2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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samedi 9 octobre 2021

Les dossiers Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Le tribunal de l’Union européenne vient d’annuler deux accords entre le Maroc et l’Europe, portant notamment sur les droits de pêche. Le Front Polisario s’en réjouit et l’Algérie salue la « victoire éclatante » du peuple sahraoui. Mais Rabat et Bruxelles s’inquiètent d’une décision qui conteste la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.


Pêcheur dans le port de Laâyoune, Sahara occidental
Fadel Senna/AFP

Avant la colonisation espagnole de 1884, le Sahara occidental, situé au nord-ouest du continent africain, était « cette mer de sable sans frontière que les caravanes [utilisaient] comme des convois un océan »1. Ce territoire était cependant peuplé et géré par le biais d’un réseau organisationnel et politique bien spécifique, celui des tribus. En effet, un « désert se distingue de la mer dans la mesure où une population, si clairsemée soit-elle, y vit, avec ses traditions et son histoire »2. En 1963, le Sahara occidental devient un territoire « non autonome » selon les Nations unies : l’Espagne, qui est la puissance coloniale de l’époque, doit organiser un référendum d’autodétermination, qui ne s’est jamais tenu. Depuis 1975, ce territoire est occupé militairement par le Maroc et la Mauritanie, puis, depuis 1979, seul le Maroc l’occupe.

L’été 2021, si l’on prenait le risque de se promener sur le port industriel de Laâyoune, capitale du Sahara occidental, on pouvait voir des dockers, pour la plupart marocains — les Sahraouis n’ayant pas le droit de travailler au port —, charger interminablement des cagettes de sardines dans des poids-lourds. Direction ? L’Union européenne (UE). Par la route d’abord, pour les acheminer vers des ports marocains, manière de brouiller les pistes. Une manœuvre qui pose problème au plan légal.

Aujourd’hui, les poissons sont toujours pêchés dans les eaux du Sahara occidental, transportés et vendus dans l’UE. Mais peut-être plus pour longtemps : le 29 septembre 2021, le tribunal de l’Union vient d’annuler deux accords commerciaux avec le Maroc parce qu’ils s’appliquaient également au territoire occupé. Le premier concerne les droits de douane préférentiels attribués aux produits d’origine marocaine, incluant en fait les produits venant du Sahara occidental, et le second vise spécifiquement les licences de pêche octroyées aux bateaux européens par le Maroc qui pouvaient de facto pêcher au Sahara occidental, en échange d’une importante somme d’argent annuelle.

Une telle décision pourrait avoir d’importantes conséquences économiques. L’UE pourrait devoir rembourser au Front Polisario les sommes versées (plus de 40 millions d’euros chaque année) au Maroc pendant plusieurs années pour que les bateaux de ses États membres exploitent les ressources halieutiques du territoire occupé illégalement. Les entreprises européennes devraient s’acquitter des droits de douanes impayés sur différents produits (de la pêche ou de l’agriculture par exemple) présentés faussement comme étant marocains, à savoir, depuis tout ce temps, plusieurs millions d’euros. En 2010, une entreprise norvégienne a ainsi dû payer 1,2 million d’euros aux autorités douanières de son pays pour ne pas avoir payé les droits de douane applicables. Avec la médiatisation de ce commerce interdit, l’entreprise a perdu des clients, des investisseurs et a interrompu ses importations de produits sahraouis3.

Le droit contre la politique

La décision du Tribunal de l’UE est historique dans la mesure où elle s’inscrit à contre-courant de l’attitude diplomatique de ses États membres. La dénonciation du Front Polisario est ancienne : dès août 1983, il contestait la signature d’un accord de pêche entre l’Espagne et le Maroc, dans lequel rien n’indiquait la délimitation des eaux territoriales marocaines. Mais il fallut attendre 2012 pour que la contestation parvienne devant les juridictions européennes, portant sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc.

