2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Guantanamo. Afficher tous les articles
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vendredi 12 mai 2023

Un large mouvement contre la guerre peut sauver la vie de Julian Assange

Le 10 avril dernier, à l’occasion du 25ème anniversaire du Good Friday Agreement en Irlande du Nord, le président des EU Joe Biden est arrivé à Belfast pour fêter cet accord du Vendredi saint. Un accord de paix signé le 10 avril 1998 entre la Grande-Bretagne, les Royalistes d’Irlande du Nord et Sinn Fein, le parti républicain irlandais. Trente ans de guerre prenaient fin. Fin d’une guerre contre l’occupation britannique de l’Irlande du Nord, qui a coûté la vie à 3 500 personnes.

 De l’Irlande à l’Afrique du Sud : la libération des prisonniers politiques est une affaire politique et non pas juridique

 

La libération des prisonniers politiques irlandais dans les prisons britanniques était une question centrale dans les négociations. L’accord de paix du Vendredi saint stipulait la libération de tous ces prisonniers, appelés « les paramilitaires » ou « les terroristes » par les Britanniques.

L’inimaginable devenait réalité : au total 483 prisonniers furent libérés, dont 143 condamnés à une peine de prison à vie. Un an auparavant déjà, en signe de « bonne volonté » de la part des Britanniques, 13 prisonniers de l’IRA, qui se trouvaient dans la section de sécurité maximale (SHU), en isolement total, à la prison de Belmarsh furent transférés vers d’autres prisons, où ils pouvaient bénéficier d’un régime carcéral plus ouvert. En juillet 2000, les derniers 87 prisonniers sortaient de la prison de Maze en Irlande du Nord. La prison de Maze a été fermée la même année.

Rappelons-nous cet autre fait historique qui s’est produit dix ans auparavant en Afrique du Sud. En 1989, le mouvement de libération ANC (African National Congres) exigeait et obtenait du pouvoir raciste blanc (le NP, National Party) la levée de l’état d’urgence, la libération de tous les prisonniers politiques, la légalisation des organisations dissoutes et la suspension de l’usage de la peine de mort. Sans libération de tous les prisonniers politiques, l’ANC refusait d’abandonner ou de suspendre la lutte armée. Ainsi, le 11 février 1990, Nelson Mandela était libéré après 27 ans de prison. Il avait été condamné aux travaux forcés et à la prison à perpétuité dans une prison de haute sécurité à Robben Island. Sa libération annonçait la fin de l’Apartheid. Au 30 avril 1991, 933 prisonniers politiques étaient libérés.(1) En 1996, la prison à Robben Island fermait définitivement ses portes.

Illustration que tout est possible, vraiment tout, à condition qu’il y ait un rapport de force construit dans les luttes et suffisamment grand pour l’imposer.

À Belfast, Biden a salué le processus de paix en Irlande du Nord en annonçant une augmentation des investissements américains, « vu, ce sont ces mots, le vaste potentiel économique qui se trouve ici ». Et il a bien sûr parlé de la guerre en Ukraine. Les États-Unis ne font jamais rien sans penser à leurs profits ou sans penser à la guerre. On peut supposer, lutte pour la paix oblige, qu’il a mis aussi sur la table l’adhésion de la République d’Irlande à l’OTAN, ce pays étant un des derniers pays européens à la refuser.

Un salut à la paix on ne peut plus cynique.

 À 500 km de Belfast, sur ordre des États-Unis en collaboration avec les Britanniques, Julian Assange croupit depuis quatre ans dans la prison de haute sécurité de Belmarsh. Julian Assange n’a pas commis d’attentat ou un quelconque acte violent. Difficile de le taxer de paramilitaire ou de terroriste. Julian est un journaliste qui a lutté pour la paix. Pour la fin de la guerre en Afghanistan et en Irak, en publiant des documents secrets, cachés au public, des crimes de guerre commis par les États-Unis et ses alliés. Du coup, Joe Biden a dû inventer un nouveau nom pour le lier au terrorisme : « Assange est un cyber terroriste, un hightech terroriste », a-t-il dit. Et Pompeo, le chef de la CIA, a ajouté : « il est temps d’appeler Wikileaks pour ce que c’est : un service de renseignement non-étatique soutenu par des États comme la Russie ».

