendredi 9 septembre 2022

Amnesty :Russie des lois pour réduire au silence les voix anti-guerre pour ses actions anti guerre / © Amnesty International Actualité Russie : des lois pour réduire au silence les voix anti-guerre Publié le 02.09.2022 Alors que la Russie poursuit sa guerre contre l'Ukraine, elle mène également une bataille sur le "front intérieur". Les cibles : les étudiants, avocats, journalistes, artistes s'exprimant contre la guerre en Ukraine. Beaucoup sont aujourd’hui en prison. Analyse de l’arsenal législatif déployé par le Kremlin pour faire taire les voix critiques. Dès les premiers jours de l’invasion russe de l'Ukraine, les autorités ont réprimé des milliers de manifestants pacifistes et se sont attaqués à de nombreux médias indépendants. Aller plus loin : Toutes nos enquêtes depuis le début de la guerre en Ukraine Très vite, le Kremlin a déployé de nouvelles lois afin d’incriminer toute voix critique remettant en cause le récit officiel imposé par le régime de Poutine. Résultat : des opposants politiques, artistes, journalistes et simples citoyens ayant exprimé publiquement leurs opinions sont aujourd'hui en prison. Nous appelons à leur libération immédiate et inconditionnelle. LES FAUSSES INFORMATIONS DU KREMLIN DEVIENNENT LA VERITÉ ABSOLUE En Russie, des dizaines de personnes risquent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, voire davantage, pour avoir diffusé ce que les autorités qualifient de " fausses informations sur les forces armées ", un nouveau crime introduit dans la loi pour réprimer les personnes critiques de la guerre. Quelques jours après l'invasion, les membres de la Douma ont amendé un ancien projet de loi, et notamment introduit plusieurs articles criminalisant la diffusion de « fausses informations » concernant les forces armées russe ainsi que toutes les expressions d'opinions critiques à l'égard des autorités russes, de leurs actions et de leurs politiques. Article 207.3 concernant la "diffusion publique d'informations sciemment fausses sur l'utilisation des forces armées russes" Article 280.3 concernant les "actions publiques visant à discréditer les forces armées russes" Article 284.2 concernant les "appels à l'introduction de mesures restrictives contre la Fédération de Russie, ses citoyens ou ses entités juridiques" La loi a été promulguée par le président Vladimir Poutine et est entrée en vigueur le 4 mars 2022. Cette procédure éclair a empêché tout débat public sur les amendements et a démontré que les autorités ne toléreraient aucune critique de la guerre en Ukraine. Le 25 mars 2022, les législateurs ont encore modifié l'article 207.3 afin de criminaliser la "diffusion d'informations sciemment fausses", non seulement au sujet des forces armées russes, mais aussi de tout organisme d'État russe agissant à l'étranger. Comprendre l’article sur les fausses informations en Russie L'article 207.3 du Code pénal érige en infraction "la diffusion publique d'informations sciemment fausses, déguisées en messages véridiques, contenant des données sur l'utilisation des forces armées de la Fédération de Russie pour protéger les intérêts de la Fédération de Russie et de ses citoyens, et maintenir la paix et la sécurité internationales, ainsi que des données sur l'exercice par les organes d'État de la Fédération de Russie de leur autorité au-delà des frontières russes aux mêmes fins". La sanction comprend une peine d'emprisonnement de cinq à dix ans ou une amende de 3 à 5 millions de roubles (environ 50 000 à 83 000 euros).

 
 
Russie des lois pour réduire au silence les voix anti-guerre
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Vue de la prison de l'artiste russe Aleksandra Skochilenko, compositrice et artiste de Saint-Pétersbourg détenue depuis juin 2022 pour des actions anti guerre / © Amnesty International

Russie : des lois pour réduire au silence les voix anti-guerre

Alors que la Russie poursuit sa guerre contre l'Ukraine, elle mène également une bataille sur le "front intérieur". Les cibles : les étudiants, avocats, journalistes, artistes s'exprimant contre la guerre en Ukraine. Beaucoup sont aujourd’hui en prison. Analyse de l’arsenal législatif déployé par le Kremlin pour faire taire les voix critiques.

Dès les premiers jours de l’invasion russe de l'Ukraine, les autorités ont réprimé des milliers de manifestants pacifistes et se sont attaqués à de nombreux médias indépendants.

Aller plus loin : Toutes nos enquêtes depuis le début de la guerre en Ukraine

Très vite, le Kremlin a déployé de nouvelles lois afin d’incriminer toute voix critique remettant en cause le récit officiel imposé par le régime de Poutine. Résultat : des opposants politiques, artistes, journalistes et simples citoyens ayant exprimé publiquement leurs opinions sont aujourd'hui en prison. Nous appelons à leur libération immédiate et inconditionnelle.

LES FAUSSES INFORMATIONS DU KREMLIN DEVIENNENT LA VERITÉ ABSOLUE

En Russie, des dizaines de personnes risquent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, voire davantage, pour avoir diffusé ce que les autorités qualifient de " fausses informations sur les forces armées ", un nouveau crime introduit dans la loi pour réprimer les personnes critiques de la guerre. 

