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samedi 23 mai 2009

La tribu des Doublal se soulève au Maroc

par Yusef Brahim, Diaspora sahraoui, 1/5/2009
Près de 700 membres de la tribu Doublal d’origine sahraouie dans la région de Tata sur la frontière algéro-marocaine, ont enclenché un mouvement de contestation contre le Makhzen. Ils protestent ouvertement contre la fermeture par l’armée marocaine de la zone de Oued Drâa qui les a privés d’exploiter leurs terres et de faire paître leurs cheptels.
La tribu de Doublal exprime sa colère depuis samedi par des manifestations et des sit-in alors que les éléments de l’armée royale ont empêché une marche sur le poste militaire de Khengat Boukhbar. Des militaires ont été déployés dans le secteur en question et ont dispersé les protestataires en faisant feu dans leur direction.
Des témoins ont rapporté que la situation dans laquelle se trouve la tribu est intolérable depuis que les forces armées royales ont dressé des barrages empêchant les agriculteurs et les maquignons de rejoindre leurs terres sous prétexte que c’est une zone militaire. Les protestataires réclament la réouverture de Oued Drâa pour jouir des terres dont ils sont propriétaires. Ils soulèvent d’autres entraves et difficultés auxquelles ils font face depuis le début du conflit entre le Maroc et le Front Polisario.
L’armée royale s’est emparée des dromadaires des éleveurs à qui elle impose des amendes pour pouvoir les récupérer. Les habitants de Tata sont déterminés à arracher leurs droits et ont refusé de répondre à la demande des responsables militaires et locaux d’arrêter leur mouvement contestataire. Ils réclament un dialogue sérieux avec les hautes autorités, et qui débouche sur des solutions concrètes à leurs problèmes.
La situation est explosive, elle pourrait dégénérer davantage. Les membres de la tribu de Doublal sont marginalisés, n’ont pas droit à l’emploi, à l’éducation ni ne bénéficient de projets de développement. Ils demandent aux autorités leurs droits, des conditions pour un développement réel, et surtout la réouverture inconditionnée de l’Oued Drâa indispensable pour leur survie. Les analystes craignent des affrontements, et le Makhzen pourrait rééditer le scénario de Sidi Afni et user de la violence pour résoudre ce dossier.
La province de Tata est située en milieu désertique : le climat este de type aride, les précipitations sont faibles et irrégulières et les températures souvent très élevées (jusqu’à 48°C en été). Dans ce milieu aux conditions biophysiques extrêmes, marquées par un déficit hydrique accentuée, le mode de mise en valeur principal du milieu est le système oasien. La population est d’origine arabe et les villages sont composées essentiellement de femmes, d’enfants et de personnesd âgées. Le reste se trouve à l’armée ou en Europe.
Jusqu’aux années 70, l’organisation sociale était adaptée au système nomade des populations de la région. L’oasis était plus un lieu de production de dattes qu’un réel lieu de vie. En effet, le territoire de vie et de production des habitants de Tata était alors particulièrement vaste (plusieurs centaines de km²). La période comprise entre janvier et septembre était consacrée au nomadisme. Laissant leurs terres aux soins de leurs khamès (hommes qui ont le savoir-faire de l’abriculture), les familles quittaient le douar pour transhumer vers le Sahara. Les habitants de la région cheminaient lentement vers le sud, à travers les forêts d’Acacia radiana. Ils y faisaient paître leurs troupeaux, tout en fabriquant du charbon de bois qu’ils échangeaient avec d’autres populations. Une fois passée la crue de l’Oued Drâa (entre mars et mai), ils mettaient en culture les terres limoneuses et humides du bord de l’oued. Les céréales principales étaient l’orge et le blé tendre. Pendant 4 à 5 mois, les terres de l’Oued Drâa, situées à près de 50 km de la palmeraie pour la récolte des dattes, la population de Tata reprenait le chemin de la palmeraie pour la récolte de dattes qui a lieu d’octobre à novembre. Une fois les dattes récoltées et séchées, les familles reprenaient le chemin de l’oued et du sahara.
Le territoire de vie et de production était particulièrement vaste, puisque près de 150 km séparaient les deux pôles de production agricole principaux. Entre ces deux pôles se trouvait un élément essentiel au système pastoral : les pâturages à acacias. La vie des habitants de la région s’organisait en fonction de ces trois espaces essentiels. Par ailleurs, les échanges entre les différents clans ou tribus nomades s’organisait alors en fonction de ces trois espaces. Les échanges entre les différens clans ou tribus du sud étaient fréquents. Les oasis de la région étaientt alors résolument tournée vers le sud.
L’année 1975 marque l’invasion par le Maroc du Sahara Occidental et le début d’une sanglante guerre entre le royaume chérifien et le Front Polisario. Les conséquences pour la région de Tata, située à quelques kilomètres de la zone militarisée, furent importantes. En effet, dès le début du conflit, de nombreux jeunes hommes de la province se sont engagés dans les rangs de l’armée marocaine. Ces hommes originaires de la région sont très appréciés pour leur bonne connaissance du désert. Ceci a eu des conséquences fatales : la plupart des villages (douars) furent attaqués et grand nombre des jeunes ont été tués dans les affrontements.
Ceux qui sont restés en vie, envoient la quasi totalité de leurs salaires à leur famille ;. Ces nouveaux revenus sont d’autant plus nécessaires que dès le début du conflit, les terres de l’Oued Drâa sont interdites d’accès et placées en zones militarisées. La partie sud de Tata devient inaccessible. Le territoire est donc amputé de deux ressources essentielles : Le parcous à acacia qui fournissait pâturage et charbon de bois ainsi que les terres fertiles de l’Oued Drâa. Le territoire de production se retrace donc sur les oasis de la région qui, dès lors, doivent subvenir aux besoins alimentaires des familles des douars. A l’enrôlement des jeunes hommes dans l’armée, s’ajoute un autre phénomène : Dès la fin de la décennie 1970, les migrations des jeunes ou parfois même de familles entières se multiplient vers le Nord et vers l’Europe.