Pardon, amnistie, réconciliation après les guerres du passé ?

On pourrait dire que tout cela appartient au passé, maintenant que ces guerres ont officiellement pris fin. En Irak, le 15 décembre 2011, après neuf ans de guerre. En Afghanistan, le 15 août 2021, après vingt ans de guerre. Bilan : au moins 1,3 millions de personnes, et probablement plus que 2 millions, ont été tuées pendant ces « guerres contre la terreur » en Afghanistan, Irak et au Pakistan.(2)

À la fin de ces guerres il n’y a pas eu d’accord sur la libération des prisonniers, comme en Irlande du Nord ou en Afrique du Sud.

Pas de fermeture de Guantanamo, comparable à la fermeture de celle de Maze ou de Robben Island. Aucune poursuite des responsables politiques étasuniens et britanniques par un tribunal international pour les crimes de guerre commis, comme cela se met en place pour la guerre en Ukraine. Pas d’excuses, pas de prise de responsabilité pour ces crimes rendus publics par Wikileaks. Pas d’amnistie, pas d’arrêt des poursuites contre les journalistes et les lanceurs d’alerte par leur libération de prison ou en leur permettant de retourner dans leur pays après avoir été forcés à l’exil.

 Pourquoi n’assiste-t-on pas à un accord de paix ?

Tout d’abord, l’accord de paix conclu en Irlande du Nord ne signifiait pas la défaite de l’impérialisme britannique. Certes, la résistance irlandaise obtenait des progrès politiques et sociales considérables, mais pas la fin de l’occupation britannique de cette partie de l’Ile. C’était une situation où les deux parties étaient à bout de forces après trente ans de guerre.

En Afghanistan, les États-Unis (et l’OTAN) ont subi une défaite sanglante, qui les a humiliés aux yeux du monde entier. Cette défaite historique, après vingt ans de guerre, est loin d’être digérée et, tout comme la défaite des EU au Vietnam, elle ne le sera probablement jamais. Ce qui explique en partie l’esprit de vengeance et de représailles, œil pour œil, dent pour dent, qui sont les leitmotivs de l’appareil politique, militaire et judiciaire des États-Unis et dont Julian Assange et ses camarades sont victimes. Celui ou celle qui, comme Assange, était du mauvais côté dans la guerre en Afghanistan et en Irak, en paiera le prix et subira une politique d’extermination jusqu’au bout, jusqu’à la mort.

Une deuxième raison est que la « Global War on Terror », la guerre mondiale contre le terrorisme, lancée par le président Bush en 2001, n’est pas une guerre comme les autres. Elle est par définition une guerre sans tranchées, sans frontières, une guerre qui se déplace de continent en continent, une guerre sans fin, une guerre sans accord de paix en perspective. Il suffit de lire la récente publication du département d’État, intitulée « Terrorism Still a Pervasive Threat Worldwide » (le terrorisme : une menace toujours omniprésente à l’échelle mondiale), qui annonce de nouvelles guerres contre le terrorisme. (3) De ces nouvelles guerres coloniales, les Assange, les lanceurs d’alerte ou autres fouineurs doivent être écartées une fois pour toutes.

Une troisième raison est qu’après la fin de la « guerre froide », les tambours de la guerre résonnent à nouveau. La guerre en Ukraine (et la défaite de la Russie) doivent rétablir la confiance perdue dans la surpuissance des EU de diriger le monde. Un conflit mondial entre les EU-OTAN d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre se dessine à l’horizon. Les conséquences au niveau de la liberté de la presse sont un prélude de ce qui nous attend. Pour ceux et celles qui pensent que la liberté de la presse est uniquement menacée en Russie et en Chine, voici quelques exemples de ce qui se passe dans notre camp. « Aux États-Unis, il n’y a aucun média grand public qui semble prêt à publier ne fût-ce qu’un appel à arrêter la livraison d’armes à l’Ukraine ou même de plaider pour des négociations en Ukraine, écrit Counterpunch, Il y a même un blackout sur les nouvelles concernant le (petit) mouvement contre la guerre qui est en train de se construire ».(4) Ce n’est pas uniquement le cas aux Etats-Unis. En Europe, des médias comme RT/RussiaToday ou Sputnik sont interdits. En 2022, l’Ukraine publie une liste noire de politiciens et journalistes européens et étasuniens « pro-russes », dont le journaliste Glen Greenwald. Au sein des grands médias, la chasse aux journalistes considérés comme « pro-Russe » ou « pro-Poutine », par des menaces, leur licenciement, le gel de leurs avoirs a bel et bien commencé.(5)

C’est pourquoi Assange est toujours en prison. Il est l’avertissement à tous les journalistes : vous allez subir le calvaire de Julian Assange si vous osez nous critiquer.

