2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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samedi 3 janvier 2026

Rester ou partir : le dilemme invisible de milliers de femmes marocaines

Salma Semmar avec IA, actumaroc, 3/1/2025


Chaque semaine, L’Beld’IA consulte ouvre une fenêtre rare et précieuse sur l’intimité des femmes marocaines, longtemps confinée derrière les murs du silence, des tabous et d’un conservatisme pesant. Cette chronique n’est ni un tribunal ni un plaidoyer idéologique, mais un espace de parole brute, sincère, où la technologie devient un prétexte à la confidence, et parfois, une ultime bouée de sauvetage.

Cette semaine, votre invitée hebdomadaire ose, pour la première fois, mettre des mots sur quinze années de vie conjugale vécues dans l’usure, l’isolement et la résignation. Une parole longtemps ravalée, étouffée par la peur du regard des autres et par l’absence d’alternative crédible.

Elle parle d’un mari frivole, dépensier, souvent absent, enfermé dans ses caprices nocturnes et ses habitudes tardives. Un couple qui ne communique plus que par éclats de colère, disputes répétées et silences lourds. Est-ce normal, s’interroge-t-elle, de supporter cette vie réduite à une cohabitation tendue, où l’échange a laissé place à l’évitement ?

La tentation de la séparation la hante. Elle revient comme une obsession, puis recule, écrasée par une réalité sociale implacable. Femme au foyer, issue d’un milieu modeste, sans formation professionnelle autre que celle acquise dans la gestion du ménage, elle sait que la pension alimentaire qu’elle pourrait obtenir ne suffirait même pas à couvrir deux jours de dépenses. Temporiser ou rompre ? Le dilemme est cruel, et chaque option semble mener à une impasse.

À cela s’ajoute une autre douleur, plus intime encore : celle de se sentir dépassée dans l’éducation de ses enfants. Elle avoue un manque de repères culturels, malgré ses premiers pas hésitants sur Internet et son smartphone, devenus à la fois des fenêtres sur le monde et des miroirs de ses propres limites. Ses parents, eux, ferment la porte, redoutant de la voir débarquer avec ses enfants, incapables ou peu disposés à assumer une charge supplémentaire.

Face à ce mur de solitude, un désespoir profond s’installe. Elle ne sait plus à quel saint se vouer. Alors, presque par hasard, une nouvelle “amie” entre dans sa vie : l’intelligence artificielle. Un espace sans jugement, sans reproche, où elle peut enfin poser ses questions, exprimer ses peurs et formuler, sur un ton tragique, un appel aux bonnes âmes capables de l’aider à traverser cette épreuve.

Quitter le foyer conjugal après quinze ans de mariage, sans économies, sans soutien familial solide, apparaît comme un saut dans le vide. Elle se dit littéralement assommée par cette perspective, paralysée par l’ampleur du risque, mais tout aussi étouffée par l’idée de rester.

Alors, quelle bouée de sauvetage espérer ? Quelle voie suivre, entre patience forcée, reconstruction progressive ou rupture assumée ? L’Beld’IA consulte ne prétend pas offrir des solutions miracles. Mais en donnant la parole à celles qui n’en ont jamais eue, cette chronique rappelle une chose essentielle : parler est déjà un premier pas pour ne pas sombrer.

Quand l’IA trace des pistes, sans juger

Face à cette détresse, l’IA ne se substitue ni à la famille, ni à la société, encore moins aux institutions. Mais elle propose des pistes concrètes, progressives, loin des injonctions brutales souvent assénées aux femmes en situation de vulnérabilité.

D’abord, ne pas décider dans l’urgence. La séparation, lorsqu’elle n’est pas préparée, peut aggraver la précarité. L’IA invite à temporiser non pas par résignation, mais pour se donner le temps de construire une issue. Observer, noter, comprendre ses droits et ses marges de manœuvre est déjà une forme de reprise de contrôle.

Ensuite, retrouver une autonomie minimale, même fragile. L’IA oriente vers des pistes accessibles : alphabétisation fonctionnelle, formations gratuites en ligne, apprentissage de compétences simples mais monétisables (cuisine à domicile, couture, aide ménagère déclarée, garde d’enfants, petits services). Des pas modestes, mais capables de recréer une dignité et un revenu, aussi minime soit-il au départ.

Sur le plan juridique, l’IA rappelle l’importance de se renseigner avant toute décision. Consulter une assistante sociale, une association de femmes ou un avocat bénévole permet de connaître ses droits réels en matière de pension alimentaire, de garde des enfants et d’aides sociales, souvent méconnus ou sous-estimés.

Concernant les enfants, l’IA insiste sur un point essentiel : une mère imparfaite mais présente vaut mieux qu’un foyer conflictuel. L’éducation ne se résume pas au niveau scolaire ou culturel, mais à l’écoute, à la stabilité émotionnelle et à l’exemple donné. Internet, bien utilisé, peut devenir un allié plutôt qu’un rappel cruel des manques.

Enfin, l’IA invite à briser l’isolement. Parler, encore et encore. À une association, à un groupe de femmes, à une voisine de confiance, à un espace d’écoute. Le silence est souvent plus destructeur que la pauvreté elle-même. Si l’IA peut être une première oreille, elle ne doit pas rester la seule.

La solution n’est ni héroïque ni immédiate. Elle est faite de petits pas, de lucidité, de préparation et de courage discret. Et si une certitude se dégage, c’est celle-ci : rester ou partir ne doit plus être une fatalité subie, mais un choix éclairé, accompagné, et surtout, humain.

dimanche 7 décembre 2025

“Fatna, une femme nommée Rachid ”: Un film qui relie mémoire et engagement présent projeté au FIFM

Mohammed Fizazi | Ayoub Mouhyiddine, SNRT News, 5/12/2025

Le documentaire "Fatna, une femme nommée Rachid", réalisé et écrit par Hélène Harder, retrace le parcours de Fatna El Bouih, ancienne détenue politique marocaine des années 1970, aujourd’hui figure engagée du militantisme pour les droits humains. Projeté lors de la 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech, le film explore le lien entre passé et présent à travers l’expérience de cette militante, survivante de la détention arbitraire et de la torture.

Le titre du film s’inspire directement du livre-témoignage de Fatna El Bouih, dans lequel elle raconte comment ses tortionnaires lui avaient attribué un nom masculin, "Rachid". Pour Fatna El Bouih, cette assignation révèle l’incapacité des bourreaux à reconnaître une femme comme acteur politique. L’arrestation touchait le corps d’une femme, mais refusait de lui reconnaître sa présence en tant que telle. Cette pratique, relevée dans le contexte marocain, illustre une représentation qui considérait les femmes comme fragiles, faibles, et largement exclues des combats démocratiques d’alors.

Hélène Harder souligne, dans un entretien avec SNRTnews la portée historique de la génération de Fatna, première à revendiquer publiquement une prise de position politique féminine. Si les femmes ont toujours participé aux luttes, leur engagement n’était que rarement reconnu comme tel. Le film met ainsi en lumière une génération qui affirmait sa volonté de contribuer pleinement au rêve de changement.

Pour articuler cette mémoire avec le présent, Hélène Harder s’appuie notamment sur Casablanca, en mêlant images du cinéma marocain des années 1970 et scènes contemporaines suivant Fatna dans ses activités militantes. Cette double narration permet de donner à voir la continuité de son parcours : un chemin qui, malgré un traumatisme profond, s’oriente vers l’avenir, la lumière et la transformation sociale.

