Gideon Levy, Haaretz, 26/10/2024
Traduction : AFPS
Les soldats israéliens ont maltraité des personnes lors d’un raid dans un camp de réfugiés isolé dans les territoires [palestiniens]. Au cours de leur violente incursion, les troupes ont arrêté 30 habitants, dont 27 ont été relâchés le lendemain.
Les habitants du camp de réfugiés d’Al-Fawar n’oublieront pas de sitôt cette nuit. Situé dans une partie reculée de la Cisjordanie, au sud d’Hébron, Al-Fawar est l’un des camps les moins violents ; il ne compte pas de groupes armés locaux comme dans les camps du nord de la Cisjordanie. Mais ce camp, auquel Israël impose un siège partiel depuis le début de la guerre - auquel s’ajoute un chômage presque total dû à l’interdiction faite aux travailleurs d’entrer en Israël - est également soumis à de fréquents raids des Forces de défense israéliennes.
Le raid de la nuit du 18 au 19 septembre a peut-être été le plus violent de tous, de mémoire récente. Personne n’a été tué, mais le comportement des soldats a été violent, voire carrément sadique, selon les résidents locaux avec lesquels nous nous sommes entretenus cette semaine.
Le lendemain, en fin de journée, les troupes ont quitté Al-Fawar avec leur « butin » : trois jeunes détenus. Tous les autres jeunes hommes qu’ils avaient placés en détention et interrogés pendant la nuit ont été rapidement relâchés. Le but principal de l’opération semble avoir été d’abuser des habitants, de faire une démonstration de force. Peut-être aussi pour donner un peu « d’action » aux soldats, qui doivent envier leurs copains de la bande de Gaza, où les violences sur la population sont légion. Peut-être s’agissait-il de donner à ces troupes le sentiment qu’elles accomplissaient un « service utile ». Il est difficile de trouver une autre explication à l’invasion d’Al-Fawar.
L’entrée principale du camp, depuis l’autoroute 60, le principal axe de circulation de Cisjordanie, est bloquée par une barrière de fer depuis le début de la guerre ; nous avons réussi à entrer par une autre route, à travers la ville de Yatta. Il y avait un semblant de vie routinière dans la rue principale : des centaines d’enfants rentrant de l’école, des magasins ouverts, des gens qui se promenaient.
Mais la scène était trompeuse et ancrée dans le désespoir le plus profond. La plupart des hommes d’Al-Fawar sont sans emploi et désœuvrés depuis plus d’un an. L’humiliation de la nuit du 19 septembre n’a fait qu’amplifier leur sentiment de désespoir total.
Une guerre contre les enfants
Mohammed Abu Hashhash, un célibataire de 52 ans qui a déjà été incarcéré en Israël pendant 11 ans, est le mukhtar du camp et le chef de sa branche du mouvement Fatah. Il est un aimant à plaintes sur toutes les formes de détresse qui affligent les résidents. L’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, verse une maigre aide sociale de 250 shekels (environ 67 dollars) par famille et par mois (uniquement aux familles nécessiteuses), en plus du salaire que l’agence verse à ses employés locaux : enseignants, personnel de santé et d’assainissement. Le personnel de l’Autorité palestinienne a vu son salaire réduit récemment, en raison de la situation économique de l’Autorité palestinienne. Abu Hashhash essaie d’aider, bien que les caisses soient vides : il dit qu’il ne se souvient pas d’un niveau de détresse économique aussi dramatique dans le camp.