 Le mouvement contre la guerre au Vietnam a libéré Daniel Ellsberg.

Daniel Ellsberg était un analyste militaire qui a travaillé pour l’armée des EU. En juin 1971, il a divulgué les Pentagon Papers, des documents secrets qui exposaient les mensonges du gouvernement des EU dans la guerre du Vietnam. Le 3 janvier 1973, Ellsberg a été inculpé en vertu de la même loi que celle par laquelle Assange est inculpé aujourd’hui : l’Espionage Act de 1917, en plus des accusations de vol et de conspiration. Il risquait alors une peine maximale de 115 ans. : « Ce dont Assange est coupable, je le suis aussi, a déclaré Daniel Ellsberg, nos motivations sont les mêmes. La différence est que j’étais une source, lui un éditeur. Je me reconnais complètement en lui. Les publications de WikiLeaks sur les guerres en Afghanistan et en Irak ont montré que la torture est devenue la chose la plus normale au monde. Les publications de WikiLeaks sont l’une des révélations les plus importantes et les plus véridiques du comportement secret et criminel de l’État dans l’histoire des EU. Le public étasunien avait le droit de savoir ce qui était fait en son nom. La publication non autorisée de documents secrets était le seul moyen d’accorder ce droit au peuple » (6).

Les autorités des EU ont mis en place des écoutes illégales contre Ellsberg, des cambriolages chez son psychiatre pour tenter de le discréditer, et ils y avaient, tout comme dans l’affaire Assange, des plans pour l’éliminer physiquement. Mais contrairement à Assange, Ellsberg n’a pas été envoyé en prison en attendant son procès. Le 11 mai 1973, le tribunal a même abandonné toutes les charges contre Ellsberg. Pourquoi ?

Parce qu’Ellsberg était entouré par « le mouvement contre la guerre au Vietnam qui était le plus large et le plus organisé jamais connu dans l’histoire des Etats-Unis »(7). À partir de 1964 jusqu’à la fin de la guerre en 1975, des centaines de milliers de jeunes, des syndicats, groupes religieux, organisations pour les droits égaux de la population noire se sont engagés dans la résistance à la guerre.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Organiser la résistance à toutes les guerres qui ont suivi celle du Vietnam jusqu’à aujourd’hui est pourtant la voie à suivre pour obtenir la libération de Julian Assange.

Comme dit au début, rien n’est impossible. Que le courage et la ténacité d’Ellsberg soient une source d’inspiration dans ce combat.

Notes

(1) http://www.csvr.org.za/docs/correctional/negotiatingtherelease.pdf

(2) Voir le rapport “Body Count : Casualty Figures after 10 Years of the ’War on Terror” par Physicians for Social Responsibility, Physicians for Global Survival et Physicians for the Prevention of Nuclear War

(3) https://www.voanews.com/a/us-state-department-terrorism-still-a-pervas…

(4) https://www.counterpunch.org/2023/04/12/the-war-machine-keeps-turning/

(5)Voir https://johnpilger.com/articles/there-is-a-war-coming-shrouded-in-prop…;; https://www.algeriepatriotique.com/2023/02/19/contribution-de-mohsen-a…

(6) https://en.wikipedia.org/wiki/Daniel_Ellsberg ; https://www.chicagotribune.com/nation-world/ct-nw-daniel-ellsberg-juli…

(7) https://www.history.com/news/anti-war-movements-throughout-american-history

 
Source : https://lukvervaet.blogspot.com/2023/05/un-large-mouvement-contre-la-guerre.html

