2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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samedi 3 mai 2025

Sahara occidental : Le maire PS de Montpellier se rend au Maroc pour défendre l’impérialisme français

La semaine dernière, Michaël Delafosse se déplaçait au Maroc pour négocier des accords économiques et culturels avec des villes dont Dakhla, située sur le territoire du Sahara Occidental et sous domination marocaine. Dans la lignée de Macron, le maire de Montpellier défend les intérêts impérialistes français au détriment de l’autodétermination du peuple sahraoui.

En octobre dernier, Emmanuel Macron, accompagné de pas moins de neuf ministres et d’au moins quarante grands patrons, s’est adonné, en visite d’État de trois jours au Maroc, à renforcer les intérêts de l’impérialisme français dans l’État chérifien. A cette occasion, quarante accords de coopération dans divers domaines avaient été signés, d’une valeur de 10 milliards d’euros, bénéficiant à des entreprises telles que Veolia, Engie, TotalEnergies, Alstom ou encore Safran. En échange de ces arrangements, l’État français a rejoint les États-Unis et l’Espagne dans la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, au détriment de la population sahraoui qui réclame son indépendance depuis des décennies.

C’est dans ce contexte que Michaël Delafosse, le maire de Montpellier, s’est rendu à son tour au Maroc, accompagné d’une délégation d’élus, durant cinq jours. Dans un tweet posté sur X le 26 avril, on le voit poser, sur le territoire sahraoui, aux côtés de deux de ses élus et de son conseiller spécial, brandissant le drapeau marocain en soutien à la domination de l’État chérifien sur le peuple sahraoui. Dans sa publication, il fait référence à « la Marche Verte », une opération militaire orchestrée en novembre 1975 par le roi Hassan II du Maroc pour reprendre le Sahara Occidental, alors encore sous domination coloniale espagnole. Reçu par deux ministres marocains des Affaires Etrangères et des Investissements, Michaël Delafosse s’est notamment attaché à soutenir l’important projet porté sur place par une filiale locale de MGh Energy, installée à Pérols, une commune appartenant à la métropole de Montpellier, et spécialisée dans les e-carburants. Le projet Janassim, porté par la société française via sa filiale marocaine MGh Energy Maroc, vise à établir une usine de production de carburants synthétiques renouvelables dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab, située au Sahara Occidental. Convoitée par l’impérialisme français, la région de Dakhla est considérée comme l’une des plus favorables au monde pour l’installation de parcs d’énergies éoliens et solaires et fait l’objet de nombreux projets de développement liés aux énergies renouvelables. Comme Emmanuel Macron le faisait en octobre dernier, Delafosse s’attache à défendre les intérêts de l’impérialisme français en négociant avec l’État marocain et en foulant du pied, dans le même temps, le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Une lutte indépendantiste violemment réprimée par les autorités marocaines, comme en témoigne le sort des prisonniers politiques tels que Mohamed Haddi, qui subit torture, isolement négligence médicale

Le soutien de l’élu socialiste à la colonisation marocaine du Sahara Occidental n’est pas étonnant lorsque l’on connaît la participation active de Delafosse à la répression du mouvement Palestine et son soutien indéfectible à l’état sioniste israélien : Connu pour son soutien infaillible à Israël, il a porté plainte à de multiples reprises contre le collectif BDS-UP et ses militants, dernièrement pour une banderole qui dénonçait la complicité de la mairie de la politique génocidaire d’Israël. Il soutient activement la célébration de la « Journée de Jérusalem » qui commémore l’annexion de Jérusalem-Est par Israël et déclarait récemment : « Il est mensonger de parler d’apartheid israélien. Tant que je serai maire, je serai aux côtés de Tibériade [ville israélienne jumelée avec Montpellier] et d’Israël ». Ainsi, derrière son vernis progressiste, comme en témoigne la politique de la mairie autour de la marche des Fiertés, locale, véritable illustration de ce qu’est le pinkwashing, se cache une gouvernance réactionnaire, véritable relais des politiques répressives envers le mouvement de soutien au peuple palestinien mais plus généralement contre les quartiers populaires et les populations racisées et précaires.

Ce voyage d’affaires de Delafosse visant à défendre les intérêts impérialistes de la France donne à voir, une nouvelle fois, la Macron-compatibilité du Parti socialiste. Face aux politiques impérialistes et à la violente répression dont font l’objet les militants qui les dénoncent, comme en témoignent les menaces de dissolution à l’encontre d’Urgence Palestine et de la Jeune Garde, nous devons faire front pour dénoncer l’impérialisme français et réitérer notre solidarité à tous les peuples luttant pour leur autodétermination, dont la population sahraouie.

dimanche 13 avril 2025

Si Rtayou en goguette au Maroc

 Ayman El Hakim, 13/4/2025

Bruno Retailleau, alias BB, est un vrai dur de dur, un Croisé pur sang, qui a de qui tenir. Son grand-père puis son père ont été les maires de Puy-de-Fou, haut lieu e la chrétienté vendéenne, où il a fait ses débuts comme cavalier à 17 ans, dans le spectacle son et lumière organisé par Philippe de Villiers, qui lui en a confié l'organisation pendant 25 ans. 
Il est passé par presque tous les avatars de la droite française, en commençant chez de Villiers et son Mouvement pour la France, et en continuant à l'UMP, devenue Les Républicains, avec Sarkozy puis Fillon. Il se verrait bien en président de Madame la France. En attendant, il est son Premier Flic, cherchant à appliquer en gros le "programme" du Rassemblement National. Et c'est à ce titre qu'il se rend ce week-end dans la royaume du soleil couchant pour régler quelques problèmes d'intendance. 

