2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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dimanche 14 novembre 2021

COP26 : le fiasco de Glasgow

COP26 : le fiasco de Glasgow

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Les deux semaines de négociations dans le cadre la COP26 ont accouché d’un accord en deçà de l’urgence climatique. Les États riches, principaux émetteurs de gaz à effet de serre, ont refusé de soutenir financièrement les pays du Sud, premières victimes du dérèglement climatique.

Glasgow (Ecosse). – Tout ça pour ça. Tel est le sentiment amer qui affleure à la lecture du « Pacte climatique de Glasgow ». C’est ainsi qu’a été baptisé l’accord final après quinze jours intenses de tractations internationales qui a réunit près de 200 pays dans le cadre de la 26Conférence internationale sur le climat – ou Conférence des parties (COP).

Cette COP26 avait pour enjeu de décider de la feuille de route afin de mettre en œuvre l’accord de Paris de 2015 avec, pour horizon, limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. Tout échec serait synonyme d’un « aller simple vers le désastre » avait prévenu à la veille des négociations António Guterres, secrétaire général de l’ONU.

Le président de la Grande-Bretagne pour la COP26, Alok Sharma, ému aux larmes alors qu'il prononce ses remarques finales lors de la COP26 à Glasgow, le 13 novembre 2021. © Paul ELLIS / AFP Le président de la Grande-Bretagne pour la COP26, Alok Sharma, ému aux larmes alors qu'il prononce ses remarques finales lors de la COP26 à Glasgow, le 13 novembre 2021. © Paul ELLIS / AFP

Martelé tel un mantra par les dirigeants nationaux, l’objectif de « garder en vie les 1,5 °C » a dès les premiers jours de la COP été érodé par une avalanche d’accords sectoriels bilatéraux. Le 2 novembre, 105 pays ont collectivement signé un Pacte mondial sur le méthane, une initiative portée par les États-Unis pour lutter contre ce puissant gaz à effet de serre, deuxième plus grand contributeur du changement climatique. Cet accord engage ses signataires à diminuer les émissions mondiales de méthane de 30 % par rapport aux niveaux de 2020 d’ici la fin de la décennie. Mais l’ambition est en deçà de la réduction de 45 % qui, selon les Nations unies, est nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Idem pour le charbon, dont la combustion est la première cause des dérèglements climatiques. Le 4 novembre, plus de quarante pays ont accepté, d’ici les décennies 2030 et 2040, de mettre fin au minerai noir. Cependant, les principales économies encore dépendantes du charbon telles les États-Unis, la Russie, la Chine ou l’Inde, sont absentes de cette coalition.

Le principal outil issu de l’accord de Paris pour tenir le cap des 1,5°C réside toutefois dans les « contributions déterminées au niveau national » (CDN). Depuis 2015, ces engagements climatiques volontaires nationaux doivent être revus à la hausse tous les cinq ans dans l’optique d’atteindre zéro émission nette de carbone d’ici la moitié du siècle.

La COP26 marquait la date limite à laquelle les pays devaient déposer leur nouvelle CDN. Mais le compte n’y est pas. Selon les dernières estimations, les nouveaux plans climat émis par les États nous mèneraient, s’ils étaient respectés, vers un réchauffement de 2,4°C d’ici à 2100, voire 2,7°C.

Petite victoire : malgré les freins durant les tractations de la Chine, l’Inde et l’Arabie saoudite, l’accord final de Glasgow notifie aux États de rehausser leurs engagements climatiques dès la fin 2022 – et non en 2025 comme le prévoyait l’accord de Paris. Après le rituel coup de marteau actant la fin des négociations, Alok Sharma, président britannique de la COP26 adéclaré hier soir : « Nous avons maintenu en vie le seuil de 1,5 degré. Mais son pouls est faible. »

Business as usual

La première version du Pacte climatique de Glasgow appelait, fait inédit, à « accélérer la sortie du charbon et des financements aux énergies fossiles ». C’est que le charbon, le pétrole et le gaz sont à l’origine de près de 90 % des émissions mondiales de CO2. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, les scientifiques préconisent une baisse de la production mondiale de 7 % par an pour le charbon jusqu’en 2050 et de 3 % pour le pétrole et le gaz.

Cette mention dans l’accord final a toutefois été rapidement édulcorée. Une deuxième mouture du texte invitait à limiter les financements « inefficaces » aux énergies fossiles et à accélérer l’abandon de la production de charbon qui ne fait pas appel à un système de capture du carbone. Et hier soir, l’Inde et la Chine ont obtenu sur le fil de modifier le terme « sortir » du charbon par « diminuer ».

Si les principaux pays producteurs de pétrole, de gaz et de charbon, tels les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Australie et la Russie, ont affaibli la portée du texte sur cette question, les groupes industriels ont également pu compter sur la présence de 503 lobbyistes accrédités à la COP26 pour maintenir le business as usual fossile. À Glasgow, le nombre de représentants de TotalEnergies, Gazprom ou Shell était plus important que le total des délégations des huit pays les plus touchés par le changement climatique.

« Pour la première fois, les énergies fossiles sont pointées du doigt dans un texte de COP. Ce qui ressemble à un pas en avant à l’échelle des négociateurs, reste une lapalissade tragi-comique à l’échelle du monde réel. Aucun calendrier de sortie des hydrocarbures, pourtant principales responsables du réchauffement climatique, n’est en effet évoqué, a commenté Clément Sénéchal de Greenpeace France. Les dirigeants des pays riches préfèrent hypothéquer l’avenir des jeunes générations et la survie des pays vulnérables plutôt que remettre en cause les intérêts criminels de leurs industries fossiles. »

Le cynisme du marché carbone

Sur la table des négociations depuis six ans, les États sont enfin parvenus à Glasgow à un consensus autour de l’article 6 de l’accord de Paris. Ce dernier visait à mettre en place un marché international du carbone, c’est-à-dire des mécanismes d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre entre des pays ou des entreprises qui en émettent trop, et des pays ou des firmes qui en émettent moins.

