2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 29 décembre 2025

هل ستكون هناك جنسية إسبانية للصحراويين؟
¿España concederá la nacionalidad a los saharauis?

 في هذا اللقاء، يتحاور بشير محمد لحسن مع هيكتور بوجاري سانتوروم حول مقترح القانون الذي تقدمت به حركة سومار لمنح الجنسية الإسبانية للصحراويين. يتناول الحوار الخلفية التاريخية والقانونية لصراع الصحراء الغربية، ومضمون المبادرة التشريعية، وانعكاساتها المحتملة على الصحراويين، والنقاش السياسي والاجتماعي الذي يحيط بهذا المقترح. بالإضافة إلى ذلك، يحلل هيكتور بوجاري المشاكل التي قد تواجهها هذه القانون ويشير إلى النقاط المهمة التي يجب أخذها في الاعتبار. مقابلة مهمة لفهم أبعاد المشروع وأهدافه والسياق الذي يُقدم فيه.

¿España concederá la nacionalidad a los saharauis?

En esta entrevista, Bachir Mohamed Lehcen dialoga con Héctor Bujari Santorum sobre la propuesta de ley presentada por el movimiento Sumar para conceder la nacionalidad española a los saharauis.

El diálogo aborda los antecedentes históricos y jurídicos del conflicto del Sáhara Occidental, el contenido de esta iniciativa legislativa y sus posibles implicaciones para los saharauis, así como el debate político y social que rodea esta propuesta. Además, Héctor Bujari analiza los problemas que esta ley podría encontrar y señala los puntos importantes a tener en cuenta.

Una entrevista esencial para comprender las dimensiones, los objetivos y el contexto en el que se presenta este proyecto.

mercredi 16 juillet 2025

Des cagoules, des rois et des messages cachés : la triade qui a fait exploser Torre Pacheco sous les yeux de l’Espagne


Pour comprendre ce qui s’est passé à Torre Pacheco, il faut souligner deux points : la myopie volontaire à l’égard du Maroc et le paternalisme progressiste qui transforme le migrant en être de lumière abstrait.

Héctor Bujari Santorum, Nueva Revolución, 16/7/2025  

Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

La victime, identifiée uniquement comme Domingo, âgé de 68 ans, se rendait comme chaque matin au cimetière lorsqu’il a croisé trois jeunes. Non seulement ils lui ont fracturé le septum nasal, mais cette agression a brisé le fragile pacte de cohabitation d’une commune d’environ 40 000 habitants, où près de 30 % de la population est d’origine étrangère.

Ce qui a suivi, à savoir des attaques contre des commerces et une intervention policière controversée, n’était pas « justice pour Domingo ». C’était un scénario écrit par les nazis dans la rue, abandonné par l’État depuis ses bureaux et exploité sans vergogne par le Maroc.

Il est certain qu’avant cet incident, des mouvements importants étaient déjà en cours dans le contexte politique :

1.                  5 juillet : Le PP reçoit officiellement le délégué du Front Polisario lors de son congrès national.

2.                 8 juillet : Réponse marocaine : le Maroc ferme les postes-frontières de Ceuta et Melilla.

3.                 9 juillet : Des émeutes éclatent à Torre Pacheco après l’agression d’un homme âgé.

4.                10 juillet : Lettre adressée à Alberto Nuñéz Feijóo par Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal et ministre du Développement du Maroc.

5.                 12 juillet : Le Maroc réactive le Comité pour la libération de Ceuta et Melilla après 11 ans d’inactivité.

Sur les 13 personnes arrêtées, seules 3 sont poursuivies pour l’agression de l’homme âgé qui a déclenché les émeutes. En outre, la Garde civile a identifié 120 personnes, dont beaucoup se sont vu retirer des objets pouvant être utilisés comme armes, selon les informations fournies par le colonel Francisco Pulido, chef de la Garde civile dans la région de Murcie.

Ce même soir, à Torre Pacheco, alors que des nazis et des voyous détruisaient des kebabs et transformaient les rues en terrain de jeu, les forces de sécurité qui, quelques semaines auparavant, avaient semé la terreur parmi les ouvriers de Cadix à coups de matraques et de balles en caoutchouc, faisaient marche arrière avec leurs véhicules. Silence complice pour un gouvernement qui a besoin des spectres de l’extrême droite... tout en finançant le monstre par sa lâcheté passive.