Prostitution, l’autre industrie au Maroc

La prostitution gangrène la société marocaine. Et cette gangrène se projette à l’extérieur des frontières du royaume au point de devenir un trait caractéristique de la femme marocaine vivant en terre d’exil.
Les prostituées ne se cachent pas au Maroc. On en trouve partout, des rabatteurs, des clients, des hôtels proposent leurs chambres, les maquereaux encaissent, c’est une véritable industrie qui fait le succès du tourisme au Maroc.
La banalisation de la prostitution au Maroc ne permet plus de distinguer ce fléau comme une déviance nocive du corps social. Marrakech est une des plus grandes villes du pays. Que son économie soit exclusivement fondée sur le proxénétisme ne semble plus déranger personne.
A Rabat , la fille d’un ex-conseiller et ancien ministre du roi Hassan II, accusée de diriger un réseau de prostitution de luxe, d’écouler de la cocaïne au profit de ses clients, des dignitaires du Makhzen et étrangers, dont de grandes personnalités de la politique et du milieu des affaires, aurait bénéficié de la "protection" des cadres des services de la police, dont le Préfet de Police, ainsi qu’un responsable à la Direction générale de sûreté Nationale (DGSN). Elle en est sortie indemne.
A Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Tanger, Agadir, le commerce de la chair fait florès. C’est une activité comme une autre. Une donnée, encore une fois. Un attribut de l’espace urbain marocain. Des villes de tolérance, avec des réseaux, des filières, des clients, des fournisseurs, des circuits institutionnalisés, des appels d’offres et des cahiers de charges.
Une enquête de l’Organisation Panafricaine de Lutte contre le Sida au Maroc (OPALS-Maroc) auprès de 500 prostituées marocaines, dans sept villes du pays, Azrou, Khénifra, Béni Mellal, Meknès, Fès, Agadir et Rabat, dévoilée en janvier 2008, met en lumière un phénomène peu évoqué au Maroc. Une partie des résultats est tristement prévisible mais beaucoup sont très surprenants. 13% des prostituées interrogées sont des « célibataires vierges » qui ont toujours leur hymen. Ce chiffre met en lumière le problème de la sacro-sainte virginité demandée avant le mariage et les pratiques exercées par certaines femmes pour avoir malgré tout une activité sexuelle.
Les fondements de la société marocaine sont à nouveau ébranlés dans cette étude lorsqu’on apprend que 59,4% de ces femmes ont eu leur premier rapport sexuel rémunéré entre 9 et 15 ans. Une femme interrogée avoue même avoir eu son premier rapport à 9 ans. Par ailleurs 32,6% des femmes ont pratiqué ou subi un acte sexuel entre 6 et 15 ans. La faible probabilité que l’enfant de 6 ans soit consentant renvoie encore une fois aux problèmes de la pédophilie et aux violences sexuelles infligées aux jeunes filles, dans un pays où la sexualité est taboue. Tout comme le cas des mineurs qui errent à longueur de journée pour vendre leurs corps sans aucune protection contre les maladies. Ainsi se dessine la cruauté d’un destin pitoyable pour beaucoup d’adolescents marocains.
Un autre phénomène alarmant qui sévit depuis longtemps : La prostitution en milieu estudiantin. Lycéennes ou étudiantes, de jeunes Marocaines se livrent, contre des cadeaux ou de l’argent, à un commerce du sexe qu’elles refusent toutefois d’appeler prostitution. En Europe, les témoignages et alertes se multiplient face au phénomène des jeunes filles marocaines qui se prostituent et dont la principale cause est la pauvreté.
Pourquoi le ministre de l’intérieur a refusé l’installation d’un bureau local de l’association française "Ni Putes Ni Soumises"? Pour la seule raison que cela risque de déranger l’institution de la prostitution au Maroc, que cette association fasse l’état des lieux de la prostitution et le tourisme sexuel extrêmement grave au royaume alaouite.
Quand on additionne à ce fleau évolutif qu’est la prostitution des temps modernes (complicité de la famille, tourisme sexuel, pédophilie.....) à l’industrie des stupéfiants bien encadrée par les décideurs et les barons de la cours royale (le Maroc est le premier producteur mondial de cannabis et premier fournisseur de l’Europe) nonobstant des autres fléaux socio-economiques endémiques, on est en droit de se poser la question suivante : Où va le Maroc de Sa Majesté le roi Mohamed VI?
Malheureusement pour la population sahraouie, ce fléau n’a pas épargné les territoires occupés du Sahara Occidental, où la présence de plus de 160.000 soldats, le long du mur de défense, fait de ce métier l’un des plus lucratifs après le trafic de drogue dirigé par les généraux de l’armée marocaine.
Source :
http://diasporasaharaui.blogspot.com

Quand j’étais dans le désert

De retour du Festival international du cinéma au Sahara occidental
par
Atenea ACEVEDO, 20/5/2009. Traduit par Esteban G. et é dité par Fausto Giudice, Tlaxcala





Pour J.O

La sonorité du mot Sahara contient la douceur spongieuse des dunes, la tyrannie du soleil, le bleu profond d'un ciel constellé, la vision fantastique d'un infini stérile. La guerre, la spoliation, la précarité, l'exil et l'injustice font également partie d’elle. La force irrésistible d'un peuple qui depuis trente-trois ans fait que lorsqu’on dit Sahara, on dit aussi résistance, aspiration, tempérance.

Arriver à Dakhla, un des camps de réfugiés sahraouis en Algérie dont le nom correspond à une de leurs villes sous occupation militaire marocaine, est une odyssée en règle. Comme si les péripéties se conjuguaient pour tester la détermination et la dureté de la peau de la voyageuse, simplement pour la récompenser par des images et des émotions uniques. Les heures dans un avion charter qui ressemble plus à un autobus loué par un groupe de camarades et le massage impitoyable que m’offre le transit tout-terrain depuis Tindouf sont le prix à payer pour le premier lever de soleil dans le désert. Mes yeux cessent d’épier et s’ouvrent comme des éventails, ensorcelés devant la vigueur du feu qui monte avec l'élan d'un dieu absolu. Dans peu de temps ils se fermeront, peut-être pour somnoler dans la khaima ou le gueton lorsque le corps refuse d'accompagner mon besoin de refaire le parcours et de me rappeler de tout.

À force de consignes, la réalité des camps vient à moi par paliers. La réflexion immédiate évoque ce que j'avais appris à comprendre comme « confort » ou « vie moderne », des euphémismes pour indiquer un robinet, une prise de courant électrique, une rue pavée et, aussi, une porte armée de verrous. Ici, où le temps a adopté la forme de l'horizon illimité, un moment suffit pour reconnaître dans ces objets caractéristiques les véhicules du gaspillage et de la gabegie. Nous avons besoin de peu et nous voulons tout, qu’importe si sur le chemin nous écrasons ou nous arrachons. Le peuple sahraoui, plongé dans la brutalité de l'occupation d'un côté du mur le plus long du globe ou de l'autre dans la rigueur de l'exil, sait que sa survie dépend du sens de la collectivité. Et les jours et les nuits à Dakhla permettent de faire la place à une réflexion plus détaillée sur ce qui dans mon monde s’est laissé perdre et qui n'est pas rien : la notion de communauté, la motivation pour nous reconnaître dans d'autres humanités, l'esprit de rébellion, la célébration de la vie pour elle-même.

Tout comme les centaines de personnes qui sont de passage, je jouis du rituel du thé, du refuge d'une famille, des amabilités du turban, de l'étoile qui annonce le lever du jour, de la cadence sage des dromadaires. La quiétude de chaque instant offre un apprentissage. J’écoute attentionnée le salut sahraoui, un échange de questions sur le bien-être de la famille et sur le bétail, sur les chemins parcourus et la présence souhaitée de l'eau dans un désert sans maître. Il s'agit de quelque chose de plus qu'une tradition de nomades, ce dialogue utile pour tracer sa propre route et réduire les probabilités de périr ou de se perdre sur des pistes rougeâtres : En préservant le salut qui distingue son esprit nomade, le peuple sahraoui scelle sa conviction dans la victoire et perpétue la chaîne de son identité légendaire.

