Blog du Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental, de Palestine et du monde, créé en février 2009 à l'initiative de Solidarité Maroc 05, AZLS et Tlaxcala
2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas
El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.
1972–2025, deux générations de révolte. Les pancartes d’hier, les drapeaux pirates d’aujourd’hui : même colère, autre langage.
Pour ceux qui ont l’âge de se souvenir, les années 1960-1970 furent une école du réel : l’odeur des gaz lacrymogènes, les cortèges qui débordent l’itinéraire « autorisé », la certitude joyeuse que rien n’est immuable, et la brutalité de l’instant où l’État lâche ses chiens. À Tana, on disait FRS quand Paris disait CRS : mêmes boucliers, même matraque, même réflexe colonial pour « tenir » les indigènes récalcitrants.
C’est dans cette mémoire que résonne 2025.
Apprendre qu’Andry Rajoelina, putschiste hier, président aujourd’hui, a fini par s’enfuir sous protection étrangère (française) n’a rien d’une surprise : les régimes qui n’écoutent pas finissent par courir, et les parrains d’hier organisent parfois eux-mêmes la sortie de secours quand leur créature devient ingérable. On baptisera cela « transition », « stabilité », « responsabilité internationale ». Les mots changent, la logique demeure : éviter l’embrasement tout en s’assurant que les intérêts bien placés ne perdent pas la main sur l’Île Rouge.
La jeunesse malgache de 2025 ne descend pas seulement pour l’eau coupée et l’électricité rationnée, ni pour le panier de riz devenu luxe hebdomadaire : elle descend avec la mémoire dans le sang.
Ce sont, littéralement, les petits-enfants de la jeunesse qui, en 1972, avait fait tomber Philibert Tsiranana, le Président de l’époque. L’étincelle du mouvement révolutionnaire s’appelait ZWAM pour Zatovo Western Andevo Malagasy, les Jeunes Malgaches amateurs de westerns, ces garçons aux blousons de cuir et aux rêves d’écran large, caricaturés par le pouvoir comme des voyous inhalant la poussière d’un western de pacotille. Le régime les méprisait, et en cela il a commis une erreur fatale : derrière l’imagerie existait une vraie force sociale, une dignité blessée, et la rage de n’être plus les spectateurs de leur propre pays.
Vint ensuite la figure des ZOAM pour Zatovo Orin’Asa Malagasy, les Jeunes chômeurs malgaches, une génération que l’on disait « sans avenir » et qui s’est fabriqué un présent collectif. Les autorités les ont insultés, les qualifiant de « fumeurs de marie-jeanne », de « fauteurs de troubles ». La rue a répondu en renversant l’échafaudage politique.
Cinquante ans plus tard, le décor a changé mais la distribution est la même : une élite qui s’agrippe, des partenaires extérieurs qui prêchent la retenue, une administration qui parle « gestion de crise », et en face des cohortes de vingt ans qui n’ont rien, sinon le nombre, l’intelligence connective, et le mépris du ridicule des puissants.
L’espace de deux générations, les codes visuels sont passés des westerns au manga : drapeaux pirates et chapeaux de paille façon One Piece, clins d’œil mondialisés qui recodent la vieille révolte en feuilleton planétaire. On peut sourire de la grammaire pop mais on aurait tort d’ignorer ce qu’elle porte : une langue commune de l’insubordination, un montage d’images et de chants qui accélère la contagion affective. Les vieux lexiques du pouvoir en place, « provocation », « casseurs », « éléments incontrôlés », glissent comme l’eau sur un K-Way : la foule filme plus vite que les préfectures ne mentent.
On dira qu’il y a eu des pillages. Il y en a toujours. Ils offrent au pouvoir le contrechamp moral dont il a besoin : l’émeute, c’est sale ; la boutique saccagée, c’est tangible ; le visage tuméfié d’un adolescent, on le verra moins longtemps. Mais la ligne de force n’est pas là. Elle tient à un basculement simple : l’armée ne tire plus.
En 1972, Tsiranana, usé et malade, remit les clefs à Ramanantsoa, l’uniforme étant le seul médiateur encore capable d’éteindre l’incendie.
En 2025, c’est une mutinerie qui a donné l’axe : des unités refusent de « faire le sale boulot », d’autres sortent des casernes, certains encadrent même les cortèges. Quand le bras armé se dérobe, le verbe présidentiel perd sa verticalité. Rajoelina a cru, jusqu’au bout, qu’on gouverne en « gérant la communication », en remplaçant un gouvernement comme on change un fusible. La panne n’était pas un court-circuit ; c’était le réseau tout entier.