Au milieu du chaos, des commerces comme celui de Hassan, propriétaire d’un kebab, ont été touchés. « Ce furent cinq minutes très difficiles », a-t-il raconté. Ils étaient « cagoulés, armés de pierres et de machettes. Certains clients se sont réfugiés dans les toilettes ; nous nous sommes échappés par l’arrière, mais d’autres personnes nous attendaient ». Son témoignage reflète la peur ressentie par les commerçants qui n’avaient rien à voir avec le conflit.

Derrière les cagoules néonazies, il n’y a pas d’idéologues, seulement des mercenaires de la violence qui filment leurs exploits pour se cacher ensuite. Alors que ces voyous ne sont jamais qualifiés de lumpen (terme jalousement réservé à la population maghrébine), beaucoup passent sous silence leur double jeu. Je parle de cette génération de Marocains qui, en Espagne, feignent la rébellion antisystème, mais qui, en privé, sont les lèche-bottes du roi Mohammed VI, scandant les slogans de la DGED (services secrets marocains) entre les prières dirigées par des imams-espions. Et qui paie les pots cassés ? Les seuls innocents : la femme qui cueille des fraises à Huelva et les travailleurs dignes, ceux qui ont traversé le détroit pour se construire une vie digne.

L’Espagne et l’Europe les utilisent comme une armée de réserve, tout comme la France utilise nos jeunes dans ses vignobles ou la Suisse dans ses hôtels. Ils sont la chair à canon du capital transnational : aujourd’hui dans les serres de Torre Pacheco, demain dans les entrepôts d’Amazon. Brisés par la machine, utilisés comme boucs émissaires et abandonnés par un État qui ne se souvient de leur existence que lorsqu’il transforme leurs quartiers en champs de bataille.

Pour comprendre le drame de Torre Pacheco, il faut démanteler deux mensonges fondamentaux. Premièrement, la myopie volontaire sur le Maroc. Beaucoup émettent des opinions sur le royaume alaouite à partir de leur ignorance, voire de leur imagination. Ils ignorent que rien n’y est ce qu’il semble être, pas même ce que le cynisme le plus extrême pourrait imaginer. Sous la façade d’une monarchie modérée se cache un État hybride où les services secrets (DGED), les imams et les narcotrafiquants dansent au rythme du même scénariste : le palais royal. Ceux qui ne comprennent pas cette machine à triple fond ne parviendront jamais à déchiffrer ce qui s’est passé en Murcie.

Le Maroc n’est pas un pays ami de l’Espagne, mais son principal adversaire. Il s’enhardit face à l’absence de réponse et à la faiblesse du gouvernement espagnol, et sait en outre qu’il bénéficie du soutien des USA et d’Israël. Telle est la réalité.

Ensuite, le paternalisme progressiste qui transforme le migrant en être de lumière abstrait. Ce racisme complexé, aussi néfaste que celui de l’extrême droite, cache une vérité dérangeante : il existe bel et bien des délinquants marocains, comme dans toute communauté de 5 000 personnes. Mais réduire tout le monde à cette étiquette est aussi stupide que de nier leur existence.

Le véritable crime, c’est l’analyse paresseuse : soit on sanctifie, soit on diabolise.

Ils arrivent toujours en retard. Ceux-là mêmes qui instrumentalisent aujourd’hui la cause sahraouie – en annonçant des soutiens théâtraux ou des retraits stratégiques selon que ça convient à leur discours – brillent par leur absence dans les tranchées quotidiennes de la résistance. Leur activisme de salon se réduit à pointer du doigt les positions des Sahraouis eux-mêmes, alors que la réalité crie haut et fort : ils se fichent complètement de la lutte réelle. Tout n’est que pure instrumentalisation politique, un marché aux puces où la dignité d’un peuple devient une monnaie d’échange.

Comme le dénonce un militant antiraciste bien connu : « Commencer la journée en écoutant le maire de Torre Pacheco établir un lien entre immigration et délinquance sans données — seulement « sa perception » —, puis voir Marlaska pontifier sur les droits humains... le même Marlaska du massacre de Melilla ». Ici, une correction s’impose : c’était à Nador, pas à Melilla. Qu’un militant « oublie » le lieu n’est pas une négligence : c’est une stratégie. Car cela permet de diluer les responsabilités. Le massacre a été perpétré par des bourreaux bien précis : la police marocaine sous les ordres de son régime, sous les applaudissements de la bourgeoisie locale et avec la complicité nécessaire du gouvernement espagnol. Manipuler le nom du lieu est la première étape pour blanchir le sang.

