Aujourd’hui pourtant, ces droits n’existent
plus au Maroc. Si les journalistes Omar Radi, surveillé par Pégasus, et
Souleiman Raissouni sont en prison, c’est justement parce qu’ils ont vu
et dénoncé le durcissement autoritaire de leur pays. Ils ont refusé,
comme de nombreux journalistes marocains, de se soumettre et de se
taire. Le dossier Pegasus prouve qu’Omar et Souleiman sont des lanceurs
d’alerte et que leur combat dépasse largement les frontières du Maroc.
Omar Radi est notre ami. Nous nous sommes rencontrés en 2007 et avons
travaillé ensemble au sein du réseau international CADTM (Comité pour
l’abolition des dettes illégitimes). Journaliste d’investigation, voix
critique que le pouvoir marocain veut faire taire à tout prix, il a été
condamné lundi 19 juillet 2021 à 6 ans de prison ferme au terme d’une
parodie de procès.
Nous ne connaissons pas personnellement Souleiman
Raissouni, le rédacteur en chef du quotidien « Akhbar Al Yaoum ».
Emprisonné depuis mai 2020, codétenu d’Omar Radi, Souleiman a été
condamné à 5 ans de prison ferme à l’issue d’un procès inéquitable.
C’est au fil de sa détention qu’il est devenu, en quelque sorte, notre
ami. Comme Omar, nous pensons à lui quotidiennement, nous nous
inquiétons de son état de santé et avons peur aujourd’hui pour sa vie.
Après 11 mois de détention préventive, Souleiman a démarré le 8 avril
dernier, une grève de la faim illimitée.
Nous ne sommes pas au Maroc, nous sommes loin, mais depuis plus d’un
an nous partageons quotidiennement avec la famille et les ami·es des
prisonniers politiques une immense colère, une peine profonde et de
l’espoir. Les mots sont difficiles à trouver pour témoigner notre
soutien et notre admiration tant à Omar et Souleiman qu’à leurs familles
et ami·es qui se battent sans relâche pour leur libération. Depuis
l’arrestation arbitraire d’Omar, il y a tout juste un an, Driss Radi,
son père, lui écrit chaque jour une lettre qu’il publie sur les réseaux
sociaux. Ces lettres sont à la fois tendres et déchirantes, mais ce sont
aussi de vifs plaidoyers sur la situation politique au Maroc et
constituent à ce titre un puissant cahier de doléances. La mère d’Omar
et la femme de Souleiman, par leur courage, sont devenues les figures de
la lutte pour la liberté des prisonniers politiques. Accompagnés
d’ami·es, ces derniers mènent chaque jour un combat exemplaire qui n’est
pas sans danger. Au Maroc la répression est à son apogée !
Nous les suivons sur les réseaux sociaux et les voyons, si
impuissantes, derrière nos écrans, se faire agresser par les policiers
qui toujours en surnombre interdisent leurs rassemblements, les
violentent, arrachent leurs banderoles ou, comble de bêtise, coupent les
arbres qui les ombragent lors des sit-in de solidarité. Nous savons que
c’est ici la face visible. Nous les devinons sur écoute. Nous les
imaginons suivis, harcelés, humiliés, surveillés... Les familles sont
laissées sans nouvelles de leur proche, ne sachant, dans le cas de
Souleiman Raissouni, s’il est toujours en vie. Ces derniers jours,
l’administration pénitentiaire refusait toujours son transfert à
l’hôpital et l’avait placé avec des codétenus chargés de l’espionner et
de manger devant lui, véritable torture après tant de jours de grève de
la faim… Elle lui refusait également l’accès à un fauteuil roulant,
alors que Souleiman ne peut plus marcher, l’obligeant à ramper pour
rencontrer ses avocats [1] !
Le pouvoir marocain met tout en place pour briser les prisonniers
politiques, leurs familles et leurs soutiens. Mais, jour après jour, les
familles et les ami·es marocain·es sont debout, déterminé·es et
puissant·es. Jour après jour, leurs voix s’élèvent pour réclamer justice
et liberté.
Jour après jour, ils affrontent courageusement le pouvoir.
Jour après jour, nous avons peur pour eux, nous qui n’avons pas leur courage.
Ils sont les voix libres du Maroc, les insoumis, leur combat est si juste ! Nous sommes à leurs côtés.
Soyons nombreux à exiger la liberté pour Omar et Souleiman, et pour tous les prisonniers politiques au Maroc !