2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Génocide de Gaza. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Génocide de Gaza. Afficher tous les articles

lundi 2 février 2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025
Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

vendredi 23 janvier 2026

De la guerre des Gaules à la conquête des Amériques et au génocide de Gaza : la contre-insurrection pour mater les peuples indociles

Ayman El Hakim, 23/1/2026

Des empires antiques aux puissances contemporaines, la même logique traverse les siècles : gouverner par la violence des populations qui refusent la domination. Gaza n’est pas une exception, mais l’aboutissement d’une histoire impériale longue.



On présente souvent la contre-insurrection comme une doctrine militaire née au XX siècle, forgée dans les guerres coloniales puis perfectionnée à l’ère des drones et des algorithmes. C’est une illusion confortable. En réalité, la contre-insurrection est l’un des modes les plus anciens de gouvernement impérial, expérimenté bien avant la modernité, systématisé au XIX siècle, industrialisé au XX, et aujourd’hui normalisé sous couvert de sécurité et d’humanitaire.

Ce qui change, ce ne sont pas les objectifs fondamentaux, mais les langages, les outils et les seuils d’acceptabilité.

La matrice originelle : conquérir, disperser, effacer

Les guerres de conquête des Amériques constituent l’un des premiers laboratoires modernes de la contre-insurrection. Face à des sociétés autochtones organisées, enracinées et résistantes, les puissances coloniales espagnoles, portugaises puis anglo-usaméricaines ont développé une grammaire de domination qui demeure tristement familière : destruction des villages et des cultures vivrières, déplacements forcés et marches de la mort, enfermement dans des réserves, fragmentation des communautés, déshumanisation raciale et religieuse.

Les guerres indiennes aux USA prolongent cette logique au XIX siècle. Il ne s’agissait pas seulement de vaincre militairement des nations autochtones, mais de briser leur capacité collective à exister comme peuples. La réserve n’est pas un espace de protection : c’est un outil de pacification permanente, une technologie de confinement.

Pourtant, ces populations n’ont jamais été passives. Elles ont résisté par la guérilla, la mobilité, les alliances intertribales, la préservation clandestine des langues, des rites et des mémoires. La survie culturelle fut — et reste — une forme de résistance politique.

Avant la modernité : la contre-insurrection sans fard

Cette grammaire impériale ne naît pas avec la colonisation moderne. Elle est déjà pleinement assumée dans l’Antiquité. La guerre des Gaules, telle que la met en scène Jules César, relève d’une contre-insurrection avant la lettre : massacres exemplaires, destructions systématiques des villes et des greniers, mise en esclavage de populations entières, alliances avec des élites locales pour fragmenter les solidarités. Rome comprend que l’insurrection n’est pas seulement militaire, mais sociale et politique.

La répression des révoltes internes — des guerres serviles à la Judée insurgée — radicalise cette logique : punition collective, terreur mise en scène, déportations, effacement territorial et symbolique. La destruction de Jérusalem en 70 et le changement du nom de la province après 135 ne visent pas seulement à vaincre un ennemi, mais à détruire durablement un peuple comme sujet historique. L’Antiquité montre ainsi sans fard ce que les empires ultérieurs chercheront à masquer : la contre-insurrection est d’abord une technique de gouvernement fondée sur la peur des communautés indociles.

Le XIX siècle : l’empire se rationalise

Les empires européens du XIX siècle — britannique, français, russe — systématisent ces pratiques. La contre-insurrection devient une science administrative. En Algérie, en Inde, en Irlande, en Afrique australe, on retrouve les mêmes recettes : quadrillage du territoire, fichage des populations, châtiments collectifs, déplacements forcés, destruction des économies locales.

La « pacification » n’est jamais pacifique. Elle vise à produire une population gouvernable, dépouillée de ses structures politiques autonomes. Face à cela, les résistances prennent des formes multiples : insurrections armées, réseaux clandestins, refus de l’impôt et du travail forcé, réappropriation symbolique de la terre, transmission orale de récits interdits. L’empire peut occuper, mais il ne parvient jamais à gouverner sans fracture.

XX siècle : la contre-insurrection comme doctrine explicite

Avec les guerres de décolonisation et la guerre froide, la contre-insurrection devient un corpus théorisé. Malaisie, Algérie, Vietnam : la population est désormais identifiée comme le centre de gravité du conflit. On regroupe, on déplace, on surveille, on torture, on « développe ». Les camps de regroupement, les « nouveaux villages », les hameaux stratégiques, les zones interdites ne sont pas des anomalies : ils constituent le cœur du dispositif.

Mais ces stratégies échouent politiquement. Parce que les populations développent des contre-contre-insurrections : infiltration des dispositifs, retournement des institutions imposées, politisation de la souffrance, internationalisation des luttes, construction de récits de libération. L’Algérie et le Vietnam montrent que l’on peut perdre la guerre militairement tout en la gagnant politiquement et historiquement.

XXI siècle : contenir plutôt que conquérir

Le XXI siècle marque une inflexion majeure. Il ne s’agit plus toujours de conquérir ou d’intégrer, mais de contenir des populations jugées irrécupérables. La contre-insurrection devient urbaine, permanente, technologisée, juridiquement euphémisée.

Gaza incarne cette mutation à son point extrême : blocus, enfermement total, destruction cyclique, dépendance humanitaire, surveillance constante. Tout converge vers une gestion de la vie et de la mort à grande échelle. Ce qui se joue à Gaza n’est pas une anomalie morale ou historique, mais l’actualisation la plus radicale de logiques impériales anciennes : gouverner un peuple en détruisant les conditions mêmes de son existence collective.

Mais la résistance persiste, sous des formes souvent invisibilisées : maintien des solidarités sociales, auto-organisation de l’aide, transmission de la mémoire malgré l’anéantissement, refus de l’effacement symbolique, inscription du récit palestinien dans l’espace mondial. La résistance ne se réduit pas aux armes, elle est ontologique  : continuer à exister comme peuple.