Quelques jours après l'invasion, les membres de la Douma ont amendé un ancien projet de loi, et notamment introduit plusieurs articles criminalisant la diffusion de « fausses informations » concernant les forces armées russe ainsi que toutes les expressions d'opinions critiques à l'égard des autorités russes, de leurs actions et de leurs politiques.  

Article 207.3 concernant la "diffusion publique d'informations sciemment fausses sur l'utilisation des forces armées russes"

Article 280.3 concernant les "actions publiques visant à discréditer les forces armées russes"

Article 284.2 concernant les "appels à l'introduction de mesures restrictives contre la Fédération de Russie, ses citoyens ou ses entités juridiques"

 

 

 

jeudi 26 mai 2022

Maroc: Soulaimane Raissouni est en prison depuis 2 ans


Maroc:  2 ans ...

Tawfiq Bouachrine,            Soulaïmane Raïssouni,             Omar Radi


C’est un bien triste anniversaire que l’on a fêté hier. Cela fait maintenant deux années que Soulaimane Raissouni est en prison. Une opportunité pour revenir sur les circonstances qui m’ont amené à le connaitre, le respecter et l’admirer.

“Je souhaiterais réaliser un entretien sur l’histoire du Journal Hebdomadaire” C’est par cette requête que j’ai connu Soulaimane Raissouni. Il était encore à Al Massae. J’ai commencé par refuser. Je ne le connaissais pas vraiment, mais son journal, oui. J’avais du mal avec cette presse qui usait de pugnacité avec tout le monde sauf avec ceux qui la méritaient le plus -le complexe de rentiers et de sécuritaires qui tient le pays. Je doutais de sa promesse de publier mes réponses fidèlement. Pour me convaincre de son intérêt, il offrait de se déplacer en Tunisie où je me trouvais pour une conférence.

Comme souvent dans ces circonstances, je recours à mon père. Son nez pour le makhzénisé ou, plus utile encore, le makzanizable, lui faisait rarement défaut. Je n’ai pas pu finir ma question qu’il me disait d’y aller les yeux fermés. Selon Si Khalid, Soulaimane était un “vrai”.

Mon admiration pour sa probité et son courage n’ont cessé de grandir depuis. J’en suis venu à le considérer comme le meilleur éditorialiste marocain de ces dernières années. Son travail de militant des droits de l’homme et son expérience de journaliste lui ont forgé la capacité d’analyse et l’intelligence nécessaire pour écrire comme les marocains ont besoin qu’on leur écrive. Avec une plume courageuse et respectueuse de leur intelligence. C’est, je crois, la raison de ses malheurs.

Contre vents et marées, il a cru qu’une presse indépendante était possible au Maroc. Quand on lance un nouveau média, comme il l’a fait à un moment, et qu’on a les engagements éditoriaux sans compromis comme les siens, c’est qu’on a la foi. Il a été jusqu’au bout de ses convictions. Certains diraient son engagement déraisonnable. Critiquer les puissants lorsque ceux-ci ne rechignent devant rien ou presque pour vous faire taire, n’est ce pas là le signe de l’inconscience ? Peut être. Mais rien n’a jamais changé sans cette inconscience là.

Soulaimane est-il innocent des crimes dont l’accuse l’Etat? J’en suis persuadé. Mais ma conviction n’a aucune importance. Ce qui en a, c’est le comportement du complexe Judiciaro-Policier à son égard. En l’occurrence, La vindicte de l’Etat n’est pas seulement évidente, elle est ostentatoire.

Les tenants de notre ordre policier et judiciaire veulent que vous le sachiez : Les principes élémentaires du droit ne vous protégent pas lorsque vous les fâchez. L’injustice décomplexée de L’État n’est pas seulement un moyen pour condamner les critiques du régime. Elle en est aussi une fin.

Le traitement inique des affaires Soulaimane Raissouni, Omar Radi, Nacer Zefzafi est un message en soi.

S’élever contre le sort fait à ces éclaireurs de la liberté signifie notre rejet de ce message. Notre refus que la Loi soit un outil de répression aux bénéfices des puissants plutôt qu’un instrument de Justice équitable.

Aboubakr Jamaï

 

samedi 21 mai 2022

Le site Qantara interviewe Sultana Khaya


Conflit du Sahara occidental : 

« Un jour nous serons libres »

Sultana Khaya, 41 ans, résiste pacifiquement depuis de nombreuses années à l’occupation marocaine du Sahara occidental. En raison de sa campagne pour affirmer l’autodétermination du peuple sahraoui, elle a été agressée et violée. Elle est assignée à résidence depuis plus d’un an. Interview d’Elisa Rheinheimer.

Mme Khaya, vous êtes assignée à résidence depuis novembre 2020 ; les forces de sécurité marocaines vous empêchent de quitter la maison. Vous a-t-on donné une raison à cela ?

