2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est USraël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est USraël. Afficher tous les articles

lundi 2 février 2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025
Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

mercredi 1 octobre 2025

Plan de paix pour Gaza : entre le bâton et la carotte empoisonnée

 Víctor de Currea-Lugo, 1/10/2025
Traduit par Tlaxcala

Víctor de Currea-Lugo (Bogotá, 1967) est médecin, enseignant, journaliste, écrivain et photographe. Il est actuellement (2025) conseiller pour les affaires du Moyen-Orient auprès du président colombien Gustavo Petro. https://victordecurrealugo.com        


Le plan de paix [lire ici] que proposent Israël et les USA pour Gaza n’est pas seulement un piège, il répète aussi les erreurs du passé, qui n’ont précisément pas conduit à la paix.

    1. La résistance est réduite au terrorisme et le terrorisme est réduit à ce que fait le Hamas ; il n’y a aucune mention du terrorisme d’Israël. Dans ce contexte, il n’y a ni génocide, ni occupation.
    2. Les limites du retrait des troupes israéliennes ne sont pas claires et, si l’on tient compte des déclarations de Netanyahou après le lancement de la proposition, un tel retrait n’aura pas lieu.
    3. Il n’est pas fait mention des plus de 10 000 Palestiniens détenus illégalement. Et, comme dans d’autres propositions antérieures, on impose d’abord des devoirs à l’occupé plutôt qu’à l’occupant.
    4. Israël libérerait moins de 15 % des personnes qu’il a détenues depuis octobre 2023. La formulation reconnaît qu’il détient des mineurs.
    5. Il propose la reddition du Hamas. En d’autres termes, il tente de gagner à la table ce qu’il n’a pas réussi sur le champ de bataille. Israël a échoué militairement.
    6. Il subordonne la fourniture d’aide humanitaire à la reddition du Hamas. L’humanitaire est, par définition, inconditionnel. Soutenir cela revient à soutenir l’usage de la faim comme stratégie de guerre.
    7. L’autodétermination des Gazaouis n’est même pas insinuée. La proposition d’un « gouvernement apolitique » est une contradiction dans les termes. De plus, un gouvernement dirigé par Trump et Tony Blair n’est pas une garantie. Le projet soumet l’Autorité palestinienne (AP) à une réforme imposée de l’extérieur qui vise à « attirer des investisseurs ». Lisez : annexer le néolibéralisme au génocide.
    8. On dit que personne ne sera forcé à partir, ni interdit de revenir. Les réfugiés de 1948 attendent encore qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU et les laisse revenir. La constante d’Israël est la déportation.
    9. Le Hamas est plus qu’une simple milice ; l’exclure de l’avenir de Gaza est à la fois naïf et pervers. C’est ne pas reconnaître ce qu’est le Hamas. On projette également une Gaza démilitarisée, ce qui est incompatible avec l’idée d’un État palestinien souverain.
    10. Le danger régional présenté dans la proposition est le Hamas, alors qu’il n’a bombardé ni le Liban, ni le Yémen, ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran, ni le Qatar.
    11. Le retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza répète la formule échouée des Accords d’Oslo. Quelle marge y a-t-il pour croire Israël ? De plus, on réduit Gaza et on exclut la Cisjordanie et Jérusalem-Est de la discussion.
    12. Si le Hamas n’accepte pas, alors l’armée israélienne délègue ses tâches aux forces internationales de stabilisation. Autrement dit, il est certain que l’agenda politique de cette force proposée suivra l’agenda israélien.
    13. On parle de la paix comme d’une abstraction, de préférence sans mentionner Jérusalem, le mur ni les colonies. Mais on appelle cela un “plan de paix”.
Dessin de Piet, France

Plan de paix, au-delà d’une liste de courses

Le plan, dans son ensemble, comporte plusieurs erreurs de fond :