Dans un registre plus silencieux, le Sahara occidental relève de la même grammaire contemporaine de la contre-insurrection. Mur de sable, fragmentation territoriale, colonisation de peuplement, marginalisation économique, criminalisation de la résistance civile : la domination y opère moins par la guerre ouverte que par le gel, la normalisation et l’usure du temps. Comme à Gaza, le droit international est instrumentalisé non pour résoudre le conflit, mais pour le suspendre indéfiniment. L’un est un laboratoire bruyant, l’autre un laboratoire silencieux — mais la logique est identique.

Une constante historique : l’échec politique de la contre-insurrection

Sur la longue durée, un constat s’impose : la contre-insurrection peut détruire, déplacer, tuer — mais elle échoue toujours à produire une légitimité durable. Elle radicalise les sociétés qu’elle prétend pacifier, engendre des mémoires de violence irréversibles, et transforme la domination en instabilité chronique.

Ce que l’histoire enseigne, ce n’est pas la toute-puissance des empires, mais leur fragilité structurelle face à des peuples qui refusent de disparaître.

Conclusion

De la guerre des Gaules aux territoires enfermés du XXI siècle, la contre-insurrection apparaît pour ce qu’elle est : non une réponse à la violence, mais une peur du politique — la peur de peuples qui revendiquent leur droit à décider d’eux-mêmes. Chaque fois qu’elle s’impose, elle révèle moins la force de l’ordre dominant que son incapacité à tolérer l’existence d’un autre horizon historique. Et chaque fois qu’elle échoue, elle laisse derrière elle ce que les empires redoutent le plus : des peuples militairement dominés, mais politiquement irréductibles.

mardi 7 octobre 2025

Le peuple sans carte : diaspora, conscience et reconnaissance palestinienne

Deux ans après le déclenchement du génocide à Gaza, l’État s’efface, mais le peuple demeure. Partout dans le monde, la diaspora palestinienne incarne une conscience qui refuse l’effacement.

François Vadrot, 7/10/2025 

Silhouette de Gaza, vide au cœur d’un ciel saturé d’étoiles. Autour du noir, la lumière : celle des vivants dispersés.

Le 7 octobre 2023, ce qui fut d’abord présenté comme une nouvelle « guerre » entre Israël et le Hamas marquait en réalité l’un des épisodes les plus violents d’un processus engagé depuis 1947 : celui de la destruction progressive du peuple palestinien. Deux ans plus tard, la fiction militaire s’est dissipée. Ce n’était pas une guerre, mais un anéantissement.

Et pourtant, au-delà des ruines, la Palestine demeure à travers sa diaspora : un peuple sans carte, mais non sans mémoire. C’est cette reconnaissance, celle du Peuple palestinien au même rang que le Peuple juif, qui dessine désormais la ligne de fracture morale du siècle.

Gaza, la destruction et le retour du réel

Deux ans après le 7 octobre 2023, la réalité ne peut plus être contournée : Gaza n’a pas connu une guerre, mais un génocide. Le rapport de la Commission internationale d’enquête indépendante des Nations unies, publié le 16 septembre 2025, conclut formellement qu’Israël a commis et continue de commettre des actes constitutifs de génocide au sens de la Convention de 1948. Les experts y documentent, preuves à l’appui, les quatre critères légaux : « tuer les membres du groupe, infliger des atteintes graves physiques ou mentales, infliger des conditions de vie destinées à entraîner sa destruction, empêcher les naissances », avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, le peuple palestinien de Gaza.

Le rapport balaie la fiction d’une « guerre » : il ne s’agit pas d’« opérations disproportionnées », mais d’une entreprise de destruction systématique. La population civile fut la cible : bombardements sur les zones d’évacuation, exécutions dans les abris, hôpitaux et écoles rasés, infrastructures hydrauliques et électriques anéanties, usage de la faim comme arme (blocus du lait pour nourrissons, coupures de carburant et d’eau). Le document détaille aussi le ciblage d’enfants (« y compris des tout-petits, atteints à la tête et à la poitrine »), la destruction du seul centre de fécondation in vitro et l’usage répété de la violence sexuelle comme instrument de domination. Même les symboles de continuité, mosquées, églises, cimetières, universités, ont été délibérément pulvérisés.

Les chiffres dépassent tout ce que le langage peut contenir : plus de 50 000 morts, dont 83 % de civils, 200 000 logements détruits, un million et demi de personnes déplacées dans une enclave rendue inhabitable. Un expert militaire cité par l’ONU note qu’Israël « a largué en une semaine plus de bombes que les États-Unis en une année en Afghanistan ». Le rapport conclut : « Il n’y avait aucune nécessité militaire pour justifier ce schéma de conduite. Le peuple de Gaza, dans son ensemble, était la cible. »

Ce n’est donc pas seulement la mort, mais la condition de vie elle-même qui a été détruite. Ce qui s’effondre sous les ruines n’est pas une entité politique : c’est la possibilité d’habiter le monde.

Mais c’est justement dans cette négation absolue qu’apparaît la trace d’une survie : là où la terre est détruite, la mémoire s’étend.

Une diaspora mondiale, miroir de l’effacement

Depuis la Nakba de 1948, la Palestine se disperse et se recompose dans l’exil. Sur près de quinze millions de Palestiniens, plus de la moitié vivent hors de la terre d’origine. Six millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’UNRWA : un peuple déraciné dont la condition d’exilé est devenue héréditaire.

mercredi 1 octobre 2025

Plan de paix pour Gaza : entre le bâton et la carotte empoisonnée

 Víctor de Currea-Lugo, 1/10/2025
Traduit par Tlaxcala

Víctor de Currea-Lugo (Bogotá, 1967) est médecin, enseignant, journaliste, écrivain et photographe. Il est actuellement (2025) conseiller pour les affaires du Moyen-Orient auprès du président colombien Gustavo Petro. https://victordecurrealugo.com        


Le plan de paix [lire ici] que proposent Israël et les USA pour Gaza n’est pas seulement un piège, il répète aussi les erreurs du passé, qui n’ont précisément pas conduit à la paix.

