2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mercredi 23 juillet 2025

Appel sur les violations commises contre les habitants de la province de Soueïda par le pouvoir de fait à Damas

نداء حول الانتهاكات بحق أهالي محافظة السويداء من قبل سلطة الأمر الواقع في دمشق  (١١ لغات)

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dimanche 20 juillet 2025

Soueïda assiégée : le nettoyage ethnique des Druzes de Syrie
Appel urgent – Juillet 2025

عربية English Español

Traduit par Tlaxcala

Cette déclaration est émise par une coalition d'étudiants, de chercheurs et d'activistes druzes d’Amérique du Nord (Canada, USA et Mexique).
Nous nous exprimons en tant que membres de la diaspora ayant des liens familiaux et culturels directs avec Soueïda, et nous refusons de rester silencieux face à cette campagne de nettoyage ethnique contre notre peuple. Contact

Le 15 juillet 2025, les forces du gouvernement intérimaire syrien dirigées par Ahmed al-Charaa, connu des Syriens sous le nom d’Abou Mohammad al-Jolani — ancien commandant de la branche syrienne d’Al Qaïda et ancien affilié de l’État islamique — ont lancé une offensive de grande ampleur contre la ville à majorité druze de Soueïda.

Cette opération, présentée comme une mission visant à « rétablir l’ordre » et à faire respecter « la sécurité dans la province », fut en réalité le début d’un massacre sectaire minutieusement planifié. En l’espace de quatre jours, ce qui s’est déroulé fut un nettoyage ethnique orchestré de la population druze, mené par des forces djihadistes alignées sur l’État et soutenues par les mêmes individus qui avaient déjà dirigé des escadrons de la mort sous des bannières extrémistes.

Massacres et assassinats ciblés de civils

De nombreux rapports crédibles et témoignages directs confirment que les forces gouvernementales syriennes et les milices alliées ont exécuté des civils druzes chez eux et dans les rues. L’un des épisodes les plus atroces fut le meurtre de 12 à 15 civils druzes non armés, rassemblés dans la maison d’hôtes de la famille Radwan, tués à bout portant. Dans un autre cas, six hommes druzes ont été sommairement exécutés devant chez eux.

Selon Sky News, Reuters et The Guardian, les exécutions sur le terrain furent généralisées et les victimes incluaient des femmes, des enfants et du personnel médical. Dès le premier jour du massacre, le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR) confirmait au moins 321 morts civils, dont des enfants de seulement 18 mois, tués devant leurs familles. Certains furent mutilés, violés ou décapités. Des hommes druzes furent humiliés, des religieux tournés en dérision, et des captifs forcés de renier leur foi avant d’être exécutés. Dans une vidéo authentifiée, des hommes druzes sont jetés d’un balcon puis abattus en plein vol — un crime de guerre filmé.

Alors que les premiers rapports évoquaient des centaines de morts entre le 13 et le 18 juillet 2025, le bilan réel dépasserait désormais les 1 000 victimes, et continue d’augmenter. De nombreux corps restent introuvables, enterrés dans des fosses communes ou méconnaissables du fait des destructions et du ciblage systématique des familles.

Ville coupée du monde

Le régime intérimaire syrien a coupé l’électricité, l’eau et les communications, transformant Soueïda en une prison à ciel ouvert. Le HCR et d’autres organisations humanitaires ont indiqué ne pas pouvoir accéder à la ville, bloquées qu’elles étaient par les tirs et les barrages. Les hôpitaux étaient submergés, avec plus de 200 corps entassés dans les morgues et les couloirs. L’hôpital national de Soueïda a été pris d’assaut par des combattants armés, qui y ont ouvert le feu, détruit les équipements et tué le personnel. À ce jour, seuls quelques centres de santé locaux restent fonctionnels, les principaux hôpitaux ayant été bombardés.

La nourriture s’est épuisée. Les nourrissons n’avaient plus de lait. Les magasins ont été vidés et pillés par des milices tribales alliées au régime. Des quartiers entiers ont été réduits en cendres. Au 18 juillet, on estimait entre 25 000 et 60 000 personnes déplacées, beaucoup sans abri ni vivres. Les efforts de secours ont été délibérément entravés.

Des preuves documentées

Les médias internationaux Reuters, The Guardian, Associated Press, Sky News, et le Times of Israel ont confirmé les atrocités à l’aide de reportages sur le terrain, de vidéos, et de témoignages de survivants.

Le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR) et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR) ont tous deux qualifié cette opération de campagne de nettoyage sectaire, le SNHR la décrivant comme « l’un des massacres les plus marquants de nettoyage ethnique et religieux de l’histoire récente de la Syrie ».

Même Ahmed al-Charaa, président autoproclamé du gouvernement intérimaire syrien, a reconnu que des crimes avaient eu lieu, mais a rejeté la faute sur des “groupes hors-la-loi” non identifiés, malgré les preuves accablantes impliquant ses propres combattants, issus pour beaucoup d’anciens réseaux djihadistes et déjà connus pour leurs crimes de guerre.

Le monde ne peut détourner le regard. Nous exigeons :

● Une enquête internationale formelle sur le massacre de Soueïda et des poursuites contre les responsables, y compris Ahmed al-Charaa (Jolani) et les membres de son commandement militaire.

● Un corridor humanitaire d’urgence via la Jordanie pour acheminer nourriture, eau et soins médicaux.

● La reconnaissance immédiate par l’ONU et les instances internationales que ce qui s’est produit à Soueïda constitue des crimes contre l’humanité et un acte de nettoyage ethnique.

Les Druzes de Soueïda ont déjà été menacés de génocide — ce n’est pas la première fois que leur sang est jugé dispensable. Mais aujourd’hui, leur massacre est filmé, documenté, et indéniable.

Si la communauté internationale reste passive, elle est complice.

 Emad Hajjaj

jeudi 17 juillet 2025

L’agression israélienne contre la Syrie fait avancer un plan vieux d’un siècle visant à embrigader les Druzes

L’article ci-dessous du chercheur palestino-usaméricain Joseph Massad, datant du mois de mai dernier, met en lumière la logique historique derrière la nouvelle attaque israélienne contre la Syrie

Joseph Massad, Midle East Eye, 6/5/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala 

De la Palestine de l’époque du mandat britannique à la Syrie post-Assad d’aujourd’hui, les dirigeants sionistes ont ciblé les communautés druzes pour fragmenter la société arabe et enraciner un ordre colonial de peuplement.