Ah, ces Arabes, ils nous emmerdent 

Son patron, Manu Ier, l'ayant mis sur la touche dans la gestion des relations avec l'Algérie -il n'en a pas raté une, déclarant pratiquement la guerre à Alger -, il se rabat donc sur le voisin de l'ouest, avec lequel les relations sont certes au beau fixe, mais posent quelques problèmes. Encore une fois, c'est la question de ces foutues OQTF, les obligations de quitter le territoire français visant les étrangers s'étant vus refuser le séjour ou l'asile ou ayant purgé une peine de prison assortie d'une expulsion. 

Tous les pays dont des ressortissants sont frappés d'OQTF, traînent des pieds pour remettre des laisser-passer consulaires aux personnes concernées, qui ne disposent en général pas d'un passeport valable pour pouvoir être mis dans l'avion. Le concurrent de Rtayou pour la tête des Républicains, Lolo Wauquiez, avait eu une idée géniale : pourquoi pas déporter les OQTFisés inexpulsables à...Saint-Pierre et Miquelon ? Le Danemark envoie bien les demandeurs d'asile en attente de réponse du paradis viking au...Rwanda. 

Rtayou est plus réaliste : ça fait des mois qu'il menace le Maroc. En 2023, les Marocains représentaient près de 22 % (29.000) des individus frappés d’OQTF. Ils tenaient la deuxième place après l’Algérie, dont les ressortissants représentaient 44 % des OQTF (58.700), et devant la Tunisie, avec près de 20 % (26.000). Durant la même année, le royaume du soleil couchant n’avait délivré à la France que 725 laissez-passer consulaires alors même que Madame la France avait accordé 238.000 visas à des Marocains. En octobre 2024, lors de la visite d'État macronienne, Rtayou avait annoncé que le problème avait été réglé. Apparemment, il ne l'est pas tout à fait. D'où la “visite officielle de travail” de Rtayou au Makhzen. Peut-être ce dernier sera-t-il en mesure de l'amadouer avec un petit cadeau du genre un ryad à Marrakech, une villa à Tanger ou au moins une petite suite à La Gazelle d'Or de Taroudant ?


mercredi 12 mars 2025

Visite à Rabat : Darmanin encense le Maroc sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé

 

BONNE ENTENTESi les relations avec l’Algérie sont particulièrement tendues, la coopération entre la France et le Maroc va, elle, de mieux en mieux

Alors que les relations sont actuellement particulièrement tendues entre la France et l’Algérie, à l’inverse tout va bien avec le Maroc. Les ministres du gouvernement de François Bayrou se succèdent donc dans le royaume pour le faire savoir.

A son tour en visite à Rabat, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a affirmé lundi que la France serait « moins sûre » sans le travail du Maroc, en signant une déclaration conjointe sur la lutte contre « le terrorisme et la criminalité organisée ». Gérald Darmanin et son homologue marocain Abdellatif Ouahbi ont réaffirmé dans ce texte la volonté de leurs deux pays « d’intensifier leurs efforts » dans ces domaines.

Rabat veut garantir la « stabilité » de la coopération

Le ministre français a par ailleurs remercié le Maroc « pour la grande efficacité de ses services et de sa magistrature » suite à l’interpellation, fin février, de deux Français à Marrakech, soupçonnés d’avoir aidé le narcotrafiquant Mohamed Amra dans son évasion meurtrière en mai 2024. « Sans le travail du Maroc, dans cette affaire précise, mais comme les affaires précédentes, et celles auxquelles je ne peux pas faire référence publiquement, la France serait moins sûre », a expliqué Gérald Darmanin qui a dit espérer que les deux suspects soient extradés « dans les prochains jours ». Pour sa part, Abdellatif Ouahbi a affirmé être « prêt à coopérer sur tous les dossiers », disant avoir demandé à son « administration de traiter positivement toutes les questions afin de garantir une forme de continuité et de stabilité à notre coopération ».

Un rapprochement sur le Sahara occidental

Après neuf mois de cavale, Mohamed Amra a été arrêté fin février en Roumanie puis remis à la France. Parallèlement, une vaste enquête a permis d’inculper, à ce jour, 27 personnes suspectées d’avoir aidé le narcotrafiquant à son évasion et sa fuite.

Après avoir connu des tensions il y a quelques années, les relations entre le Maroc et la France sont au beau fixe depuis qu’Emmanuel Macron a apporté un soutien appuyé au plan d’autonomie du Sahara occidental « sous souveraineté marocaine » proposé par Rabat.

vendredi 24 janvier 2025

La libération des 4 espions français par le Burkina Faso a coûté 60 millions d’Euros au…Maroc

Nous vivons une époque formidable : 4 espions français sont capturés au Burkina Faso en 2023. Le roi du Maroc intervient et verse 60 millions d’Euros au gouvernement burkinabé. Les espions sont libres ! Une affaire qui soulève quelques questions.-SOLIDMAR

Le roi Mohammed VI dépense l’argent marocain pour soutenir les espions français

Dounia Filali , alwakai3e.info, 20/1/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