Le film s’attarde en particulier sur l’implication de Fatna au sein de l’association Relais Prisons-Société. La réalisatrice explique avoir choisi de filmer les séances de cinéma organisées en milieu carcéral, perçues comme une métaphore de son combat: des portes fermées, l’obscurité, puis la lumière qui surgit. Pour Fatna, ces espaces donnent aux jeunes détenus une possibilité d’expression différente, à travers l’image et la vidéo, des outils ayant un impact fort sur leur vie et leur trajectoire.

Les activités menées dans les prisons visent à offrir aux jeunes un lieu d’échange et de parole, complémentaire des ateliers de formation et de scolarisation existants. La démarche cherche à valoriser leur capacité à raconter leur vécu et à devenir "de bons héros", selon Fatna, plutôt que de rester associés à l’exclusion sociale qui les entoure.


La projection à Marrakech a été marquée par une forte émotion et une connexion palpable entre Fatna et le public. Des jeunes filles ont particulièrement exprimé leur gratitude pour ce travail de transmission. Pour la réalisatrice, cet accueil au Maroc constitue un moment essentiel, porteur de sens pour une œuvre destinée à faire entendre la voix des femmes et des jeunes, et à valoriser l’action de la société civile.

Fatna, une femme nommée Rachid offre ainsi un regard sensible sur un parcours individuel devenu un symbole : celui d’un engagement persistant, reliant la mémoire des années 1970 à la transmission d’un rêve de changement toujours vivant.


 




vendredi 21 novembre 2025

Rabat–Salé : un accouchement dans le tramway tourne au drame

actu-maroc, 21/11/2025

Une scène d’angoisse s’est transformée en drame, ce matin, à bord d’une rame du tramway Rabat–Salé. Une femme enceinte, qui se rendait en urgence vers un hôpital de la capitale, a accouché à même le sol de la rame… avant que son bébé ne décède quelques instants après sa naissance.


 
Selon des sources locales, la jeune femme était accompagnée d’un membre de sa famille et se dirigeait vers la maternité de Rabat, après avoir été refusée au centre hospitalier Moulay Abdellah à Salé, pour des raisons présentées comme « médicales et organisationnelles ». En chemin, les contractions se sont intensifiées jusqu’à provoquer un accouchement précipité à bord du tramway, sous le regard bouleversé des passagers, dont certains ont tenté de lui porter assistance avec les moyens du bord.

Dès la naissance, le conducteur a immobilisé la rame à l’une des stations afin d’alerter les secours. Une ambulance a été dépêchée sur place, provoquant une interruption momentanée du trafic. Malgré l’intervention des services médicaux, le nouveau-né n’a pas survécu.

Pour Leïla Melouane, présidente d’une association de défense des droits des femmes à Salé, ce drame n’a rien d’un simple accident :

    « Il est inadmissible que des décès de nouveau-nés continuent de se produire de cette manière. La responsabilité du ministère de la Santé est clairement engagée, tout comme celle de la direction de l’hôpital Moulay Abdellah, qui a refusé de recevoir cette femme et n’a pas assuré son transfert en ambulance vers l’hôpital Ibn Sina », affirme-t-elle.

Ce tragique épisode remet au premier plan la question de la prise en charge des urgences obstétricales et de la capacité des structures de santé à accueillir les cas critiques. Des voix de la société civile réclament un audit sérieux des services de maternité dans la région Rabat–Salé, une meilleure coordination entre les établissements hospitaliers et la garantie d’un accès rapide et digne aux soins pour toutes les femmes enceintes, afin d’éviter que ce type de drame ne se répète.

samedi 22 février 2025

Des associations féminines lancent une campagne pour promouvoir la participation des femmes au marché du travail

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, l'ONG espagnole AIDA, en partenariat avec plusieurs associations marocaines, lance la campagne de sensibilisation "La conciliation, clé pour un travail stable et digne", face à une faible participation des femmes au marché du travail.


La campagne sera lancée le 25 février 2025 par l'ONG espagnole AIDA, en partenariat avec l'Union de l'action féministe (section de Tanger), la Fédération de la ligue des droits des femmes (Larache), l'Association de recherche féminine pour le développement et la coopération, l'Association Talassemtane pour l'environnement et le développement (Chaouen) et l'association 100% Mamans (Tanger).

Cette campagne est lancée dans un contexte où, au Maroc, la participation des femmes au marché du travail reste l’une des plus faibles au monde, avec un taux de seulement 19,9% en 2023, contre 71% pour les hommes (HCP 2024). Cette faible présence des femmes dans l’emploi perpétue leur dépendance économique, accroît leur vulnérabilité et les expose davantage à la violence économique, peut-on lire dans un communiqué émis par les associations.

Le manque de politiques efficaces de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale constitue un frein majeur à leur insertion et à leur maintien dans l’emploi. Les femmes assument encore l’essentiel des responsabilités domestiques et des soins, limitant ainsi leurs opportunités professionnelles. Or, l’offre de services de garde d’enfants, de soutien aux parents et de flexibilité des horaires reste largement insuffisante, estime la même source.

La campagne, qui vise à faire de l’adaptation des conditions de travail aux réalités des femmes un levier essentiel pour garantir un emploi stable et digne, a pour principaux objectifs :

  • Sensibiliser les décideurs, les médias, la société civile et le grand public aux obstacles rencontrés par les femmes vulnérables en raison du manque de politiques de conciliation ;
  • Promouvoir l’adoption de politiques publiques et privées favorisant la conciliation, notamment à travers des solutions de garde d’enfants et des horaires de travail plus flexibles ;
  • Mettre en avant l’impact positif de l’adaptation des conditions de travail sur l’insertion professionnelle des femmes, en facilitant leur accès à des emplois formels et dignes.

Selon la même source, la campagne s’inscrit dans le cadre du projet "Avançons ensemble II : promotion de l’insertion professionnelle des femmes en situation de vulnérabilité dans le nord du Maroc", financé par l'Agence espagnole de coopération pour le développement et mis en œuvre par AIDA, en partenariat avec les associations mentionnées.

Ce projet adopte une approche globale, combinant le renforcement des compétences professionnelles et sociales afin d’améliorer l’employabilité des femmes vulnérables, de favoriser leur autonomie et leur indépendance économiques. Il appuie ainsi les services de formation professionnelle et d’insertion portés par les associations partenaires.

Source: medias24, 21/2/2025


samedi 21 décembre 2024

Simone Bitton, celle qui suture

Nadia Meflah, Astérisque, 27/9/2024

Nadia Meflah est autrice, critique,  programmatrice et formatrice cinéma. Elle est autrice d’un documentaire sur Oum Kalthoum, « La voix du Caire » (Arte, 2017) et du livre « Chaplin et les femmes » (éd. Philippe Rey). Elle est aussi scénariste pour des cinéastes du Sud, (Maroc, Mauritanie, Burkina Faso) et engagée dans des programmes de formation cinéma en France et à l’international.

Tout cinéaste documentariste s’engage dans les troubles du réel et c’est aussi un chemin que chacun et chacune emprunte afin de raconter et de témoigner ce qui fait présence, incarnation et trace. Avec Simone Bitton, cet engagement se noue, depuis ses débuts, dans les plis politiques, et donc intimes, des territoires qui nous habitent, aussi déchirants soient-ils. Portrait de Simone Bitton, Prix Charles Brabant 2024, pour l’ensemble de son œuvre.