L’exfiltration : le dernier geste du Parrain français
Reste la France, spectre obstiné. Elle ne se mêle pas, dit-elle. Elle « facilite ». Il n’y aura « pas d’intervention »… mais seulement un avion, un couloir aérien, une discrétion diplomatique et des éléments de langage sur la nécessité du calme. Les mêmes mains qui ont si longtemps griffé l’île de leurs concessions minières et de leurs coopérants sécuritaires assurent qu’elles n’y touchent plus. Peut-être ? Peut-être pas ?
Ils étaient nés le même mois de
la même année, ils sont morts la même année, à onze mois de distance. Ce n’étaient
pas leurs seuls points communs. Tous deux étaient des combattants de l’Afrique
en lutte pour sa décolonisation. Et tous deux ont laissé une marque indélébile
dans la longue mémoire des peuples. Patrice Emery Lumumba était né le 2 juillet
1925 au Congo, Frantz Fanon était né en Martinique le 20 juillet. Le premier,
éphémère Premier ministre du Congo à peine indépendant, avait, par son discours
de prise de fonction en présence du roi Baudouin, signé son arrêt de mort. Il
fut kidnappé, torturé et exécuté par une bande de tueurs katangais, belges et
français avec la bénédiction de la CIA, le 17 janvier 1961.
Maison natale à Onalua,
territoire de Katakokombe, district du Sankuru, dans le Kasaï oriental
Le second, Frantz Ibrahim Omar
Fanon, devait mourir de leucémie en décembre 1961. Les deux hommes s’étaient connus
(en 1958, au Ghana et en 1960 au Congo) et s’appréciaient mutuellement. Et
avant tout, ils partageaient la conviction que les peuples africains ne
pourraient s’émanciper réellement qu’en s’unissant, en se coordonnant contre
leur ennemi commun. Frantz Fanon, qui contribua de manière décisive à la
dimension panafricaniste du FLN algérien, écrivit le texte puissant et
admirable ci-dessous, publié un mois après la mort de Lumumba, dans Afrique
Action, l’hebdomadaire créé quelques mois auparavant à Tunis par Béchir Ben
Yahmed, et qui allait devenir Jeune Afrique. Après ce texte, nous vous
proposons un poème de Langston Hughes, le grand poète de la Renaissance de
Harlem et deux chansons, la première du chanteur congolais Franco et son groupe
l’OK Jazz, et la seconde du Cubain Carlos Pueblo. Notre manière de marquer le
centenaire de la naissance de Lumumba.
Frantz Fanon
La mort de Lumumba :
Pouvions-nous faire autrement ? Afrique Action, Tunis, N° 19, 20 février 1961
Repris dans Frantz Fanon, Pour la révolution africaine. François
Maspero/La Découverte. 1964/1969/2001
Les observateurs qui se sont
trouvés dans les capitales africaines pendant le mois de juin 1960 pouvaient se
rendre compte d’un certain nombre de choses. De plus en plus nombreux, en
effet, d’étranges personnages venus d’un Congo à peine apparu sur la scène
internationale s’y succédaient.
Que disaient ces Congolais ? Ils disaient n’importe quoi. Que Lumumba était
vendu aux Ghanéens. Que Gizenga était acheté par les Guinéens, Kashamura par
les Yougoslaves. Que les civilisateurs belges partaient trop tôt, etc...
Mais si l’on s’avisait d’attraper
dans un coin un de ces Congolais, de l’interroger, alors on s’apercevait que
quelque chose de très grave se tramait contre l'indépendance du Congo et contre
l’Afrique.
Des sénateurs, des députés
congolais aussitôt après les fêtes de l’indépendance se sauvaient hors du Congo
et se rendaient... aux États-Unis. D’autres s'installaient pour plusieurs semaines
à Brazzaville. Des syndicalistes étaient invités à New-York. Là encore, si l’on
prenait l’un de ces députés ou de ces sénateurs dans un coin et qu’on
l’interrogeait, il devenait patent que tout un processus très précis allait se
mettre en route.
Dès avant le 1er juillet
1960, l’opération Katanga était lancée. Son but ? Bien sûr, sauvegarder l’Union
Minière. Mais au-delà de cette opération, c’est une conception belge qui était
défendue. Un Congo unifié, avec un gouvernement central, allait à l’encontre
des intérêts belges. Appuyer les revendications décentralisatrices des diverses
provinces, susciter ces revendications, les alimenter, telle était la politique
belge avant l’indépendance.
Dans leur tâche, les Belges
étaient aidés par les autorités de la Fédération Rhodésies-Nyassaland. On sait
aujourd’hui, et M. Hammarskjöld mieux que quiconque, qu’avant le 30 juin 1960,
un pont aérien Salisbury-Elisabethville alimentait le Katanga en armes. Lumumba
avait certain jour proclamé que la libération du Congo serait la première phase
de la complète indépendance de l’Afrique centrale et méridionale et il avait
très précisément fixé ses prochains objectifs : soutien des mouvements
nationalistes en Rhodésie, en Angola, en Afrique du Sud.