À la lumière des défis économiques et sociaux croissants auxquels est confronté le peuple marocain, des questions se posent quant aux priorités d’allocation des ressources nationales et à leur compatibilité avec les besoins des citoyens. Cela s’inscrit dans le contexte des politiques financières et diplomatiques menées par le roi Mohammed VI, qui ont suscité de nombreuses critiques quant à l’importance accordée à l’amélioration des conditions de vie du peuple marocain. Beaucoup se demandent si ces politiques accordent l’importance nécessaire aux questions internes ou si elles orientent les ressources et l’attention vers des priorités externes qui n’ont pas d’impact tangible sur la vie des citoyens. Parmi les questions les plus marquantes qui ont récemment suscité une large controverse dans la rue marocaine, citons la médiation menée par le roi Mohammed VI pour libérer quatre agents des renseignements français détenus au Burkina Faso pour espionnage et ingérence dans les affaires de sécurité intérieure du pays. Cet incident a représenté une grave crise diplomatique entre la France et le Burkina Faso, le gouvernement burkinabé accusant ces agents de tenter de déstabiliser le pays. Face à cette crise, le Maroc est intervenu en proposant une médiation, profitant de ses relations fortes avec les deux parties, alors qu’il cherchait à libérer ces agents faisant partie des services de renseignement français.

Médiation marocaine : un coût élevé

Ce qui a déclenché une vague de mécontentement au Maroc, c’est que cette médiation n’était pas une simple intervention humanitaire ou diplomatique, mais qu’elle impliquait plutôt le paiement par le roi Mohammed VI d’une énorme somme de plus de 60 millions d’euros provenant du trésor marocain dans le cadre de l’accord [cette information émanant de la DGED marocaine a été « formellement démentie » par la DGSE, NdlT], en plus de fournir du matériel et des fournitures militaires à la partie burkinabè après que la France a refusé de les payer et d’entamer des négociations financières avec le Burkina Faso. Cette somme importante versée par le roi du Maroc a suscité des interrogations chez les Marocains sur la raison d’affecter ces énormes ressources financières marocaines à la résolution d’une crise liée aux intérêts d’un autre pays, à l’heure où le peuple marocain souffre de crises économiques et sociales étouffantes. y compris le chômage, la pauvreté et la détérioration des services publics.

Questions sur les priorités du Maroc

Cette médiation a amené de nombreux citoyens marocains à s’interroger sur les priorités de la politique marocaine : le roi Mohammed VI préfère-t-il prêter attention aux questions extérieures au détriment des problèmes internes du peuple marocain ? D’autant que les Marocains vivent dans une amère réalité économique. Il vaudrait mieux que ces ressources financières marocaines soient utilisées pour résoudre certaines des crises des Marocains, comme celle des victimes du tremblement de terre d’Al Haouz, qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire et de reconstruction, au lieu de s’occuper d’un problème de sécurité extérieure et soutenir les intérêts d’autres pays dont les citoyens vivent bien mieux que les citoyens marocains.

Le roi préfère-t-il protéger les intérêts de la France aux dépens des Marocains ?

L’une des questions qui revient fréquemment est la suivante : le roi Mohammed VI et les dirigeants marocains préfèrent-ils préserver et protéger les intérêts de la France en échange du sacrifice des intérêts du peuple marocain ? Allouer 60 millions d’euros pour soutenir la France dans son affaire d’espionnage, alors que le citoyen marocain souffre du manque de ressources allouées aux projets de développement local et du grand nombre de prêts consentis par le gouvernement marocain aux dépens des Marocains, fait douter de la volonté du gouvernement marocain engagement à répondre aux besoins de sa population. Dans ce contexte, des voix de plus en plus nombreuses réclament une reconsidération des priorités nationales et l’importance d’allouer les fonds et les ressources d’une manière cohérente avec les besoins des citoyens et les crises internes du pays, au lieu de se préoccuper de questions diplomatiques qui ne sont pas directement liées aux intérêts du Maroc. Le peuple marocain est confronté quotidiennement à des défis qui nécessitent une intervention urgente. Parmi ces défis : la détérioration de la situation économique, l’absence d’opportunités d’emploi, la détérioration des infrastructures et la détérioration des secteurs de la santé et de l’éducation. Allouer d’énormes fonds pour soutenir une cause étrangère est un gaspillage d’opportunités réelles qui pourraient faire une différence dans la vie des Marocains.

Comment quatre agents des services secrets français, détenus un an au Burkina Faso, ont été libérés

Benjamin Roger, Le Monde,  14/1/2025

Retenus prisonniers pendant un an à Ouagadougou, les otages, membres de la direction technique de la DGSE, étaient accusés d’espionnage par le capitaine putschiste Ibrahim Traoré. Il a fallu d’âpres tractations, et l’intervention décisive du Maroc, pour obtenir leur libération.

La nuit vient de tomber, ce 18 décembre 2024, lorsqu’un jet privé Bombardier Challenger 604 se pose à l’aéroport de Ouagadougou, au Burkina Faso. Propriété de la société Air Ocean Maroc, leader de l’aviation d’affaires dans le royaume chérifien, l’appareil a été envoyé par les services de renseignement marocains. Trois heures plus tard, quatre passagers s’y engouffrent : ces agents de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français, viennent de passer plus d’un an en détention au Burkina Faso et s’apprêtent, enfin, à rentrer en France. A 23 h 52, l’avion redécolle, direction Casablanca. A Paris, le soulagement est général au siège de la DGSE, boulevard Mortier : c’est la fin d’une des plus graves crises internes de la « boîte », où le sort du quatuor n’en finissait plus de susciter des remous.

