2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas
vendredi 26 décembre 2025
mardi 29 juillet 2025
Notre génocide
Un rapport de l'organisation israélienne B’Tselem
B’Tselem, la principale organisation israélienne de défense des droits humains, vient de rendre public un rapport de 88 pages en hébreu, arabe et anglais dont on trouvera ci-dessous la présentation ainsi qu'un résumé exécutif, en attendant la traduction du texte intégral du rapport
B’Tselem, Juillet 2025
النسخة العربية גרסה עברית English Español
Depuis octobre 2023, Israël a modifié sa politique envers les Palestiniens. Son offensive militaire contre Gaza, menée depuis plus de 21 mois, a entraîné des massacres, directs et indirects, ainsi que des atteintes graves à l'intégrité physique et mentale de toute une population, la destruction des infrastructures de base dans toute la bande de Gaza et des déplacements forcés à grande échelle, le nettoyage ethnique s'ajoutant à la liste des objectifs de guerre officiels.
À cela s'ajoutent les arrestations massives et les mauvais traitements infligés aux Palestiniens dans les prisons israéliennes, transformées en véritables camps de torture, ainsi que la destruction du tissu social de Gaza, notamment par la destruction des institutions éducatives et culturelles palestiniennes. Cette campagne constitue également une atteinte à l'identité palestinienne elle-même, par la destruction délibérée de camps de réfugiés et les tentatives de saper l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). L'examen de la politique israélienne dans la bande de Gaza et de ses conséquences tragiques, ainsi que les déclarations de hauts responsables politiques et militaires israéliens sur les objectifs de l'attaque, conduisent à la conclusion sans équivoque qu'Israël mène une action coordonnée et délibérée visant à détruire la société palestinienne dans la bande de Gaza. Autrement dit : Israël commet un génocide contre les Palestiniens de la bande de Gaza.
Le terme « génocide » désigne un phénomène socio-historique et politique impliquant des actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Tant moralement que juridiquement, le génocide ne peut être justifié en aucune circonstance, y compris en tant qu'acte de légitime défense.
Un génocide survient toujours dans un contexte : des conditions qui le favorisent, des événements déclencheurs et une idéologie directrice. L'attaque actuelle contre le peuple palestinien, y compris dans la bande de Gaza, doit être comprise dans le contexte de plus de soixante-dix ans durant lesquels Israël a imposé un régime violent et discriminatoire aux Palestiniens, prenant sa forme la plus extrême contre ceux qui vivent dans la bande de Gaza. Depuis la création de l'État d'Israël, le régime d'apartheid et d'occupation a institutionnalisé et systématiquement employé des mécanismes de contrôle violent, d'ingénierie démographique, de discrimination et de fragmentation de la collectivité palestinienne. Ces fondements posés par le régime ont permis le lancement d'une attaque génocidaire contre les Palestiniens immédiatement après l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023. L'agression contre les Palestiniens de Gaza est indissociable de l'escalade de la violence infligée, à des degrés divers et sous des formes diverses, aux Palestiniens vivant sous domination israélienne en Cisjordanie et en Israël. La violence et les destructions dans ces zones s'intensifient au fil du temps, sans qu'aucun mécanisme national ou international efficace ne puisse les enrayer. Nous mettons en garde contre le danger clair et réel que le génocide ne se limite pas à la bande de Gaza et que les actions et l’état d’esprit qui le sous-tendent ne s'étendent à d'autres régions. La reconnaissance du fait que le régime israélien commet un génocide dans la bande de Gaza et la profonde inquiétude que ce génocide puisse s’étendre à d’autres zones où vivent des Palestiniens sous domination israélienne exigent une action urgente et sans équivoque de la part de la société israélienne et de la communauté internationale, ainsi que l’utilisation de tous les moyens disponibles en vertu du droit international pour mettre fin au génocide d’Israël contre le peuple palestinien.
Notre Génocide — Résumé exécutif
Juillet 2025
Depuis octobre 2023, Israël a
fondamentalement modifié sa politique envers les Palestiniens.
À la suite de l’attaque menée par
le Hamas le 7 octobre 2023, Israël a lancé une campagne militaire intense
contre la bande de Gaza, toujours en cours plus de 21 mois plus tard.
Cette offensive a engendré :
- des tueries de masse, tant par frappes
directes que par la création de conditions de vie catastrophiques ayant
causé des dizaines de milliers de morts ;
- des atteintes physiques et psychologiques
graves à la population entière ;
- la destruction à grande échelle des
infrastructures et des conditions de vie ;
- l'effondrement du tissu social, y compris les
institutions éducatives et culturelles palestiniennes ;
- des arrestations massives et des mauvais
traitements infligés à des détenus dans des prisons israéliennes, devenues
des camps de torture pour des milliers de Palestiniens sans procès ;
- des déplacements forcés massifs, y compris
des tentatives de nettoyage ethnique déclarées comme objectif officiel de
guerre ;
- et une attaque ciblée contre l’identité
palestinienne, via la destruction systématique de camps de réfugiés et la
délégitimation de l’UNRWA.
Le résultat est un préjudice
grave, en grande partie irréversible, pour plus de 2 millions de personnes
vivant à Gaza.
Les déclarations de responsables
politiques et militaires israéliens, croisées avec les effets observés sur le
terrain, conduisent à une conclusion sans équivoque : Israël mène une
campagne coordonnée et délibérée visant à détruire la société palestinienne
dans la bande de Gaza. En d’autres termes, Israël commet un génocide.