Cette marchandisation du CO2 manquait de régulation et l’accord définitif de la COP26 a acté la fin de certaines lacunes telles le « double comptage » – le fait que les projets qui donnent lieu à l’émission de crédits carbone soient comptabilisés à la fois dans le pays qui les vend et dans celui qui les achète.

« Avec l'adoption de cet article 6, les États entérinent la remise en cause de l’intégrité de l’Accord de Paris en faisant des marchés et de la compensation carbone un levier de leur action, a précisé Myrto Tilianaki de CCFD - Terre Solidaire. La compensation carbone détourne de l’effort prioritaire de réduction d’émissions et met en péril l’objectif de 1,5°C. Ce n’est pas un hasard si les principaux pollueurs ont multiplié les annonces de neutralité carbone et fait la promotion des marchés carbone pendant la COP26 : cela permet de continuer leur “business as usual” prédateur pour le climat, la biodiversité et les droits humains. »

Une des principales dérives de ce marché carbone est que des entreprises climaticides ou des États riches en abusent en finançant des projets de compensation de leurs émissions via notamment des actions de reforestation en Afrique ou en Amérique latine. En août dernier, l’ONG Oxfam a estimé que si l’on comptabilisait tous les engagements de neutralité carbone des États et des firmes, la totalité des terres arables de la planète serait occupée par des projets de compensation carbone.

« Voilà la porte ouverte à toutes sortes de marchés volontaires et autres mécanismes de compensation carbone qui vont permettre aux entreprises multinationales les plus nocives, de la production d’hydrocarbures au secteur aérien en passant par les industries lourdes, de ne surtout pas transformer en profondeur leurs systèmes productifs », a souligné l’économiste Maxime Combes.

« Les marchés carbone ne servent qu’à une seule chose : permettre aux États et aux entreprises de payer pour pouvoir continuer à polluer », avait déjà dénoncé auprès de Mediapart, Telma Taurepang, déléguée de l’APIB, la coordination du mouvement indigène brésilien.

Une solidarité climatique sabotée

La COP26 restera dans l’histoire de la lutte contre le changement climatique comme le rendez-vous manqué de la justice climatique.

Les États les plus pauvres et les ONG ont proposé à Glasgow un mécanisme de financement pour les pertes et dommages irréversibles causées par les événements climatiques extrêmes et liés au réchauffement – comme les ouragans, les mégafeux ou les inondations.

Pour les pays du Sud, le coût des destructions liées au chaos climatique est actuellement estimé à 500 milliards d’euros par an d’ici 2030. « Les pertes et dommages, c’est un déni de la réalité de la crise climatique, un déni que 20 % ou 30 % de l’humanité vivent déjà en “zone rouge”, un déni qu’il y a une ligne de front du changement climatique », avait tancé le 8 novembre 2021 à la COP26 la première ministre de la Barbade Mia Mottley.

Proposeriez-vous à quelqu’un qui est en danger de mort de venir l’aider, mais seulement d’ici deux ans ?

Fanny Petitbon, CARE France

Mais le dispositif de solidarité financière demandé par les États les plus vulnérables aux dérèglements climatiques a été torpillé lors des négociations par États-Unis et de l’Union européenne. C’est qu’à peine une vingtaine de pays riches – dont la France, qui a été particulièrement active sur ce dossier – sont responsables de la moitié de toutes les émissions historiques de CO2, et ces États redoutent des actions judiciaires de la part des pays du Sud, avec in fine d’importantes compensations financières à verser.

Seules l’Écosse, la Wallonie et l’Allemagne ont brisé le tabou en annonçant une modeste enveloppe de plus de 10 millions d’euros pour les pertes et dommages causé par la crise climatique dans le Sud.

« Cette COP reflète le cynisme des pays riches qui prononcent des discours plein d’empathie face aux caméras, mais changent de ton dès les portes des salles de négociation closes, a lancé Fanny Petitbon de CARE France. Au pied du mur, les pays vulnérables ont dû se contenter d’un lot de consolation avec l’organisation d'un dialogue de deux ans pour discuter des arrangements de financements pour éviter, limiter et répondre aux pertes et dommages sans garantie qu’il aboutira à des engagements concrets. Proposeriez-vous à quelqu’un qui est en danger de mort de venir l’aider, mais seulement d’ici deux ans ? »

« Les pays riches ne veulent pas payer pour les dommages qu’ils ont causés, a lancé Mohamed Adow, directeur du groupe de réflexion climatique basé au Kenya Power Shift Africa. Mais pour être honnête, les pertes et les dommages sont désormais à l’ordre du jour politique comme jamais auparavant. »

Promesse sans cesse réitérée

Les pays riches ont par ailleurs échoué à tenir leur promesse de mobiliser, à partir de 2020, 100 milliards de dollars par an d’aide climatique à destination des pays du Sud. Ils assurent désormais qu’ils y arriveront à partir de 2023, alors que cet engagement a été acté il y a douze ans à la COP15 à Copenhague.

Ce fonds vert a pour but de soutenir les nations les plus pauvres à réaliser leur transition écologique. Mais il manquait en 2019 encore au moins 20 milliards de dollars au pot, selon les dernières estimations de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

En revanche, le Pacte climatique de Glasgow prévoit un doublement, d’ici à 2025 par rapport à 2019, de l’aide spécifiquement consacrée à l’adaptation aux effets du réchauffement planétaire.