Cette libération, obtenue après des tractations secrètes longtemps infructueuses, les autorités françaises la doivent en grande partie à la médiation du Maroc. Le 19 décembre 2024, une fois les agents arrivés dans ce pays, l’Elysée annonce qu’Emmanuel Macron s’est entretenu avec le roi Mohammed VI, afin de « le remercier chaleureusement de la réussite de la médiation qui a rendu possible [leur] libération ». Un succès diplomatique pour Rabat, qui intervient après la réconciliation du Maroc avec Paris, fin juillet, quand M. Macron avait reconnu la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.

samedi 18 janvier 2025

“Le régime marocain n’est pas viable. Un soulèvement populaire est inévitable” : entretien avec le journaliste marocain Aboubakr Jamaï



Francisco Carrión, El Independiente, 7 / 01 / 25
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala
                  
Il dit être « radioactif » dans les milieux du pouvoir espagnol et français, mais son analyse et sa connaissance des tenants et aboutissants du Maroc sont des trésors. Aboubakr Jamaï, journaliste et homme d’affaires marocain en exil, connaît bien le passé du régime alaouite, ses projets d’ouverture aujourd’hui enterrés et son engagement renouvelé en faveur de la répression et des privilèges d’une élite qui partage un avenir sur lequel planent de sombres nuages.

« Je n’ai rien à cacher. Je dis la même chose à la presse et derrière des portes closes », déclare-t-il au pied levé dans un long entretien accordé à El Independiente. En 1997, Aboubakr Jamaï (Rabat, 1968) fonde à 29 ans Le Journal Hebdomadaire et, un an plus tard, son pendant arabophone, Assahifa al-Ousbouiya. Son journalisme inconfortable, compris comme un appel à la démocratisation du royaume, est devenu la cible de la colère du gouvernement, en particulier après l’accession au trône de Mohammed VI en 1999. Il a résisté à la diffamation, à l’interdiction, à la censure et à l’asphyxie économique pendant plus d’une décennie. En février 2010, Jamaï a annoncé sa fin. « Le journalisme sérieux est devenu impossible au Maroc aujourd’hui », plaide-t-il devant la foule.

Lauréat du prix international de la liberté de la presse décerné par le Comité pour la protection des journalistes,  Jamaï réside aujourd’hui à Madrid, où il est doyen de la Donna Dillon Manning School of Global Affairs de l’American College of the Mediterranean.