    1. La résistance est réduite au terrorisme et le terrorisme est réduit à ce que fait le Hamas ; il n’y a aucune mention du terrorisme d’Israël. Dans ce contexte, il n’y a ni génocide, ni occupation.
    2. Les limites du retrait des troupes israéliennes ne sont pas claires et, si l’on tient compte des déclarations de Netanyahou après le lancement de la proposition, un tel retrait n’aura pas lieu.
    3. Il n’est pas fait mention des plus de 10 000 Palestiniens détenus illégalement. Et, comme dans d’autres propositions antérieures, on impose d’abord des devoirs à l’occupé plutôt qu’à l’occupant.
    4. Israël libérerait moins de 15 % des personnes qu’il a détenues depuis octobre 2023. La formulation reconnaît qu’il détient des mineurs.
    5. Il propose la reddition du Hamas. En d’autres termes, il tente de gagner à la table ce qu’il n’a pas réussi sur le champ de bataille. Israël a échoué militairement.
    6. Il subordonne la fourniture d’aide humanitaire à la reddition du Hamas. L’humanitaire est, par définition, inconditionnel. Soutenir cela revient à soutenir l’usage de la faim comme stratégie de guerre.
    7. L’autodétermination des Gazaouis n’est même pas insinuée. La proposition d’un « gouvernement apolitique » est une contradiction dans les termes. De plus, un gouvernement dirigé par Trump et Tony Blair n’est pas une garantie. Le projet soumet l’Autorité palestinienne (AP) à une réforme imposée de l’extérieur qui vise à « attirer des investisseurs ». Lisez : annexer le néolibéralisme au génocide.
    8. On dit que personne ne sera forcé à partir, ni interdit de revenir. Les réfugiés de 1948 attendent encore qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU et les laisse revenir. La constante d’Israël est la déportation.
    9. Le Hamas est plus qu’une simple milice ; l’exclure de l’avenir de Gaza est à la fois naïf et pervers. C’est ne pas reconnaître ce qu’est le Hamas. On projette également une Gaza démilitarisée, ce qui est incompatible avec l’idée d’un État palestinien souverain.
    10. Le danger régional présenté dans la proposition est le Hamas, alors qu’il n’a bombardé ni le Liban, ni le Yémen, ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran, ni le Qatar.
    11. Le retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza répète la formule échouée des Accords d’Oslo. Quelle marge y a-t-il pour croire Israël ? De plus, on réduit Gaza et on exclut la Cisjordanie et Jérusalem-Est de la discussion.
    12. Si le Hamas n’accepte pas, alors l’armée israélienne délègue ses tâches aux forces internationales de stabilisation. Autrement dit, il est certain que l’agenda politique de cette force proposée suivra l’agenda israélien.
    13. On parle de la paix comme d’une abstraction, de préférence sans mentionner Jérusalem, le mur ni les colonies. Mais on appelle cela un “plan de paix”.
Dessin de Piet, France

Plan de paix, au-delà d’une liste de courses

Le plan, dans son ensemble, comporte plusieurs erreurs de fond :

    • Il maintient une lecture selon laquelle Gaza est une chose et la Cisjordanie en est une autre ; par conséquent, toute allusion à l’unité palestinienne ou à son autodétermination est une déclaration vide.
    • Ce projet démasque complètement la tendance croissante à reconnaître l’État de Palestine et montre que cette reconnaissance était vide de contenu. Tous les pays qui, à la dernière minute, voulaient reconnaître la Palestine, se plient désormais à un plan qui ne reconnaît pas la Palestine.
    • La reconnaissance de l’État palestinien n’est pas perçue comme un droit légitime d’un peuple occupé mais comme une carte de négociation sur la table : soit c’est un mensonge soit ça se retire selon les convenances politiques.
    • Rappelons qu’en 1982, la communauté internationale a offert, par le biais de l’ONU, aux milices palestiniennes de quitter les camps de réfugiés de Beyrouth, en s’engageant à respecter la vie des civils. Et quelques semaines plus tard, il y eut le génocide de Sabra et Chatila. Demande-t-on encore aux Palestiniens de croire que la communauté internationale va les protéger ?
    • Confier le gouvernement de Gaza à un représentant des élites anglaises actuelles (descendantes de celles qui ont soutenu la création de l’État d’Israël) et au président des USA qui soutient un génocide est tout simplement indéfendable. L’opinion des Palestiniens en général et des Gazaouis en particulier ne compte pas.
    • Les accords d’Oslo ont beaucoup enseigné sur ce qu’il ne faut pas faire : confondre les minima de départ avec le point d’arrivée, signer pour ne pas appliquer, mettre les devoirs de la victime avant ceux du bourreau, croire en la communauté internationale comme sauvegarde et négocier en laissant de côté tout ce qui relève du droit international. Ainsi, l’échec semble garanti.

P.S. : Les opinions exprimées dans cet article sont exclusivement celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de l’institution pour laquelle il travaille. L’auteur est le conseiller pour les affaires du Moyen-Orient du président colombien.

jeudi 25 septembre 2025

L’heure est venue de rendre des comptes : plainte pénale contre des responsables gouvernementaux allemands pour complicité dans le génocide perpétré par Israël à Gaza

ELSC, 19/9/2025
Traduit par Tlaxcala

Le Centre européen d’aide juridique (ELSC) est la première et unique organisation indépendante qui défend et soutient le mouvement de solidarité avec la Palestine à travers l’Europe par des moyens juridiques. Nous fournissons des conseils et une assistance juridiques gratuits aux associations, ONG de défense des droits humains, groupes et individus qui défendent la cause palestinienne en Europe continentale et en Grande-Bretagne.