Le génocide comme phénomène
Le terme "génocide"
désigne un phénomène socio-historique et politique récurrent dans l’histoire de
l’humanité. Depuis la Convention de l’ONU de 1948, il est reconnu comme l’un
des crimes les plus graves en droit international, impliquant des actes
perpétrés dans l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe
national, ethnique, racial ou religieux.
Le génocide ne se limite pas aux
massacres. Il peut aussi se manifester par :
- la destruction des conditions de vie,
- l’entrave à la reproduction,
- les violences sexuelles massives,
- les déplacements forcés.
Ces actes visent à anéantir un
groupe distinct de manière planifiée, sur la base d’une idéologie de
destruction, et ne peuvent en aucun cas être justifiés, même au nom de la
"légitime défense".
Le contexte du génocide en cours
Ce génocide s’inscrit dans un
cadre plus large : plus de 70 ans de régime d’apartheid
et d’occupation imposé par Israël aux
Palestiniens, fondé sur :
- la séparation systématique,
- l’ingénierie démographique,
- le nettoyage ethnique,
- la violence institutionnalisée,
- la déshumanisation et la présentation des
Palestiniens comme une menace existentielle.
L’attaque du Hamas du 7 octobre
2023, bien que criminelle et ciblant des civils, a servi de catalyseur
pour déclencher cette politique d’extermination. Le choc social et politique en
Israël a alimenté un glissement brutal : du contrôle à l’annihilation.
Extension du modèle génocidaire
L’agression contre Gaza ne peut
être dissociée de l’intensification de la violence exercée :
- en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est),
- et à l’intérieur même d’Israël.
Dans ces territoires aussi, des
crimes graves sont commis sans aucune responsabilité pour les auteurs. La
violence s’intensifie, se banalise et pourrait s'étendre.
Le rôle de B’Tselem
B’Tselem, organisation
israélienne de défense des droits humains, documente depuis 35 ans les
violations systématiques des droits des Palestiniens. Depuis octobre 2023, ses
équipes ont recueilli :
- des centaines de témoignages directs,
- des preuves d’une violence sans précédent,
- des déclarations publiques de dirigeants
israéliens confirmant cette politique.
À B’Tselem, Israéliens juifs et
Palestiniens travaillent ensemble, portés par la conviction que les droits
humains doivent être défendus sans discrimination, entre la mer
Méditerranée et le Jourdain.
Appel à l’action
L’offensive israélienne, menée en
toute impunité, s’intensifie. Le massacre à Gaza et les déplacements forcés en
Cisjordanie ne pourraient se poursuivre sans l’inaction — voire le soutien —
de la communauté internationale, en particulier de l’Europe et des USA.
L’argument du "droit à la légitime défense" est utilisé pour
justifier cette violence, y compris par des livraisons d’armes.
Reconnaître que le régime
israélien commet un génocide dans la bande de Gaza impose une réponse urgente
et ferme, tant de la société israélienne que de la communauté internationale.
Il est temps d’agir avec tous les
outils du droit international pour stopper le génocide contre le peuple
palestinien.
lundi 14 juillet 2025
NAGHAM ZBEEDAT
“C’est une forme de boycott” : pourquoi ces citoyens palestiniens d’Israël suppriment l’hébreu de leur quotidien
Malgré l’obtention de diplômes ou l’exercice d’un métier en hébreu, un sentiment croissant d’aliénation vis-à-vis de l’État israélien et des Israéliens juifs a conduit certains citoyens arabophones israéliens à renoncer complètement à l’hébreu, en particulier pendant la guerre de Gaza : « Je parle une langue dont les locuteurs natifs, bien souvent, n’acceptent même pas mon existence ».
Nagham Zbeedat, Haaretz,
13/7/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Nagham Zbeedat est une journaliste palestinienne d’Israël couvrant les affaires palestiniennes et le monde arabe pour le quotidien Haaretz .@ztnagham
Illustration : Shumisat Rasulaev
Dans un café animé de Haïfa, un
groupe d’amis passe sans effort de l’arabe à l’anglais, sans prononcer un mot d’hébreu. Ce n’est
pas qu’ils ne le parlent pas. En fait, la plupart d’entre eux l’ont étudié
pendant des années et le parlent couramment dans un contexte académique ou
professionnel. Mais lorsqu’il s’agit de conversations informelles, de nombreux
arabophones font désormais un choix délibéré : éviter complètement de parler
hébreu.
Parmi ceux qui ont fait ce choix
linguistique conscient, on trouve Ahlam, une infirmière diplômée de 26 ans
originaire de la ville de Kafr Yasif, dans le nord du pays. Comme beaucoup de
citoyens palestiniens d’Israël, elle a grandi en parlant arabe à la maison et a
fréquenté des écoles publiques arabophones, où l’hébreu est enseigné comme
deuxième langue à partir du CE2.
Ahlam a étudié les sciences
infirmières à l’université de Tel Aviv et a terminé sa formation clinique dans
un hôpital du centre d’Israël. Après s’être liée d’amitié avec des Palestiniens
vivant à Gaza et en Cisjordanie, elle s’est rendu compte que l’hébreu s’était
glissé dans son vocabulaire quotidien, même lorsqu’elle parlait arabe.
« J’ai commencé à me sentir
dégoûtée de moi-même », dit-elle. « Pourquoi utilisais-je des mots hébreux avec
des gens qui parlaient la même langue que moi ? Notre langue commune est l’arabe.
