2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Propagande makhzénienne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Propagande makhzénienne. Afficher tous les articles

samedi 31 mai 2025

John Bolton prend position pour le référendum d’autodétermination au Sahara occidental

Ci-dessous la tribune de John Bolton publiée par le Washington Times le 28 mai

OPINION

La Chine et la Russie gagnent de l’influence en Afrique alors que l’Amérique ignore la crise de souveraineté du Sahara occidental

Les États-Unis devraient soutenir un référendum permettant aux Sahraouis de déterminer leur propre avenir.

John Bolton, The Washington Times, 28/5/2025
Traduit par Solidarité Maroc

John Bolton est un ancien conseiller à la sécurité nationale du président Trump et un ancien ambassadeur aux Nations unies.


Alexander Hunter/The Washington Times

L’un des principaux dossiers internationaux inachevés est la détermination de la souveraineté du Sahara occidental. Ce vaste territoire situé sur la côte ouest de l’Afrique du Nord, au sud du Maroc, est dans les limbes depuis la fin des années 1970, au détriment de sa population et de la stabilité et de la sécurité de la région sahélienne. Alors que l’influence de la Chine et de la Russie s’accroît dans toute l’Afrique, ce n’est pas le moment de leur donner une nouvelle occasion d’accroître leur influence.

L’Espagne, ancienne puissance coloniale, n’a pas participé au « vent de changement » qui a soufflé sur l’Afrique dans les années 1950 et 1960, cherchant plutôt désespérément à conserver les quelques possessions d’outre-mer qui lui restaient. La mort de Francisco Franco en novembre 1975 a entraîné la chute de son régime et l’Espagne a effectivement abandonné le Sahara occidental, connu depuis comme « la dernière colonie d’Afrique ». Deux États limitrophes, le Maroc et la Mauritanie, ont envahi le territoire dans l’espoir de s’en emparer, mais les Sahraouis ont résisté par l’intermédiaire de ce que l’on a appelé le Front Polisario. La Mauritanie a ensuite renoncé à toute revendication territoriale, mais l’armée marocaine l’a largement emporté et contrôle aujourd’hui environ 80 % du pays. Le reste est détenu par le Polisario, basé près de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, qui soutient les Sahraouis.

C’est là que le différend subsiste aujourd’hui. La solution évidente à la question de la souveraineté est de demander aux habitants du Sahara occidental ce qu’ils préfèrent : l’indépendance ou une « autonomie » promise par le Maroc. En 1991, après l’inversion de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein sous l’égide des États-Unis, Washington a fait adopter la résolution 690 du Conseil de sécurité, créant une opération de maintien de la paix des Nations unies chargée de superviser un référendum sur l’avenir du Sahara occidental. Cette résolution reprenait un accord conclu en 1988 entre le Polisario et le Maroc, et les deux parties soutenaient l’approche du Conseil de sécurité.

Mais le Maroc a commencé à entraver les efforts de l’ONU pour mettre en œuvre la résolution presque dès son adoption, craignant qu’à l’occasion d’un référendum véritablement libre et équitable, les Sahraouis choisissent l’indépendance. L’ancien secrétaire d’État James Baker a réussi à ramener les parties à la table des négociations pour qu’elles acceptent d’organiser un référendum dans le cadre des accords de Houston de 1997, mais le Maroc a de nouveau renoncé, refusant même d’envisager le référendum qu’il avait pourtant accepté à plusieurs reprises. Malheureusement, l’obstruction du Maroc a prévalu depuis lors, des centaines de milliers de Sahraouis vivant toujours dans des camps de réfugiés gérés par l’ONU près de Tindouf.

L’un des éléments du problème est que le Sahara occidental est pris dans des désaccords entre le Maroc et l’Algérie qui remontent à l’époque de la décolonisation. Les aspirations territoriales du Maroc, qui englobent non seulement le Sahara occidental, mais aussi de larges portions du nord de la Mauritanie et de l’ouest de l’Algérie, constituent une source majeure de tension.