L’ELSC a été créé en janvier 2019 à l’initiative conjointe de juristes européens, du réseau de la société civile palestinienne PNGO et de l’ONG néerlandaise The Rights Forum. En 2024, l’ELSC est devenu une fondation (stichting) enregistrée aux Pays-Bas, autorisée à agir dans l’intérêt public, notamment par le biais de litiges devant les tribunaux néerlandais. En 2024, nous avons également ouvert de nouveaux bureaux à Berlin et à Londres.


Berlin, le 19 septembre 2025 – Une plainte pénale contre des responsables gouvernementaux allemands et des dirigeants du secteur de l’armement a été déposée aujourd’hui par un collectif d’avocats à Berlin, avec le soutien du Centre européen d’aide juridique (ELSC), de l’Institut palestinien pour la diplomatie publique (PIPD) et de Law for Palestine. La plainte a été annoncée lors d’une conférence de presse aujourd’hui.


Les accusations ont été déposées auprès du bureau du procureur fédéral  (“Generalbundesanwaltschaft ”) à Karlsruhe  contre onze hauts responsables de l’ancien et de l’actuel gouvernement allemand et des PDG de fabricants d’armes, à savoir l’ancien chancelier fédéral Olaf Scholz, l’ancienne ministre fédérale des Affaires étrangères Annalena Baerbock, l’ancien ministre de l’Économie et de la Protection du climat Robert Habeck, l’actuel chancelier fédéral Friedrich Merz, l’actuel ministre fédéral des Affaires étrangères Johann Wadephul et la ministre fédérale de l’Économie et de l’Énergie Katherina Reiche, le ministre fédéral de la Défense Boris Pistorius, ainsi que le Dr Jörg Stratmann, PDG de Rolls-Royce Solutions GmbH, Michael Humbek, PDG de Dynamit Nobel Defence GmbH, et le Dr Alexander Sagel et Susanne Wiegand, PDG actuel et ancien PDG de RENK Group AG.

 

Le procureur fédéral doit respecter la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide et ouvrir des enquêtes sur les crimes potentiels si des motifs suffisants de suspicion apparaissent. Dans une plainte pénale de plus de 100 pages, les avocats fournissent des preuves détaillées des crimes présumés au titre du Code des crimes contre le droit international (CCAIL), à savoir le crime de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis par Israël. En outre, la plainte fournit des preuves détaillées de la complicité de fonctionnaires allemands dans des actes de génocide par le biais de l’approbation de livraisons d’armes.

Les livraisons d’armes ont été approuvées en pleine connaissance de cause, sachant que ces armes permettaient de commettre des crimes contre le peuple palestinien. Ils ne sont pas en mesure de prétendre qu’ils « ne savaient pas ». Les PDG des entreprises qui fournissent des armes ne sont pas exemptés de leur responsabilité en vertu du droit pénal international du fait d’une licence d’exportation gouvernementale. Le fait que les exportations aient été approuvées ne change rien à leur qualification d’acte criminel de complicité de génocide.

L’Allemagne est l’un des plus grands soutiens de la campagne d’extermination menée par Israël à Gaza. Les exportations d’armes allemandes vers Israël ont été multipliées par dix depuis 2023 et ont atteint environ un demi-milliard d’euros (485 103 796 €) au total. En août 2025, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé que son gouvernement avait cessé de délivrer de nouvelles licences d’exportation pour les armes pouvant être utilisées à Gaza « jusqu’à nouvel ordre ». Cependant, les licences existantes sont toujours honorées et de nouvelles licences continuent d’être approuvées pour des armes qui ne seraient pas destinées à être utilisées à Gaza, mais qui contribuent en réalité toujours au massacre de civils en Palestine et dans la région au sens large. Le chancelier n’a pas précisé comment l’Allemagne serait en mesure de contrôler où et comment ces armes pourraient être utilisées.

La plainte pénale précise plusieurs systèmes d’armes qui ont été utilisés par l’armée israélienne à Gaza, notamment des drones de combat (Heron TP), des navires de guerre (corvette de classe Sa’ar 6) et divers types de munitions (y compris des munitions de char de 120 mm) et des pièces mécaniques. L’Allemagne a également livré une grande quantité d’armes antichars portatives « Matador ». Depuis, les soldats israéliens ont pris l’habitude de se filmer sur TikTok en train de tirer avec ces armes sur des bâtiments résidentiels afin de détruire les maisons palestiniennes pour s’amuser.

Nadija Samour, juriste senior à l’ELSC, a déclaré : « Les responsables du gouvernement allemand se sont ouvertement et à plusieurs reprises vantés de leur soutien inconditionnel et illimité à Israël. Compte tenu des conséquences génocidaires indéniables de ce soutien, nous cherchons à leur demander des comptes. »

L’avocat Benjamin Düsberg, du collectif d’avocats, a déclaré : « Le procureur fédéral allemand doit ouvrir une enquête pour faire respecter l’État de droit et l’intégrité de son bureau. Sinon, l’Allemagne admet de fait que son système de poursuites fédérales applique deux poids deux mesures et sape l’objectif de son bureau. Depuis le dépôt de notre première plainte en 2024, nous avons rassemblé des preuves accablantes qui ne peuvent être ignorées ou rejetées. »

Le plaignant, le Dr Qassem Massri, pédiatre palestinien allemand originaire de Gaza, a déclaré : « Au cours de cet horrible génocide, que l’Allemagne a soutenu par des armes et des discours, j’ai perdu de nombreux membres de ma famille, des amis d’enfance et des collègues... leurs voix ont été volées par les armes allemandes. Aujourd’hui, nous déposons cette plainte, exigeant du gouvernement allemand qu’il assume sa responsabilité historique, car « Plus jamais ça » doit signifier « Plus jamais ça » pour tout le monde. »

L’ELSC, en coopération avec des organisations partenaires, a toujours cherché à engager des poursuites judiciaires pour mettre fin à la livraison d’armes de l’Allemagne à Israël et continuera à le faire. Immédiatement après que la Cour internationale de justice (CIJ) a déterminé en janvier 2024 qu’il existait un risque plausible de génocide à Gaza et ordonné aux États de l’empêcher, une plainte pénale similaire a été déposée auprès du procureur fédéral, qui a refusé d’ouvrir une enquête contre les fonctionnaires allemands accusés qui étaient encore en fonction à l’époque. Malgré les preuves accablantes présentées par les avocats, il a justifié sa décision en niant toute violation du droit pénal international par Israël et en niant que les armes allemandes soient utilisées par Israël pour perpétuer ces crimes (« absence de causalité »).