Et pourtant, la moitié des mots que j’utilisais, ils ne les comprenaient même
pas parce qu’ils étaient en hébreu. »
Haut du
formulaire
Bas du
formulaire
Ahlam a commencé à supprimer
délibérément les mots hébreux de son vocabulaire quotidien, un processus qu’elle
poursuit encore aujourd’hui. « Je pense qu’il est important d’apprendre la
langue, mais je ne trouve pas normal de l’utiliser entre nous [les Arabes] »,
explique-t-elle. « L’éducation m’a tellement éloignée de ma langue que je
connais certains mots uniquement en hébreu et que je ne sais pas ce qu’ils
signifient en arabe, et vice versa. Il y a des mots arabes que je ne comprends
même plus. »
Ce qui a commencé comme un
changement subtil est devenu une tendance croissante parmi les jeunes citoyens
arabes d’Israël, sous la forme d’une expression culturelle et politique
discrète influencée par la guerre en cours, la discrimination et un sentiment
croissant d’aliénation vis-à-vis des Israéliens juifs et de la culture
hébraïque.
« [Parler hébreu] était quelque
chose qui m’était imposé. J’ai vécu avec. Mais maintenant que je le rejette, c’est
une façon de résister, de m’accrocher à mon identité et à mes racines », dit
Ahlam. « Ils ont essayé de nous dépouiller de tout, y compris de notre langue.
L’hébreu représente l’occupant. Celui qui est venu, a pris mon pays et m’a
imposé sa langue. »
« Bien sûr, quand les Juifs ne
connaissent pas l’arabe, je suis obligé de leur parler dans leur langue. Mais
on ne leur demande jamais de parler la mienne. »
Double identité
En Israël, le ministère de l’Éducation
gère deux systèmes éducatifs distincts : les écoles arabophones et les écoles hébréophones.
Chaque système dispose de ses propres superviseurs, budgets, établissements de
formation des enseignants et systèmes de placement des enseignants. Cependant,
le secrétariat pédagogique du ministère de l’Éducation élabore et supervise un
programme unique pour les deux systèmes.
L’étude de l’hébreu dans les
écoles arabophones est obligatoire à partir de la troisième année, voire dès la
première année pour certains élèves. Ceux-ci suivent plusieurs heures de cours
d’hébreu par semaine et, à la fin du lycée, ils passent des examens d’hébreu
dans le cadre du baccalauréat. L’apprentissage de cette langue est obligatoire
depuis la création de l’État. Mais l’apprentissage de l’hébreu n’est pas
seulement une exigence éducative : il est pratiquement impossible pour les
arabophones de travailler, d’étudier ou d’accéder aux services de santé et aux
services sociaux sans une certaine maîtrise de l’hébreu.
Bien qu’elle ait dû acquérir un
niveau élevé en hébreu pour pouvoir étudier à l’université et obtenir des
diplômes en soins infirmiers, Ahlam a finalement pris la décision inhabituelle
de poursuivre une carrière en dehors du système de santé israélien. Elle a préféré
lancer sa propre petite entreprise en tant qu’infirmière consultante
spécialisée dans l’activité physique, offrant des conseils personnalisés à des
clients arabes qui cherchent à améliorer leur santé grâce à des soins axés sur
le mouvement.
« Travailler dans le système de
santé israélien ne me convenait tout simplement pas », dit-elle. « Même si j’aimais
mon travail et que les patients m’appréciaient, je ne pouvais pas accepter de
faire partie d’un système dirigé par un gouvernement qui bombarde mon peuple [à
Gaza] et détruit notre secteur de la santé. »
« J’aurais adoré travailler dans
mon domaine », dit-elle, « mais je ne peux tout simplement pas. Je suis
sincèrement reconnaissante de ne pas vivre avec cette double identité, de ne
pas devoir donner tout ce que j’ai pour combler les lacunes de leur système
alors que mon propre peuple se voit refuser le droit le plus fondamental à des
soins médicaux, tandis qu’Israël bombarde et arrête nos équipes médicales. »
Ironiquement, ce sont ses études
universitaires qui ont perfectionné sa maîtrise de la langue. « L’éducation
dans une institution israélienne a fait de l’hébreu une partie encore plus
importante de ma vie quotidienne. Cela m’a éloignée de ma langue maternelle.
Quand j’essaie de parler de sujets médicaux, je ne peux même pas le faire dans
une autre langue, je ne sais le faire qu’en hébreu. Cela a complètement
remplacé mes autres langues. Si je voulais étudier ou travailler à l’étranger,
ce serait très difficile pour moi, car tout ce que j’ai appris est en hébreu.
Je parle hébreu. »
« Une forme de boycott »
Ahlam n’est pas la seule à Haïfa
à être mal à l’aise avec la présence de l’hébreu dans sa vie quotidienne. De l’autre
côté de la table, Rashid, un ingénieur civil de 28 ans, acquiesce à mesure que
la conversation avance. Comme Ahlam, il a pris la décision consciente de se
distancier de l’hébreu dans sa vie quotidienne. « Ma mission d’éviter l’hébreu
a commencé il y a huit ans », explique-t-il. « Aujourd’hui, je ne le parle plus
que pour le travail. »
Travaillant dans un environnement
mixte, Rashid est constamment entouré de collègues juifs israéliens et arabes
qui parlent hébreu, mais il dit n’avoir jamais ressenti de pression pour l’adopter
au-delà du nécessaire. « Je ne me sens pas proche de l’hébreu. J’ai toujours
été distant de cette langue », explique-t-il.