L'imagination règne dans le Sahara, espace idéal pour l'organisation délirante d'un festival international de cinéma. Projeter des films dans l'immensité du mal-nommé « néant » ne rafraîchit pas seulement les sens marqués par une patience qui s’épuise. Quel meilleur moyen pour se pencher sur d'autres réalités et présenter, celle, propre au langage audio-visuel, emblème de notre temps ? Pour cela le festival offre des ateliers de documentaire, photographie, édition, son ou radio. C'est pourquoi la construction de la première école de cinéma est en cours et que les transmissions de la télévision sahraouei viennent d'être inaugurées. Tout sert à renforcer le sillon de la dignité et à défendre le sourire de ces gens qui ne demandent pas l’autorisation pour être et brandir leur drapeau.

Le lieu commun dicte d’affuter la perspective après avoir voyagé dans un camp sahraoui, lieu où la sotte pulsion humaine dépasse des adversités inimaginables, paysage singulier dans une planète où la pensée unique a déraciné tout trait d'originalité, de fait, les villes et les personnes sont chaque fois plus fastidieusement semblables. Peut-être est-ce ce qui explique le sourire qui se dessine sur ma bouche quand je parle du Sahara et d'un peuple qui a les yeux rivés vers le futur, les pieds enracinés dans l'histoire et des ailes qui lui poussent sur les bras. Mais ma fascination n’est pas à la mesure de sa blessure. Pour autant que nous qui arrivons ayons besoin d’une cure contre le consumérisme et la superficialité, pour aussi intense que s’avère l'expérience, personne ne devrait vivre en inventant des manières de crier au monde sa tristesse et sa soif de justice. Je joins ma voix au chœur qui exige un Sahara libre MAINTENANT.






Besson chasse le parent sans-papiers à proximité des écoles

par RESF, 20/5/2009
Malgré les assurances maintes fois données par les ministres successifs de l’Intérieur (Nicolas Sarkozy), de l’Education nationale (Gilles de Robien puis Xavier Darcos) et de l’Identité nationale (Brice Hortefeux), Eric Besson considère-t-il légitime d’envoyer sa police à la chasse au parent sans papiers à proximité des écoles ?
C’est dans ces circonstances que deux pères ont été arrêtés, l’un le 13 mai à Cayenne, en Guyane, en conduisant son enfant au collège, le second le 14 mai à Tarbes (Hautes-Pyrénées) en venant chercher sa fille à l’école. _ « Un père d’élève a été arrêté ce matin aux abords du collège Justin Catayée à Cayenne alors qu’il y amenait son enfant » dénonce RESF en Guyane. « La communauté éducative du collège s’est mobilisée de façon exemplaire pour permettre à cet homme de dormir chez lui ce soir. Son dossier sera présenté en Préfecture demain (14 mai). Le Réseau Education Sans Frontières en Guyane dénonce la pratique déloyale consistant à mettre en danger la scolarisation des enfants selon la situation des parents.Les parents étrangers doivent pouvoir accompagner leurs enfants à l’école sans peur d’y être arrêtés sous peine de voir ces enfants déscolarisés. La politique du chiffre ne peut ouvrir la porte à toutes les pratiques. Les contrôles systématiques des "2 roues" aux abords des établissements scolaires ne sont pas acceptables et la communauté éducative restera vigilante pour protéger la scolarisation de tous les enfants de Guyane. »
Armen Ieguiazarian, un ressortissant arménien à qui l’asile politique vient d’être refusé, a lui été arrêté par la police, alors qu’il venait chercher sa fille de 6 ans à l’école Paul-Bert à Tarbes. Il est actuellement enfermé dans la prison administrative pour étrangers (CRA) de Cornebarrieu, près de Toulouse. Les parents d’élèves sont nombreux à « avoir été très choqués » par cette arrestation, assurant que « leurs gamins sont marqués par cet épisode ». L’arrestation d’Armen Ieguiazarian est d’autant plus choquante que son épouse est Azérie et que l’Arménie ne reconnait pas ces mariages : lui serait expulsé vers l’Arménie, elle vers l’Azerbaïdjan ennemi avec tous les risques de persécution qu’on imagine pour les parents et pour les enfants !
En février dernier déjà, Ammar Amedjar, père marocain de deux fillettes nées en France et mari d’une jeune Marocaine... qui vit en France depuis l’âge d’un an avait été arrêté à moins de 100 m de l’école où il venait à pied, comme chaque matin, déposer sa fille. Il a depuis lors fait un mois de prison (à Angers) pour refus d’embarquer puis deux mois (à Villepinte) pour une seconde condamnation pour le même motif. Il a directement été expulsé à sa « libération ».
Dès lors, la question ne peut manquer de se poser : M. Besson a-t-il donné pour instructions d’ouvrir la chasse aux parents sans papiers et peut-être un jour la chasse aux enfants à proximité des écoles ? Ce serait dramatique, pour les sans papiers eux-mêmes, naturellement. Mais aussi pour la représentation de l’école qu’ont les enfants, perçue non plus comme un lieu protecteur mais comme un piège dangereux. Ce serait grave aussi pour les fonctionnaires de police amenés à des gestes que leur conscience ne peut que réprouver. La communauté éducative (parents, enseignants, élèves) n’accepte pas cette politique dont les victimes sont nos voisins, nos amis, nos élèves, les amis de nos enfants. Depuis quelques temps M. Besson donne le sentiment de n’avoir plus de limites en matière de dérapages. Il serait temps qu’il se ressaisisse.