Le dernier jour des négociations, le 12 novembre, un représentant du Kenya avait prononcé un poignant discours sur les ravages des dérèglements climatiques dans son pays : « Nous saignons quand il pleut, nous pleurons quand il ne pleut pas [...]1,5°C n’est pas une statistique : c’est une question de vie ou de mort. »

L’Afrique se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale et les gouvernements africains consacrent déjà actuellement jusqu'à 10 % de leur PIB au financement de programmes d'adaptation au changement climatique. En 2017, l'écart estimé entre les sommes que l'Afrique a dépensées pour l'adaptation et ce qu’elle devait dépenser était d’environ 80 %.

« L’engagement de doubler les financements pour l'adaptation est bien en deçà de ce que les pays en développement réclamaient et dont ils ont besoin, mais s’il est atteint, cela augmentera le soutien aux pays en développement de plusieurs milliards », a jugé Armelle Le Comte, porte-parole d’Oxfam France.

« Cette COP n’a pas réussi à fournir une aide immédiate aux personnes qui souffrent actuellement. Je salue tout de même le doublement du financement de l’adaptation. Mais les pertes et dommages doivent vraiment être en tête de l’agenda de la COP27 », a résumé Laurence Tubiana, une des architecte de l’accord de Paris de 2015 et directrice exécutive de la Fondation européenne pour le climat.

Réinventer la diplomatie climatique

Depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont explosé de 64 % et la courbe de concentration de CO2 dans notre atmosphère continue inexorablement de grimper. Après trente ans de COP, Glasgow a une fois de plus démontré les impasses de ce genre de grand-messe.

Les discours des États comme des multinationales autour de la neutralité carbone pour 2050 – voire 2060 pour la Chine et 2070 pour l’Inde –, basée sur des technologies aussi douteuses que coûteuses et d’hypothétiques compensations carbone, se sont multipliées à défaut de politiques climatiques  à court-terme. « Le greenwashing est le nouveau climato-scepticisme, nous l’avons vu trop souvent à Glasgow », a alerté hier, suite à la finalisation de l’accord, Laurence Tubiana.

 Quant à la fin planifiée de la production et de la consommation d’énergies fossiles, sources originelles du chaos climatique, elle demeure l’impensé mortifère des COP. Un peu comme si, dans une maison où la baignoire débordait, ses habitants palabraient déclaration de sinistre et colmatage des fuites alors que les robinets d’eau étaient encore ouverts. 

« Nous frappons toujours à la porte de la catastrophe climatique », a prévenu, en guise de conclusion de cette COP, le secrétaire général de l’ONU António Guterres.

Cette COP26 aura ainsi révélé la nécessité d’inventer de nouvelles formes de diplomatie climatique, à la fois plus horizontales, inclusives et plus participatives. Des dizaines de milliers de jeunes ont battu le pavé à Glasgow pour dénoncer le « bla-bla » des dirigeants mais se sont sont vus écartés des négociations climatiques qui impactent directement leur avenir.

Quant aux délégués des pays du Sud, leur sous-représentation aura rendu inaudible l’indispensable nécessité de justice raciale face à la crise climatique. Comme l’assure la déléguée autochtone brésilienne Telma Taurepang : « Il est plus que temps d’écouter d’autres voix que celles du capitalisme. »

Dans la nuit du 13 novembre, alors qu’au sein du Scottish Event Campus, les représentants des pays s’autocongratulaient devant un parterre de journalistes de leur accord international sur le climat, des activistes ont scellé les portillons de l’entrée ultra-sécurisée du site de négociation. Sur les rubalises apposées, on pouvait lire : « Scène de crime climatique »

 

lundi 31 mai 2021

Le principe de fraternité en procès à Grenoble


Devenus le symbole de l’aide envers les réfugiés à la frontière franco-italienne, les « sept de Briançon » comparaissaient devant la cour d’appel de Grenoble, jeudi 27 mai, deux ans après leur condamnation. Des peines de trois à huit mois de prison avec sursis ont été requises. Au coeur du procès, le "principe de fraternité".

Grenoble (Isère), reportage

Accolades chaleureuses et messages de soutien attendaient les sept prévenus à leur arrivée au palais de justice de Grenoble. Autour de leurs familles et de leurs amis, entre 200 et 300 personnes avaient fait le déplacement pour les soutenir. Un rituel désormais, à chaque procès intenté à l’encontre des militants solidaires avec les personnes exilées dans les Hautes-Alpes.

En décembre 2018, les Suisses Théo Buckmaster et Bastien Stauffer, ainsi que les Français Benoît Ducos, Lisa Malapert et l’Italienne Eleonora Laterza avaient été condamnés en première instance à six mois de prison avec sursis. Les deux autres prévenus, Mathieu Burellier et Jean-Luc Jalmain, avaient été sanctionnés d’une peine de douze mois de prison, dont quatre mois ferme. Tous ont été reconnus coupables « d’aide à l’entrée irrégulière » d’étrangers sur le territoire français.

Plus de deux ans après, ils ont de nouveau dû raconter à la barre leur participation à une manifestation organisée le 22 avril 2018 en réaction à la venue du groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, dissous depuis. Selon le parquet, cette marche aurait permis l’entrée sur le territoire français de personnes en situation irrégulière.

Rassemblement et prises de parole en soutien aux « sept de Briançon » devant la cour d’appel de Grenoble, le 27 mai 2021.