Des soldats israéliens empêchent une famille druze syrienne de s’approcher de la frontière près de Majdal Shams, sur le plateau du Golan occupé par Israël, le 3 mai 2025 (Jalaa Marey/AFP)

La semaine dernière (fin avril 2025), l’ armée israélienne a pris du temps sur son programme chargé d’extermination des Palestiniens de Gaza , de bombardement et de tirs sur les Palestiniens à travers la Cisjordanie, de bombardement du Liban et de lancement d’une série de bombardements sur le territoire syrien - dont la capitale Damas - pour lancer une série de bombardements très spéciaux .

Le dernier raid aérien visait ce qu’Israël a présenté comme « un groupe extrémiste » qui avait attaqué des membres de la communauté druze syrienne, qu’Israël avait « promis » de défendre en Syrie même.

Après la chute du régime de l’ancien président Bachar al-Assad provoquée en décembre dernier par Hay’at Tahrir al-Cham (HTS), ancienne branche d’Al-Qaïda, des violences sectaires liées à l’État ont éclaté contre  les Alaouites et les Druzes syriens . Les minorités religieuses se sentent assiégées et craignent de plus en plus l’avenir.

Malgré les assurances du président syrien  autoproclamé par intérim  et ancien commandant d’Al-Qaïda , Ahmed al-Charaa, selon lesquelles les minorités religieuses seraient protégées, le régime a déjà commencé à imposer des restrictions « islamistes sunnites » sur de nombreux aspects de la société, y compris  les programmes scolaires  et la ségrégation des sexes dans  les transports publics .

Pendant ce temps, la violence sectaire perpétrée par des groupes liés à l’État et des milices non étatiques persiste . 

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C’est dans le contexte de cette violence sectaire qu’Israël a vu une opportunité de poursuivre un programme que le mouvement sioniste poursuivait depuis les années 1920 : créer de nouveaux schismes, ou exploiter les schismes existants, entre les groupes religieux en Palestine et dans les pays arabes environnants, dans une stratégie classique de diviser pour mieux régner.

Cette politique israélienne continue vise à donner une plus grande légitimité à la prétendue raison d’être d’Israël – non pas en tant que colonie sioniste européenne servant les intérêts impériaux européens et usaméricains, mais en tant qu’État sectaire religieux dont le modèle devrait être reproduit dans tout le Moyen-Orient, en divisant les groupes religieux autochtones en petits États distincts pour « protéger » les minorités.

Plan sectaire

Israël estime que la normalisation des relations dans la région ne peut se faire que si de tels États sectaires sont créés, notamment au Liban et en Syrie.

Dès les années 1930, les dirigeants israéliens s’allièrent aux sectaires maronites libanais et, en 1946, ils signèrent un accord politique avec l’Église maronite sectaire.

Leur soutien ultérieur à des groupes chrétiens fascistes libanais, comme les Phalangistes – qui cherchaient à établir un État maronite au Liban – s’inscrivait dans les plans sionistes pour la communauté druze palestinienne. Cette stratégie a débuté dans les années 1920, lorsque les colons sionistes ont commencé à cibler la population druze palestinienne.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et suite au soutien britannique au colonialisme de peuplement sioniste en Palestine, les dirigeants sionistes ont lancé des efforts pour créer des divisions sectaires entre chrétiens et musulmans palestiniens.

Les Palestiniens, cependant, étaient unis dans leur opposition au sionisme et à l’occupation britannique à travers les « Associations musulmanes-chrétiennes », établies en 1918 comme instruments institutionnels d’unité nationale et de résistance au régime colonial.

Un projet sioniste connexe visait à isoler la petite communauté religieuse druze palestinienne afin de la cultiver comme un allié potentiel.

Au début du mandat britannique en 1922, les Druzes palestiniens étaient au nombre de 7 000 , vivant dans 18 villages à travers la Palestine et représentant moins d’un pour cent des 750 000 habitants du pays.

Mythologie coloniale

Les puissances coloniales s’appuyaient souvent sur des mythologies raciales pour diviser les populations autochtones. Alors que les Français affirmaient que les Berbères algériens descendaient des Gaulois pour les distinguer de leurs compatriotes arabes, les Britanniques présentaient les Druzes comme des descendants des Croisés, les décrivant comme une « race blanche plus ancienne » non arabe et « une race beaucoup plus propre et plus belle » que les autres Palestiniens, en raison de la prédominance de la peau claire et des yeux bleus parmi eux.

Bien que les Druzes aient été initialement considérés comme trop marginaux pour être embrigadés, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, les dirigeants sionistes ont mené une campagne concertée pour les intégrer.

Tout comme ils avaient exploité les rivalités entre les familles palestiniennes importantes de Jérusalem – les Husayni et les Nashashibi – les sionistes ont cherché à faire de même avec les Druzes, en encourageant le factionnalisme entre les Tarifet les Khayr , et en promouvant une identité sectaire particulariste.

Dans les années 1920, les autorités d’occupation britanniques ont instauré un système sectaire en Palestine pour servir la colonisation juive européenne – un système qui séparait la communauté druze palestinienne du reste du peuple palestinien. 

Aux côtés des sionistes, les Britanniques ont encouragé le factionnalisme et le communautarisme religieux – des efforts qui ont abouti à la fondation de la Druze Union Society sectaire en 1932, aux côtés de nouvelles sociétés musulmanes et chrétiennes orthodoxes formées à la même période dans le sillage de la politique britannique.

La même année, les efforts sionistes pour coopter les dirigeants druzes s’intensifient, se concentrant sur une faction en particulier et encourageant son sectarisme.

Cela provoqua des affrontements entre les différentes factions druzes en 1933, mais la famille nationaliste Tarif conserva son leadership et vainquit la faction collaborant avec les sionistes. Ces derniers espéraient que la cooptation des Druzes palestiniens ouvrirait la voie à des alliances avec les populations druzes plus importantes de Syrie et du Liban.

Tactiques anti-révolte

Dans la seconde moitié des années 1930, pendant la Grande Révolte palestinienne contre l’occupation britannique et la colonisation sioniste européenne (1936-1939), les sionistes et les Britanniques ont intensifié leur campagne sectaire pour empêcher les Palestiniens druzes de rejoindre le soulèvement anticolonial.

À cette fin, ils enrôlèrent Cheikh Hassan Abou Rukun , chef de faction druze du village palestinien d’Isfiya, à une époque où des Druzes de Palestine, de Syrie et du Liban avaient rejoint la révolte . En novembre 1938, Abou Rukun fut tué par les révolutionnaires palestiniens en tant que collaborateur, et son village fut attaqué pour expulser d’autres collaborateurs.

Les sionistes ont exploité son assassinat dans leur campagne sectaire visant à embrigader la communauté druze, affirmant qu’il était ciblé parce qu’il était druze plutôt que parce qu’il était un collaborateur.

En fait, pendant la révolte palestinienne, les révolutionnaires ont tué environ 1 000 collaborateurs palestiniens – la plupart d’entre eux étaient des musulmans sunnites, dont beaucoup étaient issus de familles importantes.