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En 2016, la Cour de justice de l’UE (CJUE) s’est enfin prononcée, mais dans une grande hypocrisie. Elle admettait que le Sahara occidental est un territoire « distinct et séparé » du Maroc et que tout accord concernant juridiquement le peuple sahraoui requiert son consentement. Mais elle précisait dans le même temps que, dans la mesure où nulle part formellement dans l’accord le Sahara occidental n’est spécifiquement visé par le Conseil des ministres de l’UE qui a conclu l’accord, le droit international n’avait pas été violé. Pourtant, dans la réalité, l’accord s’appliquait bien à ce territoire occupé.

En 2018, entre sophisme et paralogisme, la CJUE a réitéré ce constat troublant : elle « aboutit à un postulat quasi irréfragable d’interprétation conforme des accords conclus par l’UE aux règles applicables du droit international »4.

En affirmant que le Sahara occidental n’est pas le Maroc, ces différents arrêts ont tout de même forcé les institutions de l’UE à réécrire les accords pour y inclure expressément le Sahara occidental d’une part et obtenir, d’autre part, le consentement de son peuple. Alors, la Commission européenne et son Service européen pour l’action extérieure, venant en renfort du Conseil, ont trompé le Parlement avec des documents mensongers attestant d’une « consultation » des « populations » du Sahara occidental. Ces documents ont été analysés par l’organisation Western Sahara Resource Watch (WSRW), et les faits repris par le Tribunal de l’UE dans sa décision : d’une part, « la grande majorité des organisations que la Commission indique avoir consultées dans le rapport du 11 juin 2018 n’ont en réalité pas participé à ladite consultation » (94 sur 112 organisations mentionnées en annexe du rapport) et d’autre part, « les seules entités consultées par la Commission sont, dans leur grande majorité, soit des opérateurs marocains, soit des organisations favorables aux intérêts du royaume du Maroc »5.

Selon le Tribunal de l’UE, le peuple sahraoui n’a pas donné son consentement aux accords, qui sont donc annulés, en cohérence avec les arrêts de 2016 et 2018, puisque maintenant ces accords prévoient expressément leur application au Sahara occidental. Enfin, le Conseil a tenté de faire valoir qu’un bénéfice économique pour les populations locales pouvait remplacer le consentement du peuple ; le Tribunal enterre définitivement l’argument. Le Conseil de l’UE est piégé.

Il est regrettable que le Tribunal ait énoncé un délai pour rendre effective sa décision, qui correspond au délai pour faire appel, et si appel il y a, au délai jusqu’à la décision de la CJUE. Ce délai est officiellement destiné à préserver la « sécurité juridique » des engagements internationaux, autrement dit à protéger les entreprises et leur laisser le temps de s’adapter. Le Tribunal ne pouvait peut-être pas à la fois consacrer les droits des Sahraouis et les protéger immédiatement...

Chantage migratoire contre l’Algérie et l’Espagne

Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la tension diplomatique entre le Maroc et ses voisins. L’Espagne, et derrière elle l’UE, subit le chantage migratoire du royaume. L’été 2020, à l’entrée de la presqu’île de Dakhla, de nuit, on pouvait assister à un spectacle terrifiant : des dizaines d’Africains marchaient en ligne le long de la route, et alentour, des jeunes du coin se vantaient de connaître les « bons » policiers et de pouvoir négocier le passage jusqu’aux îles Canaries espagnoles, portes de l’espace Schengen. Un voyage qui est souvent un aller simple vers la précarité économique et sociale, sinon vers la mort. Dans les faits, dès que l’Espagne « ose » franchir la ligne rouge diplomatique concernant le statut du Sahara occidental, le Maroc ouvre les vannes de la migration. Par exemple, en mai 2021 quand le Maroc a découvert que Madrid avait accueilli le chef du Front Polisario Brahim Ghali qui souffrait de complications liées à la Covid-19, immédiatement, les forces de l’ordre marocaines ont relâché leur surveillance des frontières avec l’enclave espagnole de Ceuta et des milliers de personnes les ont franchies. Alors, l’Espagne va-t-elle prendre prétexte de la décision du Tribunal d’hier pour affermir à moindre risque sa position vis-à-vis du territoire occupé par le Maroc ? L’Algérie elle, qui vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, pourrait se servir de cette décision pour revenir sur la scène régionale.