Le patronat agraire attaque

par Ali Fkir 22/05/2009
C'est incroyable, mais c'est vrai ! Les grands propriétaires terriens et autres capitalistes agraires manifestent à Agadir.
Contre qui ?
Contre les ouvriers, les "ingrats".
Que demandent ils?
Que l'Etat utilise plus de matraques contre ces "ingrats".
Pourquoi?
Par ce que ces "zoufrias" et "zoufriates", exigent le respect de la réglementation en vigueur:
- L'application du SMAG
- Le respect de la durée de travail hebdomadaire
- Le paiement des heures supplémentaires
- L'établissement des bulletins de paie
- La déclaration à la CNSS
- Le respect du droit à l'adhésion syndicale
- Le respect de la dignité des ouvrier-Ers
- Mettre fin au harcellement sexuel dont sont victimes les ouvrières
.......
La région de Chouka Aït Baha et du Sous Massa-Drâa ( plus de 100 000 ouviRer-Eres dont plus de 70 000 à Chtouka) est devenue l'eldorado (vert) des capitalistes (marocains et étrangers): terres fertiles, réserves d'eau relativement importantes, force de travail à très bon marcher, les rapports de productions médiévaux, la loi n'est faite que pour protéger les vampires agraires...les différents ministères (de l'agriculture, de l'intérieur, des finances...) sont totalement dévoués au service de ces voraces. Ceux-ci ne paient pas d'impôts! C'est le comble !!!
Depuis quelques temps, les capitalistes agraires organisent de véritables expéditions punitives contre les travailleurs et les travailleuses, recrutant pour cela des marginalisés et autres "bras cassés", épaulés dans cette sale besogne par les les forces de répression publiques. Des blessés, des détenus se comptent par dizaines. Les militants syndicalistes restent les premiers visés.
Les "patrons" ont manifesté à Agadir. Ils n'ont pas été gênés par les "forces de l'ordre". La télévision était là pour assurer la couverture de l'événement.
Et si c'étaient les ouvrierEs? les blessés (et pourquoi pas les morts) et les détenus seraient des centaines.
C'est très grave ce qui se passe dans le "monde de travail".
Les directions syndicales doivent sortir de leur torpeur, les militants doivent dépasser leur bavardages stériles, les distributeurs de promesses électorales sans lendemain doivent revoir leur stratégie de "démocratie par la démocratie".
À Chouka, dans le Sous Massa-Drâa, à Sidi Bernoussi, à Aïn Sebâa, à Skoura-Boulmane, à Larache, à Beni Mellal...la lutte des travailleurs est la même. La cause reste la même.
Nous devons tous réagir à ce qui se passe, le train de la lutte de classes n'attend pas les traînards.

vendredi 22 mai 2009

Karim, entre prison et centre de détention, la vie brisée d'un sans-papier

Il s'appelle Karim. Il a aujourd'hui 31 ans. Arrivé en France en 1991, à l'âge de 13 ans, sans aucune famille, ce maghrébin, a risqué sa vie pour fuir son passé douloureux dans son pays, le Maroc. Depuis, il "galère", ne vivant que de petits "boulots" et transite de prisons en centre de détention. Aujourd'hui, Karim est dans une impasse, non expulsable faute de papiers et en même temps, dans l'impossibilité de vivre en France... Nous avons décidé de vous raconter son histoire, qui, représente, à nos yeux, la complexité de la situation de bon nombre de sans papiers.
L'histoire de Karim commence comme dans un film : comme de nombre jeunes, l'Europe le fait rêver. Il n'a que 13 ans, mais il décide de partir. Il n'en est pas à sa première tentative. Six mois plus tôt, il a essayé, sans succès, récoltant quatre mois de prison. Cette fois, ce sera une réussite. Il vole un bateau à un riche retraité, avec la complicité passive des douaniers et passe huit jours dans la tempête avec un moteur en panne, des vedettes de police à sa recherche. C'est à la nage qu'il échouera sur les côtes européennes.
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jeudi 21 mai 2009

L'aval de l'ONU pour un cybercafé en Algérie

par Kamel Daoud
Tout le monde le sait, le seul parti d'opposition qui reste vivant dans ce pays, c'est le Net. Le Web. Internet. La Toile. Le militantisme du clavier. C'est là que les Algériens parlent. Parlent de tout et de rien. S'opposent. S'expriment. Disent. Disent non et se rencontrent, s'aiment ou s'insultent. C'est pourquoi le régime local tente aujourd'hui pour bloquer Internet, le surveiller, le réglementer, le cadenasser comme la Chine ou la Tunisie. Des projets de loi sont déjà en rédaction pour réduire cette liberté d'expression à une expression surveillée. Un jour, vous irez dans un cybercafé sous la caméra, vous ne pourrez surfer qu'en déposant votre CIN et vous ne pourrez le faire sans en rendre compte au propriétaire qui doit en rendre compte aux polices d'État. Un jour ?
Non. Cela a déjà commencé. Pour ceux qui le savent, «ouvrir» un cybercafé aujourd'hui, en Algérie, demande plus d'effort et de papiers que pour recréer le FIS ou le MTLD de Messali. Cet emploi, qui intéresse souvent l'emploi du jeune, est maillé par une série de procédures tout simplement incroyables. Jugez-en : au service des registres de commerce, on vous demande d'abord un dossier d'agrément avec 10 copies de plan de situation, un plan de masse, un extrait de rôle, la copie de votre CIN, un contrat de location ou un acte de propriété, un extrait de naissance d'origine... etc. Est-ce tout ? «Non», vous répond l'Etat qui encourage officiellement l'emploi et les technologies nouvelles. Reste l'autre parcours complètement surréaliste : avec ce dossier, vous devez introduire une demande auprès de la DRAG, à la wilaya de votre wilaya.
Là, les services de la réglementation dispatchent votre dossier sur huit services qui doivent tous faire une enquête, une sortie sur terrain et répondre par l'aval ou le niet et faire remonter leurs réponses vers la wilaya. En voici la liste, valable pour un dossier d'adhésion du Kosovo à l'ONU : la DCP (Direction de la concurrence et des prix), la Protection Civile, la Police, la direction de la Santé, l'APC, La direction de l'Environnement, la direction de l'Habitat et la direction de la Jeunesse et des sports. «Ne manque que l'accord d'El-Barade'i de l'Agence internationale de l'énergie atomique», explique un Algérien sorti vivant de ce Tora-Bora bureaucratique.
Sachant la numérisation très avancée des administrations algériennes, on devine le temps qu'il faut pour que tout ce beau monde soit d'accord.
Par la suite, Obama ayant été réélu, la DRAG vous donne votre agrément et vous voilà heureux et vivant, ou presque. Car, là aussi, l'ouverture du cybercafé impose un avis commodo-incommodo dans un journal avec un délai d'un mois à attendre pour commencer. A la fin, ce n'est plus un emploi de jeune mais un vieillissement pour l'emploi.
Ceci pour un cybercafé. On devine donc le temps qu'il faut pour le reste : créer une entreprise plus vite qu'au Qatar par exemple. Marcher sur la lune avec un comité de soutiens cosmonautes, inventer un nouveau carburant. Ceci, en attendant la nouvelle réglementation qui va encadrer ces nouvelles Kasmates de la mondialisation où l'oxygène algérien et ses jeunes se réfugient de temps en temps. Combien met-on de temps à ouvrir un cybercafé en Algérie ? Voici une échelle de mesure : huit fois le temps qu'il faut pour réviser une Constitution, six fois le temps qu'il faut pour faire voter ce peuple par téléchargement.
Kamed Daoud est chroniqueur et auteur algérien. Auteur de :
“La Fable du Nain” - Roman - Ed: Dar El Ghard. Oran
“Ô Pharaon” - Récit - Ed: Dar El Ghard. Oran
- “Raîna-Raîkoum” - Recueil de Chroniques - Ed: Dar El Ghard. Oran
- “Mac Arabe” - Recueil de Chroniques sur l’Actualité Arabe - Ed: Dar El Ghard. Oran
La chronique ci-dessus est extraite de Raîna-Raîkoum


Grenoble, 1er mai 2009: quand la police utilise des méthodes marocaines


NDLR SOLIDMAR : "BAC" est l'acronyme des Brigades anticriminalité de la Police nationale française créées en 1994 à partir des brigades de surveillance de nuit et appartenant à la Direction Centrale de la Sécurité Publique. Elles n'ont pas cessé défrayer la chronique, vu leurs méthodes de cow-boys. Il existe plus de 300 BAC en France.