    • Il maintient une lecture selon laquelle Gaza est une chose et la Cisjordanie en est une autre ; par conséquent, toute allusion à l’unité palestinienne ou à son autodétermination est une déclaration vide.
    • Ce projet démasque complètement la tendance croissante à reconnaître l’État de Palestine et montre que cette reconnaissance était vide de contenu. Tous les pays qui, à la dernière minute, voulaient reconnaître la Palestine, se plient désormais à un plan qui ne reconnaît pas la Palestine.
    • La reconnaissance de l’État palestinien n’est pas perçue comme un droit légitime d’un peuple occupé mais comme une carte de négociation sur la table : soit c’est un mensonge soit ça se retire selon les convenances politiques.
    • Rappelons qu’en 1982, la communauté internationale a offert, par le biais de l’ONU, aux milices palestiniennes de quitter les camps de réfugiés de Beyrouth, en s’engageant à respecter la vie des civils. Et quelques semaines plus tard, il y eut le génocide de Sabra et Chatila. Demande-t-on encore aux Palestiniens de croire que la communauté internationale va les protéger ?
    • Confier le gouvernement de Gaza à un représentant des élites anglaises actuelles (descendantes de celles qui ont soutenu la création de l’État d’Israël) et au président des USA qui soutient un génocide est tout simplement indéfendable. L’opinion des Palestiniens en général et des Gazaouis en particulier ne compte pas.
    • Les accords d’Oslo ont beaucoup enseigné sur ce qu’il ne faut pas faire : confondre les minima de départ avec le point d’arrivée, signer pour ne pas appliquer, mettre les devoirs de la victime avant ceux du bourreau, croire en la communauté internationale comme sauvegarde et négocier en laissant de côté tout ce qui relève du droit international. Ainsi, l’échec semble garanti.

P.S. : Les opinions exprimées dans cet article sont exclusivement celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de l’institution pour laquelle il travaille. L’auteur est le conseiller pour les affaires du Moyen-Orient du président colombien.

samedi 12 juillet 2025

LYNA AL TABAL
I stand with Francesca Albanese/Je soutiens Francesca Albanese

Dr. Lyna Al-Tabal, Rai Al Youm, 11/7/2025
Original arabe

English Português Deutsch Italiano Español

Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Lyna Al Tabal  est Libanaise, docteure en sciences politiques, avocate de formation et professeure en relations internationales et en droits humains.

 Oui, j’ai choisi de titrer cet article en anglais. Non pas parce que j’aime me mettre en avant, ni parce que je crois davantage à la mondialisation de la langue qu’à son équité. Mais parce que cette phrase est devenue, sans l’autorisation de quiconque, une déclaration de solidarité mondiale.

I stand with Francesca Albanese. Je soutiens Francesca Albanese.

Une phrase courte, mais chargée... seulement cinq mots. Prononcée calmement, mais classée comme dangereuse pour la sécurité nationale... Comment ?

Il y a une femme italienne qui est aujourd’hui poursuivie à cause de Gaza. Elle n’a pas les gènes de la résistance, elle n’a aucun lien de parenté avec Gaza, aucun passé marqué par la Nakba, pas même une photo. Elle n’est pas arabe, elle n’est pas née dans un camp, elle n’a pas été élevée dans le discours de la libération. Elle n’est pas une rêveuse de gauche, elle n’a peut-être pas lu Marx dans les cafés. Elle n’a pas jeté une seule pierre sur un soldat israélien... Tout ce qu’elle a fait, c’est accomplir son devoir professionnel.

« Folle », a déclaré Trump. Lui qui monopolise ce qualificatif et le distribue comme le font les narcissiques lorsqu’ils s’effondrent devant une femme qui n’a pas gardé le silence face à l’injustice.

Elle s’appelle Francesca Albanese. Avocate et universitaire italienne, elle occupe le poste de rapporteure spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. Fonctionnaire internationale, assise derrière un bureau blanc, elle rédige des rapports dans un langage précis et une formulation juridique impartiale. Elle n’est pas douée pour l’art oratoire, mais elle l’a dit clairement et sans ambiguïté : ce qui se passe à Gaza est un génocide.

Elle l’a écrit noir sur blanc dans un rapport officiel publié dans le cadre de ses fonctions, dans un langage compréhensible par le droit international : ce que fait Israël à Gaza est un génocide.

