2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 8 septembre 2025

Il y a 100 ans, les troupes espagnoles débarquaient à Al Hoceima

L’opération amphibie avec l’appui de la France fit basculer la guerre du Rif et détermina la carte actuelle du Maroc

Joaquín LunaLa Vanguardia, 8/9/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Joaquín Luna (Barcelone, 1958) est un journaliste travaillant au quotidien espagnol La Vanguardia depuis 1982


Dix mille hommes ont débarqué à Al Hoceima entre le 8 et le 9 septembre 1925

« Les troupes espagnoles ont foulé la terre maudite d’Al Hoceima » , écrivit en une le journal espagnol de Melilla El Telegrama del Rif pour rendre compte du débarquement réussi, avec le soutien de la France, sur la côte de cette région africaine, ce qui ressemblait à un cauchemar pour l’Espagne du début du XX siècle.


Quelques heures plus tôt, le 8 septembre 1925, un déploiement amphibie sans précédent dans l’histoire des débarquements – par le transport de chars et l’incorporation de l’aviation – réussit à conquérir la plage d’Ixdain et à mettre à terre 10 000 hommes et 2 000 tonnes de matériel en seulement 48 heures.

Le succès de l’opération fut déterminant pour mettre fin à la guerre du Rif – qui se conclut en 1927 – et pour vaincre la figure gigantesque de son leader, Abdelkrim, qui avait tenu en échec l’armée espagnole occupant le nord du Maroc. Le désastre d’Anoual– entre Melilla et Al Hoceima – en 1921 fut la plus grande humiliation de l’histoire militaire espagnole (plus de 10 000 morts), un coup à retardement pour la monarchie d’Alphonse XIII et une fracture entre la population et l’armée, sans laquelle on ne pourrait expliquer la guerre civile.

Malgré le succès du débarquement d’Al Hoceima et son influence décisive dans la configuration actuelle du Maghreb, le ministère espagnol de la Défense n’a pas prévu de commémorer ce que de nombreux historiens considèrent comme le « plus grand succès militaire »  espagnol du XX siècle. Éviter des froissements diplomatiques avec Rabat ? Échapper au passé militariste ?

Le ministère de la Défense n’a prévu aucune commémoration d’un épisode gênant pour la dynastie alaouite.

« Il n’y avait pas de références de débarquements réussis en Europe, car on ne connaissait pas l’opération Albion (réalisée par la marine allemande en Estonie en 1917) et celle des Dardanelles en Turquie (1915) fut un échec. À mon avis, si l’on ne commémore pas, comme on le ferait dans la plupart des pays, c’est pour ne pas mettre en évidence que le sultan du Maroc, Moulay Youssef (arrière-grand-père de Mohammed VI), avait conclu un pacte avec les deux puissances coloniales (la France et l’Espagne) et soutenu le débarquement d’Al Hoceima », explique l’historien Roberto Muñoz Bolaños, qui vient de publier le livre Al Hoceima. El desembarco que decidió la guerra de Marruecos   [Al Hoceima. Le débarquement qui décida la guerre du Maroc] (Desperta Ferro Ediciones).



En quoi le débarquement d’Al Hoceima contribua-t-il à la configuration territoriale du Royaume du Maroc ? Abdelkrim incarnait un nationalisme laïque, « républicain » et germanophile – il bénéficiait aussi de la sympathie des USA – qui s’inspirait de la figure de Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne. Audacieux, bon stratège dans la guerre de guérilla et chef de tribus montagnardes. Abdelkrim profita du désastre d’Anoual pour s’autoproclamer président de la République du Rif, sur le territoire du protectorat espagnol. La France refusa de collaborer avec l’Espagne tant que son propre protectorat n’était pas attaqué par les Rifains.

L’ambition finit par perdre Abdelkrim, qui rejeta l’offre d’accorder au Rif une autonomie symbolique. Il voulait un véritable État. Les guérilleros rifains menacèrent même Taza – point vital sur la route vers l’Algérie – et à Fès, ils se gagnèrent un nouvel ennemi puissant : la France. Le maréchal Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, remplaça Lyautey et opéra rapidement un tournant décisif : coopérer avec l’Espagne, alors gouvernée en 1925 par le dictateur et général Primo de Rivera. D’où la coopération à Al Hoceima, avec un rôle secondaire mais important, notamment dans l’aviation. Des armes chimiques furent utilisées sans ménagement contre les Rifains, peuple indomptable.

La France et l’Espagne firent le sale boulot de liquider la révolte rifaine et de livrer à Mohammed V un territoire doté d’une ouverture sur la Méditerranée grâce à l’« amicale » indépendance du Maroc en 1956 (détail révélateur : le roi Hassan II ne visita jamais la région rifaine…).