Pendant et après la guerre froide, les liens de l’Algérie avec l’Occident n’étaient pas aussi forts que ceux du Maroc, ce qui a joué en défaveur des Sahraouis. Cette situation est en train de changer. Les preuves récentes que l’Algérie cherche de nouvelles alliances stratégiques et le tout premier accord de coopération militaire entre les États-Unis et l’Algérie, signé au début de la deuxième administration Trump, signalent cette nouvelle direction.

Conscients du risque de voir leur obstruction faiblir, les opposants au Polisario tentent une nouvelle ligne de propagande, alléguant sans preuve que le Polisario est tombé sous l’influence de l’Iran. Cette désinformation pourrait bien avoir pour but de détourner l’attention des États-Unis de l’obstruction du Maroc, qui s’oppose depuis des décennies à la tenue d’un référendum. Les opposants sahraouis sont allés jusqu’à affirmer que les combattants du Polisario faisaient partie des milices étrangères formées par l’Iran en Syrie sous le régime d’Assad, aujourd’hui déchu.

Le Washington Post et d’autres publications rapportent que le nouveau gouvernement syrien et le Polisario ont catégoriquement démenti ces allégations, mais les amis du Maroc en Occident continuent de les diffuser. Peut-être influencée par cette propagande anti-sahraouie, une loi a été introduite à la Chambre des représentants US pour désigner le Polisario comme un groupe terroriste. Il s’agit là d’une affirmation aussi inexacte que possible au sujet des Sahraouis, qui comptent parmi les personnes les plus modérées dans leurs opinions religieuses.

Ils n’ont jamais succombé au radicalisme qui a balayé le Moyen-Orient après la révolution islamique iranienne de 1979. Les affirmations selon lesquelles les Sahraouis sont sensibles à la propagande chiite de Téhéran sont démenties par la présence de longue date dans les camps d’organisations religieuses et non gouvernementales américaines fournissant des services éducatifs et médicaux. L’une des raisons pour lesquelles James Inhofe, ancien président de la commission des forces armées du Sénat, aujourd’hui décédé, était un fervent partisan du Polisario était précisément l’ouverture religieuse que lui et d’autres avaient trouvée dans les camps. Au fil des ans, les rapports du département d’État ont constamment soutenu cette évaluation, et le Royaume-Uni a déjà officiellement rejeté les récentes allégations de collusion avec l’Iran.

La politique américaine sur le Sahara occidental devrait revenir à ses origines de 1991, en soutenant un référendum pour que les Sahraouis déterminent leur propre avenir. De nombreux membres du Congrès ont visité les camps de Tindouf au fil des ans et ont rencontré des dirigeants du Polisario et des Américains travaillant dans les camps. Ils devraient être plus nombreux à le faire pour connaître les faits concernant le peuple sahraoui.

 

mardi 22 avril 2025

Chorba washingtonienne à la sauce royale, et même impériale

Ayman El Hakim, 22/4/2025

L’ « information » circule en boucle sur les sites ouèbe makhzéniens : l’Iran appuie militairement le Front POLISARIO, il faut donc ranger le Front parmi les organisations terroristes au niveau international. « On » invente un « axe Téhéran-Alger-Tindouf ». Bref, du grand n’importe quoi. Mais d’où provient donc cette « information » ?

De la Foundation for Defense of Democracies (FDD), fondée à Washington peu après le 11 septembre 2001. Un ramassis de retraités des armées israélienne et usaméricaine, de monarchistes iraniens et de cyberguerriers de tous poils.

Leur rapport est arrivé à l’agence MAP (Makhzen Arab Press) via Genève, où deux obscures ONG n’existant que sur le papier l’ont fait connaître par une conférence de presse qui n’a ému que les médias makhzéniens, aucun média digne de ce nom en dehors du Maroc n’a osé diffuser ces racontars débiles.

Plus encore, le Front POLISARIO, non content d’être équipé en missiles et drones tueurs par les ayatollahs, produit des leaders de DAECH. Faudrait savoir : l’Iran ou Daech ? Daech, comme son prédécesseur Al Qaïda, qualifie la République islamique d’Iran et les Chiites en général de « Juifs ». On imagine mal une quelconque collaboration entre eux. Sauf dans l’imagination débordante des adorateurs de Reza II, alias Reza Pahlavi, fils du Shah d’Iran et candidat au trône dans le royaume que la FDD rêve de réinstaller à Téhéran.