Du jour au lendemain, son nom est devenu dangereux et devait être annihilé tout comme l’armée israélienne annihile les maisons à Rafah. Son nom a été détruit par un seul missile politique, et elle a été inscrite sur la liste des sanctions, aux côtés des trafiquants et des financeurs du terrorisme.

Maintenant, je le sais : dans ce monde, il suffit de ne pas mentir pour être interdit de voyage, voir ses comptes gelés et être exclu du système international.

Francesca n’a pas enfreint la loi, elle l’a appliquée. Et c’est là son véritable crime.

Elle n’a pas commis d’erreur de définition, elle n’a pas exagéré dans son langage, elle n’a pas outrepassé ses fonctions. Tout ce qu’elle a fait, c’est appeler le crime par son nom.

Non, ce rapport ne traite pas du génocide des Indiens d’Amérique. Ni du Vietnam, ni du phosphore blanc, ni de Bagdad, ni de Tripoli... Ce rapport ne remue pas le passé américain, il traite d’un présent impudent. Et du droit qui se perd lorsque nous le revendiquons... Ce rapport traite de la justice internationale qui est étouffée sous nos yeux et de la charte des droits de l’homme qui s’évapore également sous nos yeux. Alors que le coupable siège au Conseil de sécurité.

Ce rapport parle d’un monde qui ne punit pas les menteurs. Un monde qui vous tue lorsque vous aimez sincèrement, lorsque vous donnez sans compter, lorsque vous parlez avec courage, lorsque vous essayez de réparer les dégâts.

Ce rapport parle tout simplement du monde des ténèbres.

Ce monde qui étrangle tous ceux qui ne veulent pas lui ressembler.

Francesca n’était pas la première.

Lorsque le Statut de Rome a vu le jour, les USA ont traité la Cour pénale internationale comme un « virus juridique », car ils ne pouvaient pas la contrôler... Bill Clinton l’a signé (sans le ratifier). Puis George W. Bush est arrivé, a retiré sa signature et a légiféré ce qu’on a appelé la « loi d’invasion de La Haye », qui autorise l’invasion militaire des Pays-Bas si la Cour pénale ose juger ne serait-ce qu’un seul soldat américain... Barack Obama, le sage, n’a pas abrogé la loi... Puis vint Trump, le cow-boy blond, avec deux pistolets à la ceinture, qui porta le coup de grâce à la justice... Il punit Fatou Bensouda, l’ancienne procureure générale de la Cour, pour avoir ouvert les dossiers de l’Afghanistan et de la Palestine. Il lui retira son visa, gela ses avoirs et la pendit à la corde de ses tweets sarcastiques.

Puis est arrivé Karim Khan, l’actuel procureur général, chargé du dossier lourd de Gaza et d’une liste de noms tout aussi lourds : Netanyahou, Galant... Une fois de plus, le sabre de la vengeance politique est revenu et a menacé l’épée de la justice.

Karim Khan a été submergé de menaces provenant du Congrès, de la Maison Blanche et de Tel-Aviv.

 Le premier jour de son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a signé la loi sur les sanctions contre la Cour pénale internationale. Un homme d’origine pakistanaise qui ose toucher à des noms intouchables ? Fini de jouer.

C’est ainsi qu’une institution internationale, avec tout son personnel et son équipement, a été placée sous le coup des sanctions américaines, comme s’il s’agissait d’une milice armée... Ses employés ont été frappés d’une interdiction de voyager, de travailler, voire de respirer librement... Qui a dit que l’Amérique empêchait la justice ? Tant que celle-ci ne s’approche pas de Tel-Aviv ou du Pentagone.

Et dans un moment de sincérité, Joe Biden l’a dit avec sa formulation alambiquée : ces lois n’ont pas été rédigées pour s’appliquer à « l’homme blanc », mais aux Africains... et à Poutine, lorsque cela s’avère nécessaire.

Et voilà que le paradoxe est complet : 85 % des poursuites et des procès devant la Cour pénale internationale visent des Africains.

 Et lorsque des dossiers s’ouvrent sur des Occidentaux, la justice devient une menace... et la Cour une cible.

Et maintenant, vous le savez aussi : si vous franchissez la ligne rouge,

c’est la Cour qui est jugée,
le juge qui est jugé,
et le témoin qui est jugé.