La BAC ayant provoqué durant la manif,
Se trouva fort dépourvue au finish.
Pas d’incident, et pas d’assaut :
Ils n’arrêtèrent pas un gaucho !

Quota mensuel n’étant pas fait,
Trois citoyens devinrent suspects.
Un "casseur" imaginaire fut frappé,
Puis un pacifiste arrêté.

Le dernier fut tabassé,
Et son drapeau fut arraché,
Il était de la CNT.
Est-ce pour cela qu’il fut visé ?

Que faisiez vous ? dirent les agents.
Je militais, ne vous déplaise !
Vous militiez ? J’en suis fort aise :
Eh bien ! Résistez, maintenant !



Le 1er mai 2009, l’hébergeur de notre site revoltes.net, syndicaliste CNT, a été tabassé par la BAC et arrêté
Dans son numéro du 23 avril 2009, le journal Politis interviewait Michela Marzano, philosophe italienne et chercheuse au CNRS, au sujet de son livre "Le fascisme, un encombrant retour" qui analyse l’action de Sarkozy et de Berlusconi à la lumière du passé Mussolinien. Elle y met en évidence de troublantes analogies : on est peut-être pas déjà dans un régime fasciste, mais on est en train de s’en rapprocher dangereusement.
En 2003 déjà, dans un article consacré aux
prisonniers politiques en France, nous nous inquiétions de la recrudescence d’arrestations arbitraires de syndicalistes. Désormais, plus de 272 000 pages web relatent la montée de la répression du mouvement social.
Six ans et quelques bavures plus tard, il y a eu la
mort de Ziad Benna et Bouna Traoré, la révolte des banlieues, le matraquage de Cyril Ferez en 2006, l’incroyable mélange d’incurie et de provocation des forces de répression lors du sommet de l’Otan à Strasbourg en 2009, l’arrestation des épiciers de Tarnac accusés semble t’il essentiellement d’avoir écrit un livre un peu subversif, ... et j’en passe et pas des meilleures !
Ce 1er mai 2009, c’est l’un des coopérateurs et ami de notre site qui s’est fait tabasser, insulter, et arrêter arbitrairement, à Grenoble. Un casseur, lui ??? Il est informaticien, marié, et père de deux enfants. Doué, calme, généreux, et ... bâti comme une allumette. C’est simple : pour maigrir, il lui faudrait perdre un os ! On se connait depuis dix ans, et je suis témoin qu’il y a peu de gens aussi intègres que lui dans ce monde. Voici son témoignage :


mercredi 20 mai 2009

Le bon élève marocain félicité par l’oncle Sam

par Renée de Saissandre , bakchich.info, 14/5/2009

Un rapport de l’administration américaine publié fin avril félicite le Maroc pour ses efforts dans la lutte contre le terrorisme. Mais ça n’empêche pas ce pays d’être un incubateur à groupuscules.
Voilà qui devrait donner des ailes aux services de sécurité du royaume enchanté du Maroc. La grande puissance américaine vient en effet de décerner un satisfecit sans réserve à la stratégie chérifienne de lutte contre le
terrorisme, lequel tient en deux mots : « good job » ! Et c’est le Département d’Etat lui-même, via son Bureau du Coordonnateur pour l’antiterrorisme qui le dit.
Dans son « Rapport sur l’antiterrorisme 2008 » remis au Congrès fin avril qui évalue annuellement le travail fourni par les partenaires des Etats-Unis dans leur lutte internationale contre le terrorisme, le
Maroc fait définitivement figure de bon élève et de premier de la classe américaine au Maghreb.
Au vu des « succès » enregistrés par les autorités marocaines, listés par ce rapport, on comprend mieux pourquoi le royaume enchanté reste si peu communicant sur son travail de l’ombre : il s’est appliqué à suivre scrupuleusement l’approche « globale » conjuguant répression et prévention, prônée par la plus grande démocratie du monde qui, du coup, le lui rend bien. En passant outre sur certaines pratiques marocaines engendrant d’importantes violations des droits de l’homme.
Heureusement qu’avec ce rapport les Américains et leur sacro-sainte transparence viennent pallier aux petites cachotteries marocaines, Dieu est grand et
M6 son serviteur. Et on en apprend de belles…
Un beau tableau de chasse pour les autorités marocaines
Ainsi de sa stratégie répressive, et la liste impressionnante d’arrestations et de condamnations réalisées au cours des douze derniers mois. Parmi les coups de filets d’importance citées par le rapport, l’arrestation du très sulfureux maroco-belge
Abdelkader Belliraj à la tête d’un réseau démantelé en février 2008 de quelques 36 individus « qui préparaient des attaques contre des cibles locales et occidentales ». En juillet, un réseau cette fois de « 35 recruteurs pour l’envoi de volontaire en Irak » était neutralisé, suivi de l’arrestation le mois suivant, de 15 membres d’un groupe baptisé « Fath Al-Andalous » alors qu’ils planifiaient selon les services marocains, « des attaques contre les forces onusiennes de maintien de la paix basées au Sahara occidental et contre des sites touristiques » au Maroc.

© Khalid


Même tableau de chasse lorsqu’il s’agit de juger les prévenus accusés de complot terroriste : 25 ans d’emprisonnement pour Hassan Al-Khattab, le chef d’un réseau de 49 membres du groupe « Ansar Al-Mehdi » ; lourdes sanctions également prononcées en 2008 à l’encontre des individus arrêtés trois ans plus tôt qui appartenaient au groupe « Djammaat Al Mouslimoun Al Djoudoud », comme pour les 29 membres de la « cellule de Tétouan » ; prison à vie pour le kamikaze raté Hicham Doukkali, piégé par sa propre bombe qu’il avait tenté de faire exploser dans le centre de Meknès en août 2007. Autant de résultats à mettre sur le compte des « importants efforts déployés par les autorités du pays », comme s’en félicite le Département d’Etat, « pour neutraliser un grand nombre de groupes d’inspiration salafiste-djihadiste ».

