En Irak, les attentats commis par cette organisation djihadiste font une moyenne de 1 500 victimes chaque année au sein de la population civile, en dehors des combats qui l’opposent à l’armée irakienne et à ses alliés. Dans les autres pays arabo-musulmans touchés par l’OEI et ses filiales locales, même si le bilan est inférieur, il s’agit néanmoins de plusieurs centaines de morts par an, de la Tunisie à l’Afghanistan en passant par le Yémen.
Depuis son lancement à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis (2 993 morts), la « guerre contre le terrorisme » initiée par Georges W.Bush a fait entre 500 000 et un million de victimes, même si elle a aussi et surtout servi de prétexte aux ambitions idéologiques et économiques des néoconservateurs américains alors au pouvoir. Depuis cette date également, on dénombre 544 décès en Europe par attentats djihadistes et 111 aux États-Unis, soit un total de 655. C’est-à-dire que pour 1 0
00 victimes de cette guerre en Orient, dont quelques-unes seulement sont des djihadistes, il y a une victime en Occident. Discours de propagande de l’OEI ou d’Al-Qaida ? Non, simplement les faits.
Le prix à payer
Le 11 septembre 2001 n’était lui-même qu’un crescendo dans la série d’attentats qu’Al-Qaida avait perpétrés dès 1992 contre les États-Unis en Afrique, en Arabie saoudite, au Yémen, aux Philippines et déjà aux États-Unis même. Ils ont certes été beaucoup plus importants que les précédents, mais ils s’inscrivaient dans leur continuité. Ils n’étaient pas un phénomène nouveau dans leur principe. Tous ces attentats, 11-Septembre compris, étaient en effet une « réponse » au déploiement militaire américain massif en Arabie saoudite après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, et plus encore aux 500 000 à 700 000 victimes civiles provoquées par l’embargo sur l’Irak qui s’en était suivi pendant la décennie 1990. Madeleine Allbright, alors secrétaire d’État, avait commenté en 1996 une estimation de la FAO évaluant le nombre des victimes à un demi-million par un « le prix en vaut la peine ». Washington avait déjà réagi à certains de ces attentats, notamment en 1998, par des bombardements en Afghanistan et au Soudan contre des bases d’Al-Qaida.Depuis plus de quinze ans, l’interventionnisme occidental au Proche-Orient n’est justifié ou déterminé que par cela : « lutter contre le terrorisme ». Mais, faut-il encore le répéter, les moyens employés — intervention militaire et soutien à des régimes répressifs « alliés » à l’Occident — ne font qu’entretenir et renforcer les racines du djihadisme. Rappelons aussi que le terrorisme est un mode d’action, non une entité en soi, ni une idéologie, ni une religion. S’agissant du djihadisme, que ce soit au Proche-Orient ou en Afrique, il demeure un mouvement de réaction à ce qui est ressenti et vécu comme une agression. Dans toute son histoire, il n’a jamais agi ex nihilo, mais toujours en réponse, en employant le terrorisme pour ses branches extrêmes. Et son essence est d’ordre politique et non pas religieuse, que ce soit en Irak, au Yémen ou au Sahel. Le religieux n’est pour lui qu’un vecteur identitaire là où l’islam est une référence sociétale endogène.