Âgés de 25 à 55 ans, les sept, ou plutôt les six — Eleonora Laterza n’ayant pas assisté au procès — se sont remémoré en détail cette journée de 2018, au cours de laquelle près de 150 personnes s’étaient mobilisées pour exprimer leur indignation face à la chasse aux migrants orchestrée par le groupuscule. Un à un, ils sont revenus sur le contexte et le « climat de peur » qui régnait dans le Briançonnais à leur arrivée. « Quand on a appris que les Identitaires organisaient une action, on a immédiatement eu peur qu’ils s’en prennent aux exilés. Nous avons barricadé les portes et les fenêtres des lieux d’accueil », a raconté Mathieu Burellier.

Lisa Malapert, charpentière de 25 ans, a affirmé avoir ressenti de la colère face à l’inaction de l’État. Benoît Ducos, lui, a dit avoir été inquiet en constatant qu’aucune force de police n’avait été déployée pour assurer la sécurité des exilés.

Les « sept de Briançon » sont devenus le symbole de l’aide humanitaire envers les réfugiés.

Les limites françaises du principe de fraternité

Tout au long du procès, la cour et l’avocat général ont surtout cherché à savoir si les prévenus avaient sciemment emmené des exilés pour les aider à traverser la frontière franco-italienne. Depuis la reconnaissance par le Conseil constitutionnel du principe de fraternité en juillet 2018, « l’aide au séjour irrégulier » et « l’aide à la circulation », dans un but exclusivement humanitaire, ne sont plus considérés comme des délits à partir du moment où cette aide s’exerce de façon désintéressée. En revanche, il en est tout autre pour l’aide à l’entrée sur le territoire, toujours passible de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

C’est d’ailleurs sur cette question du passage de la frontière que les avocats de la défense ont demandé de déposer une « question préjudicielle » devant la Cour de justice de l’Union européenne. La défense aimerait saisir l’institution juridique européenne pour clarifier si une entrée sur le territoire européen peut être considérée comme irrégulière pour les demandeurs d’asile à l’intérieur de l’espace Schengen. 

« Une frontière intérieure sur laquelle des contrôles auraient été rétablis ne peut pas être considérée comme une frontière extérieure », a affirmé Me Vincent Brengarth, en référence au rétablissement des frontières de certains pays européens, comme la Hongrie ou l’Autriche, lors de la « crise migratoire » de 2015. « Il s’agit pour nous de clarifier si une condamnation pour “l’aide à l’entrée” est réellement valable concernant les frontières internes de l’Union européenne. »

Philippe de Botton, président de Médecins du monde France, avant le début du jugement en appel : « Depuis septembre dernier, 584 personnes ont été mises à l’abri à la frontière, dont dix-sept ont dû être hospitalisées en urgence. »

Des peines revues à la baisse

« Avez-vous eu connaissance de la présence de personnes d’origine étrangère, lors de cette manifestation ? » posera à chaque prévenu la présidente de la cour d’appel, Hélène Pirat. « Oui, de moi-même », a répondu Théo Buckmaster, un brin de malice dans la voix, rappelant qu’en tant que Suisse, il est considéré comme un étranger.

Un malaise a alors flotté dans la salle d’audience : « Parlons, alors, de personnes d’origine africaine, à la peau noire, susceptibles d’être en situation irrégulière », a précisé la présidente, devant un public sidéré, peu nombreux en raison du Covid-19. « Dire que toute personne de couleur noire est susceptible d’être une personne irrégulière, c’est du racisme et c’est puni par le Code pénal », répondra Me Zia Oloumi, avocat de la défense, affirmant que ce n’est pas à des citoyens d’établir si une personne est en situation irrégulière ou non dans le droit français.

« Rien n’arrête la solidarité, pas même les frontières. Pour les paysan·nes, travailleur·euses, la solidarité n’a pas de frontières », a écrit la Confédération paysanne.

Le représentant du parquet a requis des peines moins lourdes qu’en première instance : trois mois d’emprisonnement avec sursis pour six d’entre eux. Mais huit mois d’emprisonnement, intégralement assortie d’un sursis probatoire sur deux ans, pour Mathieu Burellier, lui, considéré comme étant le « plus actif dans cette manifestation ».

Les quatre avocats de la défense ont plaidé la relaxe en raison de l’absence de preuve que cette manifestation ait bien eu pour but de faire entrer des exilés sur le territoire national. Ils ont insisté sur l’engagement humanitaire des prévenus. « Ils incarnent quelque chose qui doit être une source de fierté dans notre pays, à savoir la solidarité et la fraternité, a insisté William Bourdon, avocat de Théo Buckmaster, Bastien Stauffer, Mathieu Burellier, Lisa Malapert et Benoît Ducos. Ils font face aux forces de la déshumanisation, qui veulent qu’un migrant ou qu’un pauvre soit forcément un délinquant ou une menace. » La cour a annoncé que la décision de justice serait dévoilée le 9 septembre prochain.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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Précisions

Source : Estelle Pereira pour Reporterre

Photos : © Estelle Pereira/Reporte

 

vendredi 29 mai 2020

Pierre Rabhi“Cette crise sanitaire est une leçon magistrale, l'homme n'est pas tout puissant face à la nature” Pierre Rabhi

L'homme n'est pas tout puissant face à la nature” Pierre Rabhi








"Certains disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition." Le célèbre écologiste, Pierre Rabhi, parle d'une leçon magistrale.
"Certains disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition." Le célèbre écologiste, Pierre Rabhi, parle d'une leçon magistrale.
Pierre Rabhi, installé en Ardèche, est l'un des pionniers de l’agro-écologie en France. Auteur de nombreux ouvrages sur le lien de l'homme à la Terre, le célèbre écologiste fait aujourd'hui le point sur cette crise sanitaire. Propos recueillis par Emilie Rosso.




 Pierre Rabhi ne mâche pas ses mots.

Il est l'un des pionniers de l’agro-écologie en France. Le célèbre écologiste fait aujourd'hui le point sur ce qu'il faut retenir de cette crise sanitaire.