Il ne reste plus que le meurtrier... assis au premier rang, souriant aux caméras, recevant des invitations à assister à une conférence sur les droits de l’homme. Pourquoi pas ?

Trump a porté un coup fatal au droit international, un coup de poignard au cœur de la Cour pénale, puis il a enterré ce qui restait du système des droits de l’homme et nous a jeté le cadavre : « Voilà, enterrez-le », a-t-il dit sur le même ton que celui utilisé pour donner des ordres lors des massacres sur la côte syrienne, lorsque les Alaouites sont enterrés sous les décombres, sans témoins, sans enquête, parfois sans nom, avec seulement un numéro... Un trou, et tout est fini.

Trump a agi comme un cow-boy : il a tiré, puis déclaré que la cible menaçait la sécurité. Tout cela sous les yeux des nations. Et sous nos yeux aussi... Sous les yeux de l’Europe, plus précisément.

L’Europe qui a rédigé ces lois à partir des cendres de ses guerres, de ses complexes psychologiques jamais résolus, de sa peur d’elle-même.

Et aujourd’hui, elle regarde, silencieuse... Avec tous ses complexes psychologiques, l’Europe se tait aujourd’hui. Elle enterre son enfant juridique de sang-froid, comme les mères de Gaza enterrent leurs enfants...

Avec une seule larme, car le temps ne permet pas de pleurer longtemps.

Comprenez-vous maintenant ? Toutes les lois sur les droits de l’homme, du Statut de Rome à la Charte internationale, sont bonnes pour les séances académiques et les formations qui se terminent par la remise de diplômes et la prise de photos après la remise des diplômes aux experts heureux.

Et tout se décide à Washington.

C’est ainsi que la justice internationale est administrée à l’ère de l’hégémonie : une liste de sanctions... et un tapis rouge déroulé devant le bourreau.

Avez-vous bien suivi l’histoire...

Une Italienne sur la liste américaine du terrorisme politique... Elle s’appelle Francesca Albanese. Elle n’est pas originaire de Gaza, elle n’est pas sortie d’une guerre, elle n’est pas née sous le blocus. Elle ne cache pas d’arme ou de bombe dans son sac, elle n’appartient pas à une organisation secrète... Elle vient du monde du droit, des institutions des Nations unies, d’une bureaucratie neutre... Tout ce qu’elle a fait, c’est rédiger un rapport officiel sur ce qui s’est passé à Gaza...

Elle a écrit ce qu’elle a vu : du sang, des décombres, un crime à part entière... Elle a écrit que ce qui s’est passé là-bas n’était pas une opération de sécurité, ni de légitime défense, mais un génocide... Elle a fait son travail dans le langage des rapports, sans slogan, sans cri de ralliement, sans même mettre une demi-pastèque rouge dans la marge... Francesca Albanese a bouleversé l’ordre mondial parce qu’elle n’a pas menti...

Elle n’a pas enfreint les règles diplomatiques... Elle a simplement appliqué la loi...

 ➤Signez la pétition

Prix Nobel de la paix pour Francesca Albanese et les médecins de Gaza

vendredi 11 juillet 2025

Marco Rubio sanctions/sanctionne/sanciona a Francesca Albanese

Sanctioning Lawfare that Targets U.S. and Israeli Persons

Press Statement

Marco Rubio, Secretary of State

July 9, 2025

Today, I am imposing sanctions on Francesca Paola Albanese, the United Nations Human Rights Council “Special Rapporteur on the Situation of Human Rights in the Palestinian Territories Occupied since 1967,” pursuant to President Trump’s Executive Order 14203, “Imposing Sanctions on the International Criminal Court.” Albanese has directly engaged with the International Criminal Court (ICC) in efforts to investigate, arrest, detain, or prosecute nationals of the United States or Israel, without the consent of those two countries. Neither the United States nor Israel is party to the Rome Statute, making this action a gross infringement on the sovereignty of both countries.

The United States has repeatedly condemned and objected to the biased and malicious activities of Albanese that have long made her unfit for service as a Special Rapporteur. Albanese has spewed unabashed antisemitism, expressed support for terrorism, and open contempt for the United States, Israel, and the West. That bias has been apparent across the span of her career, including recommending that the ICC, without a legitimate basis, issue arrest warrants targeting Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and former Defense Minister Yoav Gallant.