Alors même que les sionistes travaillaient assidûment à répandre le sectarisme parmi les communautés druzes de Palestine, de Syrie et du Liban, à la fin de 1937, ils prévoyaient simultanément d’expulser toute la population druze - alors au nombre de 10 000 personnes - de l’État juif projeté par la Commission Peel britannique , puisque tous les villages druzes se trouvaient à l’intérieur des frontières que celle-ci recommandait.

Pendant ce temps, les autorités d’occupation britanniques ont fait avancer leur projet sectaire en payant certains dirigeants druzes pour qu’ils s’abstiennent de participer à la révolte.

Schémas de transfert

En 1938, les sionistes établirent des relations avec le chef anticolonial druze syrien Sultan al-Attrache , dont la révolte de 1925-1927 contre le régime français avait été réprimée dix ans plus tôt. Ils proposèrent à al-Attrache le « plan de transfert » – l’expulsion de la communauté druze palestinienne, présentée comme un moyen de la protéger des attaques des révolutionnaires palestiniens.

Al-Attrache n’acceptait que la migration volontaire de ceux qui cherchaient refuge, mais refusait tout accord d’amitié avec les sionistes.

Pour atteindre al-Attrache, les sionistes ont fait appel à l’un de leurs contacts, Yusuf al-’Aysami , un ancien assistant druze syrien qui avait été en exil en Transjordanie dans les années 1930. Pendant son exil, il a rendu visite aux Druzes palestiniens et a établi des liens avec les sionistes.

En 1939, Haïm Weizmann, chef de l’Organisation sioniste, était favorable à l’idée d’expulser les Druzes. L’émigration « volontaire » de 10 000 Palestiniens – qui, selon lui, « seraient sans doute suivis dautres » – offrait une précieuse opportunité de faire progresser la colonisation européenne juive en Galilée, région du nord de la Palestine.

Le financement de l’achat de terres druzes ne se matérialisa cependant jamais. En 1940, la réconciliation entre certaines familles druzes et les révolutionnaires palestiniens allégea la pression sur les dirigeants druzes et ébranla le pari initial des sionistes sur la communauté.

En 1944, l’organisation de renseignement sioniste (alors connue sous le nom de « Shai ») et le syrien al-’Aysami ont élaboré un plan visant à transférer les Druzes en Transjordanie et à financer l’établissement de villages là-bas en échange de toutes les terres druzes en Palestine.

Les sionistes envoyèrent même une expédition d’exploration à l’est de Mafraq, en Transjordanie, pour mettre en œuvre le projet. Cependant, face à l’opposition des Druzes et des Britanniques, le projet échoua fin 1945. Néanmoins, en 1946, les sionistes réussirent à acquérir des terres appartenant aux Druzes en Palestine par l’intermédiaire de collaborateurs locaux.

Embrigadement

En décembre 1947, davantage de Druzes palestiniens rejoignirent la résistance, alors même que les sionistes et les collaborateurs druzes s’efforçaient de maintenir la neutralité de la communauté ou de la recruter du côté sioniste.

En fait, les Druzes de Syrie et du Liban ont rejoint la résistance palestinienne à la conquête sioniste en 1948.

En avril 1948, les combattants de la résistance druze palestinienne ont riposté contre la colonie juive de Ramat Yohanan en réponse à l’attaque d’un colon contre une patrouille druze et ont subi de lourdes pertes .

Cependant, malgré les victoires sionistes, la désertion et le désespoir parmi les combattants druzes ont donné aux agents de renseignement sionistes – parmi lesquels le leader sioniste ukrainien Moshe Dayan - et aux collaborateurs druzes l’occasion de recruter des transfuges druzes .

Lorsque la colonie israélienne fut établie en 1948, l’un de ses premiers actes fut d’institutionnaliser les divisions au sein du peuple palestinien en inventant des identités ethniques fictives, dessinées selon des lignes religieuses et sectaires.

À ce stade, l’État israélien a reconnu les Druzes palestiniens – alors au nombre de 15 000 – comme une secte religieuse « distincte » des autres musulmans et a établi des tribunaux religieux distincts pour eux.

Peu après, Israël a commencé à qualifier la population druze de « Druze » plutôt que d’« Arabe », tant sur le plan ethnique que national. Pourtant, à l’époque comme aujourd’hui, celle-ci a continué à subir la même discrimination raciale et l’oppression de type suprémaciste juif que tous les Palestiniens d’Israël, y compris l’ appropriation de leurs terres.

À ce moment-là, avec le soutien de l’État israélien, les collaborateurs druzes avaient pris le dessus au sein de la communauté. Certains de leurs dirigeants ont même appelé le gouvernement à enrôler des Druzes dans l’armée israélienne – une offre qu’Israël a dûment acceptée, même si les soldats druzes restent interdits de rejoindre les unités « sensibles ».

Résistance druze

Malgré la cooptation par l’État israélien de nombreux membres de la communauté druze, la résistance à la colonisation s’est poursuivie à un rythme soutenu.

Le poète druze palestinien Samih al-Qasim (1939-2014) demeure l’une des trois figures les plus célèbres du panthéon palestinien des poètes connus pour leur résistance au sionisme (les deux autres étant Tawfiq Zayyad et Mahmoud Darwish). Son œuvre est non seulement largement récitée dans la société palestinienne, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Palestine, mais nombre de ses poèmes ont été mis en musique par des chanteuses telles que Kamilya Jubran et Rim al-Banna .

Parmi les autres figures littéraires et universitaires druzes palestiniennes de premier plan à l’avant-garde de la résistance au sionisme et au colonialisme israélien figurent le romancier Salman Natour (1949-2016) ; le poète contemporain Sami Muhanna, qu’Israël a emprisonné à plusieurs reprises pour ses opinions politiques ; le regretté érudit Sulayman Bashir (1947-1991) qui a écrit sur l’histoire des relations de l’URSS avec le nationalisme palestinien et les « communistes » juifs sionistes ; et l’historien Kais Firro (1944-2019), connu pour ses histoires de la communauté druze.

La tentative actuelle d’Israël de coopter les dirigeants druzes syriens vise à reproduire ce qu’il a déjà réussi avec les collaborateurs druzes palestiniens.

Cependant, les dirigeants druzes syriens résistent à cette offensive israélienne en affirmant faire partie intégrante du peuple syrien, tout en condamnant la politique du nouveau régime « islamiste » et sectaire. 

Pourtant, la volonté d’Israël de détruire l’unité arabe reste intacte.