Un Congo unifié ayant à sa tête
un anticolonialiste militant constituait un danger réel pour cette Afrique
sudiste, très proprement sudiste, devant laquelle le reste du monde se voile la
face. Nous voulons dire devant laquelle le reste du monde se contente de
pleurer, comme à Sharpeville, ou de réussir des exercices de style à l’occasion
des journées anticolonialistes. Lumumba, parce qu’il était le chef du premier
pays de cette région à obtenir l’indépendance, parce qu’il savait concrètement
le poids du colonialisme, avait pris l’engagement au nom de son peuple de
contribuer physiquement à la mort de cette Afrique-là. Que les autorités du
Katanga et celles du Portugal aient tout mis en œuvre pour saboter
l’indépendance du Congo ne nous étonne point. Qu’elles aient renforcé l’action
des Belges et augmenté la poussée des forces centrifuges au Congo est un fait.
Mais ce fait n’explique pas la détérioration qui s’est installée
progressivement au Congo, ce fait n’explique pas l’assassinat froidement
décidé, froidement mené de Lumumba, cette collaboration colonialiste au Congo
est insuffisante à expliquer pourquoi en février 1961 l’Afrique va connaître
autour du Congo sa première grande crise.
Sa première grande crise car il
faudra qu’elle dise si elle avance ou si elle recule. Il faudra qu’elle
comprenne qu’il ne lui est plus possible d’avancer par régions, que, comme un
grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité,
qu’il n’y aura pas une. Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre
qui tente de s’arranger avec le colonialisme. Il faudra que l’Afrique,
c’est-à-dire les Africains, comprennent qu’il n’y a jamais de grandeur à
atermoyer et qu’il n’y a jamais de déshonneur à dire ce que l’on est et ce que
l’on veut et qu’en réalité l’habileté du colonisé ne peut être en dernier
ressort que son courage, la conception lucide de ses objectifs et de ses
alliances, la ténacité qu’il apporte à sa libération.
Lumumba croyait en sa mission. Il
avait une confiance exagérée dans le peuple. Ce peuple, pour lui, non seulement
ne pouvait se tromper, mais ne pouvait être trompé. Et de fait, tout semblait
lui donner raison. Chaque fois par exemple que dans une région les ennemis du
Congo arrivaient à soulever contre lui l’opinion, il lui suffisait de paraître,
d’expliquer, de dénoncer, pour que la situation redevienne normale. Il oubliait
singulièrement qu’il ne pouvait être partout à la fois et que le miracle de l'explication
était moins la vérité de ce qu’il exposait que la vérité de sa personne.
Lumumba avait perdu la bataille
pour la présidence de la République. Mais parce qu’il incarnait d’abord la
confiance que le peuple congolais avait mise en lui, parce que confusément les
peuples africains avaient compris que lui seul était soucieux de la dignité de
son pays, Lumumba n’en continua pas moins à exprimer le patriotisme congolais
et le nationalisme africain dans ce qu’ils ont de plus rigoureux et de plus
noble.
Alors d’autres pays beaucoup plus
importants que la Belgique ou le Portugal décidèrent de s’intéresser
directement à la question. Lumumba fut contacté, interrogé. Après son périple
aux États-Unis la décision était prise : Lumumba devait disparaître.
Pourquoi ? Parce que les ennemis
de l’Afrique ne s’y étaient pas trompés. Ils s’étaient parfaitement rendu
compte que Lumumba était vendu, vendu à l’Afrique s’entend. C’est-à-dire qu’il
n’était plus à acheter.
Les ennemis de l’Afrique se sont
rendu compte avec un certain effroi que si Lumumba réussissait, en plein cœur
du dispositif colonialiste, avec une Afrique française se transformant en
communauté rénovée, une Angola « province portugaise » et enfin l’Afrique
orientale, c’en était fini de « leur » Afrique au sujet de laquelle ils avaient
des plans très précis.
Le grand succès des ennemis de
l’Afrique, c’est d’avoir compromis les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces
Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de
gouvernements fantoches, au sein d’une indépendance fantoche, confrontés jour
après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n’ont pas été longs à
se convaincre que l’indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement
en danger.
Et il y eut d’autres Africains,
un peu moins fantoches, mais qui s’effraient dès qu’il est question de
désengager l’Afrique de l’Occident. On dirait que ces Chefs d’Etat africains
ont toujours peur de se trouver en face de l’Afrique. Ceux-là aussi, moins
activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation
au Congo. Petit à petit, on se mettait d’accord en Occident qu’il fallait
intervenir au Congo, qu’on ne pouvait pas laisser les choses évoluer à ce
rythme.