She has recently escalated this effort by writing threatening letters to dozens of entities worldwide, including major American companies across finance, technology, defense, energy, and hospitality, making extreme and unfounded accusations and recommending the ICC pursue investigations and prosecutions of these companies and their executives. We will not tolerate these campaigns of political and economic warfare, which threaten our national interests and sovereignty.

The United States will continue to take whatever actions we deem necessary to respond to lawfare, to check and prevent illegitimate ICC overreach and abuse of power, and to protect our sovereignty and that of our allies.

Albanese is being designated pursuant to Section 1(a)(ii)(A) of Executive Order (E.O.) 14203.

Sanctionner les poursuites judiciaires visant des ressortissants américains et israéliens

Communiqué de presse

Marco Rubio, secrétaire d'État

9 juillet 2025

Aujourd'hui, j'impose des sanctions à Francesca Paola Albanese, « Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 » du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, conformément au décret présidentiel 14203 de Donald Trump, « Imposition de sanctions à la Cour pénale internationale ». Mme Albanese a collaboré directement avec la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre d'efforts visant à enquêter, arrêter, détenir ou poursuivre des ressortissants des États-Unis ou d'Israël, sans le consentement de ces deux pays. Ni les États-Unis ni Israël ne sont parties au Statut de Rome, ce qui fait de cette action une violation flagrante de la souveraineté des deux pays.

Les États-Unis ont condamné et contesté à plusieurs reprises les activités partiales et malveillantes d'Albanese, qui la rendent depuis longtemps inapte à exercer les fonctions de rapporteure spéciale. Albanese a proféré des propos antisémites sans vergogne, exprimé son soutien au terrorisme et manifesté ouvertement son mépris pour les États-Unis, Israël et l'Occident. Ce parti pris a été manifeste tout au long de sa carrière, notamment lorsqu'elle a recommandé à la CPI, sans fondement légitime, de délivrer des mandats d'arrêt à l'encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Elle a récemment intensifié ses efforts en écrivant des lettres de menace à des dizaines d'entités à travers le monde, notamment à de grandes entreprises américaines dans les domaines de la finance, de la technologie, de la défense, de l'énergie et de l'hôtellerie, en portant des accusations extrêmes et infondées et en recommandant à la CPI de mener des enquêtes et des poursuites contre ces entreprises et leurs dirigeants. Nous ne tolérerons pas ces campagnes de guerre politique et économique, qui menacent nos intérêts nationaux et notre souveraineté.

Les États-Unis continueront à prendre toutes les mesures qu'ils jugent nécessaires pour répondre à ces manœuvres juridiques, pour contrôler et empêcher les abus de pouvoir et les dépassements illégitimes de la CPI, et pour protéger notre souveraineté et celle de nos alliés.

Albanese est désignée conformément à la section 1(a)(ii)(A) du décret présidentiel (E.O.) 14203.

Sanciones contra la guerra jurídica dirigida contra ciudadanos usamericanos e israelíes

Comunicado de prensa

Marco Rubio, secretario de Estado

9 de julio de 2025

Hoy impongo sanciones a Francesca Paola Albanese, «Relatora Especial sobre la situación de los derechos humanos en los territorios palestinos ocupados desde 1967» del Consejo de Derechos Humanos de las Naciones Unidas, de conformidad con la Orden Ejecutiva 14203 del presidente Trump, «Imposición de sanciones a la Corte Penal Internacional». Albanese ha colaborado directamente con la Corte Penal Internacional (CPI) en los esfuerzos por investigar, arrestar, detener o enjuiciar a ciudadanos de Estados Unidos o Israel, sin el consentimiento de esos dos países. Ni Estados Unidos ni Israel hacen parte del Estatuto de Roma, lo que convierte esta acción en una grave violación de la soberanía de ambos países.