Lire aussi

La manipulation d’une minorité : l’intervention d’Israël dans l’identité druze, par Amos Barshad

lundi 26 mai 2025

HAYTHAM MANNA
Manifeste contre le fascisme djihadiste

« L’histoire humaine et la réalité contemporaine témoignent du fait que les êtres humains doivent se battre les uns contre les autres, quels que soient les raisons et les motifs de ce combat » : cette phrase résume la philosophie des djihadistes qui ont pris le pouvoir le 8 décembre 2024 à Damas. Il a suffi que leur chef mette un costume cravate pour recevoir la bénédiction de toutes les puissances impliquées dans la guerre de Syrie. Haytham Manna analyse dans ce livre la nature du nouveau régime syrien, qu’il qualifie tout simplement de fasciste.

Haytham Manna

Manifeste contre le fascisme djihadiste
Traduit de l’arabe par Tlaxcala
Collection erga omnes n° 12
Mai 2025
90 pages

Éditions The Glocal Workshop/L’Atelier Glocal

Classification Dewey: 915.69 - 956.9 – 321.9 - 327.16

 


Tout soutien bienvenu

 

 

mercredi 14 mai 2025

“La religion est à Dieu et la patrie est à tous” : en Syrie, le message de Sultan al-Attrache reste valable un siècle plus tard
Entretien avec Rim al-Attrache

Alors que les feux de l’actualité sont braqués sur la Syrie et que l’écrasante majorité des  « informations » circulant dans les médias internationaux sont produites par des personnes ignorant tout ou presque tout de l’histoire syrienne, il nous a semblé utile de donner la parole à  Rim al-Attrache, une habitante de Damas, descendante d’une longue lignée de combattants, pour qu’elle nous parle de son père Mansour (1925-2006) et de son grand-père Sultan Pacha (1888-1982), dont l’histoire peut éclairer l’état actuel du pays.

Propos recueillis par  Fausto GiudiceTlaxcala



 Rim, peux-tu vous présenter, toi et ta lignée ?

Dans l’introduction de mon premier roman, en arabe, intitulé « Jusqu’à la fin des temps », j’ai écrit ce qui suit : « Je suis une personne qui essaie de combiner l’islam et le christianisme dans son cœur, et je crois que la religion appartient à Dieu et que la patrie appartient à tous ».

 Un jour, l’avocat syrien Najat Qassab-Hassan, m’a posé cette question : Rim, quelle partie de toi est druze et quelle partie est chrétienne ? Je lui ai répondu sans la moindre hésitation : Je suis divisée, verticalement, en deux, et je peux déplacer mon cœur tantôt à droite, et tantôt à gauche. 

Zoukan (assis) et Sultan, 1910

Je suis l’arrière-petite-fille du martyr Zoukan al-Attrache, l’un des chefs de résistance contre les Turcs (1910). Il a été condamné à mort et exécuté s à la place Merjé, à Damas par Jamal Pacha, dit Le Boucher meurtrier.


Youssef al-Choueiri

Je suis l’arrière-petite-fille de Youssef al-Choueiri, moudjahid avec Sultan al-Attrache durant la Révolution arabe de 1916-1918 : il a rejoint la révolution avec son ami Sultan al-Attrache, afin de libérer Damas, le 30 Septembre 1918, suite à la bataille de Tuloul al-Manea, près de Kisswa, au sud de Damas. Avec son fils Habib al-Choueiri, mon grand-père maternel, il a été prisonnier durant la première révolution de Sultan, en 1922. Tous les deux soutenaient Sultan et ses compagnons en 1925, financièrement et moralement.

Je suis la petite-fille de Sultan al-Attrache, chef de la Grande Révolution syrienne (1925) contre le Mandat français.

Enfin, je suis la fille de Mansour al-Attrache, politicien syrien, l’un des premiers Baathistes, en 1945, et membre du conseil fondateur du parti Baath en 1947.

mercredi 7 mai 2025

HAYTHAM MANNA
Manifeste contre le fascisme djihadiste

Haytham Manna, 3/4/2025
Original : بيان ضد الفاشية الجهادية

Traduit par Tlaxcala

Voici le premier chapitre d’un livre à paraître prochainement
Le « Commandement des opérations militaires » dirigé par Hayat Tahrir al-Cham est entré à Damas le 8 décembre 2024 à l’issue de la bataille militaire la moins importante de son histoire en termes de pertes matérielles et humaines. Il était clair que la perte par le Hamas et le Hezbollah de leur bataille à Gaza et au Liban et le succès de Trump à l’élection présidentielle aux USA avaient créé une nouvelle situation régionale et internationale dans laquelle Assad fils n'avait plus sa place. Erdogan et Fidan ont décidé de mettre fin à l'idée d'un État syrien souverain en installant la faction la plus extrémiste, la plus fanatique et la plus étrangère de la société syrienne au pouvoir sur tous les Syriens. Les hommes masqués sont entrés dans la capitale syrienne pour “libérer” le pays de la tyrannie et de la corruption d'une famille qui avait transformé la Syrie en une ferme d'esclaves. Le jour de la “célébration” du mariage de la victoire, la plupart des Syriens ne se sont pas arrêtés à la vue de la mariée, la Syrie, en train d'être violée en plein jour.