Un de capturé, dix d’enrôlés
Sauf que la prolifération de ces micro-entreprises du terrorisme, qu’attestent ces « succès » révèlent dans le même temps le dynamisme remarquable de ce secteur d’activité dans le pays. Scoop : le Maroc est une vraie poudrière, CQFD.
Les Marocains l’ont même avoué aux Américains : « l’existence de nombreux petits groupes extrémistes (moins de 50 membres) constitués localement, isolés entre eux et tactiquement limités, reste la première menace » pour leur pays. La force d’attraction exercée par le groupe algérien
Al-Qaïda dans les pays du Maghreb islamique (AQMI, ex-GSPC) sur le terrain marocain et ses appels répétés à s’attaquer au régime de Mohamed VI y contribue largement : « de nombreux Marocains se rendent au nord du Mali et en Algérie pour suivre des entrainements dispensés par des membres d’AQMI » apprend-on, avant de faire fructifier les acquis de cette nouvelle fraternité algéro-marocaine en terres chérifiennes ou l’exporter « en Irak pour y conduire des attaques terroristes ». Et s’ils survivent, le retour au pays de ces « vétérans » d’Irak représente un autre risque d’importance.
Mais il y a pire menace encore, selon les services marocains : ceux parmi leurs compatriotes à s’être « radicalisés au cours de leur séjour en Europe » (sic) et qui reviennent très remontés de cette expérience. Leurs homologues français, espagnols et italiens en particulier, apprécieront… qui doivent combattre de multiples filières implantées chez eux impliquant des Marocains, comme le rappelait le dernier rapport sur la lutte contre le terrorisme d’
Europol publié quelques jours avec le Département d’Etat. A se demander pourquoi les Marocains ne restent pas vivre chez eux.

Une expérience à méditer pour les Marocains


Argentine : l'Esma, centre de torture devenu lieu de mémoire
Par François Gèze Editeur 19/05/2009 10H38


Alors que la justice argentine prépare pour octobre le « méga-procès » des tortionnaires qui sévirent pendant la dictature militaire (1976-1983) à l'Ecole supérieure de mécanique de la marine (Esma), les locaux de cette « usine de mort », désormais administrés par des défenseurs des droits de l'homme, se transforment en un lieu de mémoire et d'hommage aux victimes. Récit d'une visite bouleversante.

Début 1978, nous étions des dizaines de milliers, en France, à nous mobiliser
contre le « Mundial » de football qui devait se dérouler en Argentine, derrière le slogan : « On ne joue pas au football à côté des centres de torture. » Nous écrivions alors :
« L'équipe de France de football jouera-t-elle à 800 mètres du pire centre de torture du pays ? C'est en effet la distance qui sépare le stade de River Plate (…) de l'Escuela de Mecánica de la Armada (Ecole de mécanique de la Marine), siège du sinistre “grupo de tareas 3.3”, véritable Gestapo argentine composée de 314 officiers et soldats de la Marine. Depuis deux ans que ce groupement sévit, des centaines d'hommes et de femmes y ont été atrocement suppliciés, brûlés au chalumeau, coupés vifs à la scie électrique, écorchés vivants, etc… »
Notre campagne n'empêcha pas l'équipe de France de participer au « Mundial », mais son écho fut important. Aussi, on imagine mon émotion quand, trente et un ans après, par une belle journée d'avril à Buenos Aires, j'ai pu visiter cette « usine de mort » de l'Esma, devenue aujourd'hui
l'Espace pour la mémoire et pour la promotion et la défense des droits de l'homme.
La transformation d'un lieu de torture en lieu de mémoire
L'endroit surprend : longeant la très fréquentée avenue Libertador, c'est un immense parc arboré de 17 hectares, abritant 34 bâtiments dont certains furent longtemps des écoles de formation pour les élèves officiers de la Marine.
Eduardo Jozami m'a permis cette visite -le site n'est pas encore complètement ouvert au public. Lui-même, à l'époque militant de l'organisation péroniste des
Montoneros, a passé toutes les années de la dictature en prison. Sa femme, qui fut torturée comme il l'a été, est l'une des rares survivantes de l'Esma. Il dirige aujourd'hui le Centre culturel Haroldo Conti (du nom du célèbre écrivain argentin, « disparu » en 1976), qui occupe l'un des bâtiments de l'Esma.
Le 24 mars 2004 : le président Nestor Kirchner, répondant enfin à l'extraordinaire mobilisation, depuis 1977, des mères et grands-mères de « disparus » (puis des
enfants), a annoncé que ce lieu serait désormais un « musée de la mémoire ». La cérémonie sur les lieux fut bouleversante, comme en témoigne le documentaire « Esma, museo de la memoria », du réalisateur Román Lejtman. Mais il a fallu attendre plus de trois ans pour que la Marine argentine accepte enfin de quitter l'Esma.
Les organisations des droits de l'homme ont depuis réalisé un formidable travail, que j'ai découvert en ce jour d'avril avec la visite guidée de « Luz », jeune femme passionnée et compétente. Elle guide notre petit groupe vers l'immeuble du
« Casino de oficiales », bâtisse banale qui abritait un « salon doré » (où se réunissaient les officiers) et deux étages de chambres pour les élèves officiers. Mais aussi, pendant plus de sept ans, les lieux de torture et de détention des « disparus ».
Enlevés clandestinement par les agents des « grupos de tareas » 3.3.1 et 3.3.2, ils étaient d'abord emmenés dans la cave (le « sótano ») située sous le salon doré (lieu de planification des enlèvements) : une salle de 120 mètres carrés environ, mal éclairée par de petits vasistas et subdivisée en cellules, équipée pour les séances de torture (gégène, sonorisation musicale pour étouffer les cris…) et comprenant une infirmerie.
En 1977, y furent également installés une imprimerie et un labo photo -où des détenus ont dû travailler-, destinés à produire de faux documents et du matériel d'« action psychologique » élaborés par le service de renseignements de la Marine pour des actions de propagande.
En bref, le sótano était un extraordinaire concentré de ce qu'a produit de pire la fameuse « doctrine de la guerre révolutionnaire » élaborée dans les années 1950 par des officiers français en Indochine et mise en œuvre lors de la guerre d'Algérie : une doctrine reprise et appliquée par les militaires argentins lors de la « sale guerre » des années 1976-1983, comme l'a révélé en 2004 la journaliste Marie-Monique Robin dans son film puis dans son livre
« Escadrons de la mort, l'école française ».
5 000 « disparus » dans cette usine de mort
Les « disparus », entre les séances de torture, étaient détenus dans des cellules (toujours éclairées) situées sous les combles, au troisième étage, un sinistre grenier appelé « capucha » : ils avaient en permanence les yeux bandés, une cagoule sur la tête, les jambes entravées. A côté, d'autres locaux, dont une « maternité », où les détenues enceintes accouchaient : elles étaient ensuite assassinées, des familles de militaires ou de policiers tortionnaires s'appropriant leurs bébés -vingt ou trente ans plus tard, nombre de ces enfants découvriront la vérité sur leur origine, avec les traumatismes que l'on imagine.
De mars 1976 à novembre 1983, quelque 5 000 « disparus » (sur les 30 000 imputés à la dictature) ont transité dans ces lieux de mort. Deux cents à peine ont survécu, dont certains de ceux qui faisaient l'objet d'un « programme de récupération » visant à les retourner. Certains sont morts sous la torture -leur corps étant brûlé dans le stade militaire attenant à l'Esma.
La plupart ont fait l'objet d'un « transfert », comme c'était la règle dans les 340 centres de détention clandestins de l'armée, dont l'Esma était le plus important : chaque mercredi, des détenu(e)s étaient « prélevé(e)s » au Casino de oficiales, emmené(e)s à l'infirmerie où une piqûre d'anesthésique les endormait, avant d'être transféré(e)s dans un avion, d'où ils/elles étaient jeté(e)s dans les eaux du Rio de la Plata, lors des « vols de la mort » -dont le journaliste Horacio Verbitsky a fait le récit dans son fameux livre El Vuelo.
Une expérience unique et exemplaire de « justice transitionnelle »
On ne sort pas indemne de cette visite. Les lieux, vides, ne sont plus exactement ceux d'hier. Mais partout, sans le moindre voyeurisme, de discrets panneaux donnent au visiteur des explications précises et des extraits de témoignages de survivants. Un admirable travail de mémoire : les âmes volées de ces milliers de jeunes femmes et de jeunes hommes « disparus » sont là, avec vous.
Et vous ne pouvez oublier que, durant toutes ces années-là, ils ont fugacement « cohabité » dans le même immeuble -à deux pas de l'une des avenues les plus passantes de la capitale argentine- avec leurs tortionnaires et leurs assassins, mais aussi avec les simples élèves officiers qui croisaient dans les escaliers les loques humaines remontées du « sótano » à « Capucha »…
L'« Espace pour la mémoire » est une expérience unique. Dans nombre d'autres pays dont les populations ont également souffert des « sales guerres » de la seconde moitié du XXe siècle (Afrique du Sud, Maroc, Guatemala, Colombie, Algérie…), les processus de « justice transitionnelle » sont plus ou moins téléguidés par des régimes complaisants face aux crimes du passé : ils sont au mieux préoccupés par l'établissement de la vérité et en tout cas beaucoup moins par la justice, visant à sanctionner, sinon tous les criminels et leurs complices passifs, du moins les principaux organisateurs de la barbarie.
C'est précisément ce qu'a commencé à faire la justice argentine depuis 2007, en enchaînant de vrais procès des généraux organisateurs des disparitions et de la torture, après que les habituelles lois d'amnistie ont été abrogées.
Et cela, on ne le dira jamais assez, grâce à la lutte obstinée, si longtemps restée inaudible, des familles des victimes. D'où l'importance de saluer le travail que font aujourd'hui, dans une indifférence du reste du monde qui me révolte autant qu'hier celle des spectateurs béats du Mundial de 1978, les militants de l'espoir occupés à transformer l'Esma en lieu de mémoire.
Photos :
une affiche contre la torture en Argentine réalisée parle COBA en 1978 (DR).
La façade de l'Esma (Espacio para la memoria).
La jaquette du livre « El Vuelo » d'Horacio Verbitsky (DR).