Estados Unidos ha condenado y objetado repetidamente las actividades sesgadas y maliciosas de Albanese, que desde hace tiempo la hacen inapta  para el cargo de relatora especial. Albanese ha vertido un antisemitismo descarado, ha expresado su apoyo al terrorismo y ha mostrado un desprecio abierto hacia Estados Unidos, Israel y Occidente. Ese sesgo ha sido evidente a lo largo de toda su carrera, incluyendo la recomendación de que la CPI, sin base legítima, emitiera órdenes de arresto contra el primer ministro israelí, Benjyamin Netanyahu, y el exministro de Defensa, Yoav Gallant.

Recientemente ha intensificado esta campaña enviando cartas amenazadoras a decenas de entidades de todo el mundo, incluidas importantes empresas usamericanas de los sectores financiero, tecnológico, de defensa, energético y hotelero, en las que formula acusaciones extremas e infundadas y recomienda a la CPI que investigue y procese a estas empresas y a sus ejecutivos. No toleraremos estas campañas de guerra política y económica, que amenazan nuestros intereses nacionales y nuestra soberanía.

Estados Unidos seguirá tomando todas las medidas que considere necesarias para responder a la guerra jurídica, controlar y prevenir la extralimitación ilegítima y el abuso de poder de la CPI, y proteger nuestra soberanía y la de nuestros aliados.

Albanese ha sido designada de conformidad con la sección 1(a)(ii)(A) de la Orden Ejecutiva (E.O.) 14203.

 

 

samedi 22 mars 2025

“Je suis un prisonnier politique” : Lettre de Mahmoud Khalil depuis un centre de détention de l’ICE

Mahmoud Khalil, Jacobin, 20/3/2025
Traduit par Fausto Giudice
Tlaxcala  

Mahmoud Khalil, qui a été détenu et visé par une procédure d’expulsion par l’administration Trump pour avoir dénoncé les atrocités commises à Gaza, a dicté une lettre au public depuis sa cellule de détention en Louisiane. 
Je m’appelle Mahmoud Khalil et je suis un prisonnier politique. Je vous écris depuis un centre de détention en Louisiane où je me réveille dans le froid et passe de longues journées à témoigner des injustices silencieuses commises contre un grand nombre de personnes privées de la protection de la loi.

Qui a le droit d’avoir des droits ? Ce ne sont certainement pas les êtres humains entassés dans les cellules ici. Ce n’est pas l’homme sénégalais que j’ai rencontré et qui est privé de liberté depuis un an, sa situation juridique étant dans l’incertitude et sa famille outre-océan. Ce n’est pas le détenu de vingt et un ans que j’ai rencontré, qui a mis les pieds dans ce pays à l’âge de neuf ans, pour être ensuite expulsé sans même une audience.

La justice échappe aux contours des centres d’immigration de ce pays.

Le 8 mars, j’ai été arrêté par des agents du Département de la sécurité intérieure (DHS) qui ont refusé de me présenter un mandat et qui nous ont interpellés, ma femme et moi, alors que nous revenions d’un dîner. À présent, les images de cette nuit-là ont été rendues publiques. Avant que je ne sache ce qui se passait, les agents m’ont menotté et m’ont fait monter de force dans une voiture banalisée. À ce moment-là, ma seule préoccupation était la sécurité de Noor. Je ne savais pas si elle serait également emmenée, car les agents avaient menacé de l’arrêter pour ne pas m’avoir quitté. Le DHS ne m’a rien dit pendant des heures. Je ne connaissais pas la raison de mon arrestation ni si j’étais menacé d’expulsion immédiate. Au 26 Federal Plaza [à New York], j’ai dormi sur le sol froid. Tôt le matin, des agents m’ont transporté dans un autre centre à Elizabeth, dans le New Jersey. Là-bas, j’ai dormi par terre et on m’a refusé une couverture malgré ma demande.

Mon arrestation était une conséquence directe de l’exercice de mon droit à la liberté d’expression alors que je plaidais pour une Palestine libre et la fin du génocide à Gaza, qui a repris de plus belle lundi soir. Le cessez-le-feu de janvier étant désormais rompu, les parents à Gaza bercent à nouveau leurs enfants dans des linceuls trop petits et les familles sont obligées de choisir entre la faim et le déplacement ou les bombes. Il est de notre devoir moral de poursuivre la lutte pour leur liberté totale.