Petit à petit, l’idée d’une
intervention de l’ONU prenait corps. Alors on peut dire aujourd’hui que deux
erreurs simultanées ont été commises par les Africains.
Et d’abord par Lumumba quand il
sollicita l’intervention de l’ONU. Il ne fallait pas faire appel à l’ONU. L’ONU
n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la
conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue,
c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays
oppresseur.
Voyez le Cameroun. De quelle paix
jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire
français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie ?
L’ONU a cependant contrôlé l’autodétermination du Cameroun et le gouvernement
français y a installé un « exécutif provisoire ».
Voyez le Viet-Nam.
Voyez le Laos.
Il n'est pas vrai de dire que
l’ONU échoue parce que les causes sont difficiles.
En réalité l'ONU est la carte
juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force
brute a échoué.
Les partages, les commissions
mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens légaux internationaux
de torturer, de briser la volonté d'indépendance des peuples, de cultiver
l’anarchie, le banditisme et la misère.
Car enfin, avant l’arrivée de
l’ONU, il n’y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants
propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu’une
dizaine de morts. Mais depuis l’arrivée de l’ONU on a pris l'habitude chaque
matin d’apprendre que les Congolais par centaines s’entremassacraient.
Lumumba était noir
Et il ne faisait pas confiance
À ces putains toutes poudrées
De poussière d’uranium.
Lumumba était noir
Et il ne croyait pas
À ces mensonges que les voleurs agitaient
Dans leur tamis « liberté ».
Lumumba était noir.
Son sang était rouge —
Et pour avoir été un homme
Ils l’ont tué.
Ils ont enterré Lumumba
Dans une tombe sans épitaphe.
Mais il n’a pas besoin d’épitaphe —
Car l’air est sa tombe.
Le soleil est sa tombe,
La lune l’est, les étoiles le sont,
L’espace est sa tombe.
Mon cœur est sa tombe,
Et là est son épitaphe.
Demain son épitaphe sera
Partout.
Traduction : Pascal Neveu, dans La panthère et le
fouet, éditions YPSILON
Franco & L'O.K. Jazz
Liwa Ya Emery
La mort d'Emery
Un
exemple de propagande coloniale sur le Congo au moment de la Conférence
panafricaine de fin août 1960. On peut voir Fanon avec Yazid à partir de 0 :17
On nous dit aujourd’hui que des
provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de
l’Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des
fonctionnaires civils de l'ONU avaient en fait mis en place un nouveau
gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend
beaucoup mieux ce que l’on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité
de Lumumba.
Tout montre en fait que Lumumba
fut anormalement calme.
Les chefs de mission de l’ONU
prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des
décisions qui engageaient l’État du Congo. Comment un chef de gouvernement
doit-il réagir dans ce cas ? Le but recherché et atteint est le suivant :
manifester l’absence d’autorité, prouver la carence de l’État.
Donc motiver la mise sous
séquestre du Congo.
Le tort de Lumumba a été alors
dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l’ONU. Il oubliait
singulièrement que l’ONU dans l’état actuel n'est qu’une assemblée de réserve,
mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la «
lutte pacifique » pour le partage du monde. Si M. Iléo en août 1960 affirmait à qui
voulait l’entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet
Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque,
envahirent Léopoldville, enfin un Mobutu tous les soirs se rendait à
Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui,
pourquoi alors s’être tourne avec une telle sincérité, une telle absence de
réserve vers l’ONU ?
Les Africains devront se souvenir
de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis.
Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs
parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.
Mais les pays africains de leur
côté, ont commis une faute en acceptant d’envoyer leurs troupes sous le couvert
de l'ONU. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s’en douter,
permettaient aux autres de travailler.
Il fallait bien sûr envoyer des
troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l’ONU. Directement. De pays ami à
pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale
historique. L’arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de
l’ONU) à la désagrégation d’un État et d’une nation que l’Afrique entière avait
pourtant salués et chantés. Une honte.
L’ONU envoya au Congo à partir du 16
juillet 1960 19 928 casques bleus, dont 8 800 Ghanéens et 2 500 Tunisiens, qui furent les premiers contingents à débarquer. Sur la photo, de g.
à dr., un policier ghanéen, un soldat suédois et un soldat non identifié à “Léopoldville”
(Kinshasa)
Notre tort à nous Africains, est
d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend
jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que
l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne,
Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n’a jamais caractérisé
l’impérialisme.
Voyez Ben M’Hidi, voyez Moumié, voyez
Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il
est de fait qu’en Afrique, aujourd’hui, les traîtres existent. Il fallait les
dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d’une
Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d’indépendance
véritable ne change rien à la réalité.