Peu importent les libertés publiques

Les entreprises européennes vont donc devoir se poser la question de la rupture immédiate de leurs relations commerciales avec le Maroc pour l’exploitation des richesses du Sahara occidental. Car même si la décision du Tribunal ne sera applicable qu’après que son caractère définitif aura été établi (dans deux mois ou un an, voire un an et demi, le temps que la CJUE rende son arrêt si appel il y a), plus elles attendent, plus le risque de devoir payer les arriérés de taxes impayées augmente. Des milliers de tonnes de tomates cerise, de melons, de myrtilles, d’huîtres, de palourdes ou de sardines ont déjà été exportées vers l’UE sans que les taxes légalement applicables aient été payées. Surtout — mais cet argument n’est pas forcément audible pour des multinationales —, les libertés publiques des Sahraouis et leurs droits fondamentaux continuent d’être bafoués.

La surveillance et la répression des militants politiques n’a pas attendu l’affaire Pegasus pour être connue au Maroc en général et au Sahara occidental occupé en particulier. Le climat sécuritaire y est étouffant. En novembre 2020, le cessez-le-feu signé entre le Front Polisario et le Maroc en 1991 a été rompu par le Maroc. De nombreux militants sahraouis habitant en territoire occupé se font enlever, torturer, parfois tuer. Les rencontres avec les militants sur place nécessitent de longues et fastidieuses procédures de sécurité, pour éviter les yeux et les oreilles des policiers inquisiteurs. Le 18 septembre, à l’instar de ce qui se passe en territoire palestinien occupé, des engins de chantier ont encerclé une zone rurale au nord-est de Laâyoune et ont commencé à démolir illégalement une centaine de maisons et tentes sahraouies, situées dans un espace tribal traditionnel pétri de culture et d’histoire. Dans les camps en Algérie, les réfugiés sahraouis souffrent de la malnutrition et du manque d’eau : 40 % seulement des besoins vitaux en eau sont couverts et 60 % des femmes enceintes et allaitantes sont anémiées.

Cette dernière décision du Tribunal de l’UE qui annule des accords commerciaux entre l’Union et le Maroc fait souffler un vent nouveau. Certains, par pragmatisme, se mettent à soutenir la solution autonomiste du Maroc, pour mettre fin notamment au calvaire des réfugiés de Tindouf. D’autres refusent cette solution défaitiste qui symboliserait une victoire de la force sur le droit et l’éthique. Une intensification des offensives judiciaires contre les multinationales occidentales, véritables lignes de vie de l’occupation marocaine, pourrait faire penser aux premiers que les seconds ont raison de continuer d’espérer.

Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Le tribunal de l’Union européenne vient d’annuler deux accords entre le Maroc et l’Europe, portant notamment sur les droits de pêche. Le Front Polisario s’en réjouit et l’Algérie salue la « victoire éclatante » du peuple sahraoui. Mais Rabat et Bruxelles s’inquiètent d’une décision qui conteste la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Pêcheur dans le port de Laâyoune, Sahara occidental
Fadel Senna/AFP

Avant la colonisation espagnole de 1884, le Sahara occidental, situé au nord-ouest du continent africain, était « cette mer de sable sans frontière que les caravanes [utilisaient] comme des convois un océan »1. Ce territoire était cependant peuplé et géré par le biais d’un réseau organisationnel et politique bien spécifique, celui des tribus. En effet, un « désert se distingue de la mer dans la mesure où une population, si clairsemée soit-elle, y vit, avec ses traditions et son histoire »2. En 1963, le Sahara occidental devient un territoire « non autonome » selon les Nations unies : l’Espagne, qui est la puissance coloniale de l’époque, doit organiser un référendum d’autodétermination, qui ne s’est jamais tenu. Depuis 1975, ce territoire est occupé militairement par le Maroc et la Mauritanie, puis, depuis 1979, seul le Maroc l’occupe.

L’été 2021, si l’on prenait le risque de se promener sur le port industriel de Laâyoune, capitale du Sahara occidental, on pouvait voir des dockers, pour la plupart marocains — les Sahraouis n’ayant pas le droit de travailler au port —, charger interminablement des cagettes de sardines dans des poids-lourds. Direction ? L’Union européenne (UE). Par la route d’abord, pour les acheminer vers des ports marocains, manière de brouiller les pistes. Une manœuvre qui pose problème au plan légal.