En juin 2024, le tribunal administratif de Berlin a rejeté un recours urgent visant à imposer une interdiction immédiate des livraisons d’armes à Israël, adoptant l’argument du gouvernement fédéral selon lequel il n’avait plus approuvé aucune livraison d’armes depuis février 2024. Le journal allemand Die Zeit a toutefois révélé que le gouvernement avait continué à autoriser les exportations tout en essayant de le dissimuler en les envoyant par « petites quantités ». Ni le public ni le parlement n’en ont été informés. L’ELSC est depuis intervenu par le biais d’appels urgents visant à suspendre les livraisons du navire allemand MV Kathrin et d’une livraison de pièces de drones via l’aéroport de Francfort, qui ont tous deux été rejetés.

La plainte déposée aujourd’hui intervient quelques jours après que la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur la Palestine a conclu qu’Israël avait commis quatre actes de génocide, tels que définis par la Convention sur le génocide, contre les Palestiniens de la bande de Gaza. Cette conclusion s’ajoute aux rapports et aux déclarations fondées sur des preuves de plus en plus nombreuses émanant d’organisations de défense des droits humains très respectées, ainsi qu’à une résolution adoptée par l’Association internationale des chercheurs sur le génocide (IAGS) qui stipule que le comportement d’Israël répond à la définition juridique énoncée dans la convention des Nations unies sur le génocide.

Le procureur fédéral allemand ne peut plus protéger son élite dirigeante de la responsabilité et de l’État de droit. Les responsables allemands ne peuvent pas se cacher derrière un raisonnement juridique déformé tout en niant les preuves de plus en plus nombreuses du génocide commis avec des armes allemandes. L’heure est venue de rendre des comptes.

➤ Faites un don pour aider à couvrir les frais judiciaires élevés

samedi 20 septembre 2025

LYNA AL TABAL
Rapport sur le génocide à Gaza : lisez-le avec moi si vous voulez, ça ne changera rien !

Lyna Al Tabal, RaiAlYoum, 17/9/2025
Traduit par Tlaxcala



Chaque matin, le soleil explose au-dessus du Machrek, des missiles, du feu, des promesses internationales, chaque matin, le compte à rebours commence pour de nouvelles victimes.

Cet article ne tolère pas le silence prolongé, maudit soit le silence ! Se taire, c’est être complice du crime.

Puis, soudain, on réalise que le rouge dans le ciel n’est pas un coucher de soleil romantique : c’est du sang mêlé aux flammes des bombardements. La couleur qui était symbole de l’amour est devenue couleur de la mort, c’est exactement ce que vous voyez dans le ciel de Gaza… Gaza brûle, ses enfants sont enveloppés de couvertures trempées de sang, les mères vacillent entre les cris et les prières, les pères se frappent le visage et essayent de réveiller leurs enfants morts. Ce n’est pas le jour du Jugement dernier, c’est juste un autre jour ordinaire à Gaza.

Pour la première fois depuis soixante-dix ans de massacres, l’ONU a soudainement découvert qu’Israël commet à Gaza ce que le dictionnaire des humains appelle un « génocide ». Dans son rapport, la commission d’enquête internationale a déclaré que l’armée israélienne a commis quatre des cinq éléments constitutifs du génocide tels que définis dans la Convention de 1948 :

• Tuer des membres du groupe,
• Infliger des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale,
• Imposer des conditions de vie destinées à détruire, en tout ou en partie, le groupe,
• Créer des conditions visant à empêcher les naissances au sein du groupe.

Seul le cinquième élément, relatif à l’enlèvement d’enfants, n’a pas encore reçu l’« honneur » de la signature israélienne, peut-être par manque de temps, ou parce qu’ils préfèrent tout simplement tuer les enfants dans les bras de leurs mères.

Le rapport mentionne froidement que ces crimes ont été commis avec préméditation, estampillés par les déclarations de Netanyahou, Gallant et Herzog.

Lisez-le avec moi si vous voulez. ça ne changera rien.

Point un : élimination du groupe ciblé

Le rapport recense soixante mille martyrs à ce jour, et le nombre augmente, dont la moitié sont des femmes et des enfants. Le reste sont des civils. Leur seule faute : être vivants, c’est tout.

La revue The Lancet, qui parle habituellement de maladies du cancer ou du foie, se retrouve au cœur du génocide en documentant l’effondrement de l’espérance de vie à Gaza : de 75,5 à 40,5 ans. Israël ne se contente pas de tuer des gens, il vole la vie de ceux qui ne sont pas encore nés.

Les hôpitaux, des « infrastructures protégées » selon le droit international, sont devenus des cibles militaires… je sais que vous savez !
Le rapport enregistre 498 attaques documentées. Les façons de tuer sont nombreuses : maisons, abris, zones supposément sûres, et un siège qui empêche l’eau, le pain et les médicaments. La faim même est conçue par Israël aussi soigneusement que n’importe quelle bombe intelligente.

Point deux : infliger des atteintes graves

La mort ne suffisait pas, il fallait l’humiliation, la déportation sous les bombardements, la fuite des maisons vers rien, de là vers les tombes. Il faut ajouter la torture dans les prisons pour que le tableau soit complet. La commission internationale a tout documenté avec une froideur académique, debout au milieu d’un abattoir débordant de toutes les couleurs du sang et de toutes ses formes. Puis elle ajoute la phrase qu’elle répète dans chacun de ses rapports : « Cela pourrait être utilisé devant la Cour pénale internationale ».

