2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Erri de Luca. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Erri de Luca. Afficher tous les articles

jeudi 14 mars 2019

Erri De Luca : "Les persécutions contre les migrants ne les empêcheront pas de migrer"







De passage à Paris, l'écrivain italien, ardent défenseur des migrants, revient sur les fondements de son engagement. Entretien.

Par Laetitia Drevet




Poète et écrivain italien dont l’œuvre a été saluée par plusieurs prix (le prix Femina étranger en 2002 pour son roman«Montedidio»), Erri De Luca est aussi un homme engagé. Ses prises de positions lui ont valu un procès de la société Lyon Turin Ferroviaire pour avoir appelé au «sabotage» de la ligne en construction.
Aujourd’hui farouche opposant à la politique anti-immigration défendue par Matteo Salvini, il prend régulièrement la parole pour défendre les migrants réfugiés en Europe. Il a publiquement soutenu Cédric Herrou et les «sept de Briançon», poursuivis en France pour avoir porté assistance à des migrants. A l’occasion d’un passage à Paris, il revient pour «L’Obs» sur les fondements de son engagement politique.
L'OBS. La semaine dernière, la cour de cassation a annulé la condamnation de Cédric Herrou, condamné dans un premier temps pour avoir porter assistance à des migrants. Vous l’aviez publiquement soutenu à plusieurs reprises. Que montre ce verdict ?
Erri de Luca. C’est un acte de reconnaissance du sentiment de fraternité, sur lequel se fonde la société civile. Il y a cette trinité laïque, produite par la révolution française : liberté, égalité, fraternité. Pour l’égalité et la liberté, on peut se battre, défendre et acquérir des droits. On ne se bat pas pour la fraternité, c’est un sentiment individuel. Mais lorsqu’il est partagé, il devient comme un fil qui tisse une communauté. Reconnaître la fraternité est un acte de bonne santé civile.
La condamnation des sept de Briançon montre que la nôtre est encore malade. Je les ai soutenus car je pense qu’il y a un décalage entre la justice et la loi. Ce ne sont pas des synonymes : les lois peuvent être injustes. Quand la loi préconise par exemple de ne pas porter secours aux personnes qui ont besoin d’être secourues, la loi n’est pas juste. Il faut donner la priorité au sentiment de justice, même si cela implique de contourner, de saboter, ou de mal appliquer la règle.

Fin novembre, Matteo Salvini a annoncé que l’Italie ne signerait pas le pacte mondial sur les migrations, qui doit être ratifié ce mercredi 19 décembre, par 150 pays de l’ONU. Quelle portée accordez-vous à ce boycott?
Les positions de Matteo Salvini n’ont aucun effet sur le déplacement des êtres humains sur la planète. Les migrations sont impossibles à bloquer. Les persécutions contre les migrants empoisonnent évidemment la vie de ceux qui cherchent un refuge, mais n’empêchent en aucun cas leur déplacement. Les raisons des migrations sont plus fortes que la résistance d’un pays à leur égard. Quant au vocabulaire utilisé par Salvini, il est tout simplement faux. Prenez le mot «invasion». Envahir, c’est le fait d’une armée, qui traverse la frontière d’un pays pour le conquérir, ou pour le soumettre. Pas le fait de personnes complètement désarmées.
Quand une mère monte avec son bébé sur un canot en risquant de mort; quand même le plus puissant des instincts de protection, l’instinct maternel, est dépassé par le désespoir, vous savez que la dynamique qui l’anime ne peut pas être anéantie. Dans son Eneide, Virgile écrit: «Una salus victis, nullam sperare salutem», ce qui veut dire que la seule chance de salut pour les vaincus est de ne plus rien attendre. Le désespoir est la plus grande force motrice, c’est lui qui fait monter la mère de famille sur un canot. Le désespoir ne se repousse pas.