Hassan Bleibel

- Le 8 décembre 2024, des forces d'élite composées principalement de Hayat Tahrir al-Cham ont pris le contrôle de points clés à Damas : la Maison de la radio et de la télévision, la Banque centrale, les principaux ronds-points de la ville, le palais présidentiel et les principaux postes de police. Ils ont mis en place des points de contrôle. La majorité de ces hommes étaient masqués et portaient des tenues avec le logo de Hay'at Tahrir al-Cham.
- Une campagne de liquidation et de saignée des institutions étatiques non sunnites a rapidement commencé, et le terme « al-Fouloul » (résidus, vestiges de l'ancien régime) est devenu le mot clé pour désigner les ennemis de la nouvelle autorité dans le cadre de la conception du conflit en Syrie de ce groupe, à savoir une lutte contre “un régime alaouite que les juristes ont unanimement qualifié d’apostat”. La première décision a été d'appliquer à la lettre la fatwa d'Ibn Taymiyyah : « Il n'est permis à personne de les aider à rester dans les rangs des soldats et des serviteurs, et il n'est permis à personne de se taire sur l'accomplissement de ce que Dieu et Son messager ont ordonné. »
- Le transfert du pouvoir s'est fait très rapidement : le gouvernement du HTC à Idlib a été transféré dans son intégralité à Damas afin de restructurer les institutions de l'État dans tout le pays selon le “modèle réussi d'Idlib” (Hakan Fidan). Dans la plus petite province de Syrie, 11 prisons avaient été construites pour contrôler la sécurité ! Avec l'organisation et l'installation d’ “immigrés djihadistes” dans les maisons de la moitié des habitants de la province, qui sont devenus des réfugiés et des personnes déplacées, Hay'at Tahrir al-Cham a réussi à contrôler la situation sécuritaire.
- Le Commandement des opérations militaires a sécurisé les conditions de vie de ses miliciens dans les maisons confisquées des officiers et sous-officiers, et le commandement a publié une décision selon laquelle les membres de l'armée et de la police du régime déchu devraient rester dans leurs maisons et être ensuite convoqués individuellement pour décider de leur sort. Nous avons reçu une liste non exhaustive des noms de 13 000 soldats et officiers détenus dans des conditions inhumaines dans huit prisons* .
- Dès les premiers jours, les attaques contre les Alaouites en tant que tels ont commencé de manière aléatoire et irrégulière, mais de manière systématique en raison de la nécessité d'exclure toute personne appartenant à cette secte des institutions publiques d'éducation, de santé, de subsistance, militaires et de sécurité, conformément à la fatwa d'Ibn Taymiyyah. Les nouvelles forces de sécurité ont encouragé ce qu'elles appellent le “droit privé”, ce qui signifie qu'un citoyen sunnite qui a été lésé ou qui a perdu un martyr dans sa famille peut faire valoir ses droits auprès du voisin alaouite le plus proche de son domicile ou de son quartier. Aux points de contrôle des nouvelles autorités, il n’est pas devenu rare de s’entendre demander : « Tu es alaouite ou sunnite ? » Il y a eu des provocations à l'encontre des chrétiens dans leurs quartiers, qui ont été limitées après les réactions européennes.
- Les dossiers des travailleurs du secteur public ont été collectés. La décision de licencier plus de 28 % des fonctionnaires a été prise, chiffre confirmé par les ministères concernés.
- Les employés des services de sécurité, de la police et de l'armée syrienne ont été convoqués, arrêtés et poursuivis, avec ou sans arrangement. Au cours du premier mois, les salaires des employés du secteur public dans divers secteurs n'ont pas été versés.
- Al-Charaa a publié un décret accordant les grades les plus élevés de la «Nouvelle armée» (composée en partie de djihadistes étrangers, principalement originaires d'Asie centrale : Ouïghours, Ouzbeks, Turkestans et autres) à 49 Syriens et non-Syriens, qui sont devenus généraux, brigadiers et colonels avec une note et un papier signés par lui. Une semaine plus tard, la construction des nouvelles unités de l'armée, dirigée par des djihadistes jordano-turco-égyptiens, était achevée. Des milliers d'officiers dissidents, malgré leur appartenance à la secte sunnite, n'ont pas été rappelés, et l'opinion à ce sujet avait été clairement exprimée il y a longtemps par Anas Khattab, qui a été nommé directeur des renseignements généraux, puis ministre de l'intérieur : « Il n'est pas permis de rejoindre les groupes et les armées qui appartiennent à la doctrine du patriotisme, car il s'agit de groupes hérétiques, et leur combat n'est pas mené pour Dieu, mais pour la patrie, et quiconque est tué pour la patrie ne peut être appelé martyr, car le martyre est un statut purement religieux, et non une médaille d'honneur humaine que les gens soumettent à leurs philosophies et idées erronées» (Anas Khattab, Décision sur l'affiliation à des groupes et armées patriotiques).
- Il est apparu clairement que la nouvelle équipe voulait monopoliser le contrôle des services de renseignement, de sécurité intérieure et de l'armée avant d'aborder toute autre question. Par conséquent, l'affiliation sunnite, l'éducation religieuse et la volonté de défendre le “véritable islam” sont devenues des conditions d'emploi dans les services de police et de sécurité.
- Depuis la mise en place du premier gouvernement de facto à Idlib, l'objectif du HTC a été de contrôler totalement les syndicats, les actions collectives et les différentes formes de la société civile. Les sept gouvernements d'Idlib ont confisqué les projets les plus importants nés d'initiatives civiles et populaires et les ont placés sous leur contrôle. Jusqu'à présent, il semble clair que le processus de transfert de ce modèle dystopique à Damas est en bonne voie.
- Le 29 janvier 2025 est organisée la “Conférence de la Victoire” qui, partant du principe que ceux qui “libèrent” décident, dissout l'armée, les institutions de sécurité et de police, ainsi que les organes de négociation, les partis et les groupements syndicaux... Dans sa première et dernière session, la Conférence militaire de la Victoire se voit attribuer les pouvoirs de  ahl al hal wa al aqed أهل الحل والعقد , “les gens de la solution et du contrat” et désigne Ahmad al-Charaa comme président de la République, avec le pouvoir de former un conseil constitutionnel, d'approuver les principes constitutionnels et de former un gouvernement de transition.
- Le 6 mars, un petit groupe d'anciens militaires prend en otage le personnel de sécurité. Ahmed al-Charaa déclare la mobilisation générale contre les rebelles, des appels au djihad sont lancés dans de nombreuses mosquées et tous les instincts sectaires latents sont mobilisés. Une quinzaine de factions armées, essentiellement composées de djihadistes étrangers, prennent d'assaut la zone côtière syrienne (Sahel) en scandant le slogan “Mort aux Alaouites”.
- Au cours des quatre jours suivants, 25 massacres ont été documentés, 811 vidéos ont été vérifiées et 2 246 victimes ont été identifiées. Nous disposons également d'une liste de 2 100 civils alaouites disparus. 42 victimes d'autres appartenances religieuses ont également été recensées, tuées pour leur solidarité avec les civils ou pour avoir tenté de les cacher. Par ailleurs, près de 30 000 personnes sont toujours déplacées ou réfugiées dans le nord du Liban.
- Le Sahel est au bord d'une catastrophe humanitaire sans précédent, avec 97 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, plus de 10 000 cas documentés d'arrestations illégales et de disparitions forcées, et une vague de licenciements massifs d'environ 2 000 fonctionnaires dans les secteurs de la santé et de l'éducation.
- Le 12 mars 2025, la présidence syrienne a annoncé, par un décret présidentiel émis par Ahmad al-Charaa* , la formation d'un Conseil de sécurité nationale composé exclusivement de responsables de Hay'at Tahrir al-Cham. Ce conseil, composé d'un groupe de personnes dont les mains sont tachées de sang syrien, a pour mission de coordonner et de gérer la politique du pays 
- Nous approchons de la fin du quatrième mois depuis l'entrée de HTC à Damas, et aucune décision politique n'a été prise concernant la situation économique catastrophique dans laquelle vivent tous les habitants des zones contrôlées par HTC.
- Un gouvernement de transition fantoche a été nommé par le président le 30 mars 2025, pour une durée indéterminée. Dans ce gouvernement, en guise de remerciement, al-Joulani envisage de confier à un collaborateur d'Al Jazeera le poste de ministre de la Culture et à un stagiaire de l’ Institut de Doha dirigé par Azmi Bishara celui de ministre de l'Information.
- Le Grand Mufti de la République et le Conseil de la Fatwa ont été nommés par une majorité connue pour sa “pureté” idéologique djihadiste et pour considérer comme un devoir religieux de nettoyer le pays des sectes égarées, des laïques, des démocrates et des patriotes. Selon le cheikh Nabulsi, l'une de ses tâches consiste à contrôler les lois et la législation et leur compatibilité avec la charia.
Une bonne partie de la classe politique usée et fatiguée parle encore des nouveaux habits du nouveau prince, de la découverte de son potentiel génial qui était resté enfoui pendant 14 ans, et de sa jeune équipe qui restaurera le Levant à sa gloire omeyyade, alors que la nouvelle autorité érige tous les piliers de la construction d'une autorité totalitaire sectaire qui vit en alimentant les discours de haine entre les différents segments de la société et en faisant preuve de racisme et de discrimination religieuse dans toutes ses nouvelles structures.
Pour la vérité et l'histoire, les nouveaux décideurs n'ont pas voilé leurs opinions et leurs positions, mais se sont montrés plus ouverts et plus clairs dans leur vision de la construction de l'État. Lorsque nous avons évoqué la nécessité de créer une nouvelle armée nationale syrienne il y a quelques années, la première personne à nous répondre a été le “général” Anas Khattab, commandant des renseignements généraux et actuel ministre de l'intérieur, qui a répondu de manière effrontée dans sa dissertation intitulée « Décision sur l'affiliation à des groupes et armées patriotiques » :
« L'islam fonde la loyauté et la déloyauté sur la religion, le combat au nom de la religion et la promotion de sa parole.
Les fils d'une même patrie sont loyaux les uns envers les autres, quelle que soit leur religion, car le musulman est le frère du chrétien, le frère du juif, le frère de l'athée, le frère de l'apostat, il n'y a pas de différence entre eux, et aucun n'est favorisé par rapport à l'autre, car ils sont tous les fils d'une même patrie.
L'Islam dit clairement et explicitement que {les croyants sont frères}, {les croyants et les croyantes sont frères les uns des autres}, et {le musulman est le frère du musulman}.
Le patriotisme rend les membres d'une même nation égaux en droits et en devoirs - indépendamment de leurs différentes religions, de sorte qu'un chrétien, un juif, un athée et un apostat ont les mêmes droits qu'un musulman !
Par exemple, dans le patriotisme, c'est un droit général pour tous les citoyens - quelle que soit leur religion - même s'ils sont athées ou apostats, alors que dans l'islam, ce n'est permis qu'aux musulmans, et ce n'est permis qu'à ceux qui ne sont que musulmans ».
Et d'ajouter : « Le patriotisme est une doctrine philosophique qui contredit la religion de l'islam, il n'est donc pas permis d'y croire et de s'y affilier, que ce soit en vérité ou pour tromper l'ennemi, bien que le jugement ne soit pas le même dans les deux cas, car le premier est régi par la mécréance, et le second par l'interdiction. »
Khattab déclare clairement qu'il ne construira pas d'institution militaire nationale syrienne, car cela signifierait l'égalité entre musulmans et non-musulmans, prédéterminant ainsi la couleur, la secte et la croyance de la nouvelle armée.
Hier, les habitants de la ville frontalière de Nawa ont fait face, torse nu, à l'agression israélienne, qui n'a pas cessé depuis le 8 décembre 2024. 9 martyrs sont tombés dans cette confrontation avec l'ennemi israélien...
Nous ne savons pas si Abou Qasra, Khattab, Al-Charaa et Atoun feront l'éloge des martyrs du Hauran en les désignant comme tels, ne sont-ils pas ceux qui ont dit et répété pendant 14 ans : « Quiconque est tué pour la patrie ne peut être appelé martyr, car le martyre est un statut purement religieux, et non une médaille d'honneur humaine que les gens soumettent à leurs philosophies et idées erronées »...
Jour après jour, il devient clair pour les Syriens et les Syriennes que le modèle HTC qui prévaut aujourd'hui ne fonctionne pas, et que l'idée infernale avec laquelle les Syriens sont intimidés et attirés : “Nous ou le déluge” se transformera en malédiction pour ses propriétaires...
Les sociétés humaines connaissent le phénomène du suicide individuel, mais elles n'ont jamais accepté, même sous la domination des pires formes de tyrannie, de se suicider collectivement au profit de leurs oppresseurs.
Notes
*Le nettoyage sectaire comme politique de gouvernance, rapport de la Commission de suivi des droits humains et de la situation humanitaire (Syrie), 22.04.2025 