Être une femme juive, arabe, occidentale, mais aussi française, marocaine et israélienne, qu’est-ce que ces plis et replis ? Une trinité enlacée dans l’histoire contemporaine du colonialisme comme des guerres d’indépendance. De cette filiation quasi cristallisante, la cinéaste en fera sa matière qu’elle ne cessera de malaxer, dans un travail rigoureux de mémorialiste, où le dialogue, comme le questionnement, est au service d’un engagement inaliénable contre toute forme de domination.

Et dès lors, comment renouer ce que le temps de la guerre ne cesse de dénouer ? Ce récit est connu, il remonte même au mythe ravageur d’Abel et Caïn, ce fratricide qui, depuis plus de soixante quinze ans, hante et lacère nos consciences. Et c’est parce que la cinéaste n’a jamais cessé de raconter ces récits de corps et de territoires, tant personnels que géopolitiques, qu’il faut remonter aux origines, comme on tisserait une cartographie du cœur, pour tracer un chemin unique d’existentialisme en cinéma.

Naître et vivre dans les guerres

1955 est une année cruciale pour le Maroc, c’est aussi la naissance à Rabat de la jeune Simone Bitton, fille d’un bijoutier juif marocain. L’expérience coloniale est inscrite dans l’apprentissage dès langues, car si l’arabe est sa langue maternelle, le français est celle du savoir et du pouvoir. C’est ce « butin de guerre » que tout colonisé connaît, la maîtrise de la langue de l’occupant.

Le 2 octobre 1955 marque les débuts de la guerre contre la colonisation française, jusqu’à la proclamation de l’indépendance du pays en mars 1956, mettant fin à quarante quatre ans de protectorat français. Une autre guerre se jouait déjà, celle qui débuta après la création d’Israël en mai 1948. D’une présence multimillénaire au Maroc, la communauté juive, doublement marquée par ces deux ruptures historiques, va quasiment disparaître en quelques années. En 1948, les Juifs marocains représentaient la plus grande communauté juive du monde arabe et musulman avec près de 265 000 personnes. En 2024, ils sont moins de 800.

C’est ainsi que la jeune Simone, à peine âgée de onze ans, devra quitter son pays natal pour Israël. Nous sommes en 1966, quelques mois avant la Guerre des Six jours. Comment imaginer cette adolescence pour une jeune fille qui doit apprendre une nouvelle langue dans un nouveau pays, où le sionisme, comme les réalités du colonialisme, représente sa vie quotidienne ?

Il y a une ironie de l’histoire dans ce dédoublement de la guerre coloniale qu’aura vécu, à son corps défendant, la jeune fille. Toute assignation identitaire relève du monstrueux et c’est hélas dans l’expérience indicible de la guerre que Simone Bitton la vivra. Comme toute citoyenne israélienne, la guerre est un vécu du présent, une obligation morale quasi phénoménologique. En 1973, à dix huit ans, elle se retrouve dans l’armée lors de la guerre du Kippour – nommée aussi Guerre du Ramadan. Elle vit de trop près la mort de ses camarades, non loin du canal de Suez. Traumatisée, elle sera démobilisée. Ce sera sa première guerre israélo-arabe. Un tournant décisif et radical s’opère en elle. Elle quitte Israël pour vivre bohème en Europe, avant de venir s’installer en France, à Paris.

Le cinéma, terre d’accueil

Elle a vingt ans. La capitale française n’a jamais cessé de recueillir les exilés qui y trouvent une terre d’accueil, dans cette ville du cinéma par excellence. Dans la carte du monde, le cinéma est un pays en soi, un espace qui, à cette époque post révolutionnaire, créait des nouvelles formes de langages, comme autant d’espaces de recherche. En France, des collectifs de cinéastes se créent, tels Dziga Vertov (Jean Luc Godard et Jean Pierre Gorin, 1971), Le Grain de Sable (Jean-Michel Carré, Serge Poljinsky, Yann Le Masson, 1974) ou encore Slon, Iskra et le Groupe Medvedkine, avec entre autres Juliet Berto, Bruno Muel, René Vautier, Mohamed Zinet, Inger Servolin et Chris Marker. Entre l’université de Vincennes et les salles de cinéma parisiennes, son apprentissage la plonge au cœur des récits du monde entier, notamment d’Afrique, d’Amérique latine et du monde arabe. Nourrie par cette effervescence culturelle et politique, elle a aussi été directement touchée par une autre révolution en marche, celle des femmes à la caméra, que ce soit Marguerite Duras, Nelly Kaplan, et surtout Chantal Akerman. Dans un entretien paru dans la revue 24 Images (novembre 2004), elle témoigne de l’importance fondatrice de la cinéaste :

Les premiers films d’Akerman ont réellement changé ma vie, je lui serai toujours reconnaissante d’exister, d’avoir eu le courage un peu insensé, peut-être inconscient, de dire : voici ce qu’une femme peut faire. Et une femme, vous savez, pour exister doit être meilleure que les hommes, sinon c’est perdu d’avance. Elle était meilleure que les hommes. Surtout au cadre. Elle a révolutionné le cadre et le temps. Aujourd’hui encore, je ne peux pas faire un plan-séquence sans penser à elle !

Elle poursuit sa formation en intégrant l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC ex FEMIS). Alors que le cinéma documentaire propose un contre modèle face au cinéma de divertissement dominant, le monde occidental, impérial et impérieux dans le commerce des images, reste mutique face à ses responsabilités, notamment ses histoires coloniales. Les blancs de l’histoire persistent, entre amnésie, déni et manipulation. Parce qu’elle porte en elle une trinité déchirante, elle deviendra la première cinéaste à raconter l’histoire de la Palestine. Avant elle, aucune archive palestinienne n’avait été montrée aux citoyens français. De fait, toute histoire tue deviendra sa matière à filmer, pour documenter le réel oblitéré par les récits dominants, qu’ils soient du pouvoir français, marocain ou israélien. Lorsqu’elle réalise ses premiers films, le cinéma documentaire est quasiment absent des salles de cinéma. Hormis quelques festivals, les documentaires ont pour seule visibilité la télévision publique.

Au nom du service public

Au début des années 80, avant la privatisation accélérée des médias par des industriels milliardaires, elle s’engage totalement au service de la télévision publique, avec l’Institut National Audiovisuel. Dans la continuité d’autres cinéastes tels que Sarah Maldoror, Robert Kramer, qui partagent avec elle l’expérience de l’exil comme du combat pour la dignité humaine, elle ne cessera d’arpenter les mémoires vivantes qui traversent la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle réalisera pas moins d’une douzaine de films documentaires : des portraits (Nissim et Chérie, La vie devant elles, Nos mères de Méditerranée, Citizen Bishara) une biographie politique (Ben Barka, l’équation marocaine) l’enquête (L’attentat, Rachel) des chroniques courtes sur la vie quotidienne à Ramallah (Ramallah daily) des dialogues filmés (Elias Sanbar et Serge Daney, Mahmoud Darwish) des portraits d’artistes du monde arabe (Les grandes voix de la chanson arabe).

Ces portraits intimistes de femmes, de couples, d’écrivains et d’hommes politiques s’inscrivent dans les mémoires des immigrations et d’exils, mais aussi dans le combat anticolonial. Son travail est exemplaire, où l’exigence dans la recherche historique va de pair avec le souci, chevillé au corps, de nouer un dialogue entre celles et ceux qu’elle filme et elle-même. Et surtout avec la communauté humaine à qui le film, toujours, est adressé, ce tiers inclus dès le processus de création.