Point trois : imposer des conditions de vie propices au génocide

L’ONU a mis deux ans pour dire qu’Israël utilise la famine comme arme. Deux années de faim, de soif, de bombardements, avant qu’ils écrivent cette phrase dans le rapport. Le pain, l’eau, les écoles, les hôpitaux, tout est devenu ruine et s’est évaporé, et la commission appelle ça des « crimes contre l’humanité ». Merci pour cette découverte !

Point quatre : empêcher les naissances

L’avenir lui-même a été mis sur la liste des cibles à Gaza, même la première idée de la vie a été exterminée. Le rapport de la commission documente le bombardement de la plus grande clinique de fertilité du secteur, la combustion de quatre mille fœtus, mille échantillons de sperme et ovules… Israël a décidé d’anéantir l’idée elle-même avant qu’elle ne devienne vie. Pas d’enfants, pas d’espoir, pas de nouvelles générations… tous brûlés. Imaginez ! C’est plus facile pour Israël que d’attendre pour qu’ils naissent.

Navi Pillay, présidente de la commission, a demandé l’interdiction de la fourniture d’armes à Israël, le procès des criminels et l’arrêt de ce génocide. Elle a crié : le silence est complice du crime. En mars dernier, la commission avait écrit : « les actes d’Israël pourraient relever du crime de génocide ». Aujourd’hui, « pourraient » a disparu, tout simplement. Rien n’a changé sauf le nombre des corps des martyrs.

Quant au communiqué du ministère des Affaires étrangères israélien, c’est une copie du communiqué de l’année dernière, de l’année précédente, et de l’année d’avant : « allégations mensongères, rapport falsifié, mensonges… » les mêmes allégations depuis un demi-siècle, reprises par les porte-parole officiels de Tel Aviv. Israël est innocent, encerclé par des civils, cerné par des enfants aux chaussures déchirées, une armée qui fait face, dans son récit, à une menace existentielle venant de mères cherchant les restes de leurs enfants sous les décombres.

Un demi-siècle du même discours, une armée bardée d’armes jusqu’aux dents qui tue des enfants et prétend être la victime. Au final pas de justice. Pas de honte. Le sang remplit les lieux, rien que du sang, beaucoup de sang qui noie la terre, et au-dessus duquel flottent des mots de solidarité ternes.

Le rapport (en anglais)



jeudi 18 septembre 2025

La survie d’une Sparte israélienne dépend d’un état de guerre permanent

Zvi Bar'el , Haaretz, 16/9/2025
Traduit par Tlaxcala

La conquête de la ville de Gaza est censée offrir à l’État d’Israël l’image de la victoire totale. Ce n’est pas l’Iran, ni la Syrie, ni le Liban et certainement pas les Houthis au Yémen qui sont l’ennemi ultime que Benjamin Netanyahou n’a pas réussi à vaincre, mais bien le Hamas, l’organisation qu’il a entretenue pendant des années comme un atout stratégique et idéologique. Le Hamas était censé être la charge explosive au bord de la route qui ferait disparaître la caractérisation de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne comme seuls représentants du peuple palestinien et, de ce fait, empêcher la reconnaissance internationale d’un État palestinien.

Ce fut un partenariat merveilleux qui a duré de nombreuses années, qui a conféré au Hamas un mini-État à Gaza et qui a remis à Netanyahou l’accomplissement du rêve d’un Grand Israël. Jusqu’au moment où le Hamas a trahi son partenaire et n’a pas rempli sa mission.


Une manifestation exigeant la libération immédiate des otages israéliens, près de la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahou à Jérusalem, mardi 16 septembre 2025. Photo Ammar Awad/REUTERS

Le Hamas a apparemment mis fin à son rôle de proxy de Netanyahou et doit maintenant être anéanti en punition pour avoir saboté la stratégie messianique qui combattait la solution à deux États. Mais prendre le contrôle de la ville de Gaza n’est pas seulement une histoire de vengeance de plus. Israël a depuis longtemps vengé le massacre que, par son abandon total, Netanyahou a permis que le Hamas commette le 7 octobre 2023. Les Palestiniens ont payé trente fois ou plus pour chaque Israélien tué, et pour chaque maison incendiée au kibboutz Nir Oz ou à Sderot, des quartiers entiers et des villes ont été effacés. La mort de 10 000 ou 20 000 Palestiniens supplémentaires dans la rafale actuelle de destruction n’ajoutera rien à la douceur de la vengeance.

Elle est remplacée par le besoin de rester au pouvoir, même si cela signifie la destruction du pays-mère, qui sera remplacé par un État de toutes ses colonies — à Gaza, en Cisjordanie, dans le sud du Liban et dans l’ouest de la Syrie.

Cette destruction n’apparaît pas seulement sur les champs de massacre de Gaza, qui ont anéanti toute valeur humaine et morale, qui ont poussé la puissance de l’armée israélienne à ses limites, qui imposent et continueront d’imposer un fardeau économique insupportable et ont transformé Israël en État paria. L’architecte de cette destruction nationale a eu la décence de la définir clairement lorsqu’il a comparé Israël à Sparte. Sparte n’est pas seulement un symbole de puissance militaire, de survie et de courage. Ce fut un modèle jugé digne d’imitation par Adolf Hitler et Benito Mussolini.

Dans le livre clandestin qu’Hitler a écrit en 1928, et qui a reçu le titre « Le deuxième livre d’Hitler », publié seulement après la Seconde Guerre mondiale, il a écrit : « Le contrôle de six mille Spartiates sur 350 000 Hilotes n’a été possible que grâce à leur supériorité raciale... Ils ont créé le premier État racial. »

Cette Sparte, qui fut détruite et ne laissa derrière elle qu’un héritage symbolique, est maintenant revenue à la vie en Israël. Si jusqu’à présent nous avions identifié le début de processus métamorphosant Israël en un État fasciste fondé sur la supériorité raciale, la guerre à Gaza achèvera le travail. Elle a déjà enregistré des succès idéologiques impressionnants.