Je suis né dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, dans une famille qui a été chassée de ses terres depuis la Nakba de 1948. J’ai passé ma jeunesse à proximité de ma patrie, mais loin d’elle. Mais être Palestinien est une expérience qui transcende les frontières. Je vois dans ma situation des similitudes avec le recours par Israël à la détention administrative - l’emprisonnement sans procès ni accusation - pour priver les Palestiniens de leurs droits. Je pense à notre ami Omar Khatib, qui a été incarcéré sans inculpation ni jugement par Israël alors qu’il rentrait chez lui après un voyage. Je pense au directeur de l’hôpital de Gaza et pédiatre Dr Hussam Abu Safiya, qui a été fait prisonnier par l’armée israélienne le 27 décembre et qui se trouve aujourd’hui dans un camp de torture israélien. Pour les Palestiniens, l’emprisonnement sans procédure régulière est monnaie courante.

L’administration Trump me prend pour cible dans le cadre d’une stratégie plus large visant à réprimer la dissidence. Les détenteurs de visas, les détenteurs de cartes vertes et les citoyens seront tous pris pour cible en raison de leurs convictions politiques. 

J’ai toujours pensé que mon devoir n’était pas seulement de me libérer de l’oppresseur, mais aussi de libérer mes oppresseurs de leur haine et de leur peur. Ma détention injuste est révélatrice du racisme anti-palestinien dont les administrations Biden et Trump ont fait preuve au cours des seize derniers mois, alors que les USA ont continué à fournir à Israël des armes pour tuer des Palestiniens et ont empêché toute intervention internationale. Pendant des décennies, le racisme anti-palestinien a motivé les efforts visant à étendre les lois et les pratiques usaméricaines utilisées pour réprimer violemment les Palestiniens, les Arabes usaméricains et d’autres communautés. C’est précisément pour cela que je suis pris pour cible.

Alors que j’attends des décisions juridiques qui mettent en jeu l’avenir de ma femme et de mon enfant, ceux qui ont permis que je sois pris pour cible restent confortablement installés à l’université de Columbia. Les présidents [Minouche] Shafik, [Katrina] Armstrong et la doyenne [Keren] Yarhi-Milo ont préparé le terrain pour que le gouvernement usaméricain me cible en sanctionnant arbitrairement des étudiants propalestiniens et en permettant que des campagnes virales de dénigrement - basées sur le racisme et la désinformation – continuent en toute impunité

Columbia m’a ciblé pour mon activisme, en créant un nouveau bureau disciplinaire autoritaire pour contourner les procédures régulières et faire taire les étudiants qui critiquent Israël. L’université Columbia a cédé aux pressions fédérales en divulguant les dossiers des étudiants au Congrès et en cédant aux dernières menaces de l’administration Trump. Mon arrestation, l’expulsion ou la suspension d’au moins vingt-deux étudiants de Columbia – dont certains ont été privés de leur diplôme de licence quelques semaines avant l’obtention de leur diplôme – et l’expulsion du président des SWC [Student Workers of Columbia] Grant Miner à la veille des négociations contractuelles en sont des exemples évidents.

Ma détention, si elle a un sens, témoigne de la force du mouvement étudiant pour faire évoluer l’opinion publique en faveur de la libération des Palestiniens. Les étudiants ont longtemps été à l’avant-garde du changement, menant la charge contre la guerre du Vietnam, se tenant en première ligne du mouvement des droits civiques et menant la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui encore, même si le public ne l’a pas encore pleinement compris, ce sont les étudiants qui nous guident vers la vérité et la justice.

L’administration Trump me prend pour cible dans le cadre d’une stratégie plus large visant à réprimer la dissidence. Les détenteurs de visas, les détenteurs de cartes vertes et les citoyens seront tous pris pour cible en raison de leurs convictions politiques. Dans les semaines à venir, les étudiants, les défenseurs des droits et les élus doivent s’unir pour défendre le droit de manifester pour la Palestine. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas seulement nos voix, mais les libertés civiles fondamentales de tous.

Sachant parfaitement que ce moment transcende ma situation personnelle, j’espère néanmoins être libre d’assister à la naissance de mon premier enfant.