Un ami iranien m’a raconté que si vous voulez faire rire un Iranien, quelles que soient ses opinions, il vous suffit de dire « Reza Pahlavi ». Pour ma part, après avoir vu le candidat à la shahitude pleurer au Mur des Lamentations d’Al Qods, je n’ai aucune envie de rire. Les allumés de la FDD sont bien foutus de convaincre le clown de la Maison Blanche qu’il faut installer un Shahinshah à Téhéran, puisqu’il a obtenu son certificat d’israélocompatibilité. Après tout, le papa Pahlavi avait été installé sur le trône en 1953 par un coup d’État organisé par la CIA et le MI6. Et alors là, bingo ! On aurait un axe Rabat-Tel Aviv-Ryad-Damas-Téhéran ! Dès lors, il n’y aurait plus qu’à faire de Tindouf un nouveau Gaza. 

Bon bon, calmez-vous, on n’en est pas encore là, mais les cauchemars d’hier deviennent parfois les réalités de demain. Alors, ouvrez l’œil, et le bon.

Reza Pahlavi au Mur des Lamentations en avril 2023

De g. à dr. Reza II, Yasmine, Sara et Bibi Ier

Sur la FDD, Reza Pahlavi  Co., lire aussi

Les “Ahmed Chalabi” iraniens aident Israël à planifier le bombardement de l’Iran

jeudi 20 février 2025

“Sahara marocain”, un livre de propagande Made in Switzerland, préfacé par Zapatero

L’ancien président du gouvernement espagnol parraine un livre qui vante les mérites de l’occupation marocaine du Sahara occidental, l’ancienne colonie espagnole

Francisco Carrión, El Independiente, 18/2/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala

Choyé et apprécié par les autorités marocaines, José Luis Rodríguez Zapatero s’est fait une place de l’autre côté du détroit. L’ancien président du gouvernement est devenu un habitué des conférences et des événements officiels du régime de Mohamed VI, au point de devenir l’un des principaux porte-parole des thèses du makhzen, le cercle du roi qui dirige les destinées du Maroc. Dans son rôle de lobbyiste alaouite, le socialiste fait maintenant ses débuts en tant que préfacier d’un livre publié en Suisse qui chante les bienfaits de l’occupation marocaine du Sahara occidental, l’ancienne colonie espagnole et le dernier territoire d’Afrique en attente de décolonisation.

« Tout au long de ma vie et dans mes différentes fonctions, d’abord en tant que secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (2000-2011), puis en tant que président du gouvernement espagnol (2004-2011) et maintenant en tant qu’ancien président, j’ai effectué de nombreux voyages au Maroc. Pendant plus de vingt ans, ces voyages m’ont permis de découvrir de près la réalité d’une terre riche et diversifiée et de compter parmi mes bons amis des citoyens marocains du nord comme du sud », écrit Rodríguez Zapatero dans le prologue de Sahara marocain, terre de lumière et d’avenir publié par les éditions Favre.

Cet ouvrage de 315 pages a été écrit en français par Jean-Marie Heydt, professeur à l’université d’Oujda (Maroc). Il vise à promouvoir la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un territoire non autonome selon l’ONU, dont la population autochtone - répartie entre les zones occupées, les camps de réfugiés de Tindouf (Algérie) et la diaspora - se sont vu refuser le droit à l’autodétermination. Heydt est l’auteur d’autres panégyriques antérieurs sur le Maroc, dont Mohamed VI : la vision d’un roi, actions et ambitions, publié par le même éditeur en 2019.


La préface signée par Rodríguez Zapatero

« Les provinces du sud »

Avec les anciens ministres José Bono et María Antonia Trujillo, résidente au Maroc, Zapatero est l’un des visages des liens étroits établis entre le PSOE et la monarchie alaouite. Dans la préface de l’ouvrage, l’ancien président adopte le langage que le Maroc tente de promouvoir sur la scène internationale. Il parle des « provinces du sud » pour désigner les territoires occupés du Sahara et se vante de ses pérégrinations en tant qu’invité d’honneur du régime.