Tour à tour paysan-prophète ou conteur-philosophe, il est le chantre de la "sobriété heureuse", du "retour à la Terre." Pierre Rabhi est confiné, comme tout le monde, dans sa ferme ardéchoise où il s'est retiré, il y a de nombreuses années, pour vivre autrement. Essayiste, romancier, agronome, et conférencier, il est le défenseur de la Terre nourricière et de sa biodiversité. Avec son mouvement des Colibris, il a initié et inspiré de nombreuses personnes à l'écologie. Comme beaucoup, la crise sanitaire que traverse la planète l'interpelle. Avec lui, nous avons donc décidé d'en profiter pour faire le point sur notre mode de vie, d'en tirer les leçons et de s'interroger sur la vie d'après.


Avec l'avènement du progrès, des sciences et nouvelles technologies, l'homme avait l'impression de pouvoir contrôler son destin, d'être tout-puissant par rapport à la Nature, cette crise sanitaire n'est-elle pas, avant tout, une leçon d'humilité ?

Absolument, c'est un moment très initiatique, parce que ce virus affecte l'humanité dans sa globalité, il touche la planète tout entière. Et cela devrait nous donner la juste mesure de notre puissance. Car on trouve des solutions, oui, on se bat contre cette maladie, mais imaginez qu'il y ait un jour un virus plus mortel, il pourrait provoquer une hécatombe mondiale.

C'est un peu l'ambivalence de la science finalement, elle nous aide certes à lutter contre cette maladie, mais c'est son développement qui nous a conduit à croire que rien ne pouvait plus nous arriver.

Le danger, c'est la science sans conscience. La science, c'est les connaissances et les aptitudes humaines, mais il faut autre chose pour déterminer la science, sinon cela donne la bombe atomique. En même temps, la science peut nous libérer, stopper des pandémies, elle peut faire le Bien ou le Mal, selon la conscience qui se sert d'elle.

Quelle leçon alors peut-on tirer de cette crise ?

Moi je dirai que c'est une leçon magistrale, c'est à dire qu'elle n'est pas partielle, elle est véritablement globale. Nous avons à faire à un phénomène qui remet en cause toutes nos pratiques, notre façon de percevoir la vie, nos agissements...
Lire l'article : https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ardeche/cette-crise-s...
 Donc à partir de là, on ne peut pas imaginer qu'on va régler son compte à ce virus et puis qu'on passe à autre chose. Ce serait vraiment dommage. Ce qu'il faudrait, c'est voir par quelles conséquences et par quelles mécanismes ce virus a pu advenir et devenir aussi virulent, et comprendre comment on a pu le laisser prendre cette ampleur.

Que dit cette crise sanitaire de notre rapport à la Terre, de notre rapport à la Nature ?

D'aucuns disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition.

L'homme est donc en quelque sorte responsable de ce qui arrive?

C'est difficile de l'évaluer, mais je ne peux pas imaginer que nous ne soyons pas responsables. La modernité avec le progrès qu'elle a pu apporter, elle s'est en quelque sorte enorgueillie de tout dominer et nous sommes en train de nous rendre compte que nous ne pouvons pas tout dominer puisque nous sommes nous-mêmes des êtres biologiques et nous sommes régis par la loi de la vie, telle qu'elle s'est organisée sur cette planète. Nous avons cru que nous pouvions nous abstraire de cette logique là pour jouer les grands magiciens, mais non.

Cette pandémie était-elle, selon vous, prévisible ?

Absolument, c'était prévisible. Évidemment, je ne pouvais pas le prévoir dans cette envergure -là, je ne l'imaginais pas. Mais que la transgression, le dérèglement et la dégradation volontaire de la vie n'ait aucune conséquence, ce n'était pas pensable. Moi, je ne suis pas scientifique, je suis bien sûr un agro-écologiste, je connais un certain nombre de règles en agronomie qui évitent d'empoisonner la Terre, de la fertiliser autrement, on peut dire que c'est une certaine science. Et je sais par exemple qu'en déséquilibrant le mode de production de notre propre nourriture, et je suis radical là-dessus, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des conséquences sur notre propre physiologie. C'est pareil pour la planète. Un enfant de cinq ans peut comprendre que ça.

Cette crise est un terrible catalyseur des inégalités sociales, et elle les rend d'autant plus insupportables pour ceux qui en font les frais. Là aussi, ne doit-on pas, à l'avenir, travailler à gommer ces différences et revoir notamment la répartition des richesses ?

Oui bien sûr, mais d'abord il faut définir ce qu'est une richesse. La finance a permis la prédation. Celui qui a de l'argent, il a le pouvoir sur la matière, sur tout, mais en fait il n'a pas grand-chose. Normalement, la vraie finance devrait représenter les vraies richesses, tangibles, les richesses naturelles, comme l'a fait l'or pendant des siècles. C'est-à-dire qu'il devrait y avoir une parité entre la richesse matérielle et le chiffre de finances que vous possédez. Mais aujourd'hui, la finance crée la finance, et du coup, nous ne sommes plus du tout dans la logique d'équilibre où la finance doit représenter les vraies richesses.  Ça fait beaucoup de superflu et il faut changer cela.

Vous avez publié, il y a peu de temps, un livre, "J'aimerais me tromper", dans lequel vous faites le constat d'une société vaniteuse, où le vivre ensemble n'existe plus. Et pourtant, dans cette crise, l'homme a montré qu'il était capable d'une superbe solidarité, notamment grâce aux réseaux sociaux, c'est quelque chose qu'il faudra garder à l'esprit ?