Des Africains ont cautionné la
politique impérialiste au Congo, ont servi d’intermédiaires, ont cautionné les
activités et les singuliers silences de l’ONU au Congo.
Aujourd'hui ils ont peur. Ils
rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons
point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes eux aussi ont
peur. Et ils ont raison car beaucoup d’Africains, beaucoup d’Afro-Asiatiques
ont compris. Les impérialistes vont marquer un temps d’arrêt. Ils vont attendre
que « l’émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit
pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et
l’Afrique.
Les impérialistes ont décidé
d’abattre Lumumba. Ils l’ont fait. Ils ont décidé de constituer des légions de
volontaires. Elles sont déjà sur place.
L’aviation katangaise sous les
ordres de pilotes sud-africains et belges a commencé depuis plusieurs jours les
mitraillages au sol. De Brazzaville, des avions étrangers se rendent bondés de
volontaires et d’officiers parachutistes au secours d’un certain Congo.
Si nous décidons de soutenir
Gizenga, nous devons le faire résolument.
Car nul ne connaît le nom du
prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par
certains hommes. C’est cette tendance dangereuse pour l’impérialisme qui est en
cause. Gardons-nous de ne jamais l’oublier : c’est notre sort à tous qui se
joue au Congo.
Langston Hughes
TOMBE DE
LUMUMBA
Lumumba était noir
Et il ne faisait pas confiance
À ces putains toutes poudrées
De poussière d’uranium.
Lumumba était noir
Et il ne croyait pas
À ces mensonges que les voleurs agitaient
Dans leur tamis « liberté ».
Lumumba était noir.
Son sang était rouge —
Et pour avoir été un homme
Ils l’ont tué.
Ils ont enterré Lumumba
Dans une tombe sans épitaphe.
Mais il n’a pas besoin d’épitaphe —
Car l’air est sa tombe.
Le soleil est sa tombe,
La lune l’est, les étoiles le sont,
L’espace est sa tombe.
Mon cœur est sa tombe,
Et là est son épitaphe.
Demain son épitaphe sera
Partout.
Traduction : Pascal Neveu, dans La panthère et le
fouet, éditions YPSILON
Franco & L'O.K. Jazz
Liwa Ya Emery
La mort d'Emery
Oh mawa
vraiment na liwa ya Patrice
Oh comme c'est
triste, tellement triste, que Patrice soit mort.
Oh ndenge nini
tokolela ye
Oh comment
allons-nous pleurer pour lui ?
Tango ekoki te
Ce n'était pas
encore le moment.
Lumumba Patrice
akeyi na mawa
Lumumba Patrice
est malheureusement décédé.
Bationalistes
balati mpiri
Les
nationalistes sont tous en noir.
Po na liwa ya
martyr Emery, ngo mawa
Nous pleurons
la mort d'Emery, le martyr, oh, quelle tristesse !
Lumumba, soki
okoyoko ngai
Lumumba, si tu
m'entends
Banationalistes
bomana pasi
Les
nationalistes sont persécutés.
Po na kombo
ya MNC
Parce qu'ils
appartiennent au MNC (Mouvement National Congolais)
Zonga mbala ata
ya suka
Reviens, même
pour la dernière fois
Tokumisa yo na kombo ya Uhuru
Pour que nous
puissions te louer au nom d'Uhuru (liberté)
Lumumba akofeli
lUnité Nationale
Lumumba a été
assassiné parce qu'il voulait que notre pays reste uni
C'était un lundi, jour de marché. Il y avait beaucoup de monde dans les rues de la petite ville de Guernica, qui comptait sept mille habitants. À 16 h 30, les cloches de l'église ont commencé à sonner, et cinq minutes plus tard, le premier avion est apparu, et a lâché six bombes explosives de 450 kilos, suivies d'un chapelet de grenades.
Quelques minutes plus tard, un deuxième avion est apparu. L'enfer a duré trois heures. En tout, ce sont 42 avions qui ont bombardé et mitraillé la ville, ses habitants et les environs où ils s'étaient réfugiés. Toute la ville a brûlé. L'incendie a duré longtemps. Bilan : 70% des édifices brûlés et un nombre de morts indéterminé, situé entre 800 et 1600. 70 ans plus tard, les historiens ne sont toujours pas d'accord sur le nombre de victimes de ce lundi noir qui fit de Guernica une ville-martyre et une ville-symbole, entrée définitivement dans notre mémoire collective. Les avions appartenaient à la Légion Condor allemande et à l'Aviation légionnaire italienne. Nom de l'opération : Operation Rügen.
Deux hommes ont contribué de manière décisive à faire de Guernica ce symbole : George Steer et Pablo Picasso.