L’ouvrage dont il rédige le préambule est réalisé, comme le reconnaît son auteur, à partir du contenu et des informations fournies par les gouverneurs et les fonctionnaires du Sahara occupé ainsi que par les organismes d’État et par Mouhsine El Yazid, consul honoraire du Maroc à Lausanne et coprésident - avec Laurent Wehrli, député libéral-radical du Canton de Vaud -  de l’Alliance Suisse-Maroc. Il ne s’agit donc pas d’un ouvrage universitaire et il n’a pas l’intention d’être rigoureux car il ne dispose pas de témoignages indépendants. En effet, l’auteur avertit le lecteur que tout au long du texte, il est fait référence à Mohamed VI, « le prince des croyants », et s’excuse en affirmant que « pour les Marocains, le roi est considéré comme un membre de leur famille et cette osmose est aussi spirituelle que patriotique, affective, religieuse et historique ». Heydt dit du souverain, qui passe de longues périodes à l’étranger et dont la vie et les fréquentations sont taboues dans le royaume, qu’il est le véritable facteur d’unité et qu’il est surnommé depuis 2011 « le roi citoyen » pour avoir accordé à ses sujets une nouvelle constitution qui, dans la pratique, maintient tous ses privilèges.

« Un voyage se détache singulièrement de ma mémoire : en 2015, j’ai eu l’occasion de me rendre à Tan-Tan pour participer au Moussem. Et lors de ce rassemblement des tribus du désert du Sahara, j’ai pu profiter de  la richesse culturelle qu’offrent le Sahara et ses Tribus » [sic], évoque-t-il en préambule. « C’est pourquoi j’ai accepté avec plaisir d’écrire ces lignes en prologue à Sahara marocain : terre de lumière et d’avenir, publié par les éditions Favre, un ouvrage magnifique qui présente toute la beauté et la complexité du Sahara », écrit-il dans sa préface signée de sa main sous le titre de « président du gouvernement espagnol entre 2004 et 2011 ».

Son témoignage est particulièrement précieux pour les autorités marocaines, car il s’agit d’un ancien président du pays qui continue d’assumer devant l’ONU la responsabilité de puissance administrante « de jure ». Dans les deux pages de la préface, Zapatero félicite l’auteur de l’ouvrage « pour son excellent travail visant à faire connaître le Sahara et à ouvrir tous ses aspects au public avec ces magnifiques photos et textes ».

Zapatero, depuis qu’il a quitté La Moncloa, s’est fait une carrière de lobbyiste, du Maroc au Venezuela en passant par la Chine.


Zapatero au festival d’Essaouira, au Maroc

Aucune mention des droits humains ou de l’exploitation des ressources

Le livre, en soi, est un catalogue de louanges au roi et aux autorités locales du Sahara occupé. Il ignore complètement la marginalisation dont souffre la population autochtone face aux colons que le Maroc a envoyés ; le pillage des ressources naturelles que les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne ont mis au jour ; ou les graves violations des droits humains qui sont enregistrées dans l’ancienne 53ème province d’Espagne, soumise à un black-out d’information rigoureux avec l’expulsion de plus de 300 observateurs, activistes et journalistes étrangers depuis 2014.

Le préfacier évite également toute question critique et alimente ses thèses sur la nécessité d’une entente avec le Maroc, en plus de la célébration du tournant copernicien que le gouvernement de Pedro Sánchez a opéré en 2022 dans le contentieux du Sahara en reconnaissant le vague plan d’autonomie marocain - trois pages jamais développées - comme la base la plus sérieuse pour la résolution du différend.

Zapatero a défendu les thèses makhzéniennes au Maroc et en Espagne, lors d’événements liés à un mouvement sahraoui que les services de renseignement espanols considère comme un écran des services de renseignement marocains. Lors de l’un de ses derniers événements à Madrid, il a été interpellé par des participants sahraouis, qui ont dénoncé sa complicité avec l’occupation. Mais l’ancien président reste soumis aux postulats du pays voisin : « La capacité de réconciliation, la capacité de se mettre à la place de l’autre, de pardonner, de regarder vers l’avenir et d’ouvrir l’ horizon aux jeunes sont une exigences essentielle pour l’avenir du Sahara. Le Sahara est une région pleine de possibilités et nous devons, en tant qu’amis du Maroc, œuvrer à sa prospérité. Le travail que le lecteur a entre les mains est une incitation à cela », conclut-il.