Aujourd’hui, les poissons sont toujours pêchés dans les eaux du Sahara occidental, transportés et vendus dans l’UE. Mais peut-être plus pour longtemps : le 29 septembre 2021, le tribunal de l’Union vient d’annuler deux accords commerciaux avec le Maroc parce qu’ils s’appliquaient également au territoire occupé. Le premier concerne les droits de douane préférentiels attribués aux produits d’origine marocaine, incluant en fait les produits venant du Sahara occidental, et le second vise spécifiquement les licences de pêche octroyées aux bateaux européens par le Maroc qui pouvaient de facto pêcher au Sahara occidental, en échange d’une importante somme d’argent annuelle.

Une telle décision pourrait avoir d’importantes conséquences économiques. L’UE pourrait devoir rembourser au Front Polisario les sommes versées (plus de 40 millions d’euros chaque année) au Maroc pendant plusieurs années pour que les bateaux de ses États membres exploitent les ressources halieutiques du territoire occupé illégalement. Les entreprises européennes devraient s’acquitter des droits de douanes impayés sur différents produits (de la pêche ou de l’agriculture par exemple) présentés faussement comme étant marocains, à savoir, depuis tout ce temps, plusieurs millions d’euros. En 2010, une entreprise norvégienne a ainsi dû payer 1,2 million d’euros aux autorités douanières de son pays pour ne pas avoir payé les droits de douane applicables. Avec la médiatisation de ce commerce interdit, l’entreprise a perdu des clients, des investisseurs et a interrompu ses importations de produits sahraouis3.

Le droit contre la politique

La décision du Tribunal de l’UE est historique dans la mesure où elle s’inscrit à contre-courant de l’attitude diplomatique de ses États membres. La dénonciation du Front Polisario est ancienne : dès août 1983, il contestait la signature d’un accord de pêche entre l’Espagne et le Maroc, dans lequel rien n’indiquait la délimitation des eaux territoriales marocaines. Mais il fallut attendre 2012 pour que la contestation parvienne devant les juridictions européennes, portant sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc.

Abonnez-vous gratuitement à la lettre d’information hebdomadaire d’Orient XXI

En 2016, la Cour de justice de l’UE (CJUE) s’est enfin prononcée, mais dans une grande hypocrisie. Elle admettait que le Sahara occidental est un territoire « distinct et séparé » du Maroc et que tout accord concernant juridiquement le peuple sahraoui requiert son consentement. Mais elle précisait dans le même temps que, dans la mesure où nulle part formellement dans l’accord le Sahara occidental n’est spécifiquement visé par le Conseil des ministres de l’UE qui a conclu l’accord, le droit international n’avait pas été violé. Pourtant, dans la réalité, l’accord s’appliquait bien à ce territoire occupé.

En 2018, entre sophisme et paralogisme, la CJUE a réitéré ce constat troublant : elle « aboutit à un postulat quasi irréfragable d’interprétation conforme des accords conclus par l’UE aux règles applicables du droit international »4.

En affirmant que le Sahara occidental n’est pas le Maroc, ces différents arrêts ont tout de même forcé les institutions de l’UE à réécrire les accords pour y inclure expressément le Sahara occidental d’une part et obtenir, d’autre part, le consentement de son peuple. Alors, la Commission européenne et son Service européen pour l’action extérieure, venant en renfort du Conseil, ont trompé le Parlement avec des documents mensongers attestant d’une « consultation » des « populations » du Sahara occidental. Ces documents ont été analysés par l’organisation Western Sahara Resource Watch (WSRW), et les faits repris par le Tribunal de l’UE dans sa décision : d’une part, « la grande majorité des organisations que la Commission indique avoir consultées dans le rapport du 11 juin 2018 n’ont en réalité pas participé à ladite consultation » (94 sur 112 organisations mentionnées en annexe du rapport) et d’autre part, « les seules entités consultées par la Commission sont, dans leur grande majorité, soit des opérateurs marocains, soit des organisations favorables aux intérêts du royaume du Maroc »5.