Haut du
formulaire
Bas du
formulaire
« Que ce soit pendant mes études
ou maintenant au travail, être obligé d’utiliser l’hébreu suscite en moi
beaucoup de sentiments contradictoires. Je ne parle pas seulement une langue
qui n’est pas la mienne, je parle une langue dont les locuteurs natifs, bien
souvent, n’acceptent même pas mon existence. »
Pour Rashid, ce refus de parler
hébreu n’est pas seulement personnel, c’est politique. « Je considère cela
comme une forme de boycott », affirme-t-il avec fermeté. « Mais il ne devrait
pas falloir une guerre à Gaza ou l’annexion de la Cisjordanie pour que nous
prenions conscience de l’urgence de préserver notre identité et notre langue.
Cela aurait toujours dû être notre mission. »
Comme Rashid, Dima, 25 ans,
diplômée en génie civil du Technion, a grandi en parlant arabe et a fait ses
études universitaires en hébreu ; adolescente, elle a fait le choix délibéré de
garder l’hébreu à distance.
« Je me suis assurée que cela ne
fasse pas partie de mon langage quotidien », dit-elle. « Je ne suis pas
disposée à utiliser l’hébreu sauf si je n’ai vraiment pas le choix, pas lors d’une
réunion ou avec des amis. »
Dima décrit cette frontière
linguistique comme étant à la fois personnelle et politique. « Utiliser une
langue qui ne me reflète pas était difficile. C’était un défi constant de la
séparer de mon identité. » Son détachement vis-à-vis de l’hébreu, dit-elle, s’est
accentué ces derniers mois. « Dès le début, j’avais des réserves à l’égard de
cette langue et de tout ce que représente l’État. Tout cela s’est intensifié
avec cette guerre. »
Pour Dima, parler arabe, en
particulier dans les espaces palestiniens communs, est une forme de résistance
culturelle. « Notre simple présence ici est une forme de résistance. Alors que
l’État tente de judaïser tout ce qui nous touche, nous accrocher à notre
langue, à nos coutumes et à notre identité est notre moyen de riposter. »
Ce sentiment d’imposition
culturelle est également ressenti par Arwa, une jeune fille de 18 ans qui vient
d’obtenir son diplôme d’études secondaires et se prépare à entrer à l’université
dans le centre d’Israël. Comme les autres, Arwa parle couramment l’hébreu ;
elle a excellé dans cette langue tout au long de sa scolarité et a obtenu de
bons résultats aux examens nationaux. Mais dernièrement, elle s’est mise à le
pratiquer moins, en particulier dans des situations informelles avec ses amis.
Arwa, qui vit dans la ville de
Sakhnin, dans le nord du pays, explique qu’elle et ses camarades se sentent
souvent exclus par leurs homologues juifs israéliens, que ce soit dans la vie
sociale ou dans le milieu scolaire. « Nous ne nous sentons pas les bienvenus »,
explique-t-elle. « Nous avons constamment le sentiment d’être des étrangers,
même si nous vivons ici, parlons la même langue et étudions dans les mêmes
établissements. »
Certains diplômés arabes du
secondaire ont des difficultés à étudier dans les collèges et universités
israéliens où l’hébreu est la langue d’enseignement, car ils ne maîtrisent pas
suffisamment cette langue. Dans les établissements d’enseignement supérieur
israéliens, ils sont censés parler l’hébreu aussi couramment que les locuteurs
natifs, car les cours, les examens et les devoirs sont tous en hébreu, alors
que près d’un cinquième des étudiants israéliens sont de langue maternelle
arabe.
Arwa décrit « une forte identité
culturelle enracinée en Palestine », et non dans l’État israélien. Et bien que
ses résultats scolaires restent solides, elle admet qu’elle appréhende d’entrer
dans des espaces universitaires dominés par l’hébreu. « Je crains de ne pas
être capable de tenir des conversations à ce niveau de fluidité », dit-elle. «
Ce n’est pas que je ne comprends pas, c’est juste que je n’ai plus l’impression
que ça m’appartient. »
Bien qu’Arwa reconnaisse son
utilité, elle a commencé à associer l’hébreu à bien plus que la communication.
« Après avoir été témoin de la vérité en ligne, de la guerre à Gaza, du
massacre de mon peuple, tout cela documenté, j’ai cessé de voir l’hébreu comme
une simple langue », dit-elle. « C’est devenu la langue de l’occupation, la
langue d’une société qui exprime son racisme envers mon peuple.
Ses parents travaillent tous deux
pour le ministère israélien de l’Éducation, ce qui explique que la famille
reste relativement discrète sur ses opinions culturelles et politiques en
public. Mais à la maison, l’attachement à la langue arabe est évident. « Nous
avons été élevés dans le sentiment d’appartenir à notre patrie, et non à l’occupant
», explique-t-elle. « Nous ne parlons qu’arabe à la maison, à l’exception de
quelques mots hébreux qui se sont naturellement glissés dans notre langage au
fil des ans, comme mazgan [climatiseur]. »
Changement de code et identité
Ce glissement subtil, l’utilisation
de mots hébreux dans des conversations autrement arabes, est courant chez les
citoyens palestiniens d’Israël. Bien qu’il existe des équivalents arabes (par
exemple « mukayyif » pour « mazgan »), les mots empruntés à l’hébreu
les remplacent souvent dans le langage courant. Ce phénomène, connu sous le nom
de “code-switching” [alternance codique ou changement de code, NdT], est
profondément ancré dans les habitudes linguistiques de nombreuses familles
palestiniennes vivant en Israël.