On peut lire des extraits du livre ici

 

samedi 8 février 2025

Dehors les journalistes, bienvenue aux influenceurs espagnols : la stratégie du Makhzen pour blanchir l’occupation de Dakhla

Pillage, surveillance extrême et blocage de l’information... Telle est la réalité de Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros. Le Maroc utilise des influenceurs espagnols pour blanchir son image.

Sara S. Bas et Francisco CarriónEl Independiente, 8/2/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala


 « Dakhla, jouez les Robinsons des sables », propose le site ouèbe Visit Morocco. Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros espagnole, est un paradis de plages et de dunes vierges et de vagues qui font le bonheur des surfeurs les plus intrépides. Une destination que le régime alaouite veut faire figurer sur la carte, en essayant d’ignorer un immense détail : elle se trouve en effet au Sahara occidental, un territoire occupé « manu militari » par le Maroc depuis un demi-siècle et en attente de décolonisation, selon l’ONU. Un territoire interdit à la presse internationale où de graves violations des droits humains sont commises contre la population sahraouie et où, dans le même temps, les autorités occupantes déroulent le tapis rouge aux influenceurs et aux youtubeurs.

Ces dernières semaines, deux journalistes espagnols ont été expulsés de Dakhla. Ce mercredi, le Maroc a refusé l’entrée dans la ville à Francisco Carrión, reporter d’El Independiente. Il y a une semaine et demie, José Carmona, de Público, a été expulsé. Depuis janvier, en revanche, le régime de Mohamed VI a invité des dizaines d’influenceurs espagnols dans le but de promouvoir Dakhla comme une destination de vacances économique et proche de la péninsule, à seulement trois heures de vol. Selon nos informations, le gouvernement marocain organise des voyages pour promouvoir l’image de cette ville, située au sud du Sahara occidental. Dans le cadre du premier vol direct reliant Madrid à Dakhla, plusieurs influenceurs, se désignant eux-mêmes comme « créateurs de contenu », et des journalistes de voyage ont pu se rendre sur place et visiter la ville pendant plusieurs jours.

Une centaine de personnes - parmi lesquelles des agents de voyage, des journalistes et des influenceurs d’Espagne et du Portugal - ont été invitées à Dakhla par l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Le « voyage de familiarisation » - « Fam Trip », comme on l’appelle dans le jargon des agents et des journalistes du tourisme - s’est déroulé du 8 au 11 janvier et avait pour objectif de « promouvoir Dakhla comme destination principale pour les marchés ibériques » en pleine offensive du régime alaouite pour obtenir un soutien international à sa revendication de marocanité de l’ancienne colonie espagnole, un territoire non autonome en attente de décolonisation, selon l’ONU.

Huîtres et dunes : un voyage royal

« Le Fam Trip offre une introduction complète au potentiel touristique de Dakhla, en mettant en avant ses atouts culturels, ses paysages naturels et ses opportunités d’investissement », expliquent les autorités touristiques marocaines. Selon le programme, les participants ont visité les principales attractions touristiques de l’enclave, ont assisté à des « sessions de réseautage » et à des « présentations conçues pour montrer l’attrait croissant de la région pour les visiteurs internationaux ». Rabat ne cache pas que son objectif est de positionner Dakhla comme « une porte d’entrée pour les touristes latino-américains via le centre d’opérations de Madrid ». Ryanair a rejoint trois autres compagnies aériennes proposant des liaisons internationales avec Dakhla : Royal Air Maroc (RAM), Binter Canarias et Transavia. Toutes opèrent sur des routes subventionnées par l’État marocain.