L’opération amphibie fut un succès après le fiasco des Dardanelles et le début de la fin de la République du Rif.

Le succès d’Al Hoceima propulsa la carrière de deux militaires, Franco et Manuel Goded, les premiers à fouler son sol, et en même temps le germe d’une grande inimitié entre eux. L’Espagne subit peu de pertes lors de l’opération (sept officiers et 114 soldats), grâce en partie au hasard qui fit dévier le débarquement, à cause du mauvais temps, vers une plage sans défenses rifaines. « Al Hoceima a changé l’initiative stratégique », souligne l’historien Muñoz Bolaños.

Adieu aux cauchemars et aux traumatismes de la guerre du Rif.

 


Le colonel Franco avec les généraux Miguel Primo de Rivera et José Sanjurjo aux alentours d'Al Hoceïma après le débarquement, 1925

vendredi 24 décembre 2021

Guerre du Rif : comment une "harka" de résistants rifains s'est transformée en armée régulière

Rachid Oufkir, 23/12/2021 

Abdelkrim avec un combattant en position de tir derrière une mitrailleuse HOTCHKISS

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La lutte contre l'impérialisme espagnol a progressivement transformé une "harka" de résistants rifains en une armée régulière , permanente(près de 65 000 hommes), et cela a nécessité le développement d'une bureaucratie militaire, une chaine de commandement centralisé, de direction des opérations et des responsabilités identifiées.
En résumé, le Rif fonctionnait comme un État indépendant, une république fédérale indépendante et moderne, proclamée le 18 septembre 1921. Les soldats rifains modernes étaient bien formés. ils recevaient régulièrement leurs traitements. 
 
 En 1921 , on comptabilisait 30.000 soldats qui avaient des compétences techniques et entraînés au maniement de différents types d'armes de guerre modernes . Les troupes engagées étaient composées de différentes unités militaires notamment, l'Infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie ( l'ensemble des techniques d’attaque et de défense des places, des postes, et de construction des infrastructures nécessaires aux armées au combat.), Les transmissions ( unité spécialisée dans la mise en œuvre des systèmes d'information et de communication militaires) une force navale , pris à titre de butin de guerre.
Pour information ; l'armement, les arsenaux de fusils et de munitions, des canons ( ex. Krupp ) les équipements, les véhicules, des chars , les ressources militaires rifaines étaient soit achetés soit pris à l'ennemi lorsqu'ils furent abandonnés
"À la tête de plusieurs harka regroupant chacune plusieurs milliers d’hommes, les chefs rifains croient avant toute chose aux vertus de la mobilité et de la rapidité. Bénéficiant d’une connaissance inégalée du terrain, leur tactique repose essentiellement en la multiplication de raids ponctuels et limités afin de rallier les tribus non encore soumises, tout en divisant l’effort des unités espagnoles. Farouches soldats et très bons tireurs, les combattants rifains battent les troupes espagnoles à plusieurs reprises (défaites de Dhar Abarran et d’Anoual en 1921, de Tizi 3ezza en 1924, etc.) et obligent ainsi l’armée espagnole à évacuer la région à la fin de l’année 1924, laissant les autorités françaises seules devant les revendications d’Abd el-Krim.
Face à la complexité géographique du Rif et à l’opiniâtreté des harkas rifaines, structurées et particulièrement bien armées, l’armée française est contrainte de revoir, dans l’urgence, sa conception, non seulement des opérations coloniales, mais également de l’appréciation de la technicité et en particulier de l’aviation".

Lire :
Gilles Krugler
Le colonel Paul Armengaud et l’émergence de l’emploi tactique de l’aviation (1925-1928)

 

lundi 20 décembre 2021

FREDERIC WEHREY
Maroc : les multiples répercussions de la rébellion du Rif (1921-1926)

 Frederic Wehrey (bio), The New York Review of Books, 18/12/2021 Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Comme il se doit pour un mouvement anticolonial qui a créé le modèle de ceux qui ont suivi, la révolte berbère des années 1920 se répercute aujourd'hui sur un siècle d'histoire.

Une gravure représentant Abdelkrim Al Khattabi à cheval dirigeant les rebelles du Rif contre les forces espagnoles, Maroc, années 1920 ; Apic/Getty Images

Un soir d'octobre dernier, je suis monté dans un bus à Rabat, la capitale marocaine, pour un voyage d'une nuit vers la côte méditerranéenne. Après plusieurs heures, nous grimpions dans les montagnes du Rif, le véhicule gémissant et se balançant dans les virages en épingle à cheveux. Le Rif est une chaîne de montagnes relativement récente - géologiquement plus jeune que les sommets plus connus de l'Atlas et moins grandiose - qui s'élève à pic depuis la mer au nord, mais qui s'abaisse en escarpements doux au sud.