Selon le Tribunal de l’UE, le peuple sahraoui n’a pas donné son consentement aux accords, qui sont donc annulés, en cohérence avec les arrêts de 2016 et 2018, puisque maintenant ces accords prévoient expressément leur application au Sahara occidental. Enfin, le Conseil a tenté de faire valoir qu’un bénéfice économique pour les populations locales pouvait remplacer le consentement du peuple ; le Tribunal enterre définitivement l’argument. Le Conseil de l’UE est piégé.

Il est regrettable que le Tribunal ait énoncé un délai pour rendre effective sa décision, qui correspond au délai pour faire appel, et si appel il y a, au délai jusqu’à la décision de la CJUE. Ce délai est officiellement destiné à préserver la « sécurité juridique » des engagements internationaux, autrement dit à protéger les entreprises et leur laisser le temps de s’adapter. Le Tribunal ne pouvait peut-être pas à la fois consacrer les droits des Sahraouis et les protéger immédiatement...

Chantage migratoire contre l’Algérie et l’Espagne

Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la tension diplomatique entre le Maroc et ses voisins. L’Espagne, et derrière elle l’UE, subit le chantage migratoire du royaume. L’été 2020, à l’entrée de la presqu’île de Dakhla, de nuit, on pouvait assister à un spectacle terrifiant : des dizaines d’Africains marchaient en ligne le long de la route, et alentour, des jeunes du coin se vantaient de connaître les « bons » policiers et de pouvoir négocier le passage jusqu’aux îles Canaries espagnoles, portes de l’espace Schengen. Un voyage qui est souvent un aller simple vers la précarité économique et sociale, sinon vers la mort. Dans les faits, dès que l’Espagne « ose » franchir la ligne rouge diplomatique concernant le statut du Sahara occidental, le Maroc ouvre les vannes de la migration. Par exemple, en mai 2021 quand le Maroc a découvert que Madrid avait accueilli le chef du Front Polisario Brahim Ghali qui souffrait de complications liées à la Covid-19, immédiatement, les forces de l’ordre marocaines ont relâché leur surveillance des frontières avec l’enclave espagnole de Ceuta et des milliers de personnes les ont franchies. Alors, l’Espagne va-t-elle prendre prétexte de la décision du Tribunal d’hier pour affermir à moindre risque sa position vis-à-vis du territoire occupé par le Maroc ? L’Algérie elle, qui vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, pourrait se servir de cette décision pour revenir sur la scène régionale.

Peu importent les libertés publiques

Les entreprises européennes vont donc devoir se poser la question de la rupture immédiate de leurs relations commerciales avec le Maroc pour l’exploitation des richesses du Sahara occidental. Car même si la décision du Tribunal ne sera applicable qu’après que son caractère définitif aura été établi (dans deux mois ou un an, voire un an et demi, le temps que la CJUE rende son arrêt si appel il y a), plus elles attendent, plus le risque de devoir payer les arriérés de taxes impayées augmente. Des milliers de tonnes de tomates cerise, de melons, de myrtilles, d’huîtres, de palourdes ou de sardines ont déjà été exportées vers l’UE sans que les taxes légalement applicables aient été payées. Surtout — mais cet argument n’est pas forcément audible pour des multinationales —, les libertés publiques des Sahraouis et leurs droits fondamentaux continuent d’être bafoués.

La surveillance et la répression des militants politiques n’a pas attendu l’affaire Pegasus pour être connue au Maroc en général et au Sahara occidental occupé en particulier. Le climat sécuritaire y est étouffant. En novembre 2020, le cessez-le-feu signé entre le Front Polisario et le Maroc en 1991 a été rompu par le Maroc. De nombreux militants sahraouis habitant en territoire occupé se font enlever, torturer, parfois tuer. Les rencontres avec les militants sur place nécessitent de longues et fastidieuses procédures de sécurité, pour éviter les yeux et les oreilles des policiers inquisiteurs. Le 18 septembre, à l’instar de ce qui se passe en territoire palestinien occupé, des engins de chantier ont encerclé une zone rurale au nord-est de Laâyoune et ont commencé à démolir illégalement une centaine de maisons et tentes sahraouies, situées dans un espace tribal traditionnel pétri de culture et d’histoire. Dans les camps en Algérie, les réfugiés sahraouis souffrent de la malnutrition et du manque d’eau : 40 % seulement des besoins vitaux en eau sont couverts et 60 % des femmes enceintes et allaitantes sont anémiées.