Je ne vois pas comment on pourra survivre sans entraide et sans solidarité. Mais il faut faire attention. Nous sommes aussi piégés par un tas de contraintes. Exemple concret, je prends le train Paris-Montélimar, je monte, personne ne se parle parce que tout le monde est équipé d'un outil de communication. Alors que je me rappelle des voyages où je me suis même fait des amis dans le train. On commence par échanger des banalités, et puis des liens se créent, des liens vrais. Ce qui est dangereux, c'est que les machines censés nous aider à améliorer la communication sont celles qui la détruisent. Nous sommes dans un leurre. Communiquer c'est un corps, c'est un être, c'est quelque chose de tangible. On a créé des outils pour augmenter notre capacité à communiquer, mais on ne fait que communiquer. On a confondu communication et relation. La relation, on se voit, on se touche, on se parle de cœur à cœur, et ça c'est en train d'être neutralisé par les outils qui sont censés en augmenter l'intensité, c'est terrible.

Peut-on également imaginer que ce confinement soit l'occasion, pour nombre d'entre nous, de revoir son rapport au temps ? De ne plus simplement le considérer comme du temps-argent ?

Tout à fait, le temps, c'est une question fondamentale. Le temps, pendant des millénaires, était relié à l'espace. J'ai mes jambes, je peux faire tant de kilomètre. Je suis riche, j'ai un cheval, je peux en faire plus, voilà. Et puis quand est arrivé le cheval-vapeur, c'est là que le temps s'est modifié, le cheval-vapeur nous permet d'aller plus vite que le cheval animal, donc ça modifie notre notion de l'espace. C'est là qu'il y a eu la grande rupture entre tout ce qui a prévalu depuis l'origine de l'humanité et aujourd'hui. On ne se rend même plus compte que nous ne sommes pas dans le temps "naturel". Heureusement la Nature, elle, garde cette temporalité. Mais on est sortis de ce temps cosmique et naturel, et on a créé un temps relié à l'argent et au déplacement dans l'espace. Et nous sommes prisonniers de ça, complètement prisonniers d'un temps qu'il ne faut jamais perdre, qu'on veut toujours gagner... Moi je trouve cela complètement déraisonnable et pas intelligent d'infliger à son corps de telles tortures.

Depuis des années, Pierre Rabhi, vous appelez de vos vœux "l'éveil des consciences". Avez-vous l'espoir que cette crise puisse aider les gens à élever leur conscience ?

Oui, je crois vraiment, mais cela dépend de la posture de chacun. Là, on reçoit une sacrée claque, ça nous rabat notre caquet, ça gronde notre prétention à être puissant, il n'y a même pas besoin de bombe atomique, ce virus peut nous régler notre compte. Et je le redis, rien ne nous garantit qu'un virus dix fois plus mortel que celui-là ne puisse advenir, qu'une hécatombe virale se produise. Je ne dis pas ça pour faire peur, je suis là pour dire « ouvrons les yeux », nous ne sommes pas si puissants que ça. C'est un temps initiatique formidable, et au lieu de trembler, d'avoir peur d'attraper ce virus, on devrait pouvoir élever notre conscience, c'est à dire tendre à une lucidité agrandie. Et à partir de là, je suis persuadé que, si nous arrivons à clarifier notre réalité vivante, elle nous aidera à progresser et nous inspirera ce qu'il faut faire pour que la vie soit enfin quelque chose d'autre, autre chose que des luttes, des guerres, de la tristesse... J'espère qu'on le prendra dans ce sens-là.

Que voulez-vous dire par un "temps initiatique"? Est-ce l'idée que, chacun se retrouvant face à lui-même, puisse se rendre compte de la valeur qu'a la vie ?

Disons que la plus grande défaillance de nos systèmes c'est que nous recherchons le bonheur et que nous avons du mal à le trouver. Les valeurs fondamentales, celles qui nous tiennent au cœur et à l'âme, cette satisfaction extraordinaire que l'on éprouve à vivre, on ne l'a pas. Et souvent je cite cette anecdote du pêcheur : il est assis là sur la plage, il a fini son travail, il fait sécher ses filets, et il est tranquille. Arrive un monsieur très sérieux qui regarde le pêcheur et sa barque, et lui dit, "monsieur cette barque est à vous ?". "Oui", répond le pêcheur. "Mais elle est un peu petite, vous ne trouvez pas ?  Vous pourriez en avoir une plus grande". Le pêcheur : "et après". L'homme : "et après vous pourriez pêcher plus de poissons". "Et après ?". "Et après, vous allez pêcher tellement de poissons, que vous allez acheter un bateau plus grand, et après, vous allez embaucher des gens, et pêcher encore plus de poisson et après vous vous reposerez". "Eh bien c'est ce que je suis en train de faire" dit le pêcheur.

Pierre Rabhi, vous restez toujours optimiste, et vous pensez qu'après cette crise, on ne pourra pas faire comme si rien ne s'était passé. Mais comment faire pour être sûrs de ne pas recommencer comme avant ?

Il y a d'abord un facteur tangible, c'est que, quoi que nous fassions, il faudra bien un jour que nous revenions à la Terre si nous voulons continuer à manger, donc à vivre. La Terre est primordiale, c'est la matrice même de la vie, il faudra donc y revenir.

Et puis il y a quelqu'un à qui je suis très attaché, qui malheureusement n'a pas toujours été bien compris et qui s'appelle Jésus de Nazareth. Et qu'a dit ce Jésus Christ ? Et bien il a dit il n'y a que l'amour qui ait la puissance de changer le monde. Il a même ajouté, "aimez même vos ennemis." Je ne parle pas de nos petites amours, mais de l'amour au sens large, l'amour des arbres, des oiseaux, l'amour de tout, de tout ce qui nous est donné. Quand je vois que l'on est en train d'exterminer les baleines, les éléphants, ça me fait quelque chose... Je suis affecté par le fait que nous n'avons pas su aimer tout ça, nous nous sommes installés comme des prédateurs avec comme seul but nos propres intérêts, le goût du gain, du lucre... L'amour c'est la seule solution, en voyez-vous une autre ?