Dialoguer en cinéma

Ce tiers, c’est aussi elle, dans les interstices du film, une citoyenneté inquiète et vigilante qui veut saisir ce réel assourdissant. Chacun de ses films est cette expérience de l’altérité en question et en souffrance, la sienne bien sûr, mais surtout de tout le monde. Elle crée ce cadre où se dépose des traces de vie en suspens, des vies borderline, lorsque ce ne sont pas tout simplement des disparus… Chacun est accueilli dans son cinéma, elle archive ce qui se dépose, silences comme larmes, poèmes comme colères, et peut-être aussi, parfois elle console. Elle est cette éclaireuse du langage pluriel, pour qui la parole a une fonction quasi thérapeutique, cette suture des mots qui manifeste une présence, un corps, même dans ses brisures et murmures, afin de raccorder ce que le social détruit. Que ce soit avec le poète exilé Mahmoud Darwish (Mahmoud Darwich : et la terre comme langue, 1997) avec l’essayiste Elias Senbar qui dialogue en fraternité territoriale avec le critique de cinéma Serge Daney (Conversation Nord-Sud, Daney/Sanbar, 1993) ou avec le philosophe palestinien et député au parlement israélien, Azmi Bishara, (Citizen Bishara, 2001). Le dialogue suppose une écoute, comme un désir partagé de créer un tiers lieu dans lequel chacun peut déployer les possibilités de penser/panser le monde.

Prendre à bras le corps ses filiations

Juive arabe européenne, marocaine, israélienne, française. Une réalité existentielle qui façonne son destin de cinéaste. Et, dans une évidence quasi originelle, elle devient la première réalisatrice française à prendre à bras le corps l’histoire de la colonisation palestinienne. Trois années de recherche et de travail sur les archives pour la réalisation d’une série de deux films, Palestine, Une histoire de terre, avec comme directeur de collection Jean Michel Meurice (1993). Nul ne peut échapper à la terre surtout celle qui se vit dans la guerre, et comme Rithy Panh mémorialiste du génocide cambodgien, Simone Bitton ne cessera de revenir en Israël comme en Palestine pour filmer ce qui ne fera qu’empirer. Dès 1983, soit dix ans après sa fuite de la guerre du Kippour, elle retourne en Israël pour filmer ce voyage si particulier, ce sera La réunion d’entre deux guerres.

Après son grand film documentaire d’archives sur l’histoire de Palestine, ce sera la guerre qui sans cesse la fera revenir. Le 4 septembre 1997, trois jeunes Palestiniens se sont fait sauter dans une rue piétonne de Jérusalem, causant la mort de cinq civils israéliens dont trois adolescentes. L’une d’elles était la petite-fille d’un célèbre pacifiste israélien, Mati Peled. Elle se souvient :

Je n’étais pas en Israël à ce moment-là, j’étais à Paris. Mais je suis arrivée très vite, et je me suis rendue à l’enterrement de Smadar, la petite-fille de Mati Peled, avec des amis palestiniens de Ramallah qui ont bravé le bouclage des territoires pour déposer une fleur sur sa tombe. J’ai connu Mati Peled, en son temps j’avaissoutenu la liste progressiste pour la paix, le parti politique israélo- palestinien dont il avait été député. J’étais particulièrement bouleversée par la tragédie qui s’abattait sur cette famille. Je n’avais pas de caméra ce jour-là et je ne pensais absolument pas faire un film, mais il est certain que la motivation profonde est venue de l’émotion très forte que j’ai ressentie à cet enterrement. Le film s’est fait entièrement avec les familles des victimes israéliennes et les familles des kamikazes. Mon idée était que ces gens qui avaient perdu un enfant – peut-être pas le lendemain mais quelques mois après – sauraient peut-être mieux exprimer la guerre et la paix que d’autres.

Ce sera L’Attentat (1998) qui sera primé dans de nombreux festivals.

Face au réel, seul le cinéma

Une rencontre fut décisive dans sa vie pour son passage au cinéma, ce fut avec le producteur Thierry Le Nouvel. Mais le basculement fut encore une fois une catastrophe politique. Il s’agit de la construction d’un mur, ordonnée par le gouvernement d’Ariel Sharon, entre Israël et la Cisjordanie. En 2002, Simone Bitton écoute aux informations le ministre de la défense israélien Binyamin Ben-Eliezer évoquer la possibilité de construire un mur de séparation. De ce réel quasi inimaginable, elle en fera une œuvre magistrale Le Mur, son premier film de cinéma sélectionné à Cannes en 2004 et primé dans de très nombreux festivals internationaux. Organique et abstrait, le film déroule une réalité implacable, la construction du mur, à chaque étape, qui enferme, emprisonne, sépare, éventre, érige, obstrue. Elle a choisi de filmer la matérialité même de ce mur qui s’érige comme une nouvelle espèce, totem politique délirant en béton de huit mètres de haut et de tronçons de barbelé et pourtant concret, bien là. Un sur-visible qui va jusqu’à engloutir l’écran.

Si les pouvoirs politiques ne cessent de trahir les peuples, le cinéma demeure le seul espace temps qui recueille l’indicible comme l’inaudible. La banalité du mal n’est pas tant celle du régime des images qui voit ses possibilités de langage se rétrécir, au détriment de l’imposition d’un récit unilatéral qui ne cesse de falsifier le réel, et ce par les plus hautes instances. Que peut le cinéma face à cette guerre de destruction en cours depuis plus de onze mois ? Tout, et il est évident que le cinéma documentaire relève d’une éthique du réel, et non de la manipulation telle qu’elle se déploie avec une rare férocité depuis la fascisation des sociétés occidentales. Le temps du cinéma relève du temps humain, plus encore avec Simone Bitton qui vient avec sa caméra ausculter et enregistrer ce que le discours officiel efface.

Voix matricielles

Toute langue est la matrice d’une perte, et l’hybridation linguistique dans laquelle est plongée la cinéaste crée aussi une triple absence. Serait-ce cette mère allée ? L’éternité, ultime rêve du cinéma ? Sa quatrième langue est le montage, mon beau souci, selon l’adage godardien ( Les Cahiers du cinéma, 1965). Simone Bitton est aussi et surtout monteuse, naviguant entre ses langues et la multiplicité des outils de langage que le cinéma offre. Nul sacré dans son art si ce n’est celle de la présence humaine, aussi fragile soit-elle. Il n’est pas anodin de noter que sa première réalisation, un court métrage documentaire nominé aux Césars en 1983, Solange Giraud née Taché, revient sur le suicide d’une jeune coiffeuse de province. Le suicide, ce tabou qui hante la société moderne… Une anonyme que la jeune cinéaste qu’elle est permet d’exister. La tragédie intime féminine, c’est aussi retracer les chemins de l’exil au cœur de la méditerranée, cette matrice des mondes occidentaux et orientaux. Rendre visible et audible ce que le temps politique avale. Raconter autrui pour mieux se rapprocher de soi ? Dans ce geste rimbaldien, la cinéaste est allée à la rencontre de Christiane l’Italienne, Norma la Palestinienne, Jacqueline la Juive algérienne et Nadira la Kabyle (Nos mères de Méditerranée, 1982). Lorsqu’en 1986 elle réalise La vie devant elles, documentaire sur la jeunesse, elle remonte le fil des filiations et des mémoires des immigrations françaises, invisibilisées dans le roman national. Trois ans après la Marche pour l’Égalité et contre le Racisme, le cinéma français est encore frileux à raconter son histoire des immigrations, constitutive de son roman national. Le thé au harem d’Archimède de Mehdi Charef (1985) fera hélas exception durant de trop nombreuses années. C’est dire combien la cinéaste documentariste était d’une vigilance aiguisée sur tout ce qui relevait des tremblements, mémoires et blessures identitaires. Ce titre volontairement optimiste, clin d’œil à Romain Gary, restera peut-être son unique titre le plus ouvert aux espérances.