Sultana Khaya : Non. Aujourd’hui, c’est le 487e jour que l’on m’empêche de quitter la maison que je partage avec ma mère et ma sœur. Le gouvernement marocain a déclaré aux organisations de défense des droits humains que je n’étais pas assigné à résidence. Mais si j’essaie de sortir, je suis battu. Au cours des premiers mois, des hommes en uniforme militaire étaient positionnés autour de la maison, mais depuis février 2021, ce sont des policiers en civil. Il y a un changement d’équipe toutes les 12 heures. Quand les gens voulaient nous rendre visite, on les empêchait d’entrer dans la maison. Cela n’a changé que le 16 mars 2022, lorsqu’un groupe de militants américains des droits de l’homme a réussi à y accéder.

En quoi cela vous affecte-t-il d’être enfermé tout le temps ? Avez-vous développé des routines pour le rendre plus supportable ?

Khaya : Tous les jours entre 12h30 et 14h, ma sœur et moi organisons une « démonstration » sur le toit de notre maison. Pendant un quart d’heure, nous agitons le drapeau sahraoui pour symboliser notre campagne d’autodétermination. Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, nous sommes là-haut. Nous le filmons et le diffusons dans le monde. C’est une façon pour nous de montrer que la résistance pacifique sahraouie continue . Je le fais au nom de toutes les femmes sahraouies.

Comment les forces de sécurité marocaines réagissent-elles à cela ?

Khaya : Bien sûr, ils font ce qu’ils peuvent pour l’arrêter. Pour eux, c’est un scandale si notre drapeau flotte dans les territoires occupés qu’ils considèrent comme leur nation. Ils viennent tôt le matin ou tard le soir. Puis ils ont défoncé la porte dans une démonstration de force, nous ont ligotés, nous ont pelotés. En décembre, ils ont placé un coton imbibé sur mon visage et j’ai perdu connaissance. Et la dernière fois qu’ils m’ont injecté quelque chose ; Je ne sais pas ce que c’était. Le pire, c’est juste avant qu’ils n’arrivent : la peur au moment où je les entends défoncer la porte.

Harcèlement quotidien par les gardes marocains. Comment gérez-vous votre quotidien dans ces circonstances ?

Khaya : Notre alimentation électrique est sévèrement restreinte depuis avril 2021. Nous utilisons un réchaud de camping, du gaz et un pack de recharge pour le téléphone portable qui dure un certain temps sans électricité. Depuis qu’ils nous ont coupé le courant, le frigo ne marche pas non plus. Ma mère de 86 ans est la seule de nous trois autorisée à quitter la maison, elle doit donc faire ses courses tous les jours.

Elle apporte également 10 litres d’eau. Ce n’est pas beaucoup pour nous trois pour cuisiner et se laver. Mais elle ne pourrait plus en porter. Il est très difficile de se procurer des médicaments. La seule façon d’en obtenir est secrètement par l’intermédiaire d’amis. Et s’ils la trouvent en la fouillant, elle est confisquée. Ils nous enlèveraient notre dernier paracétamol.

Vous êtes présidente de la Ligue de défense des droits de l’homme. Dans quel genre de choses étiez-vous impliquée avant d’être détenue ?

Khaya : Depuis 2005, je suis engagé dans l’intifada pacifique de la liberté et de
l’indépendance. Mais ce que je fais n’a rien de spécial ; c’est ce que font la plupart des femmes sahraouies : résister à la répression et à l’occupation de manière non violente . Nous sommes torturés, mais nous n’abandonnons pas. Parce que j’ai été déplacé de ma patrie et qu’il n’y a pas d’universités dans les territoires occupés, j’ai décidé d’aller au Maroc pour étudier le français.

Là-bas, j’ai participé à une manif pour le Sahara Occidental à l’université – après tout il y a aussi des Marocains qui sont de notre côté. Peu nombreux, la plupart des Marocains ne sont pas intéressés ou ont peur de leur propre régime. Mais il y en a quelques-uns, et un parti marocain de gauche soutient également le droit sahraoui à l’autodétermination. Lors de cette manifestation, j’ai été attaqué si violemment par un homme que j’ai perdu mon œil gauche.

Mais ils n’ont pas jugé l’agresseur, l’homme qui m’a volé mon œil, mais ils m’ont jeté en prison ! Depuis huit mois. Je ne peux pas dire combien de fois mes côtes ont été cassées. Certains de mes associés ont été détenus pendant un an et deux co-manifestants marocains sont morts.

Avez-vous envisagé de quitter votre pays d’origine et de demander l’asile ?

Khaya : Je ne ferais jamais ça. Je souffre énormément, mais pas plus que les femmes sahraouies ne souffrent depuis 40 ans. Je n’ai pas l’intention de quitter le pays. Je veux vivre et mourir ici. J’étais dans un hôpital de Barcelone, où j’ai reçu une prothèse oculaire, et j’avais un permis de séjour en Espagne. Mais en novembre 2020, j’ai décidé de retourner dans les territoires occupés. Un jour plus tard, ils m’ont placé en résidence surveillée. Les Marocains espèrent pouvoir me faire taire. Mais ils ont réussi le contraire.