Dans la pénombre du clair de lune, le paysage paraissait assez inquiétant : des massifs imposants tapissés de maquis, des bosquets de cèdres et de sapins, et des ravins profonds entourés de rochers calcaires. Il n'était pas difficile de comprendre comment, il y a cent ans, ce terrain a fait naître la peur dans le cœur des jeunes conscrits de l’Espagne, qui gouvernait le nord du Maroc en tant que protectorat, alors qu'ils étaient confrontés à une insurrection féroce du peuple amazigh indigène, également connu sous le nom de Berbères.

« La pire guerre, au pire moment, dans le pire endroit du monde », a écrit un journaliste espagnol à propos du conflit de cinq ans connu sous le nom de guerre du Rif.

Les combats ont commencé au début du mois de juin 1921, lorsque des tribus rifaines ont tendu une embuscade à un petit contingent de forces espagnoles sur un affleurement rocheux de la frange nord du Rif, le mont Ubarran. Rétrospectivement, cet engagement n'était que l'escarmouche initiale d'une bataille beaucoup plus importante et, du point de vue espagnol, catastrophique, qui s'est déroulée un mois plus tard dans et autour du village voisin d'Annual (accentuation de la dernière syllabe). Le désastre d'Annual, comme on l'appelle aujourd'hui en Espagne, a entraîné la mort d'au moins 13 000 soldats espagnols, infligée par seulement 3 000 Rifains. Pendant dix-huit jours, les combattants ont assiégé des soldats espagnols mal entraînés et des troupes indigènes dans des avant-postes ensablés, les privant de vivres et d'eau - certains soldats ont dû boire leur urine - et les abattant à coups de fusil ou de poignard alors qu'ils se repliaient pêle-mêle vers l'enclave espagnole de Melilla. Le commandant espagnol sur le terrain, un célèbre général imprudent du nom de Manuel Fernández Silvestre, a péri dans la mêlée, peut-être par suicide. Sa dépouille n'a jamais été retrouvée.

 

Le campement espagnol à Annual après sa prise par les Rifains, Maroc, 21 juillet 1921. Photo12/UIG via Getty Images

 C'est la pire débâcle militaire de l'histoire moderne de l'Espagne et sans doute la plus grave défaite qu'une armée coloniale européenne ait subie sur le continent africain, dépassant même la déroute de l'armée italienne à la bataille d'Adoua en Éthiopie en 1896. Ses conséquences se sont propagées en Afrique du Nord, en Méditerranée et en Asie, atteignant même les USA, où elle a suscité la sympathie du public pour la cause rifaine et électrisé les panafricanistes noirs usaméricains tels que les disciples de Marcus Garvey. Le centenaire d’Annual en juillet de cette année est passé pratiquement inaperçu dans le monde anglophone, mais il reste une grande source de fierté pour les Amazighs des montagnes du Rif, un héritage troublant pour la monarchie marocaine et un traumatisme national persistant en Espagne.

La nouvelle de la déroute d'Annual plonge l'Espagne dans une crise politique. Elle incite l'opinion publique à réclamer l'abandon du protectorat espagnol au nord, qui existe depuis 1912 grâce à un accord avec la France, qui gouverne le territoire au sud. Elle a contribué au renversement du gouvernement parlementaire espagnol et à l'instauration de la dictature du général Miguel Primo de Rivera. Elle a également donné lieu à une campagne de vengeance et de reconquête du Maroc par l'armée espagnole, qui a permis l'ascension fulgurante d'un jeune officier espagnol nommé Francisco Franco Bahamonde.

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dimanche 17 janvier 2021

HISTOIRE : 1925, guerre du Rif. L’alliance entre Pétain et Franco contre les insurgés marocains


Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi dit « Abdekrim », vivant dans la partie du Maroc sous contrôle de Madrid, lève l’étendard de la révolte contre l’occupant espagnol en 1921. Il lui inflige une cuisante défaite à Anoual (juillet 1921). En Espagne, le général Miguel Primo de Rivera prend le pouvoir en septembre 1923, installant une des premières dictatures d’extrême droite d’Europe. Rageusement, Madrid va répliquer par une guerre d’une cruauté inouïe, utilisant massivement l’arme chimique (d’ailleurs fournie alternativement par les deux anciens ennemis, la France et l’Allemagne).

 En avril 1925, les troupes d’Abdelkrim empiètent sur le territoire du Haut-Ouergha, dans le Maroc français. Occasion rêvée pour le colonialisme français de mater ce dissident devenu menaçant. La France est alors dirigée par un gouvernement de gauche, dit « du Cartel » (Paul Painlevé est président du Conseil), dirigé par le Parti radical, soutenu par la Section française de l’internationale socialiste (SFIO). Nationalistes à Madrid, hommes d’une certaine gauche à Paris : il n’y a pas de barrières idéologiques quand il s’agit de défendre la civilisation occidentale.