Quand une personne issue de l’immigration commet un délit, la loi s’applique exactement comme pour n’importe qui d’autre. Ce sont des gens qui vivent et travaillent ici, un point c’est tout. Ici, les fascistes sont peu nombreux, mais leurs complices sont trop nombreux. Donc, si nous voulons vraiment viser plus haut, regardons qui a intérêt à ce que tout cela se passe. Si la « révolte » de Torre Pacheco avait été dirigée contre les patrons exploiteurs qui s’y trouvent, on aurait déjà envoyé les tanks.

Les quartiers ouvriers sont devenus des banlieues marginalisées, confrontées à des problèmes économiques, culturels et de cohabitation. Un discours pro-immigration vide, sans plan social ni urbanistique, n’offre pas des conditions dignes à la classe ouvrière, migrants inclus, qui voit ses quartiers se détériorer. C’est ainsi que le fascisme s’installe : par l’abandon d’une social-démocratie qui prétend les défendre mais qui fait partie des élites autoproclamées.

Le Maroc promeut l’islam malékite, contrôlé par le roi MohamedVI en tant que «Commandeur des croyants». Par l’intermédiaire de l’Institut MohammedVI, il forme des imams pour l’Europe comme alternative au salafisme, gagnant ainsi un soutien institutionnel. En Espagne, environ 40% des imams ont été formés là-bas. Beaucoup ne se contentent pas de diriger des mosquées, mais exercent également un contrôle social sur la communauté maghrébine et diffusent la ligne officielle de Rabat. Ainsi, le Maroc surveille sa diaspora, contrôle le discours religieux et évite les critiques à l’égard du régime. Certaines fédérations islamiques en Espagne ont des liens directs avec le gouvernement marocain, comme le Conseil supérieur des oulémas, dont les membres sont élus par le roi et agissent depuis l’intérieur du pays.

Selon des sources du ministère marocain de l’Intérieur, Rabat a financé des pressions politiques par le trafic de drogue, renforçant ainsi sa position diplomatique : un véritable « narco-État diplomatique ».

Les réseaux criminels combinent immigration clandestine et trafic de haschisch. Par exemple, un réseau opérant entre Ceuta et Ibiza a utilisé des mineurs comme passeurs pour transporter des immigrants et 22kg de haschisch, pour un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros.

En outre, le Maroc a utilisé les crises migratoires comme moyen de pression, assouplissant ses frontières en période de tensions diplomatiques. Un exemple flagrant : la crise de mai 2021 à Ceuta, avec 8 000 migrants en 48 heures, qui a contraint l’Espagne à adopter une position plus favorable à Rabat.

Certains frappent les immigrés, applaudissent ceux qui le font et votent pour ceux qui encouragent ces pratiques : des pions du capital qui nous maintiennent dans l’opposition tandis que l’accumulation s’accélère. D’autres réclament l’ouverture des frontières pour avoir davantage de pauvres à leur service. C’est tout.

mardi 4 février 2025

Soukeina Yed Ahlou Sid : « L’ONU, pour nous, c’est pire que le Maroc »

Chacun de ses mots porte le poids d’un peuple qui résiste alors que le monde continue de regarder ailleurs.

Héctor Bujari SantorumNueva Revolución,   20/1/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala

Au bout du fil, avec l’aide d’une traductrice, j’entends la voix de Soukeina Yed Ahlou Sid. Elle est grave, directe, chargée d’une fermeté qui ne laisse aucune place à la pitié.

Elle parle sans fioritures, comme quelqu’un qui a raconté son histoire trop de fois, mais qui n’a pas encore réussi à s’en libérer. Militante sahraouie, survivante de 12 ans de prisons secrètes. Chacun de ses mots porte le poids d’un peuple qui résiste alors que le monde continue de regarder ailleurs.


Tu as subi de nombreux abus tout au long de ta vie, de la torture aux disparitions forcées. Comment as-tu réussi à rester fidèle à ton combat pendant si longtemps, malgré toutes les souffrances que tu as endurées ?