« Visit Morocco nous a contactés par l’intermédiaire de Bushido Talent, une agence d’influenceurs et de marketing digital basée à La Corogne, pour réunir un certain nombre de personnes et faire ce voyage », a expliqué à El Independiente l’une des personnes qui s’est rendue à Dakhla et qui préfère garder l’anonymat. Visit Morocco est la marque sous laquelle opère l’autorité touristique du pays voisin. L’objectif, détaille cette source, est de dissocier Dakhla du conflit découlant de l’occupation par le Maroc du Sahara occidental et d’en faire une destination touristique. « Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait Dakhla ni de ce à quoi elle ressemblait avant de voyager », admet-il. Depuis que le Front Polisario a rompu le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 en novembre 2020, les hostilités ont repris le long du mur de 2 720 kilomètres de long qui sépare le territoire occupé par Rabat de celui libéré par le Polisario.

Le voyage en lui-même visait à faire connaître la ville « et à donner un coup de pouce au tourisme et aux hôtels », explique-t-il. « Pour l’instant, ce n’est pas très beau, mais c’est parce que c’est en construction et toute la partie de la côte, qui est magnifique, vit d’un tourisme qui est presque inexistant ». Pour le reste, il s’agissait d’un voyage normal auquel sont conviés des influenceurs, avec des activités de toutes sortes au programme et même un peu de « temps libre ».


Capture d’écran de l’Instagram de Miguel Mandayo.

« Un secret de Polichinelle »

L’agence d’influenceurs, pour sa part, n’a pas souhaité faire de déclarations à ce sujet, car lorsque nous avons fait part de notre intention de savoir qui était derrière ces invitations à Dakhla, elle a décidé de ne pas répondre aux questions d’El Independiente. « Je ne crois pas aux journalistes », déclare Mohamed Elben, fondateur et PDG de l’agence. Que ces voyages soient offerts par Visit Morocco est « un secret de Polichinelle », précise-t-il.

L’un des participants au voyage était Miguel Mandayo, un jeune Galicien de 23 ans qui compte plus de 200 000 followers sur Instagram et 800 000 sur Tiktok. Il est lié professionnellement à l’agence susmentionnée. Contacté par notre journal, Mandayo refuse de parler en invoquant « la nature certainement politique » des questions. Il le dit avant même qu’elles ne lui aient été posées. « Je préfère ne pas répondre », insiste-t-il. « Je ne veux pas de problèmes ».

Sur son Instagram, l’une de ses publications témoigne de son passage dans le Sahara Occidental occupé. « Un Galicien au Maroc », écrit-il. Sur les photos, on le voit avec un turban, parcourant une route sahraouie ou passant dans un Land Rover avec la côte du Sahara occupé en arrière-plan. Il inclut également une vidéo où il joue au football avec des enfants. Dans une autre publication, il raconte son aventure à Dakhla. « 24 heures au Maroc, ça fait beaucoup de choses. *publi Merci beaucoup d’avoir rendu possible @visit_Morocco_ [le compte officiel de l’autorité touristique marocaine] ».


Certains des influenceurs dégustant un copieux buffet à côté de la photo du prisonnier sahraoui Ali Salem Tamek.

La jet-set makhzénienne, derrière les propriétés à Dakhla

Parmi les influenceurs qui ont accepté l’invitation des autorités marocaines, on trouve Fran et Ailyn, qui se présentent sur leur compte Instagram Traveltipforyou [722 000 followers] comme « un couple de créateurs de contenu ». Dans leur reportage sur Dakhla, ils chantent les louanges de la propagande marocaine. « C’est l’une des meilleures destinations au monde pour faire du kitesurf », disent-ils tout en recommandant de « déguster des fruits de mer et des huîtres fraîches », de « se détendre sur la plage de Tulum » ou de « visiter l’île du Dragon avec ses vues impressionnantes ». Aucune mention n’est faite de la situation réelle du territoire. La vidéo les montre en train de profiter de complexes hôteliers de luxe tels que La Crique, un établissement composé de 25 suites VIP et de deux suites royales appartenant à la jet-set marocaine. « Il est lié à Idris Sanoussi, qui détient la majorité des projets touristiques à Dakhla. Il est le cousin de l’ambassadrice du Maroc à Madrid et est marié à une femme du palais royal marocain », commente un activiste sahraoui. Le couple de Traveltipforyou n’a pas non plus répondu à la demande d’informations de notre journal.