Question : Comment le Maroc est-il perçu de l’étranger ?
Réponse : L’État et le régime marocains nous disent que tout va bien, mais apparemment tout ne va pas bien. La raison pour laquelle je commence à m’inquiéter de la santé du monarque est qu’elle a des implications en termes de gouvernance du pays, parce que le roi est si important d’un point de vue constitutionnel que son bien-être est essentiel pour comprendre ce qui se passe dans le pays. S’il ne fonctionne pas pleinement, qui est responsable, qui prend les décisions ? Je pense que le roi a toujours été en charge. Il n’a peut-être pas prêté attention à certaines questions, mais c’est lui qui prend les décisions en dernier ressort. Je n’ai jamais cru que certaines décisions importantes avaient été prises sans son approbation, même lorsqu’il était à l’étranger. Je ne pense pas que de grandes décisions aient été prises sans qu’il en soit informé. La grande question est de savoir s’il est vraiment bien informé de ces décisions. Nous savons qu’il y a une sorte de division du travail autour de lui ; que le volet politique de sécurité, par exemple, était entre les mains d’Ali El Himma.
Q.- Où se place le chef de l’appareil policier, Abdellatif Hammouchi, dans cette division du travail ?
R.- C’est un des débats au Maroc, mais il est très peu probable qu’il ait pris la place d’El Himma. Il y a une constante dans le gouvernement du roi : les gens qui sont proches de lui sont des gens qui ont littéralement étudié avec lui à l’université. Ceux qui occupent encore les postes les plus importants sont des gens qui étaient avec lui dans ce que j’appelle sa zone de confort psychologique. Il est intéressant de les comparer à ceux qui entouraient Hassan II. La principale différence est que la plupart de ceux qui étaient avec Hassan II avaient une réputation bien établie en dehors du palais et avaient leur propre itinéraire politique. Ils étaient des personnalités à part entière. Aujourd’hui, ce sont ses amis. Au-delà du fait qu’ils sont autour de lui, ils sont inconnus. Je veux dire que si l’on retire de leur CV le fait qu’ils fréquentent le palais, qui sont-ils ? Ils n’ont aucune expérience professionnelle ou autre en dehors du palais.
Q.- Quel est le résultat de son gouvernement ?
R.- Je mentionne toujours les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale et c’est l’un des rares qui commence avant Mohamed VI. Vous pouvez voir l’évolution au cours des dernières années de Hassan II et immédiatement après en termes de corruption ou de libertés politiques. On peut voir qu’elle progresse positivement jusqu’en 2000 et qu’elle se dégrade depuis. Depuis le début de la monarchie de Mohammed VI, les droits humains et la liberté d’expression se sont dégradés par rapport aux dernières années de Hassan II.
Q.- Mais dans les premières années du règne de Mohammed VI, on projetait l’image d’un monarque compréhensif. On le surnommait « le roi des pauvres »...
R.- C’est une des raisons pour lesquelles, en tant que journaliste, j’ai eu des problèmes parce que dès le début nous avons commencé à tirer la sonnette d’alarme, parce que pour nous les signes avant-coureurs étaient déjà là. L’attitude de la monarchie à l’égard des entreprises est un indicateur important, car Hassan II, au cours de ses dernières années, a désengagé la monarchie du secteur privé. Un tournant important dans l’histoire politique récente du Maroc est ce qui s’est passé entre 2001 et 2003. Si l’on compare ce qui s’est passé dans la région dans les années 1990, on constate une régression en termes de droits humains et de démocratie. Il y a eu un proto-Printemps arabe. Les premières élections démocratiques dans le monde arabe ont eu lieu en Algérie en 1999. Elles ont débouché sur une guerre civile, mais il s’agissait d’élections démocratiques. Les élections les plus libérales de l’histoire de la Jordanie ont eu lieu en 1989, par exemple, et le Maroc a également rejoint la vague. La différence entre le Maroc et les autres pays est que le Maroc n’a pas reculé dans les années 1990. Hassan II a continué sur sa lancée. Je ne pense pas qu’il y ait eu un autre pays qui ait maintenu l’élan d’ouverture aussi dynamique que le Maroc, et le Maroc a été une bonne exception dans les années 1990. Il n’a jamais été une démocratie. Et cela a duré jusqu’au début des années 2020. Mon journal a été interdit à deux reprises en 2000. Hassan II ne l’a jamais interdit et j’ai été rédacteur en chef de novembre 1997 jusqu’à sa mort en juillet 1999 et nous n’avons jamais été interdits.
Q.- J’ai cru comprendre que pour vous, ce qui se passe au Maroc était prévisible ?
R.- Oui, bien sûr. Pour moi, les choses ont commencé à mal tourner très tôt. Tout d’abord, l’interdiction des journaux. Si vous regardez en arrière, vous vous rendez compte que les premières personnes qui ont été arrêtées sur la base des nouvelles lois antiterroristes étaient des journalistes, vous savez, après 2008. L’une des principales raisons pour lesquelles ce faux récit d’ouverture a persisté est liée au parti socialiste en France. Hassan II a nommé Abderrahmane Youssoufi premier ministre parce qu’il avait besoin du soutien des socialistes à l’étranger sur la question du Sahara. Cette nomination l’a aidé à s’entendre avec le Parti socialiste français.
Q.- Quel est l’héritage de Mohamed VI ?
R.- C’est une occasion manquée.
Q.- Je ressens une certaine méfiance à l’égard de l’Europe et de ses relations avec le Maroc...
R.- Lorsque nous avons été interdits de travailler en tant que journalistes et de publier, le seul pays où nous avons trouvé une société civile qui nous a soutenus ont été les USA. Je n’ai pas beaucoup d’espoir du côté de l’Europe en ce qui concerne les droits humains au Maroc. Leurs propos ne résonnent plus en moi. D’abord, la proximité entre les socialistes français et marocains a sacrifié les militants des droits humains et les démocrates. Ils ont acheté le discours des socialistes marocains. La deuxième raison est ce que j’appellerais la maladie française : le problème de l’islamisme. Il s’agit de la notion selon laquelle l’alternative aux socialistes et même au régime marocain est l’islamisme, ce qui, soit dit en passant, est conceptuellement stupide parce que la nature du régime actuel est islamiste. La raison pour laquelle le roi est roi est qu’il dit être un descendant du prophète et qu’il gouverne selon la loi de Dieu.