J’ai été emprisonné pendant 12 ans. Ils m’ont attrapée à l’âge de 24 ans et j’avais quatre enfants. L’aîné avait 6 ans et le plus jeune 5 mois. La plus grande souffrance a été la séparation d’avec ma famille. Dès que la séparation a commencé, ma famille est allée dans les camps [de réfugiés en Algérie, NdlT]. Je suis restée dans les territoires occupés avec la famille de mon mari. Je n’ai pas été emmenée dans une prison, c’était plutôt une disparition, on ne savait rien de nous. Je n’étais pas enregistrée et je n’avais aucune condamnation. J’avais 24 ans. Un an plus tard, ma fille cadette est décédée.

Dans ton témoignage, tu mentionnes que tu as passé 12 ans dans des prisons marocaines secrètes. Quelle a été la partie la plus difficile de cette période et comment t’en souviens-tu maintenant que tant d’années se sont écoulées ?

Mes enfants ont souffert de la séparation. Certains sont allés chez leur père et d’autres sont restés ici. J’étais émotionnellement dévastée. J’étais une mère et j’avais laissé quatre enfants derrière moi. Je n’avais aucune sécurité, rien, aucun soutien de qui que ce soit. C’est l’incertitude que j’ai ressentie, c’était très dur. Je me consolais en me disant que ce que je faisais n’était pas vain. C’était pour le Sahara, pour voir ma terre libérée, pour la détermination. C’est la seule consolation qui m’a permis de tenir pendant cette période.

De toute façon, il n’y avait pas que moi ; dans chaque famille sahraouie, on a perdu un frère, un père, un fils, même des femmes pour cette cause...

Comment as-tu vécu le cessez-le-feu de 1991 et la trahison du processus de paix qui s’en est suivie ?

En 1991, lorsque l’accord de paix a été conclu, ils nous ont laissés partir. Je suis allée rejoindre ma famille, mes enfants. Il ne s’est même pas écoulé un an et j’ai été à nouveau emprisonnée, avec mon fils aîné, celui qui avait 6 ans la première fois qu’ils m’ont fait disparaître.

L’accord de cessez-le-feu était une trahison, une tromperie écrite sur le papier. Le peuple sahraoui y a cru, pensant que nous allions arrêter la guerre, que nous allions cesser de perdre des gens et vivre en paix. C’était une tromperie qui n’a rien changé. L’agresseur marocain a suggéré cette idée, c’était son plan. Tout ce qu’ils voulaient, c’était avoir tout le territoire du Sahara.

Je veux voir un Sahara libre. Demain, des générations vont vivre et elles ne peuvent pas trahir cette cause. C’est eux ou rien. Ils doivent la défendre.

Quel message souhaiterais-tu transmettre aux générations futures de Sahraouis qui poursuivent la lutte pour l’autodétermination ?

Je te remercie beaucoup pour cette question sur le message que je souhaite transmettre aux nouvelles générations. Tout comme nous nous sommes tenus fermement à l’objectif d’atteindre notre autodétermination, notre liberté, les nouvelles générations ne devraient pas penser à un autre objectif. Se tenir sur un rocher vous empêche de tomber ou de vous noyer ; cependant, si vous vous tenez sur une base très fragile, vous finirez par vous briser.

Il faut penser au bien du peuple, à la justice. Nous méritons d’être sur notre terre et d’y construire un avenir ; cela ne vaut pas la peine de le faire ailleurs. Le Sahara est à nous et personne ne devrait nous le prendre. Nous ne pouvons nous permettre aucun luxe si nous ne sommes pas sur notre terre.

Comment la présence constante des forces marocaines à Smara affecte-t-elle la vie quotidienne des Sahraouis ?

J’ai été contrainte d’aller vivre dans un village situé à 14 kilomètres de Smara, car la vie m’est impossible à Smara. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes filles, mes petits-enfants, mes parents et mes voisins.

Nous sommes constamment encerclés par la police ; ils s’appellent eux-mêmes la sécurité, mais pour moi, ils ne font que violer la sécurité. Mes filles ont dû aller à El Ayoun, parce que les enfants, à partir de 10 ans, ne peuvent pas sortir, ne peuvent pas jouer, ne peuvent pas pratiquer l’activité d’un enfant normal. Quand je vais en taxi, ils me font des ennuis. C’est une vie impossible pour moi et pour tous ceux qui m’entourent.