mardi 6 mai 2025

HAYTHAM MANNA
Syrie : la loi de la jungle

 Haytham Manna , 4/5/2025
Original : شريعة الغاب

Traduit par Tlaxcala

Ci-dessous le chapitre 3 du livre « Manifeste contre le fascisme djihadiste », à paraître prochainement. [chapitre 2 ici]

Lorsque nous lisons un « message sur le jugement de la musique » du nouveau ministre de l’Intérieur de Damas, Anas Khattab, nous réalisons que notre problème en Syrie aujourd’hui n’est pas de revenir à « la loi de Dieu », mais de revenir « triomphalement » à la loi de la jungle. En effet, chez le créateur des termes « djihad sunnite » et « culte du djihad », nous lisons :

« Les instruments de musique sont la cause du tremblement de terre, de la transformation et des secousses... Ce consensus a été rapporté par Al-Qurtubi, Ibn Rajab, Ibn Salah, Ibn Hajar al-Haytami et d’autres"... Et le Cheikh de l’Islam Ibn Taymiyya, que Dieu lui accorde sa miséricorde, a dit : “Quiconque pratique ces amusements dans un but religieux et pour se rapprocher de Dieu, il n’y a aucun doute sur son égarement et son ignorance”. "Quant à celui qui le fait pour le plaisir et le divertissement, les écoles des quatre imams s’accordent à dire que tous les instruments de musique sont interdits, car il a été établi dans Sahih al-Bukhari et ailleurs que le Prophète, paix soit sur lui, a informé qu’il y aurait parmi sa communauté ceux qui rendraient licites la soie, l’alcool et les instruments de musique, et il a mentionné qu’ils seraient transformés en singes et en porcs. "Les instruments de musique sont les amusements, comme l’ont mentionné les gens de la langue, le pluriel d’instrument (ma’azifah) est l’outil avec lequel on joue : c’est-à-dire avec lequel on fait du bruit, et aucun des suiveurs des imams n’a contesté l’interdiction des instruments de musique »[1]...