"Remettre l'économie en marche", "sauver le PIB", c'est la priorité du gouvernement, c'est d'ailleurs le sens de ce qu'a annoncé le Premier Ministre cette semaine, comment faire pour faire comprendre à ceux qui nous dirigent qu'il faut désormais changer de paradigme ?

Mais ceux qui nous dirigent on été intronisés par voie de suffrage universel, par des millions de gens qui les ont élus, il ne faut jamais l'oublier. Je crois par exemple que ce monsieur à la tête des Etats-Unis n'est pas quelqu'un d'éveillé, c'est quelqu'un de tout à faire primaire dans ses réflexions, je ne juge pas l'âme, mais la personne dans son fonctionnement social. Mais ce n'est pas un dictateur, il a été intronisé par le vote, c'est à dire que cette personne représente les millions d'âmes non évoluées qui lui ont donné le pouvoir. Chacun de nous est invité à désigner la personne à laquelle il souhaite remettre son pouvoir et donc en quelque sorte son destin. Chacun est responsable. Même si, pour vous faire une confidence, il y a longtemps que je vote contre quelqu'un plutôt que pour quelqu'un...

Dans votre dernier livre, que je viens d'évoquer, vous faites le constat d'une société en échec, vous dites, en quelque sorte, qu'il est déjà trop tard. Cette dérive de nos sociétés est-t-elle réversible ou irréversible ?

Il est souvent trop tard, mais il est aussi souvent encore temps. Nous sommes condamnés à cela. Si je me dis « il est trop tard », et bien je reste couché. Mais si je me dis, "certes il y a beaucoup de dégâts, mais il y a toujours un peu d'espoir", alors je m'inscris dans ce qui va aider à solutionner les choses. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé la légende du colibri. J'ai une vie à vivre, elle a ses limites, mais j'ai une présence sur cette planète, qu'est-ce que je fais de ce capital ?

Vous êtes effectivement à l'origine de ce concept de la "part du colibri", qu'est-ce que cela voudra dire faire sa part dans le monde d'après le coronavirus ?

Ça ne change pas. Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observent impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ". Et le colibri lui répond : "Je le sais, mais je fais ma part."
Ce qu'il y a d'intéressant dans cette légende amérindienne, c'est que cela nous ramène à dire d'accord, il y a quand même des énergies positives, je ne peux pas rester couché, je dois faire ma part. Même si cela paraît dérisoire, il ne faut pas baisser les bras. Il faut garder son énergie et donc sa cohérence.


Vous n'êtes ni partisan, ni militant, vous vous refusez à participer à des manifestations, à la désobéissance civile. Est-ce que "faire sa part" sera suffisant ? Ne faut-il pas se révolter ?

Je suis pour une révolte, mais pas pour une révolte poings levés et violente. Il faut une révolte d'amour, pas de haine. Il faut être indigné pour l'amour. Je suis pour que les gens se réveillent, et je trouve que les gens n'agissent pas assez, ne se révoltent pas assez, justement. Mais c'est une révolte personnelle et intérieure, qui passe par répondre à cette question : le capital vie que j'ai, que vais-je en faire ? Soit je n'en fais rien. Soit je fais n'importe quoi, et ma vie se déroule avec insignifiance. Soit je fais quelque chose qui a du sens, et qui est une expression de révolte, mais sereine et sans violence. Donc à partir de là, chacun, vous, moi, n'importe qui, dit d'accord, il y a un monde sur lequel je peux agir, sur lequel je suis souverain, et ce monde, c'est d'abord le mien. Après, on peut agir sur les autres. Quand on regarde les phénomènes de dictature, dont celui qui a marqué notre histoire contemporaine, l'hitlérisme, on voit qu'Hitler a mobilisé, avec sa seule doctrine, des millions d'âmes prêtes à rentrer en violence, c'est terrifiant. Si on le faisait dans l'autre sens, ce serait extraordinaire, seulement, cela nécessite que l'on touche à des domaines très personnels. Le changement social se fera par le changement individuel. Parce que je peux aller manifester contre ceci ou cela, rentrer chez moi et pourrir la vie de ceux qui m'entourent, et je ne m'en rends pas compte... Il faut donc savoir qui je suis, il y a tout un travail à faire, un chemin de la connaissance de soi, sans aucune référence à une doctrine ou à une idéologie..