Cette dernière décision du Tribunal de l’UE qui annule des accords commerciaux entre l’Union et le Maroc fait souffler un vent nouveau. Certains, par pragmatisme, se mettent à soutenir la solution autonomiste du Maroc, pour mettre fin notamment au calvaire des réfugiés de Tindouf. D’autres refusent cette solution défaitiste qui symboliserait une victoire de la force sur le droit et l’éthique. Une intensification des offensives judiciaires contre les multinationales occidentales, véritables lignes de vie de l’occupation marocaine, pourrait faire penser aux premiers que les seconds ont raison de continuer d’espérer.

 

vendredi 5 février 2021

Sahara Occidental : Le recours du Polisario examiné prochainement par la CJUE

 Maghreb online

La Cour de justice de l’UE a décidé de convoquer pour le 2 mars prochain, une séance pour examiner le recours n (T-279/19) formulé par le Front Polisario contre la décision du Conseil de l’UE, en avril 2019, d’inclure, dans l’accord de libre-échange avec le Maroc, les territoires occupés du Sahara occidental, en violation flagrante et en contradiction avec le droit international et européen.

Le Front Polisario, seul représentant légitime du peuple du Sahara occidental, a saisi la CJUE d’un recours en annulation de l’accord signé le 28 janvier 2019 entre l’Union européenne (UE) et le Maroc qui s’applique sur le territoire du Sahara occidental occupé.

Dans trois arrêts différents, la CJUE avait clairement souligné que le Maroc et le Sahara occidental sont deux territoires distincts et tout accord des pays de l’UE concernant le Sahara occidental devra être conclu avec le Front Polisario.

Dans son arrêt du 21 décembre 2016, la CJUE a jugé que le Maroc et le Sahara occidental étaient deux territoires distincts et séparés, et qu’il ne pouvait y avoir d’activité économique sur le territoire qu’avec le consentement du peuple du Sahara occidental.

Ces principes ont été confirmés par deux arrêts de 2018, pour la pêche et pour l’espace aérien.

A l’appui de son recours du 28 janvier 2019, relatif à la conclusion de l’accord entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc, le requérant (Front Polisario) invoque une dizaine d’arguments publiés au journal officiel de l’UE.

Il évoque notamment l’incompétence du Conseil de l’UE pour adopter la décision en question, dans la mesure où l’UE et le Maroc seraient incompétents pour conclure des accords internationaux, incluant le Sahara occidental.

Le Front Polisario, souligne que le Conseil de l’UE n’aurait pas tenu compte du fait que l’accord international, conclu par ladite décision, a fait l’objet d’une application provisoire, pendant 12 ans, au territoire du Sahara occidental, en violation de son statut séparé et distinct.

Un autre argument tiré d’un manquement à l’obligation d’examiner la question du respect des droits fondamentaux et du droit humanitaire international, dans la mesure où, lors de l’adoption de la décision, sinon l’accord, le Conseil ne se serait pas interrogé sur la question du respect des droits de l’Homme en territoire sahraoui occupé.

L’on reproche aussi au Conseil le fait qu’il n’aurait engagé aucune discussion avec le Front Polisario, seul représentant du peuple du Sahara occidental, préalablement à l’adoption de la décision.

De plus, le Front Polisario invoque la violation du droit à l’autodétermination, dans la mesure où l’accord international, conclu par la décision, est applicable au Sahara occidental en violation, d’une part, du statut séparé et distinct de ce territoire, et d’autre part, du droit du peuple Sahraoui à voir l’intégrité territoriale de son territoire respectée.

Sur le terrain militaire, les unités de l’armée de libération sahraouie ont lancé ce samedi une douzaine d’opérations contre les forces d’occupation marocaines. 