Au plus fort de la guerre, Abdelkrim dispose de 75 000 hommes, pour seulement 30 000 fusils. En face, la France et l’Espagne aligneront un corps expéditionnaire énorme (120 000 combattants, 400 000 supplétifs), disposant d’une supériorité matérielle écrasante (artillerie lourde, chars, aviation), utilisant les armes les plus terribles, dont des bombes chimiques.

« Il faut de l’aviation »

Lorsque la France entre dans le conflit, le maréchal Hubert Lyautey préside aux destinées du pays depuis treize ans, malgré la fiction du protectorat qui ne trompe personne. Il mènera une guerre sans pitié contre Abdelkrim. Sans pitié, mais sans guère de résultats. Bien des postes français sont isolés, et Fez paraît même un instant menacée. La personnalité et la politique du maréchal Lyautey sont de plus en plus remises en cause à Paris, d’autant qu’une vieille méfiance l’amène à s’opposer à toute manœuvre commune avec les Espagnols. Le 14 juillet 1925, le gouvernement décide d’envoyer en inspection le maréchal Philippe Pétain. Camouflet supplémentaire pour Lyautey, qu’une inimitié réciproque (et de notoriété publique) oppose à Pétain. Le sens de la mission de ce dernier est net : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action. »1 Mais cette mission a également une signification diplomatique : la seule parade imaginable à la menace rifaine est de sceller un pacte avec les Espagnols. Fin juillet ont lieu à Madrid, puis à Ceuta, les premiers entretiens entre Pétain et Primo de Rivera. C’est à cette occasion, semble-t-il, que Pétain rencontre pour la première fois Francisco Franco, colonel et patron de la Bandera, la Légion espagnole. Une complicité de vingt années commence.

En septembre, Lyautey est rappelé à Paris. Il subit des remontrances des politiques et, surtout, il apprend la nomination de Pétain comme commandant en chef, qui passe donc d’une mission temporaire à une fonction permanente. C’en est trop. De retour au Maroc le 15 septembre, il démissionne le 24. Il est remplacé par Théodor Steeg, le ministre de la justice, mais c’est Pétain qui a désormais les pleins pouvoirs militaires.

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L’initiative concertée peut commencer : les Espagnols envoient un corps expéditionnaire au nord (Alhucemas, 8 septembre 1925) pendant que les Français attaquent par le sud. Début décembre, la presse annonce que Pétain va se rendre de nouveau à Madrid. Primo de Rivera déclare devant le conseil des ministres du 8 décembre 1925 que la France, « désirant donner une preuve de ses sentiments d’amitié envers l’Espagne, avait décidé qu’une visite serait faite prochainement à Madrid par le maréchal Pétain ». Les deux hommes se rencontrent effectivement le 25 du même mois à Madrid, puis le 28 à Tétouan, afin de combiner leurs opérations2.

L’utilisation des armes chimiques

Lors de l’hiver 1925-1926, le territoire d’Abdelkrim fait figure de forteresse assiégée. Comme il l’avait promis, Pétain mène une guerre de grande envergure. Le gouvernement lui a accordé les moyens demandés. Alors qu’en juillet, Lyautey n’avait obtenu que 2 bataillons de renforts, le nouveau commandant en chef en obtient 36 ! Surtout, la coopération militaire entre les deux pays — dont l’un utilisait des armes chimiques depuis 4 ans — devait déboucher sur une aggravation de la guerre chimique. On sait aujourd’hui que l’armée française a alors utilisé des obus au phosgène, à la chloropicrine (obus no. 7) et à l’ypérite3.

Pétain rentre en France le 6 novembre. À son arrivée à Marseille, il lâche : « Abdelkrim est encerclé. Il n’est plus à craindre. L’action militaire est terminée. Je passe la main à la politique »4 « L’action militaire est terminée »… ce n’est alors vrai qu’en partie. Il reste l’ultime assaut. Mais on peut penser qu’avec cette formule, il embarrassait son illustre prédécesseur : Pétain avait réussi là où Lyautey avait piétiné, et son successeur, le général Edmond Boichut (si Abdelkrim ne s’était pas rendu, c’eût été sa faute). Quant à la formule « Je passe la main à la politique », elle faisait allusion aux pourparlers d’Oujda entre Abdelkrim et des émissaires français, qui échouèrent. Le militaire Pétain était également un fin politique : dans tous les cas de figure, il apparaissait comme le seul vainqueur, il dégageait sa responsabilité de tout échec éventuel.

Début 1926, la guