2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Luttes de libération nationale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Luttes de libération nationale. Afficher tous les articles

jeudi 17 avril 2025

Fanon façon Barny : tout faux

Fausto Giudice, BastaYeki !, 17 avril 2025

Samedi 12 avril 2025, Jean-Claude Barny a réalisé une sacrée performance à Tunis et sa banlieue. Son film était projeté à 18h au cinéma Le Rio, à 19h à l’IFT (Institut français de Tunisie) et à 21h à L’Agora de La Marsa. Il était présent à l’issue de chaque projection, en compagnie de trois de ses acteurs : Alexandre Bouyer – l’incarnation de Frantz Fanon himself -, qui a raconté que durant le tournage, il a perdu 10 kilos, et deux jeunes acteurs tunisiens, Sfaya Mbarki, jouant le rôle de Farida, une militante du FLN très peu crédible (voir plus bas), et un jeune garçon dont je n’ai pas capté le nom.


C’est que le film de Barny, Fanon, censé se passer en bonne partie à Blida en Algérie, a été tourné en Tunisie avec une majorité d’acteurs et de figurants tunisiens, dans des décors naturels tunisiens, ce qui suscite la première gêne chez le spectateur quelque peu averti.

Tout le monde n’est pas Spike Lee et ne peut pas trouver 34 millions de dollars pour faire jouer à Denzel Washington le rôle de Malcolm X.
Tout le monde n’est pas Abdenour Zahzah pour être capable de réaliser avec seulement 500 000 € un film de fiction impeccable et véridique, car étayé, documenté et réfléchi pendant une vingtaine d’années.
En tout cas, Monsieur Barny, c’est clair, n’est ni Spike Lee ni Abdenour Zahzah.

Et il n’a pu ramasser que 4 millions d’Euros pour réaliser son inepte biopic. Heureusement, des personnes qui lui voulaient du bien lui avaient refilé une première version du scénario d’Abdenour, dans lequel il a pompé allègrement pour concocter sa chorba. Mais ça n’a pas suffi à rendre son film digne, ne serait-ce que du Festival de Montpellier.

Monsieur Barny, quand donc allez-vous vous vous décider à arracher votre masque noir et nous montrer votre peau blanche ? Blanche comme le linceul dans lequel vous avez enveloppé Frantz, après l’avoir assassiné.
Une fois poussé mon cri du cœur et du cerveau, je vais tenter de l’expliquer ci-dessous, en détail.

Remarques générales

Il est clair d’emblée que Barny a vu Le Vent des Aurès de Lakhdar-Hamina (1967), le premier long métrage de l’Algérie indépendante, mais qu’il n’a ni la formation ni le talent pour lui arriver ne serait-ce qu’à la cheville. Au départ, Barny avait un projet mégalomane de raconter les 36 ans de vie de Frantz Fanon, de Fort-de-France à la Dominique, au Maroc, à Lyon et Saint-Alban, à Blida, Tunis, Accra, Bamako etc. Devant l’ampleur du projet, il se rabat sur les 8 dernières années de la vie du héros, choisissant de ne mettre en scène que Blida et Tunis. À partir de là, il a pratiquement tout faux, nous offrant une vision totalement faussée des divers événements qu’il cherche à raconter.

Ses acteurs, mal dirigés, ne savent pas sur quel pied danser et semblent hésiter à chaque scène. Le commissaire de police qui craque après s’être retrouvé dans le rôle de tortionnaire devient dans le film un sergent névrotique de l’armée, Josie, la femme militante de Frantz, devient une épouse d’une platitude consternante jouée par la pauvre actrice belge Déborah François, qui a l’air de se demander ce qu’elle fout là et semble regretter les frères Dardenne. Le seul Belge qui s’en sort est Olivier Gourmet, devenu le grand spécialiste des rôles secondaires de méchant sournois.

Détails incongrus

Venons-en maintenant aux quelques plus gros ratés du récit.

Frantz Fanon avait deux types d’écriture, l’une professionnelle, l’autre politique.
La première était constituée de notes cliniques quotidiennes, manuscrites, et consignées dans les archives de l’hôpital de Blida, où Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh les ont consultées pour leur premier film de 2002, Franz Fanon, mémoire d’asile et dans lesquelles Zahzah a puisé pour son deuxième film de 2024, Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, au temps où Docteur Frantz Fanon était Chef de la cinquième division entre l’an 1953 et 1956.

La seconde était constituée par ses textes politiques. Il n’a jamais dicté un seul texte à sa femme Josie, contrairement à ce que Barny met en scène. Ses textes politiques, il les parlait (Sartre : « Fanon parle à haute voix »), marchant de long en large, et Marie-Jeanne Manuellan, assistante sociale mutée au Centre neuropsychiatrique de jour de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis dirigé par Fanon, les tapait sur une machine achetée pour l’occasion rue de Marseille, quand elle ne prenait pas en note tout ce qui se disait dans les consultations. Elle aura tapé les deux derniers livres de Fanon, L’An V de la Révolution algérienne et Les Damnés de la terre [écouter l’ entretien avec Marie-Jeanne Manuellan et voir son livre Sous la dictée de Fanon, Éditions de l’Amourier, 2017].

L’accent lyonnais/vénissian de Mehdi Senoussi, qui joue Hocine, le principal infirmier travaillant avec Fanon, est lui aussi fort mal venu.

Et que dire de Farida, la jeune militante du FLN interprétée par Sfaya Mbarki, qui se balade dans les rues d’une ville algérienne habillée d’un pantalon fuseau et portant négligemment un hijab décontracté, ce qui lui donne l’air d’une Iranienne ou d’une Afghane émancipée du XXIème siècle, mais en tout cas pas celui d’une jeune combattante clandestine dans l’Algérie des années 1950. Quiconque a une idée minimale de la société algérienne de cette époque, ne serait-ce que pour avoir vu le film La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, sait que « Farida » se serait déplacée soit vêtue d’un haïk (équivalent algérien du safsari tunisien) soit déguisée en petite pied-noire proprette, en jupe plissée ou tailleur.

La palme du grotesque revient à Salem Kali, lui aussi très mal venu -avec son passé de champion de kung fu et de protagoniste de film de zombies – pour incarner Abane Ramdane, parlant un arabe de karakouz [1] : le summum est atteint dans la scène où il fait un discours aux allures de prêche à des paysans réunis dans une étable. Le public tunisien n’a pas pu se retenir de rigoler lorsqu’il prononce, la bouche en cul-de-poule sous sa moustache : « Di-mou-kra-tttiiyaa ». Abane Ramdane était un Kabyle trilingue ayant reçu une éducation française et un modèle d’intellectuel organique, réalisant l’alchimie de la constitution du mouvement national de libération. Il pensait certes, avec Mao, que « le pouvoir est au bout du fusil », mais, toujours avec Mao, que « le parti commande aux fusils et il ne faut jamais permettre que les fusils commandent au parti ». Ce fut ce qui signa son arrêt de mort. Il fut étranglé sur ordre des 3 B (Belkacem, Boussouf, Bentobbal] et avec l’assentiment des trois autres B [Ben Bella, Boumediène, Bouteflika), dans une ferme entre Tétouan et Tanger où on lui avait tenu un traquenard, et non pas, comme le filme Barny, dans une villa de Tunis.

Et pour finir, la dernière scène, celle de l’enterrement. Fanon n’a pas été enterré par quelques fellahs en gandoura dans une plaine et dans un linceul, mais dans un cercueil à Aïn Kerma, en territoire algérien, par un détachement de l’Armée de Libération Nationale qui lui a rendu les honneurs militaires. Ces faits documentés – par exemple dans l’excellent documentaire d’Hassane Mezine, Fanon hier, aujourd’hui (2018) - ont été ignorés par Si Barny.

Pour conclure, Madame la France a trouvé dans le bioupik barnyen une occasion très bon marché -ça ne mange pas de pain - de se redorer le blason auprès de ses encore-colonisés de tous les continents. Mais pas auprès des décolonisés, dont votre serviteur pense faire partie. À bon entendeur salut. Quant aux autistes et autres narcissiques konparézon*, qu’ils continuent à contempler leur nombril.

➤Visitez et rejoignez la page du groupe Frantz Fanon 100 ans


Notes

1 - Karakouz : terme tunisien désignant le théâtre d'ombres d'ombres d'origine ottomane, dérivé du turc Karagöz (oeil noir), nom du personnage plébéien et lourdaud, devenu en Grèce Karagiorgios. Karakouz en tunisien désigne généralement le cirque politicard.

*Par un hasard qui n’a rien de curieux, le film a eu son avant-première au Festival de Marrakech, au Maroc, un royaume dont tout le monde sait, au moins depuis la disparition forcée de Mehdi Ben Barka, qu’il est un bastion avancé des luttes de libération des peuples opprimés.

**Konparézon : prétentieux en kréyòl gwadloupèyen (créole guadeloupéen)



samedi 7 décembre 2024

7 et 8 décembre 1952 : les émeutes des Carrières Centrales de Casablanca après l'assassinat de Farhat Hached en Tunisie

Carrières Centrales. Ce nom résonne dans la mémoire des Casablancais et des Marocains. Les 7 et 8 décembre 1952, Casablanca fut le théâtre d’émeutes violentes. Ces événements, qui se déroulèrent dans le quartier des Carrières Centrales, furent déclenchés par l’assassinat de Farhat Hached, leader syndicaliste tunisien et fervent défenseur de l’indépendance des pays du Maghreb. La révolte des ouvriers et habitants de ce quartier précaire devint rapidement un symbole de la lutte anticoloniale au Maroc. Immersion…

Farhat Hached
(2 février 1914 - 5 décembre 1952)

Sabrina El Faiz, lebrief.ma, 5/12/2024
Versión española

Pour les actualités de British Pathé, tout ça, ça n'était que des "émeutes communistes"

Au début des années 1950, le Maroc vivait sous le protectorat français, instauré en 1912. Bien que ce régime colonial se soit appuyé sur une administration modernisatrice, il avait engendré de nombreuses inégalités sociales, marginalisé les populations rurales et réprimé toute forme de revendication politique !

Casablanca, en tant que centre économique du pays, symbolisait, à elle seule, toutes ces disparités.

Les Carrières Centrales, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un quartier ouvrier situé en périphérie de la ville. A l’époque, il accueillait une population majoritairement marocaine, vivant dans des conditions précaires. Ce quartier était le repère des ouvriers travaillant dans les industries et chantiers de Casablanca, souvent exploités et privés des droits les plus fondamentaux. C’est dans ce contexte que l’influence des syndicats et mouvements nationalistes, tels que le parti de l’Istiqlal, s’y était considérablement développée.

Farhat Hached, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et figure emblématique des luttes indépendantistes en Tunisie, était perçu comme un allié naturel par les militants marocains. Son assassinat, le 5 décembre 1952, par des membres de la Ligue anticommuniste, un groupe paramilitaire proche des colons, fut un choc pour l’ensemble du Maghreb.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/19521209_-_Le_Petit_Marocain_-_Page_1.jpg
La presse des prépondérants se déchaîne

Le déclenchement des émeutes

Le 7 décembre, des manifestations furent organisées à travers le Maroc pour dénoncer le meurtre de Farhat Hached. À Casablanca, les protestations prirent une ampleur particulière dans les Carrières Centrales. La colère des habitants s’exprima d’abord par des rassemblements pacifiques. Des ouvriers, des militants nationalistes et des syndicalistes appelèrent à une grève générale pour exprimer leur solidarité avec les Tunisiens et leur rejet de la violence coloniale.
Mais la tension monta rapidement. La présence renforcée des forces de l’ordre françaises, venues réprimer toute contestation, attisa la colère des manifestants. Des affrontements éclatèrent entre les habitants et la police, transformant les rues du quartier en champ de bataille. Les protestations initialement pacifiques se transformèrent en émeutes violentes.

Les forces coloniales, surprises par l’ampleur de la mobilisation, réagirent avec une brutalité extrême ! La police et l’armée furent déployées en masse pour disperser les manifestants. Des tirs à balles réelles furent rapportés, causant de nombreuses pertes humaines. Selon les sources historiques, plusieurs dizaines de personnes furent tuées et des centaines d’autres blessées.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/97/19521210_-_Le_Petit_Marocain_-_Page_1.jpg

Les autorités françaises procédèrent également à une vague d’arrestations. Des militants nationalistes, des syndicalistes et de simples habitants furent arrêtés en masse. Les témoignages recueillis plus tard évoquèrent des scènes de violence inouïe, marquées par des exactions et des actes d’humiliation envers les Marocains.

Malgré cette répression féroce, les émeutes des Carrières Centrales ont connu un retentissement national et international. Elles démontrèrent l’ampleur du rejet du régime colonial.

Ces événements ne restèrent pas confinés à Casablanca. Dans plusieurs villes marocaines, des manifestations similaires éclatèrent, montrant la solidarité des Marocains face à la répression coloniale. Les émeutes de décembre 1952 devinrent symbole de résistance populaire contre l’oppression et donnèrent une nouvelle impulsion au mouvement nationaliste.

11 décembre

Sur la scène internationale, ces événements attirèrent l’attention sur la situation des pays du Maghreb sous domination coloniale. Les revendications des mouvements indépendantistes marocains gagnèrent en légitimité, notamment auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Aujourd’hui encore, les émeutes de décembre 1952 restent gravées dans la mémoire collective marocaine et surtout casablancaise. Elles rappellent les sacrifices consentis pour la liberté, ainsi que l’importance de la solidarité entre les peuples du Maghreb dans leur quête d’émancipation.