Une étude
publiée en 2019 dans le Global Journal of Foreign Language examine les
raisons pour lesquelles l’hébreu s’immisce dans les conversations arabes dans
une enquête auprès d’étudiants arabes israéliens de l’Université
arabo-américaine de Cisjordanie, où les cours sont dispensés exclusivement en
arabe ou en anglais.
Les étudiants ont signalé des cas
de changement de code même dans un environnement entièrement arabophone, et ont
indiqué que ce phénomène était souvent inconscient ; les participants ont
expliqué qu’ils n’avaient pas appris les équivalents arabes de certains mots
dans leur famille ni même à l’école. L’étude a également révélé que l’âge et l’origine
des personnes interrogées en Israël avaient une influence significative sur
leur utilisation de l’hébreu.
« Il était clair que le nord a
tendance à changer de code plus que le centre d’Israël », écrivent les
chercheurs, ajoutant qu’« un pourcentage important d’étudiants venant du sud d’Israël
utilisent le changement de code principalement pour des raisons liées à la
proximité géographique des colonies israéliennes et au fait que de nombreux
citoyens druzes [qui vivent principalement dans le nord d’Israël] servent dans
l’armée israélienne ».
Dans cette étude, 72 % des
participants estimaient que le changement de code linguistique avait une
incidence sur leur sentiment d’identité palestinienne. La langue continuant à
servir non seulement d’outil de communication, mais aussi de marqueur
identitaire, le choix entre les mots mazgan et mukayyif dépasse
la simple question sémantique. Il devient politique.
Mustafa, un père de 39 ans
originaire de Nazareth, explique que son fils Mohammed, âgé de 13 ans, a
développé une forte aversion pour l’hébreu. « Seuls quelques mots basiques lui
échappent, comme mazgan, shalat (télécommande) ou haklata (enregistrement).
Et même là, Mohammed ne les utilise pas beaucoup. Il n’aime pas l’hébreu, c’est
la matière qu’il déteste le plus à l’école ».
« Il faut beaucoup d’efforts et
de temps pour qu’il termine ses devoirs d’hébreu », admet Mustafa. « La guerre
à Gaza l’a profondément marqué. Depuis le 7 octobre, il s’est encore plus
éloigné de cette langue. »
Au lieu de cela, Mohammed s’est
tourné vers l’anglais. « Il l’utilise beaucoup plus, surtout quand nous
voyageons », explique Mustafa. « Je vois la différence dans son enthousiasme.
Il passe tout en anglais : son téléphone, ses jeux vidéo, ses films. Cela le
passionne. L’hébreu, en revanche, ne lui parle tout simplement pas. »
Ce fossé entre la langue et l’identité
est une source de tension pour Mustafa, tant sur le plan émotionnel qu’en tant
que parent. « C’est un sujet très sensible pour nous », dit-il. « D’un côté,
nous essayons de l’encourager à apprendre l’hébreu : c’est nécessaire pour
vivre ici. Mais d’un autre côté, je veux qu’il excelle dans quelque chose qu’il
aime. Je veux qu’il ait des rêves qui dépassent les frontières de ce pays. »
Un moment qui l’a particulièrement marqué est celui où il a essayé de motiver son fils à terminer un devoir d’hébreu. « Je lui ai dit : “L’hébreu, c’est facile, c’est comme l’arabe, on est pratiquement cousins !” Et il m’a regardé et m’a répondu : “Tu n’arrêtes pas de dire qu’on est cousins, mais ils sont en train de nous tuer.” »
lundi 7 juillet 2025
De l’économie d’occupation à l’économie de génocide : Rapport de Francesca Albanese au Conseil des droits de l’homme de l’ONU
On trouvera ci-dessous la version française, établie par nos soins, du rapport présenté par Francesca Albanese le 30 juin dernier. L'original anglais est ici
استمع إلى الملخص الصوتي
Conférence de présentation du rapport, 3 juillet 2025
jeudi 12 juin 2025
Comment la police et la société civile de Gaza combattent les gangs armés par Israël pour piller l’aide et prendre au piège la population
Enquête de terrain
Netanyahou admet qu’Israël arme des gangs et des membres de clans tribaux à Gaza pour contrer l’influence du Hamas, et de nouvelles preuves montrent qu’Israël les utilise pour piller l’aide et mettre en œuvre son plan de déplacement de la population. En réponse, le gouvernement du Hamas a mis en place l’Unité Flèche [Wahdat Sahm سهم وحدة].
Traduit par Fausto Giudice, TlaxcalaFaris Giacaman est le directeur éditorial du site ouèbe Mondoweiss pour la Palestine.
Tareq S. Hajjaj est le correspondant de Mondoweiss à Gaza et membre de l’Union des écrivains palestiniens. @Tareqshajjaj.
L’armée
israélienne arme des gangs pour combattre le Hamas à Gaza, a confirmé le
Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu jeudi. Cette révélation
intervient après qu’un député israélien de droite, Avigdor Lieberman, a accusé
hier, sur la chaîne publique israélienne Kan, Netanyahou d’armer un gang de
centaines d’hommes à Rafah pour faire contrepoids à l’influence du Hamas dans
la bande de Gaza. Le bureau du Premier ministre a répondu en déclarant qu’il combattait le groupe de
résistance palestinien « de diverses manières, sur la recommandation de
tous les chefs des services de sécurité ».