« Auparavant, je serais mort depuis longtemps »

Comment menez-vous votre travail maintenant, malgré l’assignation à résidence ?

Khaya : Grâce aux nouveaux médias et systèmes de communication, je suis en contact étroit avec d’autres militants. Malgré tous les problèmes techniques – par exemple, lorsque les forces de sécurité m’ont pris mon ordinateur portable et mon téléphone portable – cela fonctionne dans une certaine mesure. Je suis conscient que les Marocains sont toujours à l’écoute. Même maintenant, lors de cette interview, nous ne sommes probablement pas seuls. Mais Internet me permet de rester en contact avec le monde extérieur.

Cela a aussi une fonction de protection pour moi. Autrefois, je serais mort depuis longtemps. Début décembre, ils sont venus et ont scellé la porte du toit pour nous empêcher de monter là-haut pour notre manifestation quotidienne contre le drapeau. « C’est fini avec le toit maintenant », m’ont-ils dit. Mais nous avons utilisé des pierres pour faire un petit trou dans le mur et nous en sortons. Non, ce n’est pas fini et ce ne sera pas fini.

On ne nous refusera pas l’air à respirer. Les viols, la répression, je ne pense pas que cela soit dû à la méchanceté personnelle des individus, mais au calcul politique de la puissance occupante. Je ne crois pas que les hommes qui entrent par effraction ici soient contre moi personnellement, mais ils ne me le font que parce que je suis sahraoui. Ils font ça pour nous humilier tous.

Les Sahraouis protestent pacifiquement contre l’occupation depuis des décennies. Est-ce que ça change maintenant ?

Khaya : Les Sahraouis ont fait preuve d’une grande patience. Leurs réserves de patience ne sont pas encore épuisées. La lutte pacifique pour la terre vaut toujours la peine. Malgré la souffrance et les difficultés, en tant que femme dans les territoires occupés, je crois que la voie pacifique est la meilleure. Mais les Sahraouis de l’autre côté, en exil algérien, ont décidé de lancer une campagne armée.

Les Sahraouis se sentent abandonnés par le monde
Vous faites référence à la fin du cessez-le-feu par le Polisario, le mouvement de libération sahraoui basé dans la ville algérienne de Tindouf, en novembre 2020…

Khaya : Oui, le Polisario a démontré que le Maroc et le monde ne peuvent tout simplement pas continuer comme ils sont. Les combattants de la libération sont toujours là – et ils sont prêts à se battre. C’est aussi compréhensible, après que les 40 années de résistance pacifique n’aient abouti à rien. Le référendum promis à nous Sahraouis par l’ONU n’a pour l’instant pas eu lieu. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une attention internationale.

Les Nations Unies doivent veiller à ce que les droits de l’homme soient respectés ici – ils sont bafoués chaque jour. Si la communauté internationale continue à regarder sans rien faire, je ne sais pas combien de temps encore les choses resteront pacifiques. Nous nous sentons abandonnés par le monde. Ce que je demande à l’ONU et à la communauté internationale n’est pas grand-chose : reconnaître que nous vivons sous une puissance occupante. Veiller à ce que nos droits humains soient respectés et que nous puissions vivre dans la dignité.

Le nouveau gouvernement allemand s’efforce de normaliser les relations avec le Maroc. Si vous pouviez rencontrer la ministre allemande des Affaires étrangères, que lui diriez-vous ?

Khaya : Je lui dirais : s’il vous plaît, ne participez pas aux crimes de l’occupation, à l’exploitation illégale de nos ressources naturelles et aux violations des droits de l’homme. Des relations normales avec le Maroc sont une bonne chose – mais pas à nos dépens. Notre demande d’autodétermination est légitime. Soit l’Allemagne se tient du côté de la justice – et c’est notre côté – soit elle reste en dehors, mais ne soutient pas le Maroc.

Il y a un nouvel envoyé personnel des Nations Unies au Sahara occidental, Staffan de Mistura. Êtes-vous optimiste quant à sa capacité à faire bouger les choses ?

Khaya : Il fera certainement de son mieux, comme tous ses prédécesseurs. Mais s’il peut réellement faire quelque chose, c’est discutable. La MINURSO , la mission de l’ONU chargée de préparer un référendum sur le statut du Sahara occidental, est en place depuis 30 ans – mais elle ne nous protège pas. C’est une partie du problème, pas la solution. La solution ne se trouve pas avec une personne comme de Mistura, mais cette pression internationale est appliquée sur le régime d’occupation marocain. Mais la dernière décision de l’Espagne de se ranger du côté du Maroc montre le contraire.

