par Yannick Jadot/Sven Giegold, têtes de liste des écologistes en France et en Allemagne pour les élections européennes
Le
14 avril 2019, des journalistes français ont publié sur
www.disclose.ngo une enquête confirmant que des systèmes d'armes
français étaient bien utilisés dans la guerre au Yémen. Et ce alors même
que les ministres du gouvernement Macron tentaient de rassurer
l'opinion publique, arguant que les armes françaises ne seraient pas
utilisées par l'Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen, et qu’elles
n’avaient qu’une vocation défensive.
Pourtant, les services de renseignements militaires français avaient
rédigé une analyse détaillée de la manière dont les Saoudiens
utilisaient les armes au Yémen, contredisant le discours officiel. Pour
avoir révélé ce document classé « secret défense », deux journalistes de
Disclose et un journaliste de Radio France ont été convoqués par la
DGSI et une procédure judiciaire pour trahison du secret défense a été
ouverte : cette tentative d’intimidation est une grave atteinte à la
liberté de la presse, alors même que les ministres qui ont menti n’ont
pas été inquiétés.
Geoffrey Livolsi et Mathias Destal de Disclose.ngo
ont été avertis dans cette convocation que les infractions qu'ils sont
soupçonnés d'avoir
commises sont passibles d'une peine de prison de cinq ans et d'une
amende pouvant atteindre 75.000 euros. Face à cette menace brandie
contre le 4ème pouvoir qu’est la presse, des journaux, des chaînes de
télévision et des agences de presse françaises ont fait front commun
pour dénoncer cette injustice démocratique. Ces journalistes méritent
une médaille, pas la prison, d’autant plus qu’ils ont fait leur travail
dans le respect de la déontologie de leur profession, sans même mettre
en danger les membres des services français. Nous nous étonnons
qu’Emmanuel Macron - pourtant si prompt à dénoncer les dérives
illibérales d’un Viktor Orban - cautionne l’éventuelle condamnation de
journalistes lanceurs d’alerte,
sapant ainsi les principes fondamentaux de l’État de droit alors même
que l’Union Européenne vient de se doter d’une directive visant à
protéger les lanceurs d’alerte. Une directive qui n’aurait pu voir le
jour sans la détermination des écologistes européens, mais qui a été
sapée par les États membres qui ont introduit au dernier moment des
négociations une exception relative à la sécurité nationale. C’est
pourquoi les écologistes européens demandent aux Parlements nationaux de
ne pas transposer ces limitations dans le droit national : ils n’en ont
pas l’obligation.
Mais
ces poursuites engagées contre les journalistes ne sont pas le seul
problème que cette affaire révèle : les exportations d'armements de la
France et de l'Allemagne vers l'Arabie saoudite sont contraires au droit
européen puisque les ministres des affaires étrangères des pays de l'UE
avaient adopté - sous la Présidence française de l’UE - huit critères
européens contraignants en matière d'exportation d'armements. Le
deuxième critère de cette position commune 2008/944/PESC oblige les 28
États membres à refuser d’accorder des licences de vente d'armement
lorsqu'il existe un risque évident que la technologie soit utilisée pour
commettre des crimes de guerre et autres violations graves des droits
humains et du droit humanitaire. Le quatrième critère ajoute qu'en cas
de risque manifeste
que le destinataire utilise les armes de manière agressive contre un
autre État ou que leur transfert mette en danger la stabilité régionale,
la licence soit également refusée. L'ONU a identifié de nombreux crimes
de guerre commis au Yémen par l'Arabie saoudite depuis 2015, mais aussi
les Émirats Arabes Unis et d'autres pays de la coalition, qui ont reçu
des dizaines de milliards d'euros d’armements français. De l’aveu même
de l’ONU, cette guerre menée par les Saoudiens est la pire crise
humanitaire que vit le monde actuellement, le blocus naval et aérien
imposé ayant provoqué la famine et l’apparition du choléra. Conclusion :
le non-respect des critères de l'UE en matière d'exportation d'armes
est clair,
documenté et évident, les exportations sont donc illégales. Cet état de
fait va à rebours des engagements d’Emmanuel Macron pour une Europe
aussi forte que souveraine, et ce sont exactement ces incohérences
nationales qui mettent à mal le projet européen et le droit qui l’a
structuré.