Source : Rue89

"La Capitale des Roses" : rencontre dédicace à Casa

« La Capitale des Roses » de M. Nadrani et A. Kounsi
Rencontre dédicace organisée par L’hebdomadaire « Al AYAM »
À la Maison de l’Avocat à Casablanca, BD de la Résistance المقاومة
Jeudi 28 mai 2009 17H 30
Lecture et présentation de l’œuvre
Nabila Mounib et Driss Abou Zaid

Un témoignage en 417 pages sur la disparition forcée pendant presque 9 années (1976-1984) passées au Complexe (Centre général de la DST) de Rabat,à Agdz, à Kalâat-M'gouna et à Skoura

mardi 19 mai 2009

Grève de la faim devant le CCDH : 3 grévistes hospitalisés

Neuf anciens prisonniers politiques sont en grève de la faim devant le CCDH. Il s’agit de :

- Rafiq Assedqi
- Mustapha Ouâziz
- Mustapha Bouzari
- Rachid El Majdoubi
- Hafid Lamrikhi
- Driss El Ouazzani
- Samir Chamal
- Azouz Ben Adda
- Abdelhaq Boudour qui ne suit pas la grève de la faim pour des raisons de santé.

En sit-in devant le CCDH depuis le 28 avril 2009. Ils ont transformé leur sit-in illimité en grève de la faim depuis le 13 mai 2009.
Ils demandent au CCDH, l’instance qui est chargée de l’application des recommandations de l’ex-IER :
- L’application immédiate des décisions les concernant émanant de l’ex-IER
- L’intégration sociale
- La régularisation de la situation administrative et financière
- La prise en compte de l’ancienneté pour la retraite

Trois d’entre eux ont été transportés à l’hôpital le 19 mai 2009 dans un état alarmant.

Abdelkebir El Bahi, étudiant de 21 ans, s’est joint au sit-in illimité devant le même CCDH le 14 mai 2009, jour anniversaire de son drame.
Il a été jeté du 4ème étage par un membre des forces auxiliaires lors d’une intervention violente à la cité universitaire de Marrakech le 14 mai 2008. Abdelkébir s’est brisé la colonne vertébrale et la cage thoracique ce qui lui a causé une paralysie. Il réclame que les soins médicaux soient pris en charge par le CCDH et que lui soit attribuée une indemnité d’autant que sa famille est dans l’impossibilité de subvenir à ces charges. Son père écope de cinq mois de prison ferme à la prison Lakhal de Layoune après avoir déjà passé deux mois à la prison locale de Smara.

La situation de ces neuf anciens prisonniers politiques et de l’étudiant Abdelkébir El Bahi devient critique. Le CCDH leur tourne le dos et ne daigne même pas les recevoir pour étudier une sortie avec eux.

L’ASDHOM dénonce cette attitude irresponsable et inacceptable .
Source : ADHOM
asdhom@asdhom.org

Expulsion : Une autre famille marocaine jetée à la porte de la France

Même s’il avait quelque peu résisté, Ammar Amedjar a fini par être expulsé de France vers le Maroc. Contraints, sa femme et ses enfants l’ont suivi. Leur combat continue…
Le Réseau Éducation Sans Frontières se mobilise en France pour soutenir Ammar Amedjar et sa petite famille. Mais n’est-ce pas trop tard ? Le principal concerné veut bien croire que non. « J’ai envoyé des lettres partout et j’attends », affirme-t-il avec espoir. Lui qui dit n’avoir commis nul autre tort que d’avoir décidé d’aller en France pour vivre auprès de son épouse, Rahma et de ses enfants. Mais, il en a été expulsé sans ménagement. De retour à Béni Mellal, il se dit déçu. Il affirme mal imaginer comment il pourrait vivre séparé de sa petite famille qui l’a rejoint au Maroc et qui devra revenir incessamment en France. Mais comment en est-il arrivé là ?