Elle a sapé la plupart des mécanismes qui défendaient la démocratie israélienne. Elle a transformé le système judiciaire en paillasson intimidé et a enrôlé le système éducatif pour dispenser un endoctrinement national-religieux. Elle dicte le récit idéologique « approprié » aux médias, au cinéma et au théâtre, et a étiqueté comme traître quiconque ne rend pas hommage au chef. Elle a aussi fait de l’espoir de remplacer le gouvernement par des élections une perspective incertaine.

Et contrairement aux régimes dictatoriaux « traditionnels » qui persécutent et répriment leurs rivaux politiques, le gouvernement israélien peut même se servir de l’opposition comme d’un ornement qu’il exhibe pour préserver son image d’administration démocratique qui représente « la volonté du peuple ».

Le problème, c’est que lorsqu’une bande prend le contrôle d’un pays, ce n’est pas comme une opération militaire qui se termine par la défaite de l’ennemi. Le maintien du régime exige une lutte incessante contre des rivaux domestiques potentiels et, surtout, requiert une légitimation publique constante. C’est là que la nouvelle mission impliquant Gaza et le Hamas entre en jeu. Parce que la survie de la Sparte israélienne dépend d’un état de guerre permanent.

La bonne nouvelle, c’est que même si le dernier membre du Hamas est tué, il restera plus de 2 millions de Gazaouis qui feront en sorte que la conquête de Gaza soit seulement un avant-goût de la guerre éternelle qui perpétuera la soumission et l’obéissance du public israélien au régime de gangs qui le contrôle.

mercredi 17 septembre 2025

Eyal Zamir, le chef d’état-major de Tsahal, a ordonné l’évacuation totale de la ville de Gaza en ignorant l’avis de l’avocate militaire en chef

Yaniv Kubovich, Haaretz, 10/9/2025
Traduit par Tlaxcala

La principale juriste de l’armée israélienne avait averti que le transfert de population était juridiquement indéfendable sans une analyse complète des conditions humanitaires pour un million de personnes dans le sud de Gaza. Cependant, le chef d’état-major Eyal Zamir a ignoré son avis et a donné l’ordre. Des sources militaires ont déclaré que les dirigeants de l’armée « ont créé un scénario qui n’existe pas, alors que tout le monde savait que l’évacuation ne pouvait pas avoir lieu ».


Le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, plus tôt cette semaine. Photo Unité du porte-parole de Tsahal


Lundi 8 septembre, le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, a ordonné l’évacuation de l’ensemble de la population de la ville de Gaza, contrairement à la position de l’avocate générale de l’armée, la générale Yifat Tomer-Yerushalmi.

La semaine précédente, Tomer-Yerushalmi avait averti Zamir qu’il n’était pas possible d’affirmer que les opérations d’évacuation prévues vers le sud de Gaza étaient légales et avait exigé que les avis d’évacuation soient reportés tant que les conditions nécessaires pour accueillir la population n’étaient pas réunies. Mais Zamir a ignoré sa position.

Quelques jours plus tard, il a convoqué une réunion avec le chef du Commandement Sud de Tsahal, Yaniv Asor, et le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), Ghassan Alian, en excluant l’avocate générale. Tous trois ont décidé d’ordonner à l’ensemble des habitants de la ville de Gaza de se déplacer vers le sud, sans informer Tomer-Yerushalmi de cette décision.

L’avocate générale militaire est l’autorité de Tsahal chargée d’interpréter le droit international. Des responsables militaires de haut rang ont indiqué ne pas se souvenir d’un cas où un chef d’état-major avait ignoré la position de la principale juriste sur une question aussi importante.

Zamir souligne souvent publiquement son engagement à agir conformément au droit international, tant dans ses déclarations publiques que dans ses discussions avec les réservistes préoccupés par des violations possibles du droit de la guerre. « Tsahal agit toujours conformément au droit israélien et international », avait-il déclaré en mai. « Toute affirmation mettant en doute l’intégrité de nos actions ou la moralité de nos soldats est infondée. »

La semaine dernière, Zamir a tenu plusieurs réunions avec des hauts responsables juridiques et militaires concernant l’évacuation des habitants de Gaza-ville et leur transfert vers le sud de Gaza. Au cours de ces discussions, le chef d’état-major, le chef du Commandement Sud et le commandant du COGAT ont été priés de fournir à l’avocate générale militaire un rapport complet détaillant la situation humanitaire dans le sud de Gaza et l’état des infrastructures exigées par le droit international dans les zones désignées pour accueillir la population de la ville.

Les estimations indiquent qu’environ 1,2 million de personnes à Gaza-ville devraient se déplacer vers le sud, comprenant 700 000 habitants d’avant-guerre et environ 500 000 déplacés internes qui s’étaient réfugiés dans la ville.


Des Palestiniens déplacés, fuyant le nord de Gaza en raison d’une opération militaire israélienne, se déplacent vers le sud après l’ordre d’évacuation de Tsahal, dans le centre de la bande de Gaza, mercredi. Photo Mahmoud Issa/Reuters

Des sources militaires israéliennes familières des discussions de la semaine dernière – auxquelles participaient le chef de Tsahal, de hauts responsables militaires et l’avocate générale – ont affirmé que les dirigeants militaires ont présenté une image irréaliste des conditions humanitaires dans le sud de Gaza. « Ils ont créé un scénario qui n’existe pas, sans aucun travail de fond sérieux, alors que tout le monde savait que ce n’était pas la réalité et que l’évacuation ne pouvait pas avoir lieu », a déclaré un responsable de la sécurité au courant du dossier.

Selon ces sources, les informations partielles et superficielles présentées pendant les discussions étaient accompagnées de cartes imprécises, où des zones déjà entièrement occupées étaient indiquées comme disponibles pour accueillir de nouveaux habitants. Les calculs du Commandement Sud et du COGAT montraient que, dans les zones désignées comme sûres et destinées à loger la population, seulement sept mètres carrés par personne étaient prévus – bien en dessous des standards du droit international.