« L’Espagne a vendu nos terres au Maroc et à la Mauritanie »

Le 18 mars, l’Espagne a fait volte-face dans sa politique sur le Sahara Occidental et soutient désormais le projet marocain de faire du territoire une province autonome sous souveraineté marocaine…

Khaya : La nouvelle position du gouvernement espagnol m’a moins surpris qu’il ne m’a déçu. Le 14 novembre 1975, l’Espagne a illégalement vendu nos terres au Maroc et à la Mauritanie et nous a trompés. Et maintenant, en 2022, le gouvernement espagnol a fait de même. La volte-face espagnole me fait mal ainsi qu’à de nombreux sahraouis. Mais je suis absolument convaincu que ni l’Espagne, ni les États-Unis, ni aucun autre pays n’ont le droit de décider de notre avenir. Nous déterminerons notre propre destin !

Qu’est-ce qui vous donne la force et l’espoir de continuer ?

Khaya : La prochaine génération ne devrait plus avoir à vivre comme moi, confrontée à la torture, au racisme, aux traitements injustes. Cela doit cesser. C’est pour cela que je me bats – chaque jour. Et les femmes sahraouies sont très patientes et tenaces. C’est dans notre sang. Même ma mère de 86 ans se bat toujours. Nous défendons ce qui est juste. Nous opprimer est mal. Je suis certain qu’un jour, le Sahara Occidental sera libre. Aujourd’hui, demain ou dans 100 ans, la justice prévaudra. Je ne sais pas si je serai là pour en faire l’expérience moi-même, mais un jour cela arrivera et cette pensée me remplit de joie.

Entretien réalisé par Elisa Rheinheimer

© Qantara.fr 2022

Traduit de l’allemand par Nina Coon

Qantara, 18 mai 2022


samedi 11 décembre 2021

Bruxelles : méga-prison et justice à l’envers


Par Luk Vervaet, 1/12/2021

Co-signé par Laurent Moulin, Ana Navarro, Jean-Baptiste Godinot, Elisabeth Grimmer,  Rnesto Moreno,  Stéphanie Guilmain, Camille Seilles

C’est une affaire qui dure depuis six ans.

Le 20 mai 2015, une quinzaine de manifestants, armés de… banderoles, entrent dans la Régie des bâtiments pour crier leur opposition à la construction de la maxi-prison à Haren. Lors de l’action, dans un moment de colère, un manifestant donne un coup de poing sur la maquette de la future prison, exposée dans le hall d’entrée. Elle est cassée. Ce n’était pas l’objectif de cette action. Sinon les manifestants s’en seraient sans aucune doute pris autrement ; ils n’auraient pas fait une manifestation publique avec des calicots, et ce en présence d’un public nombreux.

Mais la machine policière et judiciaire se met immédiatement en marche.

Condamnés pour être présents !

Quatre des manifestants sont identifiés grâce à des caméras. Les images ne montrent pas qu’ils sont en train de s’en prendre à la maquette, mais témoignent uniquement de leur présence à la manifestation. En 2018, la justice frappe ces jeunes à coups de bâton : ils sont condamnés à dix mois de prison avec un sursis de trois ans pour « destruction de bien mobilier en bande ».

Ce n’est pas fini.

Trois ans plus tard, le 1er octobre 2021, un tribunal prononce le verdict pour le volet civil de l'affaire. Les quatre sont condamnés à rembourser 43 000 euros à la Régie des bâtiments, propriétaire de la maquette.

Vous avez bien lu : 10 mois de prison et 43 000 euros pour une maquette, une peine à la mesure du projet mégalomane de Haren. Dans ce verdict, il ne s’agit pas de frais de réparation pour une personne blessée, ni pour un bâtiment abimé, ni non plus pour un mur de prison vandalisé, mais uniquement d’une maquette publicitaire, qui ne servait à rien d’autre que ça, vu que les plans avaient déjà été approuvés. La vraie destruction, elle, celle du site du Keelbeek, soit 18 hectares de terre agricole et de nature, avait bel et bien commencé.

Justice de la vengeance, justice de classe

Nous assistons à une justice de la vengeance. Elle vise à réduire au silence toute tentative d’opposition à l’ouverture de la maxi-prison prévue pour septembre 2022. À une justice qui définit la culpabilité, non pas sur base d’avoir commis une infraction ou un délit, mais sur base de la présence de la personne, de son « association » avec d’autres. La justice belge agit comme en Angleterre où la loi baptisée « Joint entreprise » permet à la justice de « condamner des personnes à de lourdes peines pour quelque chose qu’elles n’ont pas fait, qu’elles n’ont pas prévu, qu’elles n’avaient pas l’intention de faire, qu’elles ont souvent même essayé d’empêcher, leur présence sur les lieux étant suffisante pour les rendre coupables »[1]. Une justice de classe et partiale, où les juges ont clairement fait savoir que, contrairement à beaucoup de leurs collègues, ils étaient en faveur de la construction de la méga-prison. Les quatre inculpés ont été traités comme des moins que rien, des marginaux, des hors-la-loi dont l’avenir doit être hypothéqué ou brisé, en les condamnant à des peines de prison et à un montant, sans doute dérisoire aux yeux de ces juges bien payés, mais qui mène ces jeunes à la ruine.

jeudi 12 août 2021

La pression internationale s'est accrue sur le Maroc pour cesser la répression au Sahara occidental

La pression internationale s'est accrue sur le Maroc afin de cesser sa répression des civils et militants des droits humains sahraouis dans les territoires occupés du Sahara occidental, indique Crisis Group.