"J’ai honte que la mer Méditerranée soit devenu cet espace mortifère"

Avez-vous voté aux dernières élections italiennes, en mars 2018 ?
Non. Moi et un tiers des italiens n’avons pas voté. Pour ma part, ce n’est pas par rejet de l’institution électorale, je la respecte. Mais aucun candidat ne me représentait, je les trouvais tous assez semblables. Un peu comme des marchands qui vendent la même marchandise, mais emballée différemment. Le résultat me conforte dans cette idée. La coalition formée par le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue est un choix politique, tactique, pas une décision du peuple.

mardi 18 septembre 2018

Erri de Luca: «Des crimes de guerre par temps de paix»

Par

Poète, romancier et alpiniste, Erri de Luca est aussi une figure de la scène publique italienne, ancien militant d’extrême gauche, opposant aux grands travaux et aujourd’hui contempteur de la politique anti-migrants déployée par le gouvernement.
Erri de Luca.
Erri de Luca
Erri de Luca est célèbre pour son œuvre de romancier, poète, traducteur et exégète de la Bible. Il a aussi été de la plupart des combats de la gauche politique italienne, depuis son engagement au sein du mouvement révolutionnaire Lotta Continua à son opposition au projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin qui lui a valu un procès de la société franco-italienne LTF (Lyon Turin Ferroviaire), pour avoir appelé au « sabotage » du chantier, un terme sur lequel il s’explique dans La Parole contre.

Aujourd’hui engagé en faveur des migrants, des deux côtés des Alpes puisqu’il avait soutenu Cédric Herrou et lancé un appel en faveur des « trois de Briançon », il est devenu l’un des opposants les plus cinglants du gouvernement de coalition entre la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq Étoiles. Entretien à l’occasion de son passage à Paris. 
 Vous avez critiqué, à plusieurs occasions, la pente prise par la politique italienne depuis le gouvernement de coalition entre la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq Étoiles. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
Erri de Luca : Un sentiment nouveau, un sentiment politique que je ne connaissais pas, alors que j’en ai connu de très nombreux, qui est le dégoût. Il se concentre sur le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, mais concerne l’ensemble du gouvernement, issu de l’invention d’une coalition qui n’existait pas avant les élections et qui n’a pu être mise sur pied qu’en trahissant les promesses de campagne et en forçant abusivement les données électorales. La Ligue du Nord faisait partie d’une coalition de droite avec deux autres partis qui ont été éliminés et sont passés dans l’opposition.
C’est donc une coalition fragile, de partis qui ne font que continuer la campagne électorale qui leur a permis d’accéder – très provisoirement – au pouvoir. Même eux sont conscients que, dans un futur proche, les électeurs devront être rappelés aux urnes, d’autant qu’il est probable que la Ligue favorise un tel scénario parce qu’elle a le vent en poupe dans les sondages.

Comment se fait-il que Matteo Salvini soit celui qui donne le ton de la politique transalpine, davantage que le président du conseil Giuseppe Conte ou Luigi Di Maio, appartenant tous deux au Mouvement Cinq Étoiles, arrivé largement en tête aux élections de mars ?
En intransigeance sur les questions migratoires qui sont devenues le centre de la politique italienne, alors que ce devrait être un sujet secondaire. Il n’y a aucune « invasion », comme on l’entend. Le contraire est vrai. Plus de cinq millions d’Italiens sont enregistrés à l’étranger, sans compter tous ceux qui vivent hors des frontières sans être enregistrés officiellement. Celles et ceux qui veulent s’installer en Italie ne représentent même pas la moitié de ce chiffre. Cette prétendue invasion n’est qu’une comptine pour enfants, juste bonne à effrayer les gens qui aiment se faire peur. Je viens d’une époque où le courage était obligatoire, et aujourd’hui je vis une époque où la peur est devenue obligatoire. La peur est devenue un refuge.
migrants-graph
Si vous êtes dans votre maison et que vous entendez un bruit suspect, est-ce que vous vous cachez sous votre lit ou est-ce que vous allez voir ce qui se passe ? Une fois que vous avez vu que ce bruit suspect est le produit de causes accidentelles qui ne remettent pas en question les fondations de votre maison, il devient possible de surmonter la peur, de la ridiculiser. Mais je vis dans un pays et une époque où les personnes qui ont peur jouissent de ce sentiment et le transforment en haine et hostilité envers les plus faibles. On parle du gouvernement italien comme ayant une « ligne dure ». Mais les durs, ce sont ceux qui se battent contre plus forts qu’eux. Ceux qui exhibent leur force contre les plus faibles ne sont que des couards.