samedi 13 octobre 2018

Un bâtiment des garde-côtes marocains a tenté d’intercepter au large de Gibraltar une embarcation qui transportait une soixantaine de migrants.

AFP/Fadel Senna

L’un d’eux a été blessé.

C’est le deuxième incident du même ordre en l’espace de deux semaines. La Marine royale marocaine a ouvert le feu sur une embarcation transportant des migrants marocains, lors d’une opération d’interception au large de Larache.
« L’embarcation à moteur qui transportait 58 migrants dissimulés sous une bâche a effectué une manœuvre hostile ce qui a poussé le bateau garde-côte à tirer sur ordre de son commandant », a précisé cette source militaire sous le couvert de l’anonymat.
Un des migrants a été blessé à l’épaule lors de cette opération d’interception menée dans la nuit de mardi à mercredi sur la côte Atlantique, au sud du détroit de Gibraltar. Il a été transféré à l’hôpital de Tanger. Les autres migrants, des femmes et des hommes de tous âges, ont été ramenés à terre et remis à la gendarmerie.

Déjà 43.000 migrants passés en Espagne cette année

Le 25 septembre, une opération de la marine royale contre une embarcation rapide « Go-Fast » en Méditerranée, avait coûté la vie à une jeune Marocaine et fait trois blessés. Les autorités avaient justifié les tirs en invoquant les « manœuvres hostiles » du navire et en soulignant que les migrants étaient dissimulés sous des bâches.
 De plus en plus de Marocains tentent de quitter clandestinement leur pays pour gagner l’Europe, par voie maritime ou en franchissant les clôtures séparant le Maroc des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Le royaume est aussi un pays de transit pour des milliers de migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
Plus de 43.000 migrants ont gagné l’Espagne depuis le début de l’année, dont plus de 38.000 par voie maritime, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Pour le seul weekend dernier, plus de 1.800 migrants qui tentaient de traverser la Méditerranée ont été secourus par la marine marocaine ou par les gardes-côtes espagnols.


Liberté et relaxe pour les 7 de Briançon, tous au tribunal de Gap, pétition

Agir
Liberté et relaxe pour les 7 de Briançon

Ils risquent la prison pour avoir aidé des personnes migrantes en danger dans les Alpes. Bastien, Benoit, Eleonora, Juan, Lisa, Mathieu et Théo vont être jugé·e·s le 8 novembre 2018 au tribunal de Gap (Hautes-Alpes).

Leur seul tort : avoir participé le 22 avril dernier, dans un contexte de militarisation croissante de la frontière franco-italienne, à une marche solidaire pour dénoncer les agissements du groupuscule Génération Identitaire qui menait une opération d'intimidation violente et d'incitation à la haine au col de l'Echelle (Briançon).
Pour cela, ils risquent jusqu'à 10 ans de prison et 750 000 euros d'amende. Il s'agit de peines normalement réservée à la criminalité organisée.
A travers eux, ce sont non seulement des associations régionales et nationales qui sont visées,  Tous migrants, La Cimade, L'Anafé et Chez Marcel..., mais plus largement toutes celles et tous ceux qui chaque jour, par simple humanisme ou parce qu'ils aspirent à un modèle de société plus juste et plus humain, apportent leur soutien à celles et ceux qui en ont besoin et ce quelle que soit leur origine.
Le procureur a donc choisi de poursuivre en justice des militant·e·s solidaires, ni délinquant·e·s, ni trafiquant·e·s, tout en garantissant l’impunité aux membres du groupe d’extrême droite Génération Identitaire qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire à ce jour. Et alors même que les forces de l'ordre se rendent quotidiennement coupables de violations des droits des personnes étrangères et de violences inacceptables sur les exilé·e·s.
En écho à la récente décision du Conseil constitutionnel qui a enfin reconnu la fraternité comme un principe constitutionnel, nous demandons :
- la relaxe pure et simple pour Bastien, Benoit, Eléonora, Juan, Lisa, Mathieu et Théo ;
- la fin de l'acharnement des forces de l'ordre et de toutes les poursuites judiciaires contre les personnes qui viennent en aide aux personnes migrantes ;
- l’arrêt immédiat des violences policières dont sont victimes les personnes exilées à la frontière et le respect de leurs droits.
Toutes et tous solidaires avec les 7 de Briançon. Toutes et tous contre le délit de solidarité. Toutes et tous délinquant·e·s solidaires en bande organisée.
Pétition à l’initiative du Comité de soutien aux 3+4 de Briançon, La Cimade, Collectif Délinquants Solidaires, Gisti, Anafé, Tous Migrants, Emmaüs, UJFP (Union juive française pour la paix), Fasti, Bagagérue, FAP (Fondation Abbé Pierre), Transport People and Care, Syndicat des Avocats de France, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Union syndicale Solidaires, SUD Education, Roya citoyenne et L'Auberge des Migrants.Plus d'informations du Comité de soutien aux 3+4 de Briançon.