Plus tard, Netanyahou a officiellement confirmé les informations dans une vidéo : « Sur les conseils des responsables de la sécurité, nous avons activé les clans de Gaza qui s’opposent au Hamas », a déclaré le Premier ministre israélien. « Qu’y a-t-il de mal à cela ? Cela ne fait que sauver la vie de soldats israéliens ».
« Rendre ça public ne profite qu’au Hamas, mais Lieberman s’en fout », a ajouté Netanyahou.
Parmi ces groupes, un gang armé dirigé par un homme nommé Yasser Abou Shabab, un voleur et trafiquant de drogue de Rafah qui a dirigé des groupes de centaines d’hommes armés dans le pillage des convois d’aide au cours de la seconde moitié de 2024. Issu de l’influent clan bédouin Tarabine, qui s’étend sur le sud de Gaza, le Sinaï et le désert du Naqab/Néguev, Abou Shabab a été décrit par les médias israéliens comme étant une bande armée « liée à Daech », probablement en raison de l’implication d’Abou Shabab dans les réseaux de trafic de drogue entre Gaza et le Sinaï, dans lesquels Daech a été impliqué.
Aujourd’hui, Israël admet ouvertement qu’il soutient et arme le groupe d’Abou Shabab, ce qui revient à admettre ouvertement qu’il a soutenu le pillage de l’aide alimentaire destinée à la population affamée de Gaza.
Cette
politique fait suite à une campagne israélienne systématique d’assassinat des
fonctionnaires du gouvernement du Hamas visant à provoquer un effondrement
social à Gaza et à y semer le chaos et l’anarchie. L’armée israélienne a
délibérément pris pour cible les fonctionnaires du ministère de l’intérieur,
les forces de police et les services de sécurité afin de créer un vide qui sera
ensuite comblé par des pillards armés comme le groupe d’Abou Shabab, comme l’a récemment rapporté Mondoweiss.
Le ministre israélien des finances, Bezalel Smotrich, a directement admis cette politique le mois dernier, se vantant que « nous éliminons les ministres, les bureaucrates, les gestionnaires d’argent, tous ceux qui permettent au Hamas de gouverner ».
Le Hamas tente de lutter contre cette politique israélienne depuis la fin de l’année 2024, lorsque le ministère de l’intérieur de Gaza a créé une unité spéciale composée de policiers en civil et de volontaires chargés de traquer les pillards et de tenter de rétablir l’ordre dans les rues de Gaza. L’unité du Hamas, qui se fait appeler « l’Unité Sahm » ou « la Force Sahm « , a été réactivée lors de la reprise des hostilités entre Israël et le Hamas après l’effondrement du cessez-le-feu à la mi-mars.
Mondoweiss s’est entretenu avec plusieurs membres de l’Unité Sahm, ainsi qu’avec une source de sécurité de haut niveau au sein de la résistance, qui ont détaillé les efforts continus du Hamas pour combattre les groupes armés mandataires d’Israël dans la bande de Gaza. Mondoweiss s’est également entretenu avec les chefs de plusieurs clans tribaux de Gaza au sujet des tentatives d’Israël d’exploiter le vide sécuritaire qu’il a créé en soutenant les chefs de clans comme alternative au pouvoir du Hamas.
Comment l’Unité Sahm traque les voleurs et les collaborateurs
L’unité Sahm a été créée il y a plus d’un an, en mars 2024, lorsque le phénomène de pillage par des bandes armées a commencé à se répandre dans toute la bande de Gaza. L’unité a commencé par former des groupes informels de jeunes hommes vêtus de noir et au visage couvert, qui se déployaient dans des lieux publics chaotiques tels que les files d’attente des boulangeries, les distributeurs automatiques de billets et les marchés. Les rapports à l’époque les décrivaient en train d’arrêter des voleurs présumés et de les battre sévèrement sur les places de marché, proclamant publiquement qu’il s’agissait là de la punition infligée aux pillards.
Au fil des mois, les membres de la Force Sahm ont commencé à se montrer par dizaines dans les rues de Gaza, organisant des files d’attente dans les lieux publics. Ils semblaient suivre un chef qui était apparemment un officier de police.
Selon les membres de l’unité Sahm, l’anarchie est devenue endémique à Gaza après que la police a été contrainte à la clandestinité suite au ciblage par Israël de ses officiers chargés d’escorter les convois d’aide. Cette situation a entraîné une détérioration rapide de la sécurité à Gaza, avec une flambée des prix sur les marchés et la propagation de querelles interfamiliales et de la « loi de la jungle », ont déclaré les membres de l’unité Sahm.
lundi 9 juin 2025
Un gang de pillards au service d’Israël dans Gaza (Chronique de Jean-Pierre Filiu)
Jean-Pierre Filiu, Le Monde, 7/6/2025
Plutôt que de favoriser une alternative palestinienne au Hamas [sic] dans la bande de Gaza, l’armée israélienne préfère soutenir et armer la milice d’un gangster notoire, responsable de nombreux pillages de l’aide humanitaire, raconte l’historien Jean-Pierre Filiu dans sa chronique.
Le gouvernement israélien et son armée ont longtemps cru tout savoir de Gaza, du fait de la surveillance permanente exercée par les drones et de l’interception parfois systématique des communications locales. Ils étaient persuadés de pouvoir ainsi compenser l’absence de tout relais dans la population de Gaza, que leur politique de la « terre brûlée », lors du retrait de l’armée et des colons en 2005, avait entraînée.