Le groupe international a souligné dans son rapport de juillet que la pression internationale vise à contraindre l'occupant marocain à arrêter la répression des Sahraouis, qui s'est considérablement intensifiée après la reprise de la lutte armée au Sahara occidental à la mi-novembre.

Le rapport note en outre, que la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme, Mary Lowlor, avait appelé, début juillet dernier, le régime marocain à "cesser de cibler les défenseurs des droits de l'Homme et les journalistes qui défendent les questions de droits humains au Sahara occidental occupé et au Maroc, et leur permettre de travailler sans représailles". 

La responsable de l'ONU, ajoute le rapport, a condamné les traitements cruels, inhumains et dégradants et la torture infligés aux militants et prisonniers sahraouis.

Le rapport se référant sur les données d'Amnesty international, souligne l’escalade de la répression contre les militants en faveur du droits du peuple sahraoui à l’autodétermination, signalant 22 violations des droits de l'Homme commises par des agents de l'occupation marocaine à l’encontre des militants des droits de l’homme sahraouis.

 

lundi 12 juillet 2021

L'occupation marocaine poursuit le siège imposé au domicile de la militante sahraouie Sultana Khaya

L'occupation marocaine poursuit le siège imposé au domicile de la militante sahraouie Sultana Khaya

BOUDJDOUR OCCUPEE- L'occupation marocaine poursuit, depuis le 19 novembre dernier, le siège imposé au domicile de la militante sahraouie, Sultana Khaya, privé d'électricité depuis 70 jours, selon des rapports sahraouis.

Les forces de répression marocaines encerclent le domicile de la militante sahraouie et interdisent aux Sahraouis d'y accéder pour rendre visite à la famille soumise au blocus, a indiqué l'Agence de presse sahraouie (SPS).

Sultana Khaya et sa famille sont privés d'électricité depuis 70 jours, précise-t-on de même source.

Un siège est imposé, depuis plus de 7 mois, au domicile de la militante Sultana Khaya dans la ville de Boudjdour occupée.

Ces agressions et ces violations n'entameront pas la volonté de la famille à poursuivre son combat et de hisser haut le drapeau sahraoui, selon des rapports des droits de l'Homme.

Depuis son assignation à résidence, la militante sahraouie Sultana Khaya a été victime de plusieurs tentatives de liquidation physique, la dernière en date vendredi. Elle subit des "agressions successives" depuis que sa maison a été attaquée, le 13 février dernier, par jets de pierres, lui causant une blessure grave à l'œil droit et au visage".

La campagne nationale et internationale se poursuit pour lever le siège imposé à la famille de Khaya.

Les réactions des organisations, des organismes internationaux et des rapporteurs onusiens se succèdent pour dénoncer les pratiques exercées par le Maroc contre la militante sahraouie Sultana Sid Brahim et sa famille ainsi que tous les militants sahraouis dans la partie occupée du Sahara occidental.

La situation des droits de l'Homme au Sahara occidental s'est dégradée davantage depuis la violation de l'accord du cessez-le-feu le 13 novembre dernier par le Maroc.


jeudi 11 février 2021

Omar Brouksy : Au Maroc « nous sommes tous en liberté provisoire »

Le royaume de la peur. Au Maroc « nous sommes tous en liberté provisoire »

Entretien avec le journaliste universitaire Omar Brouksy. L’allergie du roi aux voix critiques, après l’arrestation de son ami et collègue Mâati Monjib. « La pression du régime Mohammed VI est constante: imaginez, un chef d’Etat aux pouvoirs absolus qui passe son temps à réfléchir à la façon de faire taire un journaliste … »

«C’est le roi qui a un problème avec la liberté d’expression et d’information, pas le Maroc». Omar Brouksy, journaliste, écrivain et professeur de science politique, réfugié à Paris, commente l’arrestation de son collègue et ami Maâti Monjib , qui a eu lieu à Rabat le 29 décembre dernier. «Nous sommes tous en probation et cette fois c’était son tour», dit-il. Un arrêt qui était dans l’air. Monjib est un intellectuel qui a dénoncé les contradictions du pays et l’a fait en franchissant les frontières nationales avec des publications en anglais et en français: « Pour un pouvoir anti-démocratique qui ne respecte pas les droits de l’homme, son profil est inquiétant ».

Avez-vous également risqué d’être arrêté dans le passé?