 

dimanche 24 octobre 2021

Julian Assange: Wanted, dead or alive

Julian Assange: Wanted, dead or alive

Imaginez-vous la scène, digne du dernier James Bond. Des voitures blindées en route vers le centre de Londres. À leur bord, des hommes cagoulés et armés jusqu’aux dents. Les voitures s’arrêtent brusquement, les hommes en descendent et pénètrent l’ambassade équatorienne. La porte de l’ambassade est par hasard ouverte et, par hasard aussi bien sûr, la police anglaise regarde dans l’autre direction. Les robocops se jettent sur Julian Assange, le trainent dans une voiture et foncent vers l’aéroport de Londres où un avion de la CIA les attend pour le transporter aux États-Unis. Au cas où ce plan échouerait, il y a aussi le plan B : il faudra l’abattre ou l’empoisonner.

Ce scénario ne sort par des studios hollywoodiens.  Il a été inventé de bout en bout par Mike Pompeo, en représailles à la publication de Vault 7 par Wikileaks en 2017[1], la plus grande fuite de documents de la CIA de son histoire. Mike Pompeo est le directeur de la CIA de l’époque et le ministre des Affaires étrangères jusqu’au début de cette année. C’est lui qui avait désigné WikiLeaks comme « non-state hostile intelligence service » (service de renseignement ennemi non étatique). C’est aussi lui qui avait plaidé pour que Snowden soit jugé, avec une condamnation qui aurait pu le condamner à la peine de mort.  Le plan du kidnapping d’Assange a été discuté aux « plus hauts niveaux » de l’administration américaine.[2] Son existence a été confirmée par trente fonctionnaires et ex-agents des services secrets, dont huit ont décrit en détail l’opération de la CIA. Après que le plan a été rendu public, en septembre 2021 par Yahoo News, Pompeo n’a nullement été inquiété. Dans une émission télévisée, il a tranquillement déclaré que chacune de ces trente personnes devait être poursuivie par la justice « pour divulgation de matériel classifié au sein de la CIA ».[3]

Si vous pensez qu’avec Joe Biden à la présidence, toutes ces pratiques et tous ces propos sont derrière nous, détrompez-vous. Au procès d’Abu Zubaydah début octobre 2021 devant la Supreme Court (la plus haute cour au niveau fédéral), l’administration Biden a refusé la comparution des psychologues James Mitchell et Bruce Jessen, les architectes du programme de la torture de la CIA. Biden s’appuie en cela sur les propos de Pompeo selon lesquels cette affaire est un « secret d’État », et que la rendre publique « porterait atteinte à la sécurité nationale ». L’administration Biden s’est aussi opposée à ce qu’on entende le témoignage d’Abu Zubaydah lui-même, parce que, disait-elle, « il est en détention incommunicado à Guantanamo ».[4]

Mort ou vivant, par tous les moyens

Aussi choquant et invraisemblable que puisse paraître le scénario d’un kidnapping et d’un assassinat éventuel d’Assange, il est dans la ligne droite de la guerre américaine contre tous ceux qui touchent aux intérêts impérialistes des États-Unis.

Il suffit de se souvenir du plan pour assassiner Daniel Ellsberg (photo), après la publication des Pentagon-papers pendant la guerre du Vietnam.[5] Il suffit de rappeler la pratique presque courante du kidnapping de suspects dans d’autres pays et leur transfert illégal vers les États-Unis par les services secrets américains. Cette pratique date de bien avant 2001, sous des présidents comme Reagan et Clinton. Il s’agissait là d’un nombre très limité de cas et la CIA devait obtenir l’approbation du président pour enlever quelqu’un. Ce n’est qu’à partir du lancement de la guerre mondiale contre le terrorisme en 2001 que ces pratiques ont pris une ampleur sans précédent. À ce moment-là, le président Bush a signé une autorisation officielle pour que la CIA passe à des “extraordinary renditions” (des transferts illégaux de personnes kidnappées) sans avoir besoin d’une approbation de la Maison Blanche ou du Ministère de la justice. Ainsi, dès 2005, la CIA avait déjà enlevé entre cent et cent cinquante suspects et les avait transférés illégalement vers des pays tiers, le plus souvent connus pour leur torture des détenus, avant leur transfert tout aussi illégal aux États-Unis ou à Guantanamo.