Je remercie Dieu que ma mère croyante, qui veillait à prier, jeûner, faire le pèlerinage et donner la zakat, jouait du luth pour nous lorsque nous rentrions de la visite à  mon père emprisonné* , pour alléger notre chagrin, et qu’elle a enseigné les mathématiques et les sciences naturelles à plus d’une génération. Elle nous a quittés avant de voir et d’entendre ce que nous voyons et lisons aujourd’hui, venant de ceux que Hassan Aboud, le fondateur du mouvement Ahrar al Sham en Syrie, a qualifiés de « nouveaux venus, enfants de la jeunesse, dépourvus de sagesse, sans connaissance en matière de religion ni en politique légitime »


Urgent - Nettoyage en cours” : al-Jazeera, machine de blanchiment d’al-Joulani
Dessin d’Adnan Al Mahakri, Yémen

Le problème des takfiristes ne se limite pas à leur rejet de la musique, de la pensée et de la poésie, ni à leur considération de tout désaccord culturel comme un danger pour ahl alssuna, « les gens de la sunna ».  Cela va au-delà, touchant leur vision globale de l’homme, de l’islam, des systèmes politiques et des groupes humains. Ils répètent, de manière odieuse, un vers célèbre attribué à l’imam Al-Shafi’i :

« Tout savoir en dehors du Coran est une distraction... Sauf l’enseignement des hadiths et la jurisprudence religieuse ».

« Le savoir est ce qui contient le récit “Nous avons entendu”... Tout le reste n’est que suggestions des démons ».

En ce qui concerne les systèmes politiques, on trouve constamment des critiques des réformateurs musulmans du type :

« Nous les avons vus autoriser la démocratie au nom de la consultation... Ils mentent !

Avant cela, ils ont permis le socialisme...

Et ils ont autorisé la législation en dehors d’Allah et la création de partis politiques sous prétexte d’appliquer la charia... Ils prétendent!

Et ils ont permis à une femme et à un chrétien de gouverner les musulmans...

Et ils ont interdit de se rebeller contre le dirigeant sans ce qu’Allah a fait descendre...

Et ils ont considéré les laïques, les communistes, les libéraux, les socialistes et d’autres comme des musulmans croyants !

Et ils ont considéré les chrétiens comme des frères des musulmans...

Et ils ont permis l’occupation américaine de l’Afghanistan !!!

Et certains d’entre eux ont permis d’assister à la messe des chrétiens infidèles et de les féliciter pour la nomination de leurs papes !!

Et certains d’entre eux ont permis aux hommes de se raser la barbe...

Et certains d’entre eux ont permis aux femmes de porter le pantalon...

Et d’autres innovations et égarements qu’ils ont répandus parmi les musulmans comme étant des certitudes dans la religion de l’islam... Et Allah nous suffit, et Il est notre meilleur protecteur » [2].

Qu’est-ce que le djihad sunnite ?

Anas Khattab répond : « Le djihad, en plus d’être un acte d’adoration, est également l’une des activités de l’individu dans sa vie. L’histoire de l’humanité et sa réalité contemporaine témoignent que l’être humain doit combattre les autres, quelle que soit la raison ou la motivation de ce combat... ! L’islam est venu pour orienter ce combat et le classer parmi les actes d’adoration ».

Pour les takfiristes, la destinée de l’homme est de combattre les autres, et cet “autre” peut être fabriqué selon les besoins. Il est nommé “nusayri” en Syrie, “chrétien” ou “chiite” dans d’autres pays, et “sectes égarées” ailleurs. Le concept s’élargit et se resserre selon les besoins, et il suffit d’un caricaturiste européen ou d’un enregistrement falsifié soigneusement préparé d’une personne dite appartenant à la secte des Druzes unitariens pour déclencher la guerre. Le peuple est facilement mobilisé, et les historiens en ont souvent assez de mentionner les précédents. Ceux dont les droits à la connaissance, au travail et à la culture ont été bafoués se mobilisent pour défendre « la religion », « le Prophète » et « le dogme ». Ils se dirigent comme des loups vers leurs semblables pour se libérer de ceux que leurs griffes peuvent atteindre, en soutenant Dieu et Son Prophète.

Cela nous rappelle l’histoire racontée par Yaqout al-Hamawi dans son “Dictionnaire des villes” : « Les habitants de la ville étaient trois groupes: les chafi’ites, qui étaient les moins nombreux, les hanafites, qui étaient les plus nombreux, et les chiites, qui constituaient la majorité... La rivalité entre les sunnites et les chiites s’est intensifiée, et les hanafites et les chafi’ites se sont unis contre eux. Des guerres ont éclaté, toutes victorieuses pour les chafi’ites, malgré leur petit nombre. Mais Dieu les a soutenus. Les habitants de Rustaq, qui étaient hanafites, venaient à la ville avec des armes et soutenaient leurs coreligionnaires, mais cela ne leur a rien apporté, jusqu’à ce qu’ils soient exterminés. Ces lieux en ruines que vous voyez sont les lieux des chiites et des hanafites, tandis que ce quartier connu pour les chafi’ites demeure. Et il ne reste des chiites et des hanafites que ceux qui cachent leur doctrine ».[4]


Erdo
ğ
an le marionettiste
Adnan Al Mahakri

Depuis la naissance de « Jabhat al-Nusra » sous le commandement d’Abou Bakr al-Baghdadi, les slogans principaux qu’ils ont exprimés sont : "La démocratie est un péché et une mécréance", "Les chrétiens doivent être  pourchassés a Beyrouth, et les nusayris aux cercueils". Le djihad en Syrie et pour la Syrie est "contre les nusayris et leurs alliés", "contre le régime nusayri et les milices chiites", et en soutien aux gens de la sunna. Des fonds ont afflué de tous les pays du Golfe vers ce groupe, atteignant "le gaspillage" d’un milliard de dollars au cours de sa troisième année, selon Abou Mohammed al-Joulani. Cela a également été une opportunité pour les pays du Golfe de se débarrasser de ceux qu’ils n’ont pas réussi à réhabiliter parmi les détenus de Guantanamo et les prisonniers d’Al-Qaïda, le directeur des renseignements saoudiens Bandar bin Sultan s’étant chargé de les éliminer dans le brasier syrien. Cela a également été une occasion d’envoyer des salafistes du Maghreb vers l’Est ! Cependant, Recep Tayyip Erdoğan et le directeur du MIT [services de renseignement turcs, NdT] à l’époque, Hakan Fidan, ont considéré cela comme une opportunité de diriger "l’islam sunnite" et de s’emparer des fonds du Golfe. Le résultat a été que ce qu’ils avaient imaginé comme une promenade d’un an ou deux s’est transformé en cauchemar avec l’arrivée de la plus grande masse de réfugiés syriens sur son territoire. Malgré cela, le gouvernement turc a réussi à investir massivement sur le plan économique et géopolitique dans la tragédie syrienne, et cela se poursuit.