En effet, plus de vingt ans plus tard, en 2008, ce sera Rachel, son deuxième long métrage de cinéma, qui revient sur la mort d’une jeune américaine, Rachel Corrie. Âgée de vingt trois ans, cette militante pour la paix a été écrasée le 16 juin 2003 par un bulldozer de l’armée israélienne, à Rafah dans la bande de Gaza, alors qu’elle tentait de s’opposer à la destruction de maisons palestiniennes. A cette mort atroce, autant niée par l’armée israélienne que la justice du pays, la cinéaste oppose toute la rigueur d’une enquête cinématographique.

Au cinéma, le résultat de l’enquête compte moins que le fait même d’enquêter. Il s’agit de filmer et d’observer des lieux, des gens, des objets ; de recueillir des paroles, des gestes et des silences. De faire jaillir l’émotion des matières les plus froides et les plus dures, comme les images d’une caméra de surveillance ou le métal lisse d’une table d’autopsie.

Cette exigence l’amène à montrer dès le générique les images du corps démembré de la jeune Rachel, alors que le film se révèle au fil du récit une ode à la jeunesse, où la poétique affleure par la voix off de Rachel et une écriture cinématographique mixte.

El Hob, le chant de l’amour

Qu’est-ce qui relie Oum Kalthoum, Mahmoud Darwish, Farid Al Atrache et Mohamed Abdelwahab. Simone Bitton certes, mais surtout le tarab, cette émotion artistique d’intensité maximale. Cet amour qui devient extase et communion des sens entre le spectateur et le créateur, où l’âme s’élève au firmament d’une ivresse esthétique, spirituelle. Cette langue arabe qui porte en elle la puissance de la mélancolie, entre incantation à l’absolue et puissance de la perte.

En 1990, elle réalise trois portraits des stars mythiques de la chanson arabe : Oum Kalsoum, Mohamed Abdelwahab et Farid Al Atrache, suivi six ans plus tard de Mahmoud Darwich : et la terre comme langue, 1997). Leurs mots chantés, scandés, c’est l’amour, el Hob, non romantique ni même romanesque. Il n’est que perte, arrachement, quête et déracinement ; mélancolie de l’ivresse déjà évanouie, extase en suspension, toujours inaccomplie, à jamais recherchée.

Cet amour morcelé, elle le retrouvera, presque intimement, lorsqu’elle s’autorise enfin à faire son propre pèlerinage cinématographique avec Ziyara son dernier film sorti en 2002. Si la mort a dès son premier court métrage marqué de son sceau tout son cinéma, avec ce vrai faux retour au pays natal, le Maroc, elle trace un chemin d’amour par la présence ténue des morts.

Tel un spectre, elle se filme, déambulant dans les cimetières, à la recherche de quelque chose qui n’existe presque plus. Des tombes juives entretenues manuellement et quotidiennement par des femmes et des hommes arabes, musulmans. Film le plus énigmatique de sa carrière, il n’en est pas moins le plus arrimé à la politique du corps, celui de la résistance à tout, au nom de l’amour. C’est entre les tombes, dans son errance intérieure, que la cinéaste nous offre son portrait le plus lucide et aussi le plus émouvant. Aucun pays ne nous appartient, la terre nous est légère, et nous n’avons perdu ce qui jamais de fait nous avait appartenu. C’est aussi une des énigmes que le film revisite, ce qu’opère en chacun de nous un retour à quelque chose qui n’existe plus et qui fait pourtant advenir quelque chose que l’on pensait oublié. Ne serait-ce pas là tout ce que le cinéma, dès ses origines, permet et offre à l’humanité, un espace-temps ?


samedi 6 juin 2020

Le monde arabe au temps du corona



Quand la solidarité pallie les carences des États · Le Covid-19 a dévoilé à quel point les infrastructures sanitaires, dans la plupart des pays arabes, étaient détériorées. Il a aussi révélé l’ampleur de la dévastation laissée par des décennies de corruption et de mauvais choix. Mais, dans des sociétés arabes au bord de l’épuisement, il a mis en lumière des initiatives créatives de solidarité populaire nées dans la lutte contre l’épidémie.





Bande de Gaza, 12 avril 2020. — Des jeunes militants et des bénévoles du Women’s Program Center distribuent du matériel pour les travaux manuels et la lecture aux enfants confinés, dans le camp de réfugiés de Deir Al-Balah
Mahmud Hams/AFP

Avant d’évoquer les effets du coronavirus et ses répercussions économiques, sociales et humaines dans des pays arabes, il est utile de rappeler que près de la moitié d’entre eux vivent dans un état de guerre ou de faiblesse (voire d’absence) d’un État central ; ou de soulèvements sociopolitiques populaires, de blocus ou encore d’occupation : Syrie, Yémen, Libye, Somalie, Irak, Palestine, Algérie et Liban.
Les indices de développement humain (IDH) et le PIB par habitant varient d’un pays à l’autre, mais plusieurs d’entre eux sont classés très bas sur l’échelle mondiale. Hormis les pays du Golfe, les autres États ont enregistré en 2019, selon les chiffres de la Banque mondiale, des taux officiels de chômage compris entre 9 et 26 %. De plus, l’économie informelle occupe plus de 40 % de la population active (sans contrat de travail ni couverture sociale), sans compter les millions de personnes dont les emplois sont organisés, mais avec des salaires extrêmement bas.
Les pays arabes les plus nantis disposent de moins de 3 lits d’hospitalisation pour 1 000 habitants, contre 6 en France ou 13 au Japon. Ce chiffre tombe à moins d’un lit dans des pays comme le Yémen. Quant au nombre de médecins, toujours pour 1 000 habitants, il se situe entre 0,3 et 2,5 (3,4 en France). Toutes ces données permettent de mieux comprendre la fragilité de la situation sanitaire dans la plupart des pays arabes, que le coronavirus va exacerber.

Pénurie de matériels spécifiques

La plupart des pays déplorent un manque d’équipements de protection individuelle contre les infections (masques, bavettes, combinaisons spéciales et solutions hydroalcooliques pour stériliser et désinfecter). Ils manquent également de tests, de laboratoires d’échantillonnage et d’équipements médicaux lourds, nécessaires pour la prise en charge des personnes infectées par le Covid-19, dont l’état requiert l’hospitalisation, la mise sous surveillance et la réanimation. Ces pénuries s’expliquent par une politique, enracinée depuis longtemps, d’indifférence à l’égard du concept de « santé publique » en tant que droit. Elle a été accentuée par l’adoption des ajustements structurels imposés par le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que par les mesures d’austérité qui ont touché en particulier le secteur public de la santé.


