par Rim Ben Fraj,
Photo Khabab Abdelmaqsoud
Sa mère était allemande et s'appelait Marguerite, elle l'a donc appelé Fausto, d'après Faust, de Goethe. Ses grands-parents étaient des harragas venus en barque de Sicile en Tunisie en 1900. Il a grandi dans la Tunisie de l'indépendance, qu'il a quittée pour l'Europe en 1967.
Fausto Giudice, qui êtes-vous?
Fausto Giudice: Je suis un Italien de 67 ans, installé depuis 6 ans à Tunis, où je suis revenu vivre après la chute de Ben Ali. J'ai grandi à Tunis dans les années 50 et 60, mes grands-parents étaient des harragas siciliens arrivés en 1900. J'ai quitté la Tunisie en 1967, mais j'ai toujours gardé des liens avec des camarades tunisiens émigrés ou exilés.. Durant mes années en Europe, j'ai fait toutes sortes de métiers, entre autres journaliste à l'Agence de presse Libération et au quotidien du même nom qui lui a succédé, et aussi à la Radio France-Culture. J'ai réalisé des enquêtes sur la condition des immigrés en France et en Europe, publiées sous forme de deux livres (Têtes de Turcs en France, 1989, et Arabicides, 1992, éditions La Découverte), et d'une série de reportages radio et écrits.
Pendant toutes ces années, j'ai été engagé, en France comme en Suède, dans la solidarité avec les demandeurs d'asile et les réfugiés menacés de renvoi vers les pays qu'ils avaient fui. J'ai même fait un bref passage aux Nations-Unies, comptant des cadavres au Burundi et enquêtant sur des massacres et disparitions quotidiens, mais la machine bureaucratique de l'ONU m'a rapidement remercié. Je prenais sans doute trop d'initiatives. J'ai aussi traduit des livres en suédois et en français, dont le roman de Nanni Balestrini sur la révolte des ouvriers de FIAT à Turin en 1969, Vogliamo Tutto (Nous voulons tout), et les mémoires d'un jeune Est-Allemand devenu nazi avant de rompre avec ce milieu, Ingo Hasselbach (Jeunesse perdue, 1995).
Bien sûr, en cinquante ans de vie adulte, j'ai eu le temps de faire beaucoup d'autres choses. Pour les raconter, il faudrait un livre, que j'espère bien pouvoir finir d'écrire et publier de mon vivant.