Prenons le cas d’Abu Omar (Mustafa Osama Nasr, photo) qui est une des affaires les mieux connues et documentées de la restitution extraordinaire de la CIA (en collaboration avec le Service italien de renseignement et de sécurité militaires- SISMI). Abu Omar avait reçu l’asile politique en Italie en 2001.  Le 17 février 2003, il est enlevé à Milan par des agents de la CIA et du SISMI et transporté à la base aérienne américaine d’Aviano. De là, il est transféré dans l’Égypte de Moubarak, où il est emprisonné pendant quatre ans sans inculpation, isolé, interrogé et brutalement torturé et violé.

En 2009, vingt-trois agents américains impliqués dans ce kidnapping ont été jugés par contumace par les tribunaux italiens[6]. Vingt-et-un agents ont été condamnés à cinq ans de prison, et le chef de la base de la CIA à Milan, Robert Seldon Lady, a été condamné à huit ans de prison. Tous ces condamnés ont refusé de se présenter au tribunal. C’est encore Wikileaks qui a dévoilé les pressions américaines sur l’Italie pour qu’elle retire sa demande d’extradition de ces agents vers l’Italie. Les agents sont désormais considérés comme des fugitifs en droit italien.[7]

Pour les autorités américaines, la guerre actuelle contre le terrorisme doit inévitablement aboutir à la capture, mort ou vif, de Julian Assange. Déjà en 2014, dans une vidéo-compilation publiée sur YouTube[8] par FreeJAnow, elles le traitaient de « traitre », « hightech terrorist », « cyber terrorist », « enemycombatant » et Wikileaks d’« organisation terroriste et d’agence de presse travaillant pour l’ennemi ». Les propos cités dans cette petite vidéo proviennent de hauts responsables du gouvernement américain, dont Hillary Clinton, Joe Biden et de commentateurs politiques. Certains y réclament ouvertement la pendaison ou l’exécution extrajudiciaire d’Assange.

Au dix-septième jour du procès d’Assange en 2020, l’existence des plans pour l’assassiner a été confirmée par deux témoins sous serment. Devant le tribunal, ils ont déclaré que « les États-Unis voulaient sortir Assange coûte que coûte de l’ambassade de l’Équateur et qu’ils voulaient des mesures plus extrêmes pour y arriver. Ainsi, ils envisageaient de kidnapper Assange en laissant une porte d’entrée ouverte. Ils concevaient même son empoisonnement. »[9]

La Maison Blanche s’est opposée à l’exécution du plan de la CIA pour une seule et unique raison : le ministère de la Justice était en retard, il n’avait pas encore publiquement inculpé Assange d’un crime. Ce qui posait la question : si on le kidnappe, on l’amène où ? On ne peut pas l’enfermer quelque part sans qu’il y ait eu une mise en accusation officielle. La police anglaise aussi s’était opposée à l’exécution du plan de Pompeo sur son sol. Il fallait régler le problème Assange autrement. Et la machine s’est mise en marche. Le 6 mars 2018, le Grand Jury fédéral de Virginie inculpe formellement Assange dans un « sealed indictment », un document interne à la justice où il n’est question que de fraude informatique sur base du Computer Fraud and Abuse Act de 1986. Parallèlement, sous pression américaine, l’Équateur déclare Assange persona non grata à l’ambassade et le déchoit de sa nationalité équatorienne dans la foulée. Le 11 avril 2019, l’inculpation d’Assange est rendue publique, ce qui permettra à la police anglaise, le jour même et en toute légalité, d’arrêter et de sortir de force Assange de l’ambassade qui ne veut plus de lui. Assange sera incarcéré dans la prison de haute sécurité de Belmarsh où il se trouve encore à ce jour. Ce n’est qu’un mois plus tard, en mai 2019, qu’Assange sera aussi inculpé pour espionnage sur base de l’Espionage Act de 1917[10].  S’il est extradé et condamné, il risque la prison à vie, c’est-à-dire la mort par enfermement.  

Ainsi le plan diabolique des autorités américaines est presque bouclé. Les 27 et 28 octobre 2021, une Cour d’appel britannique devra se prononcer sur son extradition. Des « garanties américaines d’un traitement humain d’Assange » y seront présentées, par ceux-là mêmes qui ont discuté et planifié son kidnapping et son assassinat. 