Ce manque de collaborateurs palestiniens n’avait fait que s’accentuer au fil des seize années de blocus imposé par Israël à partir de 2007, après la prise de contrôle de l’enclave palestinienne par le Hamas.
La toute-puissance technologique d’Israël ne lui a pourtant pas épargné le traumatisme du bain de sang du 7 octobre 2023. Mais même un tel choc n’a pas convaincu l’armée israélienne de changer d’approche à Gaza, où le recours systématique à l’intelligence artificielle, plutôt qu’au renseignement humain, a été dévastateur pour la population civile.
Le pari israélien sur les pillards
Le plus sûr moyen d’évincer le Hamas de la bande de Gaza serait de lui opposer une alternative palestinienne crédible [sic], une option pourtant catégoriquement refusée par Benyamin Nétanyahou. Le premier ministre israélien craint en effet qu’un retour à Gaza de l’Autorité palestinienne de Ramallah [ce serait l'"alternative palestinienne crédible" ?] ne relance la « solution à deux États », alors même qu’il ferraille contre toute perspective d’une entité palestinienne digne de ce nom, même démilitarisée.
L’armée israélienne a dès lors misé sur certains clans de Gaza, espérant que ces structures traditionnelles pourraient contrebalancer le Hamas. C’était oublier que de tels réseaux de solidarité avaient été profondément affaiblis par les déplacements incessants imposés à la population, et qu’ils étaient incapables de se coaliser pour faire pièce au mouvement islamiste dans l’ensemble de l’enclave.
Les militaires israéliens se sont dès lors rabattus sur une frange du crime organisé pouvant opérer à proximité de leurs positions, dans l’espoir de les transformer en milice de supplétifs locaux. Le chef de ce qu’il faut bien appeler un gang est Yasser Abou Shebab, un repris de justice renié par son clan de Rafah et assoiffé de vengeance à l’encontre du Hamas, qui l’avait incarcéré pour trafic de drogue.
Il peut recruter une centaine de délinquants de son acabit, eux aussi en rupture avec leur famille, parfois évadés des prisons, à la faveur des frappes israéliennes. Du fait de ce gang, armé par Israël, 40 % de l’aide humanitaire, déjà notoirement insuffisante, sont pillés durant le mois d’octobre 2024, peu après son entrée dans la bande de Gaza.
Les décideurs israéliens espèrent ainsi, d’une part, renforcer Abou Shebab, qui profite de l’aide détournée pour recruter de nouveaux miliciens, et, d’autre part, discréditer les Nations unies, afin de les remplacer comme distributeur direct d’une aide humanitaire devenue un instrument de contrôle d’une population épuisée.
Une dimension de la guerre inhumanitaire
Durant mon séjour de plus d’un mois dans la bande de Gaza, j’ai pu documenter, non loin de mon lieu de résidence, deux pillages de convois par le gang d’Abou Shebab, appuyé par l’armée israélienne.
Dans la nuit du 22 au 23 décembre 2024, une frappe israélienne tue d’abord deux responsables de la sécurité d’un convoi de 66 camions des Nations unies, puis un tiers de ces camions d’aide sont dérobés dans une embuscade où six gardes sont tués par des drones israéliens.
Aux premières heures du 4 janvier 2025, ce sont cette fois 50 camions sur 74 qui sont pillés après des combats qui font onze morts (cinq tués par les drones israéliens et six dans les échanges de tirs interpalestiniens). Le secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations unies dénonce la volonté israélienne de rendre « dangereux de protéger les convois d’aide, alors qu’on peut les piller sans danger ». Le Hamas sévit alors contre les pillards, ou ceux qu’il désigne comme tels, d’où une hausse spectaculaire de la violence interpalestinienne jusqu’à la trêve du 19 janvier.
Un camion transportant de l’aide humanitaire pour la bande de Gaza dans la zone de déchargement du poste de Kerem Shalom, du côté israélien de la frontière, le jeudi 22 mai 2025. LEO CORREA/AP
Le gang d’Abou Shebab, déstabilisé par une telle suspension des hostilités, est relancé par l’armée israélienne avec le blocus hermétique de l’enclave, le 2 mars, et la reprise des bombardements massifs et des opérations terrestres, deux semaines plus tard. Les envahisseurs sont désormais déterminés à se débarrasser des Nations unies et des organisations humanitaires, visées parfois par des frappes directes.
Abou Shebab plastronne sur les réseaux sociaux en se présentant comme la « voix d’un peuple fatigué du chaos, du terrorisme et de la division ». Ses miliciens intègrent le dispositif où l’armée israélienne délègue à des mercenaires américains la distribution dans des conditions indignes d’une aide minimale. Il s’agit bien d’une guerre inhumanitaire, marquée par une militarisation sans précédent de l’aide humanitaire comme par la banalisation des traitements inhumains, avec déjà plusieurs tueries autour de ces centres d’« aide inhumanitaire ».
En Israël même, la polémique enfle depuis qu’un ancien ministre de la défense [Avigdor Lieberman] a accusé Benyamin Nétanyahou de « donner des armes au groupe de criminels et de voyous » d’Abou Shebab, qui serait même « proche de l’État islamique ».
Cela s’appelle la politique du pire.
Lire aussi
ABDALJAWAD OMAR
Les gangsters d’Israël à Gaza
Une opération de contre-insurrection à l’ère de l’intelligence artificielle
vendredi 6 juin 2025
La bande à Abou Shabab, harkis d'Israël à Gaza
L’analyse d’images satellite et de vidéos montre que la milice d’Abou Shabab opère près de Rafah, le long de la principale route nord-sud de Gaza. Ses membres armés tiennent des postes de contrôle et distribuent de l’aide, alors que le gouvernement de Netanyahou est accusé par Lieberman d’armer des milices affiliées à l’ISIS.