Le problème devient plus compliqué encore quand il s’agit de lits de soins intensifs et de respirateurs artificiels. Leur nombre ne dépasse guère quelques milliers dans les pays arabes les mieux dotés, pour ne compter que quelques centaines dans la plupart des autres, et seulement des dizaines dans les pays les plus pauvres ou ceux ravagés par les guerres. En Tunisie, au Maroc et au Liban (environ 500 lits chacun), on constate même que le nombre de ces lits dans le secteur privé est égal ou supérieur à celui dont dispose le secteur public.
La rareté de tous ces appareils et équipements a ouvert la porte, d’une part, à la course aux monopoles et à la flambée des prix ; et d’autre part, à la fraude et à la corruption. Les prix des masques de protection et des produits désinfectants, par exemple, ont augmenté de façon exponentielle (jusqu’à décupler) au Liban, en Égypte, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, au Soudan et en Syrie. Cette situation a aiguisé l’appétit de certaines entreprises spécialisées (ou pas) pour fabriquer ces équipements et les commercialiser à des prix élevés, alors que nombre d’entre eux ne sont pas aux normes. Plusieurs de ces sociétés se livrent à une concurrence acharnée afin d’obtenir des commandes des ministères de la santé et des pharmacies centrales des hôpitaux, sans passer par les procédures habituelles des marchés publics.
Le manque de médecins dans la santé publique est souvent criant. En Égypte, où le coronavirus menace de devenir une véritable pandémie, le président Abdel Fattah Al-Sissi a proposé de former « rapidement » les pharmaciens pour combler la pénurie de médecins ! Alors que 70 000 médecins égyptiens exercent en Arabie saoudite et que sur les 220 000 médecins inscrits au Conseil de l’ordre des médecins en Égypte, 120 000 travaillent en dehors du pays ! Huit cents médecins tunisiens nouvellement diplômés ont émigré en 2019. Il en va de même pour l’Algérie, le Maroc, l’Irak, la Syrie, le Liban, etc.

Des moyens de subsistance insuffisants

On a lu de nombreux articles qui mettent en avant les avantages du confinement. Rester chez soi offrirait autant d’occasions de méditer, lire, regarder des films, manger sainement, profiter de ses proches et repenser les concepts du temps et de l’époque. Tout cela est peut-être vrai, mais rester à la maison sans crainte pour l’avenir (du moins proche) est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. Le confinement d’une famille entière peut devenir un véritable enfer lorsque le logis ne comporte qu’une ou deux pièces pour plusieurs individus. Dans de nombreuses sociétés arabes, les journaliers et ceux qui exercent une activité dans le secteur informel constituent la majorité des travailleurs, sans parler des chômeurs. Ceux qui tiennent des petits commerces et sociétés de services, ainsi que les artisans, craignent également les conséquences de la récession économique et la baisse du pouvoir d’achat de leurs clients. Et bien que la plupart des pays aient pris certaines dispositions pour atténuer les difficultés des groupes sociaux les plus touchés, la peur persiste.
Les mesures gouvernementales sont souvent insuffisantes, car les sommes allouées sont faibles (entre 50 et 150 dollars, soit entre 45 et 135 euros) dans la plupart des pays arabes, et ne correspondent pas à la réalité des prix ni du coût de la vie. Elles n’incluent pas tous ceux qui y auraient droit, faute d’actualisation des bases de données sur les habitants et leur situation familiale, professionnelle et matérielle. Les choses sont pires dans les pays où l’économie parallèle est dominante, c’est-à-dire la grande majorité d’entre eux. La crainte de la pauvreté et de la faim a poussé de nombreux vendeurs ambulants, artisans et commerçants à transgresser le confinement. Ils sont sortis pour gagner leur vie dans une sorte de cache-cache avec les autorités qui se transforme parfois en accrochages, arrestations, fermeture de magasins et confiscation d’outils de travail et même de moyens de transport.
Ainsi, certaines catégories sociales se trouvent coincées entre diverses strates de peur : l’épidémie, la pauvreté et la violence du pouvoir. Plusieurs manifestations ont d’ailleurs eu lieu au Liban qui souffre, en plus de l’épidémie, d’un effondrement économique. De même, l’Irak est menacé d’une nouvelle explosion des mouvements de protestation.

Les femmes grandes perdantes

Au niveau sanitaire, les hommes sont plus exposés à la contamination par le Covid-19. Mais sur le plan économique et social, le tribut payé par les femmes semble plus élevé, qu’elles travaillent ou qu’elles soient financièrement dépendantes. Car si une femme est privée d’emploi, elle perdra son indépendance financière, qui ne sert pas seulement à subvenir à ses besoins matériels, mais lui assure également une sorte de position sociale et une protection contre l’avilissement. Si elle est sans emploi et que son « soutien de famille » a perdu son revenu, ou si celui-ci a baissé, la vie sera encore plus dure pour elle comme pour ses enfants. On pense ici aux « vendeuses de thé » au Soudan, celles de couscous en Mauritanie ou aux marchandes de pain, de sandwichs, de beignets et pâtisseries bon marché des marchés populaires de dizaines de villes arabes. Le danger guette aussi les moyens de subsistance de millions d’ouvrières tunisiennes, marocaines et égyptiennes qui travaillent dans les entreprises de l’industrie légère et de transformation (textile, alimentaire, conserverie, etc.). Leur activité est menacée en raison du manque des commandes et de l’interruption des échanges commerciaux.



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Rester longtemps à la maison en compagnie du mari ne signifie pas forcément pour les femmes plus de proximité et d’amour. De nombreux pays arabes — ils ne font pas exception dans le monde — ont enregistré une augmentation significative du nombre de victimes de violence conjugale depuis la mi-mai 2020. En Tunisie, des organisations féministes comme l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche sur le développement (Afturd) confirment que le nombre de femmes qui ont signalé a des violences a quintuplé par rapport à la même période de 2019. Au Maroc, ce phénomène a incité les organisations féministes à lancer la campagne « Aidez votre pays et restez chez vous sans violence ». Ces mêmes organisations ont multiplié les cellules d’écoute pour les victimes. Au Liban, le nombre d’appels reçus sur la hotline réservée aux plaintes des femmes a doublé par rapport à la même période de l’année 2019. Il en va de même en Jordanie, où Jordanian Women’s Union a mis en garde contre l’aggravation des cas de violence à l’égard des femmes.

Les oubliés de la pandémie

D’autres personnes sont carrément oubliées en temps d’épidémie. Ainsi des milliers d’étudiants arabes, par exemple, se retrouvent coincés dans les pays étrangers où ils poursuivent des études, sans espoir d’être secourus financièrement par leur pays d’origine, ni rapatriés. En Tunisie, en Mauritanie et au Maroc notamment est apparu le problème des émigrés souhaitant rentrer chez eux par les frontières terrestres : les postes frontaliers leur ont été fermés au nez à cause des mesures de confinement. Des centaines de Tunisiens se sont ainsi entassés, durant des semaines, à la frontière avec la Libye, dans l’attente d’un accord des autorités leur permettant de rentrer. Ils ont fini par perdre patience et ont forcé le passage au poste de Ras-Jédir. À la frontière mauritano-sénégalaise, de nombreux Mauritaniens se trouvent bloqués, même si certains d’entre eux ont réussi tout de même à s’infiltrer.
La plupart des pays arabes qui abritent sur leur territoire des camps de réfugiés (Palestiniens, Syriens, Irakiens et d’autres nationalités) les ont abandonnés à leur sort et laissés aux bons soins des organisations internationales et non gouvernementales. Dans certains pays, la propagation de la pandémie et la déclaration du confinement sanitaire ont porté un coup dur aux immigrés pauvres ou sans papiers. Le problème concerne particulièrement les Africains subsahariens qui se trouvent dans les pays du Maghreb, et les Asiatiques dans les pays du Golfe. Nombre d’entre eux ne sont plus en mesure de subvenir à leurs besoins et ne peuvent s’adresser aux autorités officielles de crainte de tomber sous le coup de la loi, ou bien parce que les lois sont, elles-mêmes, discriminatoires. La majorité d’entre eux partagent un logement avec un grand nombre d’individus, ce qui rend difficile tout respect des règles de confinement et de prévention contre la contamination.