Quel type de harcèlement et de répression subissent les Sahraouis vivant dans les territoires occupés, en particulier les militants comme toi ?

Nous subissons des violences physiques, ils me contrôlent dans ma maison, dans mon travail, dans mes visites, ils enregistrent les personnes que je rencontre, ils prennent leurs données, leurs documents et les endroits où je vais. Ils me rendent la vie impossible à tous points de vue. Nous allons résister et nous n’accepterons jamais cette occupation marocaine.

Dans quelle mesure penses-tu que l’occupation marocaine a altéré l’identité culturelle sahraouie dans les territoires occupés ? Comment les politiques d’assimilation marocaines dans les villes occupées, telles que Smara, affectent-elles les Sahraouis qui y vivent ?

Ils n’ont négligé aucun moyen de mettre l’identité sahraouie en danger d’extinction. Il y a des générations dont les parents sont nés dans les territoires occupés, qui sont entrés avec la marche noire [la « marche verte » marocaine de 1975, NdlT] ou pour le référendum prévu en en 1991. Il y a beaucoup de Marocains. Ce sont deux générations qui sont nées ici et qui n’ont rien à voir avec le Sahara. Ce sont des escrocs culturels. Ils utilisent la mlahfa et la daraa. Ils apprennent la hassaniya.

Ils ont infiltré beaucoup de jeunes. Ce sont des Sahraouis, mais ils sont payés pour être des espions. Il y a un pourcentage de jeunes qui sont sahraouis, mais qui agissent vraiment comme des Marocains parce qu’ils travaillent pour les Marocains. Ils ont formé des générations à parler et à s’habiller comme des Sahraouis, mais ce sont des Marocains.

Même si nous parlons pendant des heures, des jours ou des mois, je ne pourrai pas exprimer à quel point je suis frustré par ce qui se passe sur notre territoire. Ce qui s’est passé avec De Mistura il y a quelques heures... ils ne travaillent pas. Ni eux, ni l’ONU... ils ne travaillent pas à la résolution de ce conflit de décolonisation de notre territoire. Il n’y a pas de protection internationale, il y a de la violence sécuritaire, plus envers les activistes qu’envers les autres citoyens. Il n’y a pas de droit, nous n’avons pas le droit de vivre. Nous vivons réprimés au maximum, souffrant dans tous les aspects, économiques, familiaux, tout. La seule chose que je veux faire, c’est sortir dans la rue. Je ne suis pas marocaine. Nous sommes sous le feu des projecteurs.

L’ONU est pire pour nous que pour les Marocains. Depuis qu’elle est arrivée, il n’y a pas de résolution, il n’y a pas d’issue, je ne vois aucun avantage à cette organisation. Personne n’est responsable du Sahara, ils ne laissent pas entrer les journalistes, les avocats ou les activistes. Ils ne laissent entrer personne.

Quel rôle les femmes sahraouies jouent-elles dans la résistance dans les territoires occupés ?

Nous les femmes, que ce soit dans les camps ou dans les territoires occupés, tout le monde sait quel rôle nous jouons. Nous sommes importantes, nous sommes dans les institutions et dans l’administration. Nous avons suivi cette trajectoire de lutte aux côtés des hommes, sans donner la priorité à l’un ou à l’autre. Nous sommes tous impliqués, hommes et femmes. Dans les territoires occupés, on voit plus de femmes pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, les peines des hommes vont de 20 ans à la perpétuité. Dans le cas des femmes, il peut y avoir des accords et nous pouvons rester emprisonnées moins longtemps. D’après notre expérience, c’est ce qui s’est passé. Les femmes sont condamnées à moins de temps. Les jeunes de Gdeim Izik sont enfermés depuis 2010.

À quoi ressemble la vie sous l’occupation pour les jeunes Sahraouis qui grandissent à Smara et dans d’autres zones contrôlées par le Maroc ? Quelles sont leurs perspectives d’avenir ?

Ils ont réalisé un projet de migration programmée de jeunes pour fuir ces territoires dans de petites embarcations. Beaucoup d’entre eux sont morts en mer. D’autres sont en Europe. Il y a d’autres projets : destination Guyane française et Cuba.