Des journalistes comme Alicia Escribano étaient également présents. « Les journalistes de voyage y vont pour le tourisme, pas pour porter des jugements ou des appréciations politiques », nous explique Escribano. Ce n’est pas la première fois que le régime alaouite tente de promouvoir le territoire occupé du Sahara en organisant des visites guidées pour des journalistes espagnols, mais jusqu’à présent, celles-ci ont été très discrètes, conformément à ses tentatives d’améliorer l’image du régime en Espagne par la mise en place d’un lobby pro-makhzen.

En novembre 2023, les autorités avaient organisé une visite à Dakhla d’une prétendue délégation de journalistes espagnols composée du président de l’Association de la presse de Huelva, Juan Francisco Caballero, et des photojournalistes Jordi Landero et Julián Prez. « La visite de deux jours a également permis à la délégation espagnole de constater de visu les grands projets et infrastructures dans les domaines du tourisme, de l’hôtellerie, de la logistique, des énergies renouvelables, de la pêche maritime et de l’agriculture ». Contactée par notre journal à ce moment-là, l’association de la presse d’Huelva n’avait même pas répondu. Dans des déclarations à l’agence de presse marocaine MAP, Caballero « a salué les réalisations et les projets de grande envergure menés dans la région, exprimant son souhait de transmettre cette réalité à l’opinion publique espagnole ».

Faire du surf dans un endroit qui est considéré comme occupé est déjà une erreur en soi, mais s’engager à en faire la promotion est une preuve de complicité avec cet occupant.

La Fédération des associations de journalistes d’Espagne (FAPE) avait alors évité de condamner la visite dans les territoires occupés. « Les associations de presse qui composent la FAPE sont totalement autonomes dans le développement de leurs activités sur leurs territoires respectifs. Dans ce cas précis, il faudrait en outre savoir si le président de l’Association de la presse de Huelva a assisté en qualité de journaliste d’un média ou en tant que représentant des professionnels de Huelva. Quoi qu’il en soit, en tant que FAPE, nous respectons les initiatives des associations fédérées et soutenons celles qui nous sont proposées et qui sont liées aux piliers fondamentaux de la profession, tels que la liberté de la presse et le droit des citoyens à recevoir des informations véridiques », a-t-il répondu à notre question. Cette semaine, à la suite de l’expulsion du journaliste d’El Independiente, la fédération a dénoncé les restrictions à l’exercice du journalisme qui se produisent au Sahara occidental.


L’un des influenceurs sautant une dune, à gauche. À droite, la présence policière lors d’une manifestation dans les environs de Dakhla.

Le vrai visage de Dakhla : pillage et État policier

La réalité de Dakhla est loin des clichés heureux et insouciants que tentent de projeter les influenceurs qui, tous frais payés, s’y sont rendus début janvier. Elle est plus sombre que le surf, les paysages paradisiaques de dunes et de plages vierges ou les délices locaux comme les huîtres ou le poulpe. « Comme le reste du territoire occupé, Dakhla est sous embargo policier et militaire », dénonce à ce journal Elmami Amar Salem, un militant des droits humains résidant à Dakhla. « Le peuple sahraoui vit dans un état de malheur permanent. Nous subissons des arrestations, de la surveillance, de la torture et la prison. Nous sommes marginalisés face à la vague de colons marocains. C’est une ville très riche en tourisme, pêche et agriculture, mais nous ne tirons pas profit de l’exploitation de nos ressources. Nous sommes soumis à un black-out de l’information qui fait que notre cri ne sort que très peu », déplore-t-il. En octobre, la Cour de justice de l’Union européenne a annulé les accords de pêche et agricoles entre Rabat et Bruxelles pour n’avoir pas obtenu le consentement de la population sahraouie, seule propriétaire légitime des ressources actuellement pillées.