Les jeunes aux avant-postes de la solidarité

Depuis les premiers jours de la propagation du virus, et surtout après les décisions de confinement sanitaire, dont la rigueur et la sévérité varient d’un pays à l’autre, les gens ont saisi à quel point la situation était grave. Certains d’entre eux ont compris que la solidarité était indispensable pour traverser cette crise. Des actions caritatives et de volontariat se sont mises en place si rapidement qu’il est impossible de les recenser ou de les évaluer. Certaines formes de cette solidarité sont anciennes, comme l’entraide familiale, clanique, tribale, et même régionale et communautaire. D’autres ont été prises à l’initiative d’associations et d’organisations caritatives et de secours, locales ou internationales, qui travaillent depuis des années et ont l’expérience et les moyens pour intervenir vite et efficacement.
Il y a aussi de nouvelles initiatives nées récemment et que nous avons choisi de mettre en lumière. En Tunisie, par exemple, les jeunes ont joué, et continuent de jouer, un rôle important dans l’organisation concrète de la prévention et de la solidarité. En plus des campagnes d’explication de la maladie et des moyens de s’en protéger, plusieurs d’entre eux, parfois en coordination avec des structures gouvernementales et des acteurs de la société civile, ont mené des opérations pour désinfecter des rues et des bâtiments, et pour faire respecter les exigences de la distanciation physique dans les files d’attente.
Pour les jeunes des comités de résistance au Soudan, la lutte contre le coronavirus et ses effets sociaux est considérée comme une nouvelle bataille. Ils ont donc monté des campagnes de sensibilisation et tenté de s’opposer aux détenteurs du monopole des produits de stérilisation et de désinfection, en coordonnant leur action avec le Comité central des pharmaciens et en distribuant gratuitement des centaines de milliers de packs. Ils ont également contribué au recensement des familles qui ont le plus besoin d’aide alimentaire.
En Somalie, des étudiants de l’université de Mogadiscio ont participé à la campagne « Une once de prévention vaut mieux qu’un quintal de traitement », très active dans les zones les plus pauvres et les plus exposées à la propagation de la maladie, comme les grands groupements d’habitation et les camps des migrants à la périphérie de la capitale. Ces étudiants y distribuent des articles de base pour la protection individuelle et collective tels que savons, kits de stérilisation et produits de nettoyage domestique.
Il en est de même dans de nombreux villages égyptiens pauvres et abandonnés à leur sort où les jeunes jouent un rôle vital. Ils désinfectent les rues avec des moyens modestes et sans le soutien du gouvernement dans la plupart des cas, et contribuent à organiser la vie quotidienne et à trouver des solutions pour l’approvisionnement en produits alimentaires et autres, à des prix raisonnables.
Les initiatives des jeunes à Gaza se distinguent par leur persévérance et leur créativité. Dans un territoire assiégé pendant quatorze ans, soumis à une succession de guerres israéliennes destructrices, ils ont vite saisi que cette situation serait catastrophique si la propagation de l’épidémie n’était pas anticipée et les conditions de vie des habitants soutenues, car la pauvreté frappe 70 % de la population de Gaza.
Partout, jeunes médecins et infirmiers étaient aux premiers rangs des volontaires dans les hôpitaux et dans les circuits consacrés à l’accueil, l’examen et le traitement des personnes atteintes du Covid-19. Par exemple, les étudiants de l’Université libanaise publique ont été les premiers à mettre en place avec des infirmiers, à l’hôpital universitaire gratuit Rafic Hariri, une cellule d’accueil et de conseil pour les malades soupçonnés d’être infectés par le Covid-19. Ils sont même allés jusqu’à traiter ces malades, dans un pays où le secteur médical privé vampirise tout, alors que la plus grande majorité des citoyens n’a pas les moyens d’y accéder.

De nombreuses initiatives pour des groupes spécifiques

Au Soudan, les mesures de confinement et de couvre-feu ont privé totalement ou en partie des dizaines de milliers de femmes de leur source de revenus qui consiste à vendre du thé dans les rues. Une collecte d’argent intitulée « Reste chez toi, tes sous tu les auras à ta porte » a vu le jour pour compenser un peu les pertes de ces « dames du thé ». Quelqu’un a même donné l’argent qu’il réservait à son mariage ! Dans certaines régions du Liban, la campagne « Nous sommes à tes côtés » a été menée pour soutenir les chauffeurs de taxi, gravement touchés par le confinement. Par ailleurs, en vue de distribuer les aides officielles ou des dons, des équipes de jeunes se sont constituées pour procéder au recensement des familles dans le besoin à Tripoli, la ville la plus pauvre du pays.
Certaines personnes n’ont pas besoin de dons, mais ont du mal à sortir faire leurs courses et même à obtenir leurs médicaments. Dans la ville marocaine de Tétouan, ainsi que dans de nombreuses villes égyptiennes, plusieurs jeunes se sont portés volontaires pour acheminer des provisions pour des personnes âgées, des handicapés et des malades dont le système immunitaire est faible.
En Égypte, plusieurs restaurants se sont mobilisés pour fournir des repas gratuits aux personnels des hôpitaux voisins et soutenir ainsi « l’Armée blanche » dans sa bataille contre le Covid-19. D’autres repas ont aussi pu être offerts aux gens qui n’ont rien à manger. En Tunisie, des associations, en coordination avec des restaurateurs, ont fourni des milliers de repas chaque jour aux personnels de la santé, de la collecte des déchets, ainsi qu’aux étudiants étrangers et aux travailleurs immigrés, notamment ceux originaires d’Afrique subsaharienne.
Dans plusieurs pays arabes, des médecins, des infirmiers et des étudiants ont utilisé les médias sociaux et la vidéo en ligne pour fournir des informations sur le coronavirus. Plusieurs pages Facebook ont vu le jour en Irak, publiant les numéros de téléphone de médecins bénévoles dispensant des conseils médicaux gratuits. Au Maroc, des médecins ont lancé l’initiative « Chifa » (guérir), qui organise notamment des entretiens en direct avec des spécialistes. Au Soudan, le Comité central des pharmaciens ne s’est pas contenté de préparer gratuitement de grandes quantités de produits désinfectants (en collaboration avec le Conseil de l’ordre des médecins et la jeunesse de la révolution soudanaise). Il a réussi à contourner des difficultés comme le manque de certaines matières essentielles, ou leur prix élevé, en les remplaçant par des composantes moins onéreuses, mais tout aussi efficaces.

Les ingénieurs retroussent leurs manches

Nombreux sont les diplômés et les étudiants des écoles d’ingénieurs et des instituts technologiques qui ont tenté de trouver des alternatives aux pénuries d’équipements médicaux. Au Maroc avec l’initiative « Ingénierie vs Covid-19 Africa », des ingénieurs ont développé des prototypes de masques et des composants de respirateurs en recourant seulement au marché local, notamment à partir de pièces de masques et d’autres équipements de plongée. En Tunisie, les élèves des écoles d’ingénieurs se sont lancé le défi de fabriquer des modèles de respirateurs artificiels avec des moyens locaux aussi, tout en garantissant la qualité et la précision. Les étudiants de l’École nationale d’ingénieurs de Sousse ont développé un modèle qui a été approuvé par le ministère de la santé.
Les habitants de la bande de Gaza assiégée ont de leur côté démontré, une fois de plus, leur détermination et leur capacité à trouver des solutions. Certains d’entre eux se sont employés à fabriquer des respirateurs malgré la rareté des équipements et composantes nécessaires. D’autres encore ont essayé des alternatives à la pénurie de tests, en utilisant des logiciels capables de diagnostiquer les cas d’infection avec une précision d’environ 80 %.