Lorsque vous parlez en ces termes, ceux d’entre nous qui, au Maroc, croient en la démocratie et aux libertés, s’entendent dire que nous sommes les idiots utiles de l’islamisme, que nous préparons le terrain pour l’islamisme. Et ceci est basé sur une vision très orientaliste selon laquelle nos sociétés sont des sociétés islamiques, ce qui n’est pas vrai. Nos sociétés sont très complexes. La preuve en est que les quelques ouvertures que nous avons eues dans la région en termes d’élections n’ont pas été balayées par les islamistes. Pas même en Tunisie. Et même si l’opposition était fracturée et brisée, elle n’a pas été en mesure d’obtenir de fortes majorités où que ce soit. La troisième raison concerne l’Espagne. Si vous me demandez pourquoi Pedro Sánchez fait ce qu’il fait vis-à-vis du Maroc, c’est parce que le Maroc est devenu beaucoup plus offensif dans sa diplomatie et utilise des arguments qu’il n’utilisait pas officiellement auparavant : « si vous ne jouez pas le jeu avec nous, nous vous ouvrons les portes de l’immigration ». C’est en mai 2022 que les Marocains ont envoyé des milliers de personnes à Ceuta, ce qui n’était pas arrivé auparavant.
Il y a aussi une nouvelle stratégie de diplomatie et de sécurité. Hammouchi est décoré en Espagne et en France. Il voyage aux USA et est proche du FBI et de la CIA. Il ne donne pas d’interviews, mais il publie des photos. Des gens écrivent des articles publicitaires sur eux. Ce n’était pas le cas auparavant.
Q.- Il semble que la diplomatie et l’appareil sécuritaire du Maroc gagnent la partie...
R.- Je ne sais pas, qu’avons-nous gagné exactement ? Si vous me demandez en termes d’efficacité, le jury n’a pas encore tranché. Le Roi a fait un discours et a dit que la lentille à travers laquelle nous allons juger nos partenaires dans le monde est leur attitude envers le Sahara Occidental. Quelle est votre mesure ? Quand on me dit que j’ai réussi, qu’avez-vous réussi à faire exactement ? Ce que le Maroc cherche, c’est la reconnaissance par l’ONU du fait que le Sahara occidental est marocain, donc pour moi c’est la mesure. Ce n’est pas le cas si Sanchez envoie une lettre et se contredit ensuite lorsqu’il s’exprime à l’ONU. Il en va de même pour les USA et la France, qui sont de plus gros poissons, car ils disposent d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.
Q.- Le plan marocain d’autonomie pour le Sahara a été présenté en 2007 et n’a pas été développé depuis.
R.- A l’époque, j’ai interviewé Mohamed Abdelaziz [le défunt leader du Polisario] pour lui demander ce qu’il pensait du plan d’autonomie et il n’a pas dit non. Il a dit que pour le moment, nous avions le processus de l’ONU : « voyons ce qui se passe et ensuite parlons ». Je l’ai interviewé à l’hôtel Mayflower à Washington. À la fin de l’entretien, l’un de ses conseillers est venu me voir et m’a dit : « Si le plan d’autonomie nous aide à sauver la face, pourquoi pas ? » Je l’ai écrit et personne n’a dit que c’était faux. Pour moi, le problème du plan d’autonomie n’est pas que le Sahara le rejette, c’est la hiérarchie des choses à faire pour avoir un plan d’autonomie acceptable. Le plan d’autonomie du Maroc n’est pas assez bon parce que nous n’avons pas les institutions pour le mettre en œuvre. Dans les déclarations de l’ambassadeur allemand à Rabat qui ont provoqué la crise avec l’Allemagne, il a dit quelque chose d’essentiel : si les Marocains pensent que les réformes de régionalisation qu’ils sont en train de faire sont suffisantes, ils se trompent. C’est mon attitude depuis le début.
Q.- Et que pensez-vous actuellement du plan d’autonomie pour le Sahara ?
R.- Le Maroc n’est pas capable. Nous n’avons pas les institutions pour mettre en œuvre un plan d’autonomie. Nous n’avons pas de système judiciaire indépendant. Nous ne sommes pas constitutionnellement développés pour avoir un plan d’autonomie internationalement acceptable. C’est notre problème et j’ai souvent dit en plaisantant que si le Polisario voulait ennuyer les Marocains, il devrait dire : « Oui, discutons de votre plan d’autonomie de trois pages ». Le Maroc n’a pas de plan sérieux parce que nous n’avons pas les bonnes institutions. Nous sommes institutionnellement sous-développés pour ce genre de choses parce que nous ne sommes pas une démocratie et nous demandons au monde de reconnaître que ces gens sont des Marocains. Donnez-nous ces gens qui sont les nôtres. Hassan II a utilisé une formule intéressante : « Je veux que l’ONU me donne mon titre de propriété ». Si tel est l’objectif, je ne pense pas que nous ayons fait beaucoup de progrès car, en fait, nous sommes toujours dans les résolutions de l’ONU. Il y a un paragraphe sur la solution politique et le respect du droit à l’autodétermination des peuples. Tant que cette phrase existera, nous ne gagnerons pas.
Nous en sommes toujours au même point. L’une de mes questions est de savoir pourquoi le Polisario est aujourd’hui totalement opposé au plan d’autonomie. Il ne parle que du droit à l’autodétermination. Que s’est-il passé en 2000 pour que le Polisario change d’avis ? Le Maroc était perçu comme un pays en voie de démocratisation et le Polisario a pris peur, car il craignait que son peuple ne l’accepte. La stratégie du Maroc devrait être telle que le peuple du Sahara pèse essentiellement deux choses : la démocratie et la liberté ou l’indépendance. Parce que si vous avez l’indépendance, il n’est pas sûr que vous soyez une démocratie... mais si vous l’avez déjà, si vous êtes sous le gouvernement d’un État qui se démocratise vraiment et que vous pouvez voir que vos ressources sont investies dans votre partie du pays ; si vous voyez que vous êtes traités de manière égale, que vous avez la liberté d’expression, que vous avez toutes ces choses, alors vous pourriez vous demander pourquoi l’indépendance. Parce que l’Algérie n’est pas la plus grande démocratie du monde et je sais que mes dirigeants ont un lien très fort avec les Algériens. Qu’est-ce que cela signifierait pour mon gouvernement ? Je ne soutiens pas l’argument marocain selon lequel il s’agirait d’une dictature. Je n’en sais rien. Je ne préjuge pas.
Q.- Mais cette possible stratégie de séduction est complètement enterrée aujourd’hui ?
R.- Aujourd’hui, il ne semble pas y avoir d’autre voie que le système prédateur du business royal, la collaboration avec les puissances du monde en torturant les gens qu’ils pensent être des terroristes ; l’arrêt de l’immigration s’ils le veulent en échange de la propriété marocaine du Sahara. Les droits humains ne nous intéressent plus. Nous avons maintenant une diplomatie de la sécurité.
Q.- Y a-t-il encore de la place pour une démocratisation au Maroc ?