Des bases et des cantonnements ont été ciblés par des bombardements intenses. Près de Farsya, des colonnes de fumée ont été observées après un pilonnage sur une caserne des FAR. Des sources sahraouies évoquent d’importants dégâts et des pertes dans les rangs marocains.

APS, 31 jan 2021


samedi 24 novembre 2018

Le Conseil UE doit divulguer ses avis juridiques sur le Sahara






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De précédent avis juridiques européens confidentiels sur la pêche de l'UE au Sahara Occidental, ou le commerce avec cette pêche, ont été qualifié d'erronés par la Cour de justice. WSRW a demandé aujourd'hui au Conseil de l'UE de publier les documents juridiques en vigueur.

Western Sahara Resource Watch (WSRW) a demandé aujourd'hui au Conseil de l'Union Européenne de rendre publics ses avis juridiques sur le projet d'application au Sahara Occidental de d'accord commercial UE-Maroc et sur le projet d'accord de partenariat UE-Maroc dans le domaine de la pêche durable et son Protocole, qui fait explicitement référence au Sahara Occidental dans sa zone géographique d’application.

"Si les juristes du Conseil sont convaincus que l'application au Sahara Occidental des accords proposés est conforme aux décisions de la Cour de justice de l'Union Européenne, ils ne devraient pas avoir de problème à partager leurs avis juridiques", a déclaré Sara Eyckmans de Western Sahara Resource Watch.

WSRW a formulé ces demandes sur la base de l’article 15 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui accorde aux citoyens le droit d’accéder aux documents des institutions de l’Union européenne, dans l’esprit de la liberté d’information. Retrouvez les demandes ci-dessous.
Il reste à voir si le Conseil partagera les documents. Les demandes précédentes d'accès n'avaient pas été acceptées, le Conseil ayant fait valoir qu'il ne pouvait pas divulguer son avis juridique en raison de sa "grande sensibilité politique". Trouvez ici la version censurée de l'avis juridique de 2006 sur l'accord de pêche UE-Maroc, montrant uniquement les cinq premiers paragraphes contenant des informations générales non controversées sur l'accord. L'évaluation juridique actuelle, qui s'étend sur les six pages suivantes, a été supprimée. Les conclusions de cet avis juridique secret ont été invalidées par la Cour de justice de l'Union européenne.

vendredi 18 mai 2018

Territoires sahraouis occupés : le Front Polisario lance un défi au Maroc

Polisario Maroc
Abdelkader Taleb Omar D. R.
 
L’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger, Abdelkader Taleb Omar, a déclaré ce mercredi que les camps des réfugiés et les territoires sahraouis libérés sont des régions ouvertes et transparentes, contrairement à la situation dans les territoires sahraouis occupés et assiégés par le Maroc. «Les camps des réfugiés et les territoires sahraouis libérés sont des régions ouvertes et transparentes, contrairement à la situation dans les territoires sahraouis occupés et assiégés par le Maroc. Nous lançons un défi au régime marocain d’ouvrir aux visiteurs et observateurs étrangers l’accès aux territoires sahraouis assiégés, comme cela est assuré au niveau des camps de réfugiés et les territoires libérés», a indiqué M. Taleb Omar dans un entretien à l’APS.
Dans ce contexte, il a soutenu que les camps de réfugiés abritent, outre un nombre d’ONG italiennes, espagnoles, françaises et suédoises, une dizaine d’organisations, celles relevant notamment des Nations unies, le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds de l’ONU pour l’enfance (Unicef) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ces organisations sont, a-t-il affirmé, en contact quotidien avec les réfugiés et les institutions sahraouis. «Des milliers de visiteurs se rendent chaque année dans les camps des réfugiés, soit des dizaines chaque semaine», a précisé M. Taleb Omar, affirmant que «tout ce qui se passe sur les lieux est connu de tous et à tous les niveaux, notamment en ce qui concerne les droits de l’Homme, situation et conditions de vie des réfugiés et la gestion des aides humanitaires, idem pour les territoires libérés où sont implantées les zones militaires et où se trouvent également des civils».