Le premier était un jeune journaliste de 27 ans, né en Afrique du Sud, correspondant de guerre du quotidien londonien The Times et partisan déclaré de la cause républicaine et basque. L'Espagne n'était pas son premier théâtre de guerre. En 1935,il avait été envoyé spécial en Éthiopie, qu'on appelait alors l'Abyssinie, soumise à une féroce agression italienne, ordonnée par Mussolini -le dictateur qui avait les yeux plus gros que le ventre- qui accomplissait là son rêve d'Empire à coups de crimes de guerre. Déjà en Éthiopie, on avait vu des bombardements frapper une population civile désarmée. Déjà en Éthiopie, l'Occident démocratique avait trahi un peuple agressé par le fascisme.
George Steer arriva à Guernica quelques heures après le bombardement et câbla dans la nuit même son reportage de la ville martyre, qui parut le lendemain dans The Times et The New York Times, avant d'être repris par de nombreux journaux dans divers pays. C'est cet article qui a alerté le monde, suscitant des manifestations de protestation dans les rues de Londres et New York et déclenchant une contre-offensive médiatique des franquistes et de leurs alliés, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Dans ces deux pays, les médias se déchaînèrent contre les « hordes bolcheviques », qui, à les en croire, avaient mis elles-mêmes le feu à Guernica avant de la quitter. Leurs mensonges ont été rapidement démentis. Le récit que l'histoire a retenu est celui de George Steer, dont une rue porte le nom à Bilbao, tandis qu'à Gernika même, se dresse un buste de lui, inauguré en avril 2006.
Le second, à 56 ans, est un peintre célèbre, installé en France. Il soutient la cause républicaine face à la rébellion franquiste. Celui que les Renseignements généraux (la police politique française) décriront comme un« un anarchiste considéré comme suspect au point de vue national » et comme « un peintre soi-disant moderne » -raison pour laquelle lui sera refusée la naturalisation française en avril 1940 - se met immédiatement au travail. Le résultat sera une toile monumentale de 8 mètres de long et de 3 m. 50 de haut, en noir et blanc, qui sera exposée au pavillon espagnol de l'Exposition universelle. Comme l'a dit Picasso, « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi ».
Guernica est une leçon qui reste encore à apprendre. Les auteurs de ce crime de guerre, à commencer par le chef de la Légion Condor, le lieutenant-colonel Wolfram von Richthofen (1895-1945), furent fêtés comme des héros dans l'Allemagne nazie, et ceux d'entre eux qui vivent encore, coulent une paisible retraite, donnant des interviews avec une incroyable décontraction. Le bombardement de la ville sainte des Basques était une expérience grandeur nature, destinée à évaluer les capacités de l'aviation allemande à détruire une ville de manière efficace. Comme l'a dit Hermann Göring au procès de Nuremberg : « La guerre civile espagnole m'a donné l'occasion de tester ma jeune aviation et a été un moyen pour mes hommes d'acquérir de l'expérience. »
Ce crime de guerre ne fut ni le premier ni le dernier du XXème siècle. Les premiers bombardements de populations civiles avec des armes chimiques furent ordonnés par Winston Churchill sur l'Irak en 1915. Après Guernica, il y aura d'autres villes-martyres, comme Coventry, Hambourg, Dresden, Hiroshima, Nagasaki. Après l'Espagne, toute l'Europe. Après l'Europe, l'Asie, de la Palestine à la Corée, au Vietnam et au Cambodge.
Les Guernica d'aujourd'hui s'appellent Gaza, Tal Afar, Falloujah, Samarra, Najaf, mais aussi Grozny ou Kandahar. Les avions qui lâchent leurs bombes meurtrières ne portent plus la croix de fer mais les couleurs de pays « démocratiques ». Les « Rouges ennemis de Dieu » que Franco, Hitler et Mussolini prétendaient combattre pour sauver l'Occident chrétien on été remplacés par les « islamistes » et « l'Axe du Mal », qui, selon Bush, véritable Hitler de notre temps, va de La Havane à Pyongyang en passant par Caracas, Beyrouth, Damas, Khartoum et Téhéran. Et la « communauté internationale », comme elle avait été paralysée devant le martyre de l'Éthiopie puis celui de l'Espagne, est aujourd'hui pire que paralysée devant le martyre de la Palestine, de l'Irak, de l'Afghanistan, elle est complice des centaines de Guernica qui se répètent sous nos yeux fatigués, jour après jour.