R.- Oui, bien sûr. Je n’ai pas de réponse à cette question, mais je vais vous dire ce que je ne sais pas avec certitude. Ce que je sais avec certitude, c’est que ce régime n’est pas disposé à se démocratiser et qu’à un moment donné, il y a eu un espoir que ce régime soit disposé à s’ouvrir. L’indice de Freedom House est très utile. Hassan II a laissé un régime sans journalistes en prison, à quelques exceptions près, mais sans prisonniers politiques majeurs. Aujourd’hui, nous avons des prisonniers politiques et la torture au Maroc.
Q.- Le Maroc actuel est-il viable à long terme ?
R.- Je ne pense pas que ce type de gouvernement soit viable, mais il y a une bonne nouvelle dans l’histoire récente du Maroc, qui pour moi est formidable : lorsque nous avons eu le printemps populaire et le soulèvement du Rif, cela a montré que nous avons un peuple pacifique. Nous avons des gens organisés et articulés qui ne travaillent pas dans le cadre de syndicats, qui ne travaillent pas dans le cadre de partis politiques. Il existe donc une société en dehors de la société politique publique officielle qui est en fait beaucoup plus mûre que je ne le pensais moi-même. Je n’ai pas grandi à Casablanca, mais je la connais très bien. Il y avait des dizaines de milliers de personnes qui manifestaient dans un quartier très populaire. Pas une seule vitre n’a été brisée. Et je connais ces quartiers, il n’y a pas un jour sans qu’il y ait des pleurs, sans qu’il y ait des bagarres. Dans le Rif, c’était exactement la même chose. La violence est toujours venue de l’État.
Q.- Y aura-t-il un nouveau soulèvement à l’avenir ?
R.- Je pense que c’est inévitable. Lorsque vous analysez ce qui s’est passé dans toute la région et que vous voulez identifier le secteur démographique qui a été le principal moteur du Printemps arabe et du soulèvement du Rif, il s’agit de la jeunesse urbaine qui est au chômage, plus éduquée que le reste de la population et plus active. Par rapport à 2010, la situation est pire au Maroc parce que le régime n’a pas réussi à résoudre le problème principal, qui est de donner des emplois aux jeunes, qui sont ceux qui se rebellent. Nous sommes dans un monde différent avec l’internet. Ils y ont accès. J’emmène des étudiants usaméricains au Maroc et chaque fois que j’y vais, je suis stupéfait par le nombre de jeunes que nous rencontrons et qui ont appris l’anglais en regardant YouTube. Les gens ont donc d’autres moyens d’augmenter leur QI et pour moi, le QI de la société a augmenté non pas à cause du système éducatif, mais parce qu’ils sont exposés au reste du monde. La contestation va continuer à se développer. Nous ne prêtons pas trop attention à ce qui se passe démographiquement au Maroc. Aujourd’hui, la pyramide des âges marocaine commence à ressembler à une femme enceinte. La majorité de sa population est la partie productive entre 20 et 40 ans. La croissance moyenne pendant les 25 ans de Mohammed VI est de 3,6%. Le taux de croissance dont le Maroc a besoin, selon les économistes, pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail se situe entre 6 et 7 %.
Je ne vois pas comment, s’il n’y a pas de relations appropriées, notamment avec l’Europe, organiser l’immigration de la manière la plus civilisée possible avec les pays qui ont besoin de l’immigration. L’Espagne a besoin de l’immigration. C’est un problème pour l’Espagne, mais surtout pour le Maroc. Le régime devrait avoir peur. Dans le Rif, ils ont réussi à mettre fin au soulèvement par la répression - ils ont rassemblé les leaders du mouvement et les ont condamnés à des peines de prison insensées et ils sont toujours en prison - et par l’ouverture du couloir de migration. Ils ont ouvert la porte : ils ont dit aux gens d’aller en Espagne. [Feront-ils avorter la prochaine révolte avec la même recette ?] Je ne sais pas, parce qu’ils sont entre le marteau et l’enclume.
Q.- Avec tous ces éléments, comprenez-vous la position de Sánchez au Maroc ?
R.- C’est très malheureux la façon dont cela s’est passé parce que je ne pense pas que ce soit un bon reflet des institutions espagnoles. Ce n’est pas non plus une bonne chose pour le Maroc. Je comprends la difficulté d’un chef de gouvernement espagnol et sa mission de stopper l’immigration illégale et de lutter contre le terrorisme en connaissant l’origine de ceux qui ont commis des attentats dans le passé. Et si les Marocains sont vraiment attachés au fait que le Sahara occidental devrait être marocain et qu’ils vont essentiellement évaluer toutes les autres politiques à mon égard à travers la lentille de cette question, qui est le Sahara occidental, alors j’aimerais les contenter. C’est logique. Mais la question est de savoir comment vous le faites, si c’est la bonne façon, s’il n’y a pas d’autre façon de le faire ? L’Espagne devrait prendre le Sahara occidental au sérieux et c’est difficile parce que le régime marocain est sourd et muet en ce moment. Nous sommes confrontés à une situation de fierté mal placée. Je n’aime pas ce chauvinisme venant du Maroc. Si je suis un partenaire du Maroc, je trouve qu’il est très difficile de parler au Maroc. Même à huis clos, je pense que les seules personnes que les Marocains écoutent sont les USAméricains. Les Marocains se moquent des Espagnols et des Français. Soyons clairs. Ils sont très arrogants en ce moment.
Il est très important de défendre les intérêts marocains, mais pas de cette manière. Ce n’est pas la bonne façon de le faire. Il y a d’autres façons d’être ferme, même sur la marocanité du Sahara, mais pas en menaçant d’être négligent dans la lutte contre le terrorisme et quand je dis lutte contre le terrorisme, je veux être clair ici. Je suis quelqu’un qui pense que la menace terroriste a été exagérée. Notre gouvernement ne doit pas être le gendarme des sociétés européennes. Il y a une très mauvaise perception de l’Islam, à la limite du racisme, dans ces sociétés. Par conséquent, lorsque je parle de terrorisme, je parle en fait de criminalité. Je ne parle pas d’arrêter quelqu’un qui porte une barbe. Mais pour moi, il est important que mon pays soit réellement impliqué dans la lutte contre cette criminalité. Il s’agit de ne pas laisser mes enfants risquer leur vie en essayant d’aller à Ceuta. J’ai mauvaise réputation lorsque j’utilise cela contre vous. Je sais que je vous contrarie. Je sais que c’est un outil contre vous, mais ce n’est pas bon. Ce n’est pas le pays dont je serais fier. Je me mets à la place de Pedro Sánchez. Si les Espagnols, les Français et les USAméricains sont vraiment sérieux sur la question du Sahara, ils devraient s’asseoir et dire que le plan d’autonomie a des conditions.