dimanche 7 octobre 2018

Maroc. Hayat, nouvel emblème d’une jeunesse assassinée

Des migrants en provenance du Maroc tentent, le 27 juillet, de rejoindre la côte espagnole à Tarifa. J. Nazca/Reuters
Des migrants en provenance du Maroc tentent, le 27 juillet, de rejoindre la côte espagnole à Tarifa. J. Nazca/Reuters

Plus d’une semaine après la mort de Hayat, tuée par des tirs de la marine royale alors qu’elle tentait de rejoindre les côtes espagnoles, l’émotion reste intacte.
L’Europe est toute proche, si proche que, de l’autre côté de la presqu’île de Ceuta, on croirait presque pouvoir toucher de la main les côtes espagnoles. Jamais, pourtant, Hayat n’atteindra l’autre rive : son rêve s’est fracassé en pleine mer, au large de Fnideq. 

Cette étudiante en droit devait fêter, bientôt, ses 20 ans. Sa jeune vie a été brutalement fauchée, le 25 septembre, par les tirs de la marine royale visant l’embarcation qui la transportait, avec d’autres candidats à l’immigration, vers une autre vie, loin de son existence de misère. Touchée au thorax et à l’abdomen, elle a vite succombé à ses blessures, après son transfert à l’hôpital de M’diq, près de Tétouan. Sur les vingt autres passagers, trois jeunes gens de 20 à 30 ans ont été blessés ; l’un d’entre eux se trouve toujours dans un état critique. 
Plus d’une semaine après la tragédie, la colère et l’émotion restent intactes, partout au Maroc. Vendredi soir, à la sortie d’un match de football où, fait inédit, l’hymne national a été conspué, les supporters du Moghreb Athlétic Tétouan, vêtus de noir en signe de deuil, ont défilé dans les rues de la ville en scandant des slogans hostiles au makhzen, l’appareil royal, et en promettant de « venger » Hayat. Sur les médias sociaux, les portraits de la « martyre » s’affichent encore, avec ses derniers écrits, ceux du départ, a posteriori poignants : « L’encre de l’espoir a séché. Que le destin écrive ce qu’il veut. » « Tu me vois souffrir, mais tu ne me verras pas tomber, je suis toujours debout. »
Comme après la mort de Mouhcine Fikri, qui a embrasé le Rif, le Palais a aussitôt déclenché la mécanique du fusible et du mensonge. Les officiels se relaient pour justifier les tirs de la marine royale par la nature de l’embarcation visée, un « go fast ». « Ces puissants bateaux à moteur étaient jusque-là utilisés pour le trafic de drogue en Méditerranée », insiste-t-on au ministère de l’Intérieur. Interpellé, le pilote, de nationalité espagnole est sous le coup d’une enquête. Pour l’ONG Human Rights Watch (HRW), pourtant, « rien ne prouve que les passagers du bateau représentaient une menace, ce qui aurait été la seule justification légale pour que le Maroc leur tire dessus ». Faisant écho aux craintes de voir l’affaire enterrée, Amnesty International exhorte de son côté Rabat à mener « une enquête indépendante sur la mort de Hayat ».