Hakan Fidan et Ahmed al-Charaa à Damas le 24 décembre 2025

L’ouverture des frontières turques aux dizaines de milliers de combattants non syriens pour le djihad a complètement modifié la carte des forces opposées au régime dictatorial syrien. Les voix démocratiques ont été marginalisées, et parler du slogan de la révolution syrienne "Le peuple syrien est un" est devenu un blasphème et une hérésie jusqu’à ce que des mots comme "peuple", "liberté", "souveraineté" et "État national" soient désormais combattus et provoquent des attaques de factions armées de l’opposition. Avec la prise de contrôle de Hay’at Tahrir al-Sham sur une partie importante de la province d’Idlib, le travail a sérieusement commencé à "nettoyer" la ville de quiconque différait de "Jabhat al-Nusra" dans son mode de vie et de ses habitudes... Des sanctions ont été appliquées contre "les déviants et les violations", ce qui a conduit à l’exil d’un tiers de la population. Dans certains villages, des complexes djihadistes ont été établis selon le pays d’origine des combattants, comme pour les Ouïghours, les Tchétchènes et les Marocains... Même des Français se sont installés là où ceux qui ont été expulsés ou contraints à fuir se trouvaient. Il est ironique que ceux qui fuyaient les réformes sociales en Arabie Saoudite aient apporté avec eux les souvenirs de la "Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice" à Idlib, avec un financement généreux d’organisations "caritatives" wahhabites au Qatar et en Arabie Saoudite, pour propager le port du niqab, interdire le mélange dans les restaurants et les bureaux, et empêcher la présence de femmes non accompagnées dans les magasins. En outre, il était également interdit de vendre des vêtements féminins aux hommes et de surveiller les salles de mariage et les événements festifs pour interdire "les comportements immoraux", ainsi que la consommation publique de chicha dans les rues, les magasins et les restaurants. Ils ont aussi interdit les coupes de cheveux exagérées et les comportements "inappropriés", en surveillant les jeunes filles et les garçons dans les instituts d’enseignement et les moyens du transports.

Après que les "juristes" et les "djihadistes" ont commencé à porter des cravates, l’euphorie a atteint un certain nombre de déçus qui pensaient que les gens les avaient oubliés, mais ils se sont mis à parler de "l’oppression sunnite" et à chercher les mérites de ceux qui "ont libéré et décidé"... Ils ont oublié que le changement de peau d’un serpent n’enlève pas le venin de ses morsures. L’attaque contre la zone côtière a révélé la nature instinctive de ceux qui sont devenus le nouveau pouvoir à Damas. Nawar Jabour décrit la tragédie du nettoyage sectaire en disant : « Les massacres qui ont eu lieu sur la côte ont ajouté une dimension où les Alaouites sont devenus un ennemi explicite, tués et filmés morts, leurs magasins et leurs terres incendiés, et ils sont pourchassés même lorsqu’ils fuient vers les forêts ou les vallées. Mais ce qui était encore plus cruel, c’était le meurtre ritualisé ou le meurtre inspiré, où les tueurs veillaient à exécuter les massacres conformément à ce qui avait été prescrit religieusement contre les ‘nusayris’, ce qui a consacré le caractère religieux de la violence, de sorte que le message n’était pas seulement destiné aux victimes, mais leur corps même est devenu un message politique et religieux. Le meurtre n’était pas seulement un acte de violence gratuit, mais des vidéos ont circulé documentant des meurtres célébratoires, où l’objectif n’était pas seulement d’éliminer physiquement les victimes, mais de se vanter de détruire leurs biens et de les voler. Une vantardise ouverte sur le pillage des maisons des tués, des combattants brandissant les biens des habitants comme des butins, illustrant la fierté du vol, tout comme les Syriens l’avaient précédemment observé avec les soldats du régime déchu et les milices de défense nationale. Les victimes tuées sont devenues des symboles de la victoire de la foi, où le devoir sacré de purification se manifeste sur les corps tués et abandonnés à la vue de tous, consolidant une image à long terme selon laquelle ils sont politiquement, religieusement et spirituellement rejetés ». [7]

Jusqu’à aujourd’hui, l’autorité d’Ahmad al-Charaa n’a émis aucune décision claire pour mettre fin aux agressions qui touchent les terres, les biens et le droit à la sécurité des Alaouites en tant que tels !

Il est difficile de savoir qui a fabriqué un enregistrement audio et l’a attribué à un Syrien de la communauté druze, mais il est facile de suivre les réactions parmi ceux qui sont maintenant officiellement définis comme "les éléments et factions non disciplinés". Par un coup de génie et au nom de la défense du Prophète Mohamed, le verset coranique "Nul ne porte le fardeau d’un autre" a été modifié dans l’esprit des foules (sans le "non"), et le Parti de la mobilisation et de la haine s’est dirigé vers la Syrie miniature (Jaramana) pour se venger de ses habitants dans une affaire qui ne les concernait pas. Le nombre de victimes dans cette folie collective a dépassé la centaine, avec des dizaines de détenus et de disparus.

N’est-ce pas le parti des trois “T”  (altakfir waltahrim waltafjir, التكفير والتحريم والتفجير) qui détient réellement le pouvoir sur les autorités sécuritaires et militaires aujourd’hui ? Ahmad Al-Charaa peut-il adresser des critiques ou des plaintes à ceux qu’il a nommés au Conseil de sécurité nationale, une autorité au-dessus de tout ? Y a-t-il quelqu’un parmi eux, y compris le nouveau chef des renseignements, dont les mains ne soient pas tachées du sang des Syriens ?

Une personne raisonnable peut-elle croire aujourd’hui que “l’autorité de transition” à Damas veut construire une Syrie pour tous les Syriens et Syriennes ?

NdT
* Yousef Aloudat, avocat, a été emprisonné pendant 18 ans sous le régime Assad [NdT]
Notes

[1] https://t.ly/NoHFs 

[2] Anas Khattab, ibid, bien que ce passage soit plagié à partir de plusieurs autres textes sans mentionner les autres sources.

[3] https://t.ly/8g1_F   (Le djihad sunnite et les voies de la déviation).

[4] Voir Yaqut al-Hamawi, Lexique des pays, 3/117, voir aussi : Le phénomène du fanatisme à travers l’histoire islamique, Muhammad Amjad Abdul Razzaq al-Bayat, 2018, Dar al-Maymana, Médine.

[5]  https://t.ly/v4Lgr 

[6]  https://t.ly/rNEt1 

[7] https://t.ly/_i1Bg  https://t.ly/rPfmR