Lisez le reportage de George Steer. Il dit, en peu de mots, l'essentiel.-Fausto Giudice, Tlaxcala, 27/4/2017
Une ville détruite par une attaque aérienne
Un témoin oculaire raconte
De notre envoyé spécial, Bilbao, le 27 avril 1937
Guernica, la plus ancienne ville des Basques et le centre de leur tradition culturelle, a été complètement détruite hier après-midi par des raids aériens des insurgés. Le bombardement de cette ville ouverte située loin derrière les lignes a pris exactement trios heures et quart, durant lesquelles une puissante flotte aérienne consistant en trois types d'avions allemands, des bombardiers Junkers et Heinkel et des chasseurs Heinkel, n'a pas cessé de déverser sur la ville des bombes pesant 1000 livres [453 kg.] et moins et, selon les calculs, plus de trois mille projectiles incendiaires de deux livres [907 gr.] chacun. Les chasseurs, pendant ce temps, opéraient des piqués sur la ville et ses alentours pour mitrailler la population civile qui s'était réfugiée dans les champs.
La vieille souche de l'Arbre de Gernika
Tout Guernica s'est rapidement retrouvée en flammes, à l'exception de la Casa de Juntas historique, qui contient les riches archives de la race basque, et où l'ancien Parlement basque siégeait. Le fameux chêne de Guernica, aussi bien la vieille souche desséchée de 600 ans que les nouvelles pousses, a été aussi épargné. C'est là que les rois d'Espagne faisaient le serment de respecter les droits démocratiques (fueros) de Biscaye et en retour recevaient la promesse d'allégeance en tant que suzerains, avec le titre démocratique de Señor et non de Roi de Biscaye. La majestueuse église Santa Maria a été aussi épargnée, à l'exception de son beau chapitre, qui a été frappé par une bombe incendiaire.
À 2 h ce matin, quand j'ai visité la ville, le spectacle était terrifiant. Guernica brûlait d'un bout à l'autre. Les reflets de l'incendie pouvaient être vus sur les nuages de fumée au-dessus des montagnes à 16 km à la ronde. Pendant toute la nuit, des maisons s'écroulèrent au point que les rues étaient encombrées d'importants débris rougeoyants et infranchissables. Beaucoup de survivants civils ont pris le long chemin de Guernica à Bilbao dans d'antiques chars à bœufs basques aux roues solides. Des chars sur lesquels s'empilaient tout ce qui avait pu être sauvé des maisons après la conflagration ont encombré les routes toute la nuit.
D'autres survivants ont été évacués dans des camions du gouvernement, mais beaucoup ont été forcés de rester aux alentours de la ville en feu, couchés sur des matelas ou à la recherché de parents et d'enfants égarés, tandis que des unités de pompiers et de la police motorisée basque, sous la direction personnelle du ministre de l'Intérieur, Señor Monzon, et de sa femme, continuaient les opérations de secours jusqu'à l'aube.
La cloche de l'église sonne l'alerte
Le raid sur Guernica n'a pas de précédent dans l'histoire militaire, aussi bien par la forme de son exécution que par les dimensions des destructions perpétrées, sans parler de l'objectif choisi. Guernica n'était pas un objectif militaire. Une usine de matériel d e guerre à l'extérieur de la ville n'a pas été touchée. Ce fut aussi le cas des deux casernes qui se trouvaient à quelque distance de Guernica. Celles-ci étaient loin derrière les lignes de combat. La ville est loin derrière les lignes. L'objectif du bombardement était apparemment de démoraliser la population civile et de détruire le berceau de la race basque. Tous les éléments militent en faveur de cette interprétation, à commencer par le jour choisi pour ce forfait.
Lundi était le jour traditionnel de marché à Guernica pour toute la région. À 16 h 30, quand le marché était plein et que des paysans continuaient d'y arriver, la cloche de l'église a commencé à sonner l'alerte : des avions approchaient. La population a cherché refuge dans des caves et dans des tranchées-abris qui avaient été creusées suite au bombardement de la population civile de Durango le 31 mars, qui a ouvert l'offensive du Général Mola dans le Nord. On dit que les gens ont montré un grand courage. Un prêtre catholique a pris les choses en main et un ordre parfait a été maintenu.
Cinq minutes plus tard, un bombardier allemand isolé est apparu, faisant des cercles à basse altitude au-dessus de la ville, puis a lâché six bombes lourdes, visant de toute apparence la gare. Les bombes, suivies d'une pluie de grenades, sont tombées sur un ancien institut et sur les maisons et les rues l'entourant. Puis l'avion est reparti. Cinq minutes plus tard, est arrivé un second bombardier, qui a lâché le même nombre de bombes sur le centre de la ville. Environ un quart d'heure plus tard, trois Junker sont arrivés pour continuer le travail de démolition, et dès lors, le bombardement a gagné en intensité et a continué sans répit, ne cessant qu'à l'approche de la nuit à 19 h 45. Toute cette ville, qui comptait 7000 habitants plus 3,000 réfugiés, a été lentement mais sûrement réduite en pièces. Sur un rayon de 8 km, un détail de la technique des attaquants a consisté à bombarder des fermes isolées. Dans la nuit, celles-ci brûlaient comme des chandelles sur les collines. Tous les villages alentour ont été bombardés avec la même intensité que la ville elle-même et à Mugica, un petit hameau à l'entrée de Guernica, la population a été mitraillée pendant quinze minutes.