Fadila Akkioui, « étranglée avec un drapeau » par un agent des forces auxiliaires

Au lendemain de l’assassinat de Hayat, une autre femme est morte. Fadila Akkioui participait, à Ifrane, dans le Moyen Atlas, à une manifestation de soulaliyates, ces femmes qui revendiquent, dans les zones rurales, la plénitude des droits sur le patrimoine foncier collectif. Réprimé, le rassemblement a tourné à la bousculade. La version officielle conclut, en s’appuyant sur un rapport d’autopsie, à « une mort naturelle suite à une crise cardiaque ». Des témoins affirment au contraire que Fadila a été « étranglée avec un drapeau » par un agent des forces auxiliaires. Quoi qu’il en soit, les fins tragiques de ces deux femmes illustrent aux yeux de nombreux Marocains la « hogra », le mépris que le pouvoir royal voue au peuple. « Des citoyens marocains civils sont tués de sang-froid parce qu’ils veulent juste quitter ce pays de disparités sociales, de pauvreté et de répression », s’indigne l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Pour l’écrivain Mohammed Ennaji, la rafale qui a emporté Hayat visait toute une jeunesse : «La balle mortelle est porteuse d’un message, elle tue plus qu’une jeune fille, elle tue l’espoir d’une génération. »

Sahara Occidental : l’ONU s’inquiète du blocus politico-médiatique imposé par le Maroc

Sahara Occidental : l’ONU s’inquiète du blocus politico-médiatique imposé par le Maroc

New  York, 06 oct 2018 (SPS) 
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a indiqué que le haut-commissariat aux droits de l’homme (HCDH) est préoccupé par "le contrôle excessif", auquel sont soumis les militants des droits de l’homme et les journalistes dans les territoires sahraouis occupés.
"Les autorités marocaines continuent de restreindre l'accès au Sahara occidental aux visiteurs étrangers, y compris aux journalistes et aux avocats du Maroc ", relève le SG de l’ONU dans son rapport préliminaire sur le Sahara occidental qui sera discuté dans les prochaines jours au Conseil de sécurité.
Durant la période couverte par ledit rapport, Guterres indique que le HCDH a reçu plusieurs rapports sur la répression des manifestations revendiquant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, ainsi que la cessation du pillage des ressources naturelles.
Selon l’ONU, Le Haut Commissariat continue de recevoir des rapports sur l’impunité des auteurs des violations perpétrées contre les sahraouis en particulier sur les arrestations arbitraires et les actes de torture et mauvais traitements infligés aux détenus sahraouis qui croupissent dans les prisons marocaines.
Faisant écho des rencontres de l’envoyé personnel Horst Kohler avec les représentants de la société civile à Laayoune et à Dakhla, le secrétaire général évoque "la frustration" des sahraouis à l’égard des politiques discriminatoires du Maroc.
L’échange entre Horst Kohler et les représentants de la société civile dans ces deux villes occupées a mis à nu le mensonge sur les projets d’investissement du Maroc prétendument présentés comme des programmes de développement des territoires sahraouis.
"Les représentants de la société civile ont exprimé leur inquiétude face aux projets de développement financés par le Maroc sur le territoire, affirmant qu'ils ne profitaient pas à la population autochtone sahraouie ", note le rapport.
Ces mêmes représentants " ont exprimé leur frustration à l’égard des politiques discriminatoires " qui " les empêchent d'accéder à des emplois et à des opportunités économiques et restreignent leur liberté d'exprimer leurs opinions politiques ", rapporte l’ONU.
Les ONG n’ont pas été épargnées par ce système répressif, se déclarant préoccupés pour leur propre sécurité après les violations commises à leur encontre par la police marocaine, précise l’ONU.
"Ces ONG sont unanimes en déclarant que l'autodétermination était le seul moyen de résoudre le conflit ", souligne l’ONU.
Les Sahraouis de Laayoune et Dakhla ont réaffirmé au médiateur onusien à l’occasion de ces rencontres que les soi-disant " élus " de ces territoires ne représentaient pas le peuple sahraoui mais plutôt une élite minoritaire qui bénéficie d’importants privilèges économiques.
Ces préoccupations ont été soulevées par le président Brahim Ghali lors de sa rencontre avec Kohler en juin dernier à Rabouni. Le président Ghali a exprimé son inquiétude à l’égard de la politique de colonisation que le Maroc est en train de mener au Sahara Occidental.
Ces colonies de peuplement et la nouvelle configuration administrative sont en train de changer la composition démographique au Sahara Occidental, constate le rapport. (SPS)
020/090/700