Nous vivons une époque formidable : 4 espions français sont capturés au Burkina Faso en 2023. Le roi du Maroc intervient et verse 60 millions d’Euros au gouvernement burkinabé. Les espions sont libres ! Une affaire qui soulève quelques questions.-SOLIDMAR
Le roi Mohammed VI dépense l’argent marocain pour soutenir les espions français
Dounia Filali , alwakai3e.info, 20/1/2025
Traduit
par Tafsut Aït Baâmrane
À la lumière des défis économiques et sociaux croissants auxquels est confronté le peuple marocain, des questions se posent quant aux priorités d’allocation des ressources nationales et à leur compatibilité avec les besoins des citoyens. Cela s’inscrit dans le contexte des politiques financières et diplomatiques menées par le roi Mohammed VI, qui ont suscité de nombreuses critiques quant à l’importance accordée à l’amélioration des conditions de vie du peuple marocain. Beaucoup se demandent si ces politiques accordent l’importance nécessaire aux questions internes ou si elles orientent les ressources et l’attention vers des priorités externes qui n’ont pas d’impact tangible sur la vie des citoyens. Parmi les questions les plus marquantes qui ont récemment suscité une large controverse dans la rue marocaine, citons la médiation menée par le roi Mohammed VI pour libérer quatre agents des renseignements français détenus au Burkina Faso pour espionnage et ingérence dans les affaires de sécurité intérieure du pays. Cet incident a représenté une grave crise diplomatique entre la France et le Burkina Faso, le gouvernement burkinabé accusant ces agents de tenter de déstabiliser le pays. Face à cette crise, le Maroc est intervenu en proposant une médiation, profitant de ses relations fortes avec les deux parties, alors qu’il cherchait à libérer ces agents faisant partie des services de renseignement français.
Médiation marocaine : un coût élevé
Ce qui a déclenché une vague de mécontentement au Maroc, c’est que cette médiation n’était pas une simple intervention humanitaire ou diplomatique, mais qu’elle impliquait plutôt le paiement par le roi Mohammed VI d’une énorme somme de plus de 60 millions d’euros provenant du trésor marocain dans le cadre de l’accord [cette information émanant de la DGED marocaine a été « formellement démentie » par la DGSE, NdlT], en plus de fournir du matériel et des fournitures militaires à la partie burkinabè après que la France a refusé de les payer et d’entamer des négociations financières avec le Burkina Faso. Cette somme importante versée par le roi du Maroc a suscité des interrogations chez les Marocains sur la raison d’affecter ces énormes ressources financières marocaines à la résolution d’une crise liée aux intérêts d’un autre pays, à l’heure où le peuple marocain souffre de crises économiques et sociales étouffantes. y compris le chômage, la pauvreté et la détérioration des services publics.
Questions sur les priorités du Maroc
Cette médiation a amené de nombreux citoyens marocains à s’interroger sur les priorités de la politique marocaine : le roi Mohammed VI préfère-t-il prêter attention aux questions extérieures au détriment des problèmes internes du peuple marocain ? D’autant que les Marocains vivent dans une amère réalité économique. Il vaudrait mieux que ces ressources financières marocaines soient utilisées pour résoudre certaines des crises des Marocains, comme celle des victimes du tremblement de terre d’Al Haouz, qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire et de reconstruction, au lieu de s’occuper d’un problème de sécurité extérieure et soutenir les intérêts d’autres pays dont les citoyens vivent bien mieux que les citoyens marocains.
Le roi préfère-t-il protéger les intérêts de la France aux dépens des Marocains ?
L’une des questions qui revient fréquemment est la suivante : le roi Mohammed VI et les dirigeants marocains préfèrent-ils préserver et protéger les intérêts de la France en échange du sacrifice des intérêts du peuple marocain ? Allouer 60 millions d’euros pour soutenir la France dans son affaire d’espionnage, alors que le citoyen marocain souffre du manque de ressources allouées aux projets de développement local et du grand nombre de prêts consentis par le gouvernement marocain aux dépens des Marocains, fait douter de la volonté du gouvernement marocain engagement à répondre aux besoins de sa population. Dans ce contexte, des voix de plus en plus nombreuses réclament une reconsidération des priorités nationales et l’importance d’allouer les fonds et les ressources d’une manière cohérente avec les besoins des citoyens et les crises internes du pays, au lieu de se préoccuper de questions diplomatiques qui ne sont pas directement liées aux intérêts du Maroc. Le peuple marocain est confronté quotidiennement à des défis qui nécessitent une intervention urgente. Parmi ces défis : la détérioration de la situation économique, l’absence d’opportunités d’emploi, la détérioration des infrastructures et la détérioration des secteurs de la santé et de l’éducation. Allouer d’énormes fonds pour soutenir une cause étrangère est un gaspillage d’opportunités réelles qui pourraient faire une différence dans la vie des Marocains.
Comment quatre agents des services secrets français, détenus un an au Burkina Faso, ont été libérés
Benjamin Roger, Le Monde, 14/1/2025
Retenus prisonniers pendant un an à Ouagadougou, les otages, membres de la direction technique de la DGSE, étaient accusés d’espionnage par le capitaine putschiste Ibrahim Traoré. Il a fallu d’âpres tractations, et l’intervention décisive du Maroc, pour obtenir leur libération.
La nuit vient de tomber, ce 18 décembre 2024, lorsqu’un jet privé Bombardier Challenger 604 se pose à l’aéroport de Ouagadougou, au Burkina Faso. Propriété de la société Air Ocean Maroc, leader de l’aviation d’affaires dans le royaume chérifien, l’appareil a été envoyé par les services de renseignement marocains. Trois heures plus tard, quatre passagers s’y engouffrent : ces agents de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français, viennent de passer plus d’un an en détention au Burkina Faso et s’apprêtent, enfin, à rentrer en France. A 23 h 52, l’avion redécolle, direction Casablanca. A Paris, le soulagement est général au siège de la DGSE, boulevard Mortier : c’est la fin d’une des plus graves crises internes de la « boîte », où le sort du quatuor n’en finissait plus de susciter des remous.
Cette libération, obtenue après des tractations secrètes longtemps infructueuses, les autorités françaises la doivent en grande partie à la médiation du Maroc. Le 19 décembre 2024, une fois les agents arrivés dans ce pays, l’Elysée annonce qu’Emmanuel Macron s’est entretenu avec le roi Mohammed VI, afin de « le remercier chaleureusement de la réussite de la médiation qui a rendu possible [leur] libération ». Un succès diplomatique pour Rabat, qui intervient après la réconciliation du Maroc avec Paris, fin juillet, quand M. Macron avait reconnu la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.