Assange paie le prix de notre capitulation face à la guerre impérialiste

Les révélations de Yahoo News nous ramènent aux vrais enjeux de l’affaire. Les publications d’Assange ne sont pas considérées comme des actes de journalisme ou sous l’angle de la « liberté de la presse », mais comme des actes de guerre,  des actes hostiles aux États-Unis, en alliance avec l’ennemi que nous combattons dans la guerre contre le terrorisme.

Le 25 juillet 2010, Wikileaks a défié la machine de guerre en publiant les documents secrets sur la guerre en Afghanistan (the Afghan War Logs). Trois mois plus tard, en octobre 2010, il publie près de 400 000 rapports de l’armée sur la guerre en Irak (the Iraq War Logs). Le 25 avril 2011, Wikileaks rend publics les documents secrets sur les 779 détenus à Guantanamo (the Gitmo Files).

Au moment où toute opposition à la guerre en Afghanistan et en Irak était au point mort, Assange et Wikileaks ont ainsi exposé de manière on ne peut plus détaillée les opérations de l’armée impérialiste la plus forte au monde. Mais ces publications n’ont pas provoqué l’indignation et la solidarité avec Wikileaks qu’on était en droit d’attendre et dont Wikileaks avait tant besoin.

Dix ans après le début de la guerre, les pancartes et les banderoles des manifestations sont restées rangées dans les caves, le slogan « Not in our name » était réduit au silence. Un climat d’indifférence s’était installé, l’horreur  devenue la routine, avec la peur généralisée d’être accusé de sympathies ou de complicités terroristes. Pour la gauche américaine et européenne, la guerre est devenue à la fois une normalité et une banalité. Fini la comparaison avec le mouvement contre la guerre au Vietnam qui avait contribué à la fin de cette guerre et à ce que la vie de Daniel Ellsberg soit sauvée.

Enemy combatant

La même indifférence a été constatée par rapport aux « dommages collatéraux » de la guerre sans fin. Un de ces dommages a été l’invention du statut de « Unlawful enemy combatant »,, un titre dorénavant réservé à Julian Assange, qui efface tout statut légal du prisonnier. Avant 2001, les Conventions de Genève conclues après la défaite nazie en 1945 devaient assurer une protection des droits des prisonniers. C’étaient des documents contraignants pour tous les États, les atteintes à ces accords constituant une violation grave du droit international et étant considérées comme des crimes de guerre. Deux conventions protégeaient aussi bien les droits des prisonniers de guerre (la Troisième convention) que les prisonniers civils, de droit commun, appelés « personnes protégées » (la Quatrième convention). Les deux catégories devaient jouir d’un traitement digne, tout traitement inhumain ou dégradant était interdit en toutes circonstances (l’article 3, commun aux deux conventions).

Dans la pratique, les États européens ont réservé ces conventions à leur usage interne et ne les ont pas appliquées dans leurs colonies où le non-droit, la torture et les traitements inhumains restaient de mise aussi bien pour les résistants que pour la population civile. Ce sont ces conceptions et pratiques coloniales qui font leur retour à travers la guerre contre le terrorisme.

Au début de la guerre, un nouveau statut a été conçu pour les prisonniers capturés. Celui de « combattant ennemi », ce qui signifie que ces prisonniers ne sont ni des prisonniers de guerre ni des prisonniers de droit commun.  Ainsi, ils ne peuvent pas être protégés par les Conventions de Genève. Ils ne peuvent pas se prévaloir de l‘habeas corpus – le droit de comparaître devant le tribunal et d’exiger que les autorités justifient leur détention. Leur procès, s’il y en a un, ne se déroule pas devant un tribunal fédéral, ni devant un tribunal militaire, mais devant une commission militaire. Ils peuvent être maintenus en détention sans charge, sans procès et de manière illimitée. Tout au long de ces vingt dernières années, seuls les détenus concernés, quelques avocats courageux et quelques ONG se sont battus pour le retrait de ces mesures. Toute cette évolution fascisante s’est déroulée sous nos yeux, sans réaction digne de ce nom.

C’est Julian Assange qui en paie le prix aujourd’hui.

Il n’est jamais trop tard pour se reprendre et dire stop. Faisons-le maintenant et empêchons l’extradition de Julian Assange.   