Tsahal avait annoncé un plan visant à introduire 100 000 tentes dans le territoire pour héberger les habitants pendant l’hiver, mais des sources militaires ont affirmé qu’en pratique, seules de simples bâches, et non des tentes fermées, étaient fournies.

Ces sources ont également noté que, contrairement aux affirmations de l’armée, les hôpitaux du sud de Gaza étaient au bord de l’effondrement et incapables d’accueillir de nouveaux blessés en raison d’une surpopulation extrême. Déplacer un million de personnes vers des zones dépourvues de services médicaux adéquats pourrait provoquer une catastrophe humanitaire, susciter des critiques internationales et potentiellement entraîner des sanctions de la part des pays soutenant Israël.


La générale Yifat Tomer-Yerushalmi, avocate générale militaire, à la Cour suprême en 2024. Photo Oren Ben Hakoon

Jeudi, l’avocate générale a contacté le chef de Tsahal et a précisé qu’il n’était pas possible d’affirmer que l’armée était prête à évacuer Gaza-ville, opération qui devait commencer dimanche. Tomer-Yerushalmi a expliqué que des organisations internationales, dont la Croix-Rouge, l’ONU et d’autres agences d’aide en coordination avec Tsahal à Gaza, avaient déjà exprimé de sérieuses inquiétudes quant aux conditions difficiles dans le sud de Gaza.

Elle a souligné que ces organisations avaient répété à plusieurs reprises, lors de réunions et forums avec de hauts responsables de Tsahal, que l’évacuation de la population du nord de Gaza constituerait une violation du droit international et du droit de la guerre, en raison des conditions déjà désastreuses dans le sud. L’avocate générale a indiqué à Zamir qu’elle acceptait l’évaluation de la Division de recherche du renseignement militaire israélien, qui confirmait qu’il existait un fondement aux préoccupations des organisations internationales – en contradiction avec l’image présentée par certains hauts responsables de l’armée. Les responsables du renseignement ont souligné qu’Israël devait être en mesure de fournir une réponse crédible à ces préoccupations.


Des Palestiniens transportent des sacs de farine déchargés d’un convoi d’aide humanitaire arrivé à Gaza-ville depuis le nord de la bande de Gaza, dimanche 24 août 2025. Photo Abdel Kareem Hana/AP

L’avocate militaire en chef a donc déclaré que les avis et tracts d’évacuation destinés aux habitants de Gaza-ville devaient être reportés. Elle a rappelé que, bien que le chef de l’armée ait demandé à recevoir un rapport détaillé du COGAT sur les conditions humanitaires nécessaires à l’opération, aucun rapport de ce type n’avait été livré avant le transfert prévu de population. Selon elle, aucun autre document complet sur le sujet n’avait été présenté non plus. Elle a souligné que sans cette préparation, il serait impossible de « répondre aux défis juridiques attendus » concernant la légalité de l’évacuation.

Un haut responsable de Tsahal a critiqué Tomer-Yerushalmi, affirmant qu’elle cherchait à retarder les ordres d’évacuation à la dernière minute. Il l’a accusée de n’avoir rien fait, depuis le début de la guerre, pour empêcher les tirs indiscriminés contre les civils et de ne pas avoir enquêté sur des incidents graves, comme la mort de travailleurs humanitaires à Rafah ou les attaques contre des hôpitaux. Il a également affirmé qu’elle craignait les critiques de la droite politique et d’autres éléments au sein de Tsahal, ce qui influençait parfois ses décisions.

Une autre source militaire a noté que, lors des discussions précédant l’ordre d’évacuation, l’avocate générale avait interrogé des représentants du COGAT sur les conditions sanitaires dans le sud de Gaza. Bien qu’elle ait reconnu que celles-ci ne répondaient pas aux standards du droit international, elle avait finalement accepté de ne pas en faire une condition préalable au lancement de l’évacuation.


Des habitants regardent les tracts largués par l’armée israélienne appelant à évacuer vers Muwasi, tombant sur Gaza-ville, mardi. Photo Omar al-Qattaa/AFP

Lundi, une autre réunion s’est tenue avec le chef de Tsahal, le chef du Commandement Sud, le chef du COGAT et d’autres hauts responsables pour planifier le transfert de population. L’avocate militaire en chef n’était pas présente, et la décision a été prise de commencer l’évacuation de Gaza-ville et de distribuer les tracts aux habitants. Après la réunion, Tomer-Yerushalmi a réaffirmé à de hauts responsables de Tsahal que son interprétation juridique – selon laquelle les avis d’évacuation devaient être reportés tant qu’une réponse détaillée aux préoccupations internationales n’était pas apportée – restait inchangée.

Elle a insisté sur le fait que répondre à ces préoccupations était nécessaire à la fois pour maintenir la légalité des opérations militaires à Gaza et pour protéger les hauts responsables de Tsahal contre d’éventuelles poursuites devant les tribunaux internationaux.





Mardi, le porte-parole de Tsahal, Avichay Adraee, a publié en arabe un avis d’évacuation à tous les habitants de Gaza-ville.

À la suite de cette publication, de hauts juristes militaires ont précisé que l’ordre n’avait pas reçu d’approbation légale et que, dans les circonstances actuelles, sa légalité ne pouvait pas être défendue.

En réponse, le porte-parole de Tsahal a déclaré que l’armée « agit conformément à toutes les lois, et toute autre affirmation est incorrecte ». Il a ajouté que « l’avocate générale militaire participe à toutes les évaluations opérationnelles concernant Gaza, y compris les mouvements de population, et a défini pour le personnel concerné les conditions nécessaires à cela ».

Selon Tsahal, les ordres d’évacuation avaient été approuvés par des responsables professionnels du COGAT « après avoir vérifié que les conditions requises étaient remplies et que la situation humanitaire dans le sud de Gaza permettait l’opération ».
La réponse de Tsahal n’a pas mentionné la position de l’avocate générale militaire concernant l’ordre d’évacuation.