Cette migration programmée, comment a-t-elle été communiquée aux Sahraouis ?

Il y a quelqu’un qui convainc les jeunes. On leur dit : « Ce pays n’a pas besoin de visa, je paie votre billet et vous y allez. Vous obtenez les papiers et vous entrez facilement en Europe ».

Ils lavent le cerveau des jeunes qui rêvent de venir en Europe. Officiellement, il n’y a pas d’agence ni de responsable. C’est ce que dit la rumeur. Il y a une file d’attente interminable.

Aucun jeune ne reste dans ces territoires. En Guyane, la route a été fermée, mais une autre a été ouverte à travers Cuba.

Est-ce que cela se passe aussi en Espagne, à Madrid ?

Tout comme les Sahraouis dans les territoires occupés subissent une répression très forte, le peuple marocain vit également dans la souffrance avec beaucoup de difficultés. La solution est d’émigrer. Je ne sais pas comment s’est déroulé le processus de migration vers Madrid, mais il y a des Sahraouis et d’autres qui ne le sont pas.

Quelle est la relation entre les Sahraouis qui continuent à soutenir la cause et ceux qui ont décidé de collaborer avec le Maroc ?

Il y a des Sahraouis qui ont suivi leur propre voie en soutenant et en défendant la cause. D’autres, en revanche, ont collaboré avec les Marocains, pour de nombreuses raisons : par manque de ressources, par peur, parce qu’ils vivent de l’aide qu’on leur donne... et parce qu’il y a des gens qui s’intéressent à leur cause et d’autres qui s’en désintéressent.

Nos relations ne peuvent pas être si mauvaises parce que nous sommes si peu nombreux. Nous avons déjà fait la distinction entre les réfugiés et ceux qui vivent dans les territoires occupés. Nous ne devrions pas chercher une autre raison de nous séparer. La séparation nous affecte beaucoup. L’union que nous formons entraîne des conséquences encore plus graves. Nous n’allons pas les laisser entre les mains des Marocains. Nous les gardons près de nous pour qu’ils n’oublient pas notre cause.

L’Espagne est un membre très compliqué, elle est coupable de tout ce qui se passe. Vous avez des relations très étroites avec les Marocains.

Comment se passe l’acceptation sociale au sein de la communauté sahraouie de ceux qui ont décidé d’accepter les compensations économiques offertes par le Maroc pour les années de plomb ?

Ces compensations économiques n’étaient pas destinées aux Sahraouis, mais aux Marocains qui ont participé au coup d’État contre Hassan II. Aucun Sahraoui n’a reçu de compensation. Ils ont donné très peu parce qu’ils ne nous ont pas mis en prison de manière légale. Ils ne nous ont même pas donné de quoi compenser l’année passée loin de mon enfant. Rien du tout. Aucun Sahraoui n’a participé à ce processus.

Quelle est, selon toi, la principale raison de la division qui existe entre les différentes associations de défense des droits humains qui défendent la cause sahraouie ?

Il n’y a pas de division du tout, il y a beaucoup d’associations composées de victimes. Le principal problème est que chaque fois que nous voulons nous réunir, nous ne le pouvons pas. Nous sommes très surveillés, nous sommes encerclés, il y a des infiltrés. Il est vrai que certaines personnes ont certaines opinions, d’autres ne sont pas d’accord et ont d’autres opinions. Mais il y a beaucoup de soutien entre nous. Lorsque nous sommes blessés ou lorsque des Marocains viennent, nous nous soutenons tous les uns les autres. Il n’y a pas de division, c’est une rumeur. Nous nous entendons tous très bien.

Notre association de victimes de disparitions forcées a été créée en 1998, nous voulions nous réunir, nous étions 323 des prisons de Smara, 50 d’El Ayoun. 43 sont morts pendant cette période. Nous nous sommes réunis pour former cette association. Nous avons eu l’autorisation de nous légaliser, nous sommes une association de victimes, nous avons été victimes de disparitions forcées, ni jugés ni condamnés...

➤ Voir le documentaire de Laura Sipán Soukeina, 4.400 días de noche:12 años en las cárceles secretas de Marruecos [Soukeina, 4 400 jours de nuit : 12 ans dans les prisons secrètes marocaines]