Entretien réalisé par Pierre Barbancey
L'Humanité! 3/10/2017
L’historien
marocain, qui préside une association pour la liberté de la presse,
revient sur les caractéristiques de la révolte du Rif, qui a démarré en
octobre 2016.
Quelles sont les véritables racines de la révolte actuelle dans le Rif ?
Maati Monjib L’une des raisons de la révolte
rifaine, c’est l’injustice que représente la mort du jeune poissonnier
Mouhcine Fikri dans des conditions abjectes. Une grande partie de son
corps a été broyée par un camion poubelle. La population demandait tout
d’abord une véritable enquête pour clarifier les causes directes et
profondes de sa mort. Les manifestants ont montré du doigt dès le début
du mouvement la corruption qui règne dans le secteur de la pêche et qui
fut l’une des raisons indirectes de ce crime indicible. Ils ont donc
demandé la tête d’Aziz Akhannouch, le ministre de tutelle et proche ami
du roi Mohammed VI. Le régime a refusé ces revendications somme toute
raisonnables et faciles à réaliser.
Il y a aussi des raisons culturelles liées au système de
valeurs « groupal » des Rifains : ce sont tout d’abord des gens très
fiers, sur le plan individuel mais également collectif. Ils ont la haine
du makhzen, car le mépris du peuple fait partie de son ADN. Les Rifains
disposent aussi d’un fonds mémoriel commun très riche et dont la lutte
contre le pouvoir central despotique est l’un des traits distinctifs. Il
y a bien sûr les conditions socio-économiques peu brillantes. 40 % des
jeunes sont au chômage. Il y avait dans la zone près d’une vingtaine
d’unités de production industrielles il y a quelques décennies.
Aujourd’hui, une ou deux survivent seulement. Le régime autoritaire
s’est trompé en essayant de faire des Rifains le fer de lance d’un parti
créé par le palais et dont les dirigeants locaux – de véritables
béni-oui-oui – sont inféodés au ministère de l’Intérieur et à ses
services. Ainsi, à la corruption économico-financière, le régime a
ajouté la corruption politique.