lundi 18 mai 2009

Messages des anciens prisonniers de Sidi Ifni

À tous ceux qui nous ont soutenus
15 mai 2009
C'est grâce à la solidarité que vous avez exprimée à travers les pétitions, les rassemblements devant les ambassades et les manifestations que nous, prisonniers, avons pu résister derrière les barreaux des prisons du régime marocain. Cette solidarité magnifique avec nous et avec la population réprimée de Sidi Ifni-Aït Baamrane, ajoutée aux efforts de résistance de nos familles et des associations marocaines militantes, a été un bouclier protecteur qui a obligé le régime marocain à alléger les condamnations injustes prononcées contre nous par la Cour d'appel d'Agadir. Nous vous exprimons notre gratitude et notre joie pour cette victoire mais nous voudrions insister sur le fait que nos camarades encore emprisonnés à la prison d'Inezgane et de Tiznit ont encore un grand besoin de votre soutien (voir liste ci-après) Par ailleurs, la clémence relative du jugement n'est qu'une victoire provisoire et partielle, car les personnes jugées, qu'elles soient encore en détention ou en liberté, sont en attente d'un procès en appel dans les prochains mois. En outre les promesses de développement restent largement fictives et sans rapport avec les revendications réelles des habitants. Chers camarades, notre résistance face à l'appareil de répression sauvage et votre solidarité sans faille seront la seule garantie pour que notre victoire soit complète et une boussole pour la poursuite de notre combat commun. Vive la solidarité.
Venceremos
Brahim Bara
Azeddine Amahil
Mohamed Lamrani
Mustapha Akesbi (Ex-prisonniers de Sidi Ifni)
Liste des détenus encore emprisonnés
Prison d'Inezgane :
Hassan Agharbi
Zakaria Rifi Zine
Elabidine Radi
Houssein Tizougarine
Mohamed Issam
Prison de Tiznit
Ahmed Ahgoun
Hussein Boumzough
Brahim Harbili
Saoulajane Elhouari
Omar Aarab
Miloud Boutakat

dimanche 17 mai 2009

Neuf anciens prisonniers en grève de la faim devant le CCDH

Depuis plus de deux semaines, neuf anciens prisonniers observent un sit-in permanent devant le siège du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme à Rabat. Cette manifestation est la énième initiative pour tenter d'obtenir de ce Conseil la mise en oeuvre des recommandations de l'Instance Equité et Réconciliation concernant la régularisation de leur situation administrative et leur intégration sociale. Devant la fin de non-recevoir qui leur a été adressée par le Président du CCDH -Ahmed Herzenni, ancien prisonnier comme eux- ils ont décidé de durcir leur mouvement et d'observer une grève de la faim illimitée à compter du mercredi 13 mai, en plein air, dans le petit square qui jouxte le CCDH en face de la Mosquée des Martyrs. Ils ont reçu la visite ce 15 mai d'une délégation médicale déléguée par la Ligue marocaine des Droits de l'Homme. Ces médecins ont demandé qu'une salle du CCDH leur soit ouverte pour qu'ils puissent examiner les grévistes à l'abri des regards. La demande a été rejetée.
Ils ont été rejoints pour ce sit-in illimité par Abdelkébir Bahi, étudiant à Marrakech paralysé depuis que les forces de l'ordre, le 14 mai 2008, l'ont précipité du haut d'une fenêtre du 4è étage de la cité universitaire et qui réclame une prise en charge des soins médicaux qu'il nécessite et une indemnisation.
Vous pouvez écrire des lettres d'appui à leurs revendications à
Monsieur Ahmed Herzenni Président du CCDH ccdh@ccdh.org.m FAX: + 2123 772 68 56.
Monsieur Abdelwahab Radi Ministre de la Justice lididi@justice.gov.ma
FAX: + 21237 72 37 10 + 21237 73 07 72 + 21237 73 89 40

Avis à l'opinion publique
Nous soussignés, victimes de la répression politique et des années de plomb au Maroc, deux années après réception des décisions de l'Instance pour l'Equité et la Réconciliation ordonnant la régularisation de nos situations administratives et notre intégration sociale, et après les correspondances adressées à ce sujet à toutes les instances responsables de l'exécution des dites décisions, à commencer par le Conseil consultatif des Droits de l'Homme en passant par les voies gouvernementales concernées et le rappel à tous les Responsables de l'Etat de l'objet du discours royal du 6 janvier 2006 appelant à l'application immédiate des recommandations formulées, nous déclarons:
- notre désespérance suite à cette politique de mystification et d'atermoiements
- l'épuisement de toutes nos formes de protestation, de sit-in et de manifestations pacifiques
Nous déclarons à l'opinion publique et internationale notre entrée contraint dans une grève de la faim ouverte à partir du 13/05/2009.
En cette occasion, nous prions toutes les forces vives démocratiques de nous apporter leur soutien aux fins d'arracher nos droits légitimes à la régularisation administrative et sociale de notre situation telle que stipulée dans les décisions de l'Instance pour l'Equité et la Réconciliation.

En outre, nous tenons et tiendrons pour responsables les centres de décision et acteurs gouvernementaux agissant dans le but de perturber l'exécution de la Décision Royale recommandant l'exécution sans atermoiements des décisions concernant notre situation.

De même, nous responsabilisons ces instances perturbatrices de toutes les conséquences sanitaires et humaines qui résulteront de notre grève.

Bouzari Mustapha
Lamrikhi Hafid
Chmal Samir
El Majdoubi Rachid
Ouaziz Mustapha
Sedki Rafik
Benada Azouz
Bodor Abdelhak
Ouezzani Driss

Yahya Med Elhafed transféré à l'hôpital dans un état critique

par ASVDH, 17 mai 2009
L’administration pénitentiaire de la prison de Ait Melloul a transféré le défenseur des droits de l’homme et détenu politique sahraoui gréviste de la faim Yahya Mohamed Elhafed, vers une direction qui est restée inconnue pendant plus de 24 heures .
Selon des sources à l’intérieur de la prison, il a été extrait de sa cellule par la force dans un très mauvais état hier vendredi matin, a 10 h 30. D’autres informations après ont confirmé sa présence à l’hôpital Hassan II à Agadir et que sa famille souffre toujours et qu’elle n’a pas pu lui rendre visite jusqu’au présent.
Pour rappel, Yahya Mohamed Elhafed, et ses camarades Hassan Khallad, Mahmoud Elberkaoui et Lefkir Lahcen sont engagés dans une grève de la faim illimitée depuis 42 jours au mépris total de ce qui pourrait arriver à leur état de santé et sans obtenir aucun dialogue pour répondre à leurs demandes.
Le comité local de l’ASVDH, section de Boujdour, condamne le mépris de l’administration pénitentiaire pour l’état de santé des grévistes de la faim et fait appel aux organisations des droits de l’homme à intervenir pour sauver leurs vies et répondre à leurs demandes légitimes.
Comité local de l’ASVDH, section de Boujdour




Hassan Khallad

Lahcen Lafkir
Mahmoud Elbarkaoui