mercredi 22 mai 2019

URGENT : Grève mondiale pour le climat du 24 mai



Paris, le 18 mai 2019
77 organisations dont la LDH appellent à la grève du climat du 24 mai
Les rapports du GIEC et de l’IPBES sont clairs. Nous sommes dans une crise écologique majeure : Dérèglement climatique, destruction de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles... Tout indique que nos modèles sociaux-économiques sont à l'origine de la 6ème extinction de masse. Pour éviter des catastrophes écologiques et sociales, les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer drastiquement et rapidement.
Pourtant, face à cette urgence, nous constatons l’insuffisance des actions entreprises par nos dirigeants politiques et économiques. Depuis maintenant plusieurs mois, la jeunesse, consciente des dangers qu’elle encourt pour son avenir, se mobilise massivement partout dans le monde : ​Youth For Climate, et ​Fridays For Future à l'international, sont devenus le symbole du passage à l’action d’une génération déjà pleinement consciente des changements à effectuer dans notre modèle sociétal.Le 15 mars dernier, 200 000 jeunes en France et 1,8 million dans le monde étaient dans la rue pour porter nos revendications. Le lendemain, 350 000 personnes se sont à nouveau mobilisées pour la Marche du Siècle en plus des 2 millions de soutiens exprimés par les citoyens. Ce n'était qu’un début. Le vendredi 24 mai prochain, de nombreux collectifs, associations, ONG, partis et syndicats se joindront à eux pour une deuxième journée de grève internationale.
Cet appel à la grève est intergénérationnel et dépasse toute frontière : collégien-ne-s,
lycéen-ne-s, étudiant-e-s, travailleur-euse-s, chômeur-euse-s, entrepreneur-euse-s, retraité-e-s et parents doivent lutter ensemble pour préserver leur droit à un futur vivable. Nous demandons que nos dirigeants prennent des mesures concrètes et à la hauteur des enjeux. Ces mesures doivent être compatibles avec une limitation du réchauffement climatique en-dessous de la barre des +1,5°C.
A deux jours des élections européennes, nous voulons aussi adresser un message : nous ne pouvons plus nous permettre de délaisser l'écologie, elle doit être au cœur de toute décision. À cette occasion, les jeunes de Francfort, Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg s’uniront pour faire entendre leur voix devant les grandes institutions européennes. Le monde entier va se mobiliser pour montrer sa détermination à construire un avenir possible.
Nous n’avons plus assez de temps pour nous satisfaire des petits pas, des promesses non actées et des combats séparés. Il est maintenant nécessaire de faire front commun pour obtenir des mesures à la hauteur des enjeux actuels et futurs.
Respect existence or expect resistance.
Respectez l’existence ou attendez-vous à de la résistance.

Signataires : 350.org, Action non violente Cop21 (ANVCOP21), Alternatiba, Amis de la terre, Association des étudiants en médecine d'Angers (ADEMA), Astérya, Attac, AYYA, Bio consom'acteurs, BIZI!, Boycott Citoyen, CCFD-Terre Solidaire, CEMEA, Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), Citoyen.ne.s pour le Climat (CPLC), Citoyens Lobbyistes d'Intérêts Communs (CLIC), CliMates, Cnajep, Collectif des Associations Citoyennes, Coopérative Politique Ecologie Sociale, Coopérative EELV, Cop Trotter By EME, Décroissance 2019, Désobéissance Écolo Paris, Écocampus ENS, Éco'llectif, Ecologie au Quotidien Rhône Alpes, Enseignants pour la planète, Etudiants et Développement, Fédération des associations générales étudiantes, FIDL, le syndicat lycéen, Fondation ELYX, Gauche Démocratiques et Sociale, Génération Ecologie, Génération•s le mouvement, Grands Parents pour le Climat, Greenpeace France, GreenSAT, Gret ll Est Encore Temps, Ingénieurs sans frontières France, Jeunes Écologistes, Jeunes européens, Jeunes Génération.s (Organisation de jeunesse de Génération.s), La P'tite Rustine, Le mouvement, Le tri sera top, Ligue des droits de l'Homme (LDH), Little Citizen for Climate, LUPA - Les Universitaires Planteurs d'Alternatives, MAG Jeunes LGBT, MNL - Mouvement National Lycéen, Mouvement Utopia, Notre affaire à tous, Nouvelle Donne Campus, Nous voulons des coquelicots, Objectif21, One Voice, On est prêt, On the Green Road, Osons les jours heureux, Parents For Future France, Parti communiste Français, Poly'RSE (Collectif DDRS du réseau Polytech), RenéSens, REFEDD - RÉseau Français des Étudiant.e.s pour le Développement Durable, Réseau Action Climat (RAC), SUD éducation, The New Locals, Union syndicale Solidaires, Union national des étudiants français (Unef), Union national lycéenne (UNL), Unis pour le climat, United4Earth, Workers For Future France, Youth For Climate France, ZEA

lundi 20 novembre 2017

Urgence climatique : on entre dans le dur




Urgence climat

Lors de la COP 23, ce n’est pas l’objectif des 2 °C qu’il faut enterrer mais les décisions politiques et économiques qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Annoncé à Bonn avec Angela Merkel, Emmanuel Macron accumule pourtant des décisions contradictoires avec l’impératif climatique. À cette occasion, Attac France publie un nouveau rapport qui, en douze fiches, pointe quelques-unes des voies à suivre pour un véritable sursaut politique qui ne se limite pas à de beaux discours.

Contenu

  • Résumé : « Il ne s’agit pas de faire de notre mieux, il s’agit de faire ce qui est requis »
  • Urgence climatique : faut-il enterrer l’objectif des 2 °C ?
  • Les limites intrinsèques de l’Accord de Paris et de la gouvernance climatique
  • Crime climatique : le temps des sanctions est venu, y compris pour les « États voyous »
  • Du CETA à l’OMC en passant par la CNUCC, le commerce prime sur le climat !
  • Les dangers de la neutralité carbone et des émissions négatives
  • Emmanuel Macron : 6 mois à l’Élysée, 6 mois perdus pour le climat ?
  • Nouveau Rapport - Le poids écrasant des lobbys gaziers sur Bruxelles
  • Réforme du marché carbone européen : 200 milliards d’€ supplémentaires pour les pollueurs
  • Délinquants du climat = délinquants fiscaux ! Les mettre au pas pour financer le climat !
  • 1 million d’emplois climat : comment conjuguer climat et justice sociale ?
  • Pas un euro de plus pour les énergies du passé, fossiles ou fissiles
 Lire la suite :
https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/urgence-climatique-on-entre-dans-le-dur?pk_campaign=Infolettre-1137&pk_kwd=urgence-climatique-on-entre-dans