Des images satellites et des
vidéos mises en ligne ces dernières semaines montrent qu’une nouvelle milice
armée palestinienne a étendu sa présence dans le sud de Gaza, opérant à l’intérieur
d’une zone sous le contrôle direct des Forces de défense israéliennes. Le mois
dernier, Haaretz
a révélé les activités d’un groupe se faisant appeler le « Service
antiterroriste », opérant dans l’est de Rafah. Le groupe serait dirigé par
Yasser Abou Shabab, un habitant de Rafah issu d’une famille bédouine, connu
localement pour son implication dans des activités criminelles et le pillage de
l’aide humanitaire à la fin de l’année dernière.
Des sources à Gaza affirment que
le groupe se compose d’une centaine d’hommes armés qui opèrent avec l’approbation
tacite des FDI. Interrogé la semaine dernière, un porte-parole des FDI a refusé
de répondre à ces affirmations.
La milice d’Abou Shabab opère à l’est
de la ville détruite de Rafah, entre les routes Morag et Philadelphi : Planet
Labs PBC
Ces dernières semaines, Abou
Shabab a lancé deux pages Facebook où il publie des messages anti-Hamas et
anti-Autorité palestinienne tout en promouvant les efforts de sa milice pour
assurer la sécurité et distribuer de l ‘aide
aux civils.
Des vidéos diffusées sur ces
pages montrent ses combattants portant de nouveaux uniformes, casques et gilets
arborant des insignes où figure le drapeau palestinien. Abou Shabab a également
partagé l’article original de Haaretz sur son groupe.
Certaines vidéos montrent la
milice arrêtant et inspectant des convois de la Croix-Rouge et de l’ONU,
gardant la route Salah al-Din, la principale route nord-sud de Gaza, et
menant des exercices de formation armée.
Yasser Abou
Shabab à côté d’un camion transportant des centaines de sacs de farine
distribués aux habitants, dans une vidéo qu’il a publiée sur son compte
Facebook cette semaine.
Dans une vidéo publiée cette
semaine, Abou Shabab affirme que les quatre personnes ont été tuées alors qu’elles
nettoyaient des maisons à Rafah en vue du retour des personnes déplacées. La
vidéo décrivait également les personnes décédées comme d’anciens agents de
sécurité ou des employés de l’Autorité palestinienne.
Mardi, Abou Shabab a publié une
autre vidéo montrant ses forces en train d’installer un camp de tentes et de
décharger de la nourriture d’un camion. Le message qui l’accompagnait indiquait
que « les forces populaires sont revenues à Rafah-Est sous l’égide de la
légitimité palestinienne, sous la direction du commandant Yasser Abou Shabab ».
Les Palestiniens déplacés ont été
invités à rejoindre le camp pour y recevoir de la nourriture, un abri et une
protection. Des numéros de téléphone ont été fournis à des fins de
coordination. La vidéo montre également la distribution de centaines de sacs de
farine et de colis alimentaires.
L’un des
principaux membres de la milice d’Abou Shabab, tenant un fusil M16 raccourci,
aux côtés du personnel de la Croix-Rouge à l’est de Rafah, il y a deux
semaines.
Haaretz a
identifié l’emplacement du camp de tentes sur des images satellite de Planet
Labs, montrant 16 tentes en construction dans une zone longtemps contrôlée
directement par les FDI - entre les routes
est-ouest Morag
et Philadelphi,
à environ cinq kilomètres au nord-est du point de passage de Kerem Shalom.
Les efforts déployés précédemment
par des journalistes palestiniens et des activistes en ligne pour géolocaliser
les vidéos de la milice d’Abou Shabab ont confirmé qu’elles avaient également
été filmées dans cette même zone (marquée en rouge sur la carte ci-dessus).
Des cartes de l’ONU datant de la
fin de l’année 2023 désignaient la zone comme « dangereuse » en raison des
pillages fréquents
des convois d’aide. Dans une interview accordée au Washington Post,
Abou Shabab a admis avoir pillé une partie de l’aide afin de nourrir les
familles locales.
Les FDI ONT refusé de commenter l’activité
de la milice à Gaza et a renvoyé Haaretz au Shin Bet, qui a également
refusé de répondre.
Mercredi, le député israélien Avigdor
Lieberman, ancien ministre de la Défense, a affirmé qu’Israël avait fourni
des armes à des gangs criminels gazaouis affiliés à ISIS.
Dans une interview accordée à la
radio Kan Bet, Lieberman a déclaré : « Israël a donné des fusils d’assaut
et des armes légères à des familles de criminels à Gaza sur ordre de
Netanyahou. Je doute que cela soit passé par le cabinet de sécurité. Personne
ne peut garantir que ces armes ne seront pas retournées contre Israël ».
Depuis le début de la guerre,
plusieurs rapports suggèrent que Netanyahou
et de hauts responsables de Tsahal ont envisagé de confier la gestion locale de
la bande de Gaza
à de grands clans ou familles pour faire contrepoids au Hamas.
En réponse aux allégations de Lieberman,
le bureau de Netanyahou a déclaré : « Israël s’efforce de vaincre le Hamas
par divers moyens, comme l’ont recommandé tous les responsables de la sécurité ».


