Q.- La perception interne qui est restée est que l’Espagne a été humiliée par le Maroc ?
R.- Oui, le paradoxe est que je pense que l’Espagne devrait soutenir l’autonomie, mais le Maroc a besoin de vrais partenaires. Le Maroc n’a pas besoin de partenaires faibles qui montrent la faiblesse dont Pedro Sánchez a fait preuve. Nous avons besoin de partenaires forts. Nous avons besoin d’amis forts qui nous soutiennent et qui soutiennent le fait que le Sahara est marocain [sic]. Nous parlions de la durabilité du Maroc. Quelle est la durabilité de ce type de relations diplomatiques lorsqu’il n’y a pas de gagnant-gagnant ? Les Marocains pensent avoir dompté la diplomatie espagnole et la diplomatie française, ce qui n’est pas le cas. Car Sánchez a envoyé la lettre et est ensuite allé à l’ONU pour dire autre chose. J’attends toujours que la France présente une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a le droit de veto, alors j’attends qu’elle dise : « Vous devez agir parce que ce n’est qu’une étape vers la solution finale ». Et la seule façon de résoudre ce problème est de reconnaître la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Dans le cas de l’Espagne, le Maroc veut que l’Espagne reconnaisse le Sahara marocain et je ne pense pas que l’Espagne le fera pour une raison très simple. Il y a un élément dans l’analyse que je ne pense pas que les diplomates marocains comprennent vraiment concernant le comportement de leurs alliés. Les plus grands bénéficiaires de l’ordre mondial sont les pays occidentaux. Il n’est pas dans leur intérêt de déstabiliser complètement le système. Mais la plupart du reste du monde occidental est complètement hypocrite quand il s’agit de la question palestinienne, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont aucun intérêt à faire fonctionner le système des Nations Unies et l’ordre international, parce qu’il fonctionne pour eux, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas trop l’affaiblir et la question du Sahara fait partie de cette histoire. Ils ne vont pas faire n’importe quoi.
Q.- Depuis plus d’un an, le Maroc défend ses relations avec Israël...
R.- Il y a des débats dans les milieux d’affaires marocains pour savoir qui bénéficie de la connexion israélienne et je sais qu’il y a du mécontentement parce que ce sont des gens proches du régime qui en profitent. 
Tout le monde n’en profite pas. Le Maroc et les USA en tirent un grand bénéfice. La société marocaine est très pro-palestinienne. L’un des dangers que je perçois dans la connexion israélienne est l’attitude à l’égard de l’Algérie. Il existe un concept dans les relations internationales appelé le dilemme de sécurité. Et le dilemme de sécurité dit que lorsque vous vous sentez menacé par moi, que faites-vous ? Vous achetez plus d’armes... Si vous achetez plus d’armes, vous le faites de manière défensive parce que vous avez peur. Mais comment vais-je le percevoir ? Je le percevrai comme si vous vouliez m’attaquer. Je suis donc également sur la défensive, je vais construire mon armée. Encore une fois, c’est un cercle vicieux qui pourrait conduire à la guerre. Budgets militaires : les budgets militaires marocains ont doublé il y a quelques années, la même année que le budget militaire algérien, et nous ne sommes pas dans une économie qui dispose de ce type de ressources pour construire une armée forte. Bien sûr, nous devons nous défendre, mais nous devons être dans un environnement où nous n’avons pas à payer des milliards et des milliards de dollars chaque année pour maintenir une armée énorme, car c’est quelque chose qui pèse sur l’économie.
Q.- Le scénario d’une guerre entre le Maroc et l’Algérie est-il probable ?
R.- Nous sommes dans un monde fou. Si vous m’aviez parlé il y a quelques mois, je vous aurais répondu par un non catégorique. Aujourd’hui, franchement, je ne suis sûr de rien. Ni les Européens ni les USAméricains ne veulent d’une guerre dans les pays frontaliers de l’Europe.