Des choix trop longtemps négligés

Toutes ces initiatives sont louables et nécessaires, mais peut-on compter indéfiniment sur elles ? De nombreux experts affirment que les jours les plus difficiles sont à venir. Ce qui signifie que plusieurs de ces bénévoles pourraient ne plus être en mesure de continuer à agir, voire de se trouver, pour certains du moins, dans le besoin d’assistance et de solidarité à leur tour. Que feront les États à ce moment-là ? Imposeront-ils des taxes exceptionnelles aux plus riches ? Cesseront-ils de payer leurs dettes aux institutions financières internationales ? Engageront-ils une campagne pour récupérer l’argent du peuple auprès des corrompus et des fraudeurs du fisc ?
Enfin, la pandémie de coronavirus a révélé — une fois de plus — que les services de santé sont étroitement liés à d’autres secteurs. D’abord une éducation publique de qualité, et la capacité de retenir dans leur pays les spécialistes, dont les médecins et les infirmiers, alors que sévit une énorme hémorragie migratoire des diplômés à cause des salaires médiocres et du chômage. Ensuite il y a les conditions d’habitation décentes, dont celles relatives à l’hygiène et à l’espace de vie. Puis la couverture sociale qui permet à chacun d’espérer des soins de santé gratuits et de qualité. Le travail enfin donne accès à ce qui est nécessaire à sa vie et à son alimentation, etc.
Il s’agit là de choix politiques, économiques et sociaux qui ont été longtemps négligés. Le Covid-19 vient d’en révéler les conséquences. Le monde arabe souffre de problèmes structurels, anciens et nouveaux, qui la menacent non seulement de pertes humaines importantes en cas de prolongation de la pandémie, mais aussi de graves conséquences économiques et sociales.

samedi 9 mars 2019

Maroc : Non, ce n'est pas la "journée de la femme"




Ainsi, les salles de fitness offrent un “show féérique de danseuses orientales”. Les restaurants ont cru opportun de lancer un “menu journée de la femme” d’une “affinité et d’une légèreté incomparables” (entre 750 et 1.000 dirhams, tout de même). Les salons de beauté “souhaitent chouchouter toutes les femmes”. Les studios de yoga vantent leur programme pour “explorer son féminin sacré”, son “espace de vulnérabilité”… Même le TGV Al Boraq s’y met, et concède 888 billets à 80 dirhams : “un geste par lequel l’ONCF rend hommage aux femmes et démontre sa volonté de les accompagner et de les soutenir dans leur mobilité.” 

Toutes ces publicités aux couleurs poudrées mettent en avant des femmes “inspirantes”, “fortes”, “qui ont réussi”. Bref, qui sont passées à la moulinette de l’empowerment, ce concept d’outre-Atlantique qu’on pourrait maladroitement traduire par “autonomisation”. Cette vision stéréotypée et individualiste de la réussite propage un modèle binaire, qui perpétue justement les inégalités (de genres, sociales, professionnelles…) et omet totalement les enjeux importants, tels que les violences économiques et conjugales, le droit à la propriété, l’accès à la contraception… 
Car cette journée, instaurée en 1977 par l’ONU, est avant tout l’heure du bilan. Or, dans son rapport annuel de l’exercice 2017, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) fait ressortir des chiffres qui ne sont pas à la “fête”.

Éducation

Malgré les avancées en matière d’éducation de la femme, la parité sur les bancs de l’école n’est toujours pas atteinte. Ainsi, selon le département de l’Education nationale, l’indice de parité entre les sexes (IPS) dans l’enseignement primaire est encore de 0,94 en 2016/2017 et de 0,88 dans le secondaire collégial, avec des disparités entre le milieu urbain et rural, soit respectivement 0,95 et 0,74.
Seul le secondaire qualifiant connait une parité entre les sexes. Au niveau de la formation professionnelle, 30% seulement des effectifs inscrits lors de l’année scolaire 2016/2017 sont des femmes. Le taux d’analphabétisme demeure élevé chez les femmes, atteignant 41,9% contre 22,1% parmi les hommes. De même, le taux de jeunes femmes âgées de 15 ans à 24 ans qui ne travaillent pas, ne sont pas à l’école et ne suivent aucune formation (NEET) s’élève à 45,1% en 2015, contre 11,4% pour les hommes. 

Propriété

L’accès des femmes à la propriété du logement enregistre une légère amélioration, grâce au programme “Villes sans bidonvilles”. Selon une enquête d’ONU Femmes, ce taux est ainsi passé de 15,3% à 18,7% en 2014, alors que cette proportion atteint 80,9% pour les hommes.

Entrepreneuriat 

L’implication des jeunes femmes dans l’entrepreneuriat reste elle aussi limitée. Selon une étude du Bureau international du travail (BIT) intitulée “Évaluation du développement de l’entrepreneuriat féminin au Maroc”, et publiée en mars 2017, les femmes représentent environ 10% à 12% du total des entrepreneurs au niveau national. 3% sont âgées de 15 à 24 ans, alors que 55% ont entre 25 et 39 ans. De plus, la majorité des femmes entrepreneures dirigent de Très Petites Entreprises (TPE) et seulement 3,5% d’entre elles accèdent aux marchés internationaux.

Santé 

Pour ce qui est de l’accès aux soins de santé, le taux de mortalité maternelle se situe à 72,6 pour 100 000 naissances vivantes selon les données de l’enquête nationale sur la santé et la population familiale publiée en 2017. L’écart entre le milieu rural et urbain est important : 111,1 pour 100.000 naissances vivantes en milieu rural, contre 44,6 en milieu urbain.
L’écart de fécondité entre le rural et l’urbain enregistre un net rapprochement et le taux de fécondité continue sa baisse avec un rétrécissement du gap entre le milieu urbain et rural (2,5 enfants pour la femme rurale contre 2,01 enfants pour l’urbaine en 2014).

Violences 

Les femmes sont plus exposées aux violences, les chiffres rendus publics par le HCP en 2011 faisaient état d’un taux de 62,8% de femmes âgées de 18 à 64 ans qui avaient été victimes de violence. Plus de la moitié de ces actes (55%) avaient été perpétrés par l’époux de la victime. Ce constat se retrouve corroboré par les données plus récentes de la présidence du ministère public qui indique que le nombre de femmes ayant subi des violences est passé de 15.297 en 2012 à 16.690 en 2017.
En se référant aux chiffres détaillés publiés par le ministère de la Justice, près de 56% des agressions à l’encontre des femmes en 2015, ont été commises par le mari. Viennent ensuite les agressions dont l’auteur est une personne étrangère à la victime (36,6%). Il est toutefois important de rappeler que ces statistiques ne reflètent pas l’ampleur du phénomène dans la société, étant donné l’importance de la non-déclaration de ces violences, largement répandue dans ce type de situations. En discussion depuis 2013, un texte de loi, n°103-13 relatif à la lutte contre la violence à l’égard des femmes a été adopté par le Parlement en 2018.