Nous sommes amis avec Mâati Monjib depuis plus de 15 ans: il a collaboré avec le Weekly Journal, un magazine indépendant dont j’étais le rédacteur en chef, et qui a été fermé en 2010 en raison d’une longue asphyxie financière menée par le Palace et l’entourage royal. J’ai toujours été et continue d’être sous la pression du régime Mohammed VI, mais la pression était plus forte lorsque j’étais journaliste à l’Agence France Presse: le roi avait décidé de ne pas m’accorder de carte de presse pour m’empêcher de travailler dans mon pays. Imaginez: un chef d’Etat au pouvoir absolu qui passe son temps à réfléchir à la façon de faire taire un journaliste… Évidemment le but du bâtiment était de me pousser à quitter le Maroc, comme avec ses collègues Aboubakr Jamai et Ali Lmrabet. En 2013, l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa,  a explicitement demandé à Emmanuel Hoog, alors PDG de l’AFP, de me déplacer. Mais ce dernier a gentiment répondu que j’étais un journaliste à part entière à l’AFP, bureau de Rabat. Je continue d’être à plusieurs reprises insulté et vilipendé par la presse proche du régime et de sa police politique à cause de mes articles publiés par le site d’information et d’analyse orientxxi.info.

Pourquoi Monjib a-t-il été arrêté? Avec quelles accusations?

C’est une arrestation qui m’a choqué et attristé, mais pas surpris. Il ne faut pas oublier que depuis des années, il est harcelé par la justice marocaine. Il est accusé de «mise en danger de la sécurité intérieure de L’État» dans un procès qui dure depuis 2015 et est à chaque fois reporté car les juges n’ont rien sur lui. Ainsi l’arrestation pour des raisons absurdes, le blanchiment d’argent, qui paraissait inimaginable étant donné la stature de Monjib, est le résultat de cette campagne contre un intellectuel bien connu et honnête.

Pourquoi Monjiib est-il considéré comme une voix maladroite?

Mâati Monjib parle couramment l’arabe, l’anglais et le français, écrit des articles approfondis, des articles académiques et journalistiques dans un style clair et fluide, ses idées sont cohérentes et bien argumentées. Ce n’est pas un extrémiste mais il critique les aspects sensibles, les abus de pouvoir, le manque de démocratie, les injustices sociales, les inégalités, les abus de la police politique… De plus, Mâati est crédible aux yeux des organisations internationales, des médias et des ONG. Il a participé à la formation de plusieurs journalistes et militants des droits humains. .

De nombreux dissidents ont-ils été arrêtés pour des motifs sexuels, une affaire ou un instrument du Royaume?

En politique, et plus encore dans un régime quasi dictatorial, il n’y a pas d’accident, tout est calculé et tous les moyens sont bons pour affaiblir les voix dissonantes. Le Maroc est en lock-out depuis mars 2020. Politiquement, c’est un avantage pour un régime comme le régime marocain: aucune manifestation pacifique n’est tolérée à cause de la pandémie, aucune forme de protestation en soutien aux journalistes démocratiques arrêtés par une justice loin d’être indépendante. Pour Mâati Monjib, comme il l’a dit lui-même, le régime a décidé de l’arrêter après n’avoir rien trouvé à lui reprocher en termes de morale et de vie privée. Ils ont donc trouvé ce prétexte de «blanchiment d’argent», qui devrait généralement concerner de l’argent dont l’origine est sale: trafic de drogue, prostitution ou réseaux d’exploitation.

Pourquoi le roi a-t-il ce problème, est-ce qu’il a peur de la liberté d’expression et d’information?

Pour le comprendre, il suffit de regarder son statut et ses pouvoirs absolus. Le roi est considéré comme le commandant des croyants, un statut qui le présente comme le représentant de Dieu sur terre. C’est aussi un chef d’État aux pouvoirs presque illimités. Il est également un homme d’affaires prospère et un chef militaire. Critiquer de manière indépendante et convaincante un tel personnage revient à remettre en question tous ces statuts et pouvoirs qui servent à impressionner le Marocain moyen et à créer en lui un sentiment de peur permanente, une peur presque institutionnalisée.

Les puissances occidentales semblent cependant ne pas remarquer, quels sont les intérêts qui empêchent la dénonciation et la condamnation internationale de ces abus?

Nous sommes spécifiques. Le pays qui incarne le plus cette connivence malsaine avec les régimes autoritaires et les dictatures est sans aucun doute la France. Paris n’a pas encore pleuré son passé colonial. Les gouvernements français perçoivent toujours les habitants des pays d’Afrique du Nord comme des autochtones et non comme des citoyens qui aspirent également à une démocratisation effective de leurs institutions. Rappelez-vous la phrase de Jacques Chirac: « La démocratie pour les pays africains est un luxe ». Et le président Sarkozy avec son « homme africain n’a pas fait assez d’histoire ». Le dernier acte qui met la France et les valeurs qu’elle prétend défendre est de faire honte à l’accueil de Macron au dictateur égyptien Al-Sissi. La complicité entre la France et la monarchie marocaine est plus profonde et plus subtile puisqu’il y a une connivence financière, politique et même culturelle entre l’élite française de gauche et de droite et le palais royal. Depuis le déclenchement de la répression du mouvement Hirak dans le Rif marocain, aucun homme politique français n’a eu le courage de commenter l’arrestation de citoyens pacifiques, avec des peines allant jusqu’à 20 ans de prison.