 Source: Le blog de Luke Vervaet

Notes:

[1]https://wikileaks.org/vault7/

[2] Zach Dorfman, Sean D. Naylor and Michael Isikoff de Yahoo News : “Kidnapping, Assassination and a London Shoot-Out: Inside the CIA’s Secret War Plans Against WikiLeaks”, ethttps://www.legrandsoir.info/les-erreurs-de-l-article-de-yahoo-sur-assange-consortium-news.html

[3]https://www.devilmaycaremedia.com/

[4] Abu Zubaydah a été arrêté au Pakistan en 2002 et enfermé dans une prison secrète de la CIA en Pologne jusqu’à son transfert à Guantanamo où il se trouve toujours. Les tortures qu’il a subies des mains de la CIA et de ses sous-traitants, ont été rendues publiques par ses avocats et ont été partiellement citées dans le rapport de 2014 de la commission du sénat américain sur la torture de la CIA : « À 83 occasions au cours d’un seul mois de 2002, Abu Zubaydah a été attaché à une planche inclinée avec la tête plus basse que les pieds pendant que des sous-traitants de la CIA lui versaient de l’eau dans le nez et dans la gorge, simulant sa noyade. Menotté et claqué à plusieurs reprises contre les murs, il a été suspendu nu à des crochets au plafond pendant des heures. Il a été forcé de rester éveillé pendant onze jours consécutifs, aspergé encore et encore d’eau froide lorsqu’il s’est effondré. Il a été placé de force dans une boîte de la taille d’un cercueil et entassé dans une autre boîte qui tiendrait presque sous une chaise, où il a été laissé pendant des heures. Il a été soumis à une humiliation particulièrement grave de la part de la CIA par la « réhydratation rectale ». Selon le rapport du Sénat américain la CIA a admis par la suite que Abu Zubaydah n’était pas un membre d’Al Qaeda. https://truthout.org/articles/biden-tells-supreme-court-that-publicly-documented-torture-is-a-state-secret/?utm_campaign=Truthout+Share+Buttons

[5] Kissinger appelait Ellsberg« l’homme le plus dangereux aux États-Unis », Nixon faisait cambrioler le bureau de son ancien psychanalyste et avait engagé 12 mercenaires cubains pour « le mettre hors d’état de nuire ».https://www.democracynow.org/2021/6/14/pentagon_papers_leak_50th_anniversary

[6]https://www.justiceinitiative.org/publications/globalizing-torture-cia-secret-detention-and-extraordinary-renditionL’Italie est le seul pays où un tribunal a condamné pénalement des fonctionnaires pour leur implication dans des opérations de restitution extraordinaire. Le Canada est le seul pays à présenter des excuses à une victime de restitution extraordinaire, Maher Arar, qui a été extraordinairement renvoyé et torturé en Syrie. Seuls trois pays en plus du Canada – la Suède, l’Australie et le Royaume-Uni – ont accordé une indemnisation aux victimes de restitutions extraordinaires, ces deux derniers dans le cadre de règlements confidentiels visant à éviter les litiges liés aux violations des droits humains associées.

[7]https://www.therenditionproject.org.uk/prisoners/abu-omar.html

[8] US demands to assassinate Assange https://www.youtube.com/watch?v=ykvb-nwJ_9w

[9]https://consortiumnews.com/2020/09/30/live-updates-assange-hearing-day-seventeen-us-intel-spying-on-assange-detailed-in-court-including-plan-to-kidnap-or-poison-him/

[10] *The Espionage Act of 1917 prohibited obtaining information, recording pictures, or copying descriptions of any information relating to the national defense with intent or reason to believe that the information may be used for the injury of the United States or to the advantage of any foreign nation.

 

lundi 12 mars 2018

Nizar Trabelsi et Guantanamo : la justice belge reconnaîtra-t-elle son erreur ?







Nizar Trabelsi lorsqu'il était encore en prison
en Belgique


par Luk Vervaet 4 février 2018


En janvier 2017, le président américain Donald Trump déclarait à la chaine de télévision ABC: « Est-ce que la torture marche ? Donne-t-elle des résultats ? J’ai posé la question à des personnes au plus haut niveau des services de renseignement et la réponse est « oui, absolument ». »

Le mardi 30 janvier 2018, seize ans après l’ouverture du camp de Guantanamo, Trump annonçait dans son premier discours sur l’État de l’Union qu’il maintiendrait ouvertes les installations carcérales à Guantanamo : « Pour y enfermer les terroristes où que nous les chassions, où que nous les trouvions ».