Un climat de terreur confirmé par le Collectif des défenseurs des droits humains au Sahara occidental (CODESA), le principal réseau de militants dans les territoires occupés par le Maroc. « L’expulsion des observateurs et l’interdiction de visiter le Sahara occidental occupé visent à dissimuler une réalité que l’occupation marocaine ne veut pas que le monde découvre, qui est sans aucun doute contraire aux droits humains. Et si les occupants marocains doutent de ce que nous disons, qu’ils ouvrent donc le Sahara occidental aux observateurs internationaux », déclare son président Ali Salem Tamek. « « L’interdiction et l’expulsion d’un journaliste d’El Independiente de Dakhla par la police d’occupation marocaine constituent une partie de la réponse sur la situation des droits humains à Dakhla et au Sahara occidental. C’est une situation grave dans laquelle tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux sont violés, tandis que les Sahraouis sont confrontés à la pauvreté et au déplacement, et sont privés de leurs ressources naturelles, qui sont pillées par l’occupation marocaine et des entreprises de certains pays qui ont été autorisées à participer au pillage en échange de leur soutien à l’occupation marocaine du Sahara occidental ».

Ahmed Aghrishi, un habitant sahraoui de Dakhla, connaît bien les ravages de l’appareil policier marocain. Son frère Lahbib a disparu il y a exactement trois ans. Ce vendredi, sa famille a organisé une manifestation dans les rues de Dakhla. « Nous ne savons rien de son sort. Les services secrets marocains nous disent qu’un de ses amis l’a tué. Ils affirment qu’il a brûlé son corps avec 15 litres d’essence et qu’il ne reste qu’un os. Nous avons réclamé son corps pour pouvoir faire des tests ADN, mais ils refusent. Ils considèrent que l’affaire est close ; pas nous », explique Ahmed dans une conversation avec notre journal depuis Dakhla. « Nous avons emmené son meurtrier présumé au poste de police et il a été libéré deux heures plus tard. Le lendemain, il a été retrouvé mort. La version officielle est qu’il s’est suicidé, mais nous savons qu’ils l’ont tué et jeté à la mer », raconte-t-il.

« Les influenceurs sont complices »

Pour Ahmed, qui continue de se battre pour faire éclater la vérité, la promotion touristique de Dakhla n’est qu’une « simple vitrine ». « Ils accueillent les touristes à l’aéroport et les emmènent dans des hôtels situés à 20 ou 25 kilomètres d’ici. Ils profitent de la belle vie, avec de la bonne nourriture, de belles plages, des fêtes et de l’alcool. Mais en ville, en attendant, il y a de la discrimination, des abus et des agressions. On ne peut pas respirer. Le gouvernement marocain nous met sous pression avec colère parce que les Sahraouis gagnent du terrain en Europe et à l’ONU », commente-t-il.

« Ces invitations de youtubeurs et d’influenceurs s’inscrivent dans le cadre de la tentative du Maroc de normaliser l’occupation illégale », souligne Abdulah Arabi, représentant du Front Polisario en Espagne. « Ce sont des outils que le Maroc utilise pour tenter de consolider ce que le droit international leur refuse. Certains des invités l’ignorent peut-être, mais d’autres se moquent des conséquences de leur travail. En tant que youtubeurs, ils ont l’obligation de respecter la vérité. Ils vendent une réalité qui ne correspond pas à la réalité. On ne peut pas aller dans un endroit où la population est maltraitée et dire que l’on ne se mêle pas de politique. C’est une question d’éthique et de droits humains », commente-t-il. « Surfer dans un endroit qui est occupé par une puissance est déjà une erreur en soi, mais se dédier en plus à le promouvoir et le normaliser est une preuve de complicité avec cet occupant », affirme-t-il.

« Ceux qui viennent à Dakhla pour promouvoir cette façade sont complices. Leurs mains sont tachées de sang. S’ils veulent connaître la réalité, qu’ils cherchent les Sahraouis et qu’ils rencontrent les victimes de torture ou les familles des prisonniers et des disparus », dit Elmami. Ahmed, qui continue de prendre le risque de manifester dans les rues surveillées de Dakhla, contrôlées par des policiers en civil et en uniforme, promet de ne pas abandonner : « Nous n’allons pas abandonner. Nous allons continuer à dénoncer tout cela, à dessiner les drapeaux du Sahara occidental et à parler aux Espagnols libres », conclut-il.

Captures d’écran de stories sur Dakhla publiées par des influenceurs espagnols, accompagnées de photos de la répression contre la population sahraouie autochtone.