Lire : moroccomail.fr/2021/02/03/omar-brouksy-au-maroc-nous-sommes-tous-en-liberte-provisoire

Avant d’être arrêté, Monjiib avait participé à une manifestation contre la normalisation des relations avec Israël: la goutte qui a brisé le dos du chameau?

Je ne crois pas. Mâati était dans le viseur des autorités depuis des années. L’atmosphère de la pandémie et ses récentes critiques de l’emprise toujours plus serrée de la police politique et de son chef, Abdellatif Hammouchi, sur la vie politique et la sécurité, ont été les gouttes qui ont brisé un réservoir déjà plein. Il faut dire que ces dernières années Hammouchi, déjà mis en cause par la justice française pour « complicité de torture », est devenu une figure sacrée comme le roi, un intouchable, et son influence sur les décisions politiques au plus haut niveau a pris beaucoup d’élan.

L’hétérogénéité de la société marocaine risque-t-elle de se retrouver sans voix?

Il est déjà sans voix. Après la fermeture du Journal hebdomadaire, il n’y a plus de journaux indépendants. La grande diversité quantitative (plus de 4 mille sites) ne se traduit pas par une diversité éditoriale. Les articles et la gestion des informations sont étonnamment similaires, comme s’ils avaient été écrits par la même personne.

Quel avenir pour le Maroc ?

Seul Dieu, s’il existe, le sait. Nous sommes tous en liberté provisoire.

Il Manifesto, 2 fév 2021



dimanche 17 janvier 2021

Sahara Occidental : L’occupant marocain sème la terreur



GRAVE SITUATION DANS LES VILLES SAHRAOUIES OCCUPÉES : L’occupant marocain sème la terreur

Le ministre sahraoui des territoires occupés et des communautés sahraouies à l’étranger, Mohamed El-Ouali Akik, a qualifié jeudi de « très grave » la situation prévalant dans les villes et les territoires sahraouis occupés, en raison des « pratiques répressives et de la terreur semée par les forces d’occupation marocaines ».

Il a exhorté les organisations internationales des droits de l’Homme à intervenir en urgence pour protéger le peuple sahraoui en cette période difficile. Depuis sa violation abjecte de l’accord de cessez-le-feu le 13 novembre dernier, « le Maroc durcit, de jour en jour, le blocus imposé aux villes sahraouies occupées », a déclaré M. El-Ouali Akik, estimant que les civils sahraouis, désarmés, « payent aujourd’hui le prix des grandes victoires réalisées sur le terrain par leur armée pour recouvrer la souveraineté sur l’ensemble des territoires sahraouis occupés ». Il a ajouté que « la situation est très grave, en raison de la pression et du blocus imposé en interne et en externe aux villes sahraouies occupées, de par le recours à tous les moyens répressifs et à la terreur pour effrayer les civils désarmés qui vivent dans une grande prison ». 

« Les familles sahraouies vivent dans l’épouvante, en raison des pratiques horrifiantes des forces d’occupation », d’autant que les autorités marocaines « profitent de la conjoncture sanitaire induite par la pandémie du nouveau coronavirus pour imposer leur diktat aux citoyens et leur interdire de circuler », a indiqué le ministre sahraoui, relevant le grand impact psychologique de cette situation sur les familles sahraouies. « Ce qui est encore plus grave, c’est que les forces d’occupation s’en prennent désormais aux familles, à travers les coupures intermittentes d’électricité », et si jamais ces dernières songeaient à sortir « elles sont persécutées », poursuit le responsable sahraoui. Il a déploré, en outre, le traitement abusif infligé aux jeunes sahraouis, « réprimés et pourchassés dans les rues, puis arrêtés et soumis aux tortures et aux interrogatoires ». 

Concernant les détenus sahraouis dans les geôles marocaines, M. El-Ouali Akik a souligné que ces derniers qui « vivent dans des mauvaises conditions sont privées des visites de leurs familles ». Il a déploré les pratiques auxquelles s’adonne la communauté internationale, notamment les instances spécialisées dans les droits de l’homme en continuant à ignorer la situation au Sahara occidental occupé en dépit des pactes internationaux relatifs à la protection des civils désarmés durant les guerres. « Ce qui se passe dans les territoires sahraouis occupés est une guerre au sens propre du terme. Rien n’empêche ces instances d’assumer leurs responsabilités et défendre les innocents et les civils désarmés dans les zones de guerre », a-t-il ajouté. 

Le ministre sahraoui a appelé la communauté internationale, les instances et les peuples à travers le monde à soutenir le peuple sahraoui dans sa lutte légitime contre l’occupant marocain, réaffirmant que le peuple sahraoui ne renoncera jamais à son droit à l’organisation d’un référendum d’autodétermination libre, régulier et transparent ».