Ainsi la boucle est fermée. Banni en 2009, le waterboarding et d’autres formes de torture pourront être réintroduits comme techniques d’interrogation. Le camp de Guantanamo et d’autres sites secrets de la CIA où ils ont été pratiqués, resteront ouverts. Nous voilà de retour dans les années Bush, parmi les plus sombres de l’histoire moderne.

Nizar Trabelsi et Guantanamo 
Mais quel est le lien entre l’affaire de Nizar Trabelsi, extradé par la Belgique le 3 octobre 2013 à la demande des Etats-Unis, et Guantanamo ?[1]

Nizar Trabelsi dans l'avion de la CIA le 3 octobre 2013
C’était début 2009. Devant la chambre de mises en accusation de la Cour d’appel de Bruxelles, se débattait la demande d’extradition de Nizar Trabelsi introduite par les autorités américaines en 2008. La défense de Trabelsi, sous la direction de maître Marc Nève, plaidait que la demande américaine ne pouvait pas être acceptée. Qu’il fallait la rejeter à tout prix. À cause des conditions inhumaines de détention aux États-Unis. À cause des méthodes d’interrogatoire qui y ont cours. À cause des méthodes de recherche utilisées dans ce type de dossiers.
 Lire l'article : https://bruxelles-panthere.thefreecat.org/?p=3570




lundi 5 février 2018

Nizar Trabelsi et Guantanamo : la justice belge reconnaîtra-t-elle son erreur ?


par Luk Vervaet 4 février 2018


Nizar Trabelsi lorsqu'il était 
encore  en prison en Belgique
En janvier 2017, le président américain Donald Trump déclarait à la chaine de télévision ABC: « Est-ce que la torture marche ? Donne-t-elle des résultats ? J’ai posé la question à des personnes au plus haut niveau des services de renseignement et la réponse est « oui, absolument ». »

Le mardi 30 janvier 2018, seize ans après l’ouverture du camp de Guantanamo, Trump annonçait dans son premier discours sur l’État de l’Union qu’il maintiendrait ouvertes les installations carcérales à Guantanamo : « Pour y enfermer les terroristes où que nous les chassions, où que nous les trouvions ».

Ainsi la boucle est fermée. Banni en 2009, le waterboarding et d’autres formes de torture pourront être réintroduits comme techniques d’interrogation. Le camp de Guantanamo et d’autres sites secrets de la CIA où ils ont été pratiqués, resteront ouverts. Nous voilà de retour dans les années Bush, parmi les plus sombres de l’histoire moderne.

Nizar Trabelsi et Guantanamo

Mais quel est le lien entre l’affaire de Nizar Trabelsi, extradé par la Belgique le 3 octobre 2013 à la demande des Etats-Unis, et Guantanamo ?[1]

C’était début 2009. Devant la chambre de mises en accusation de la Cour d’appel de Bruxelles, se débattait la demande d’extradition de Nizar Trabelsi introduite par les autorités américaines en 2008. La défense de Trabelsi, sous la direction de maître Marc Nève, plaidait que la demande américaine ne pouvait pas être acceptée. Qu’il fallait la rejeter à tout prix. À cause des conditions inhumaines de détention aux États-Unis. À cause des méthodes d’interrogatoire qui y ont cours. À cause des méthodes de recherche utilisées dans ce type de dossiers.

Nizar Trabelsi dans l'avion de la CIA
 le 3 octobre 2013
Or, pour contrer les arguments de la défense, l’argumentation centrale du Procureur fédéral disait qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter sur le respect des droits des détenus aux États-Unis. Pour le démontrer, le Procureur fédéral avait repris, dans son réquisitoire écrit, de larges extraits des promesses électorales d’Obama, élu début novembre 2008. Ces extraits, reproduits tels quels, provenaient, références à l’appui, du site internet de RTL. Obama, non seulement y annonçait la fermeture de Guantanamo mais y faisait aussi valoir que s’annonçait, après tant de dérives, une ère nouvelle, respectueuse des droits fondamentaux.