GUERRIKA, par Juan Kalvellido, 2017
Rythme de mort
Il est pour le moment impossible de dire le nombre de victimes. Dans la presse Bilbao ce matin, on peut lire qu'il est "heureusement faible” mais il est à craindre que cela ne soit une litote destinée à ne pas alarmer le grand nombre de réfugiés à Bilbao. À l'hôpital Josefinas, qui a été l'un des premiers endroits bombardés, tous les 42 miliciens qu'il hébergeait ont été purement et simplement tués. Dans une rue descendant la colline depuis la Casa de Juntas j'ai vu un endroit où l'on m'a dit que 50 personnes, presque toutes des femmes et des enfants, ont été piégées dans un abri antiaérien sous une masse de décombres en flammes. Beaucoup de gens ont été tués dans les champs et en tout, les morts pourraient être plusieurs centaines. Un prêtre âgé nommé Aronategui a été tué par une bombe alors qu'il portait secours à des enfants dans une maison en flammes.
La tactique des bombardiers, qui pourrait intéresser des étudiants en nouvelle science militaire, était la suivante : premièrement, des petits groupes d'avions lancent des bombes lourdes et des grenades à main sur toute la ville, choisissant zone après zone de manière ordonnée. Puis arrivent des chasseurs volant en rase-mottes pour mitrailler les gens qui courent paniqués hors des tranchées-abris, dont certaines avaient été pénétrées par des bombes de 1000 livres, qui font des trous de 25 pieds (7,62 m.). Beaucoup de ces gens ont été tués alors qu'ils couraient. Un grand troupeau de moutons qui avaient été amenés au marché ont aussi été tués. L'objectif de cette manœuvre était apparemment de pousser la population à aller sous terre de nouveau, car aussitôt après pas moins de 12 bombardiers sont apparus en même temps pour lâcher des bombes lourdes et incendiaires sur les ruines. Le rythme de ce bombardement d'une ville ouverte était, donc, logique : d'abord des grenades à main des bombes lourdes pour déclencher la panique puis les mitraillages pour les forcer à se cacher sous terre, et enfin des bombes lourdes et incendiaires pour détruire les maisons et les brûler au-dessus de la tête des victimes.
Les seules contre-mesures que les Basques pouvaient prendre, car ils ne possèdent pas suffisamment d'avions pour faire face à la flotte insurgée, étaient celles fournies par l'héroïsme du clergé basque. Ils bénissaient et priaient pour la foule agenouillée - socialistes, anarchistes, communistes aussi bien que croyants déclarés - dans les tranchées-abris qui s'effondraient.
Quand je suis entré dans Guernica après minuit, les maisons s'effondraient de toutes parts, et il était absolument impossible même pour les pompiers d'entrer dans le centre de la ville. L'hôpital Josefinas et le Couvent Santa Clara étaient des tas de braises rougeoyantes, et les quelques maisons encore debout étaient condamnées. Quand j'ai visité à nouveau Guernica cet après-midi, la plus grande partie de la ville brûlait encore et de nouveaux incendies avaient éclaté. Environ 30 morts étaient allongés dans un hôpital en ruines.
Un appel aux Basques
L'effet du bombardement de Guernica, la ville sainte basque, a été profond et a conduit le Président Aguirre à publier la déclaration suivante dans la presse basque de ce matin : « Les aviateurs allemands au service des rebelles espagnols ont bombardé Guernica, brûlant la ville historique vénérée par les Basques. Ils ont voulu nous blesser dans le plus sensible de nos sentiments patriotiques, donnant clairement à voir ce à quoi Euzkadi peut s'attendre de la part de ceux qui n'hésitent pas à nous détruire dans le sanctuaire même qui nous rappelle les siècles de note liberté et de note démocratie.
Face à cet attentat, nous tous Basques devons réagir avec violence, jurant du fond de notre coeur de défendre les principes de notre peuple avec tout l'entêtement et l'héroïsme requis. Nous ne pouvons cacher la gravité de ce moment, mais l'envahisseur ne pourra jamais emporter la victoire si, élevant nos esprits à des sommets de force et de détermination, nous nous armons pour sa défaite.
L'ennemi a avancé en beaucoup d'endroits pour ensuite être repoussé. Je n'hésite pas à affirmer que la même chose va se passer ici. Puisse l'attentat d'aujourd'hui nous stimuler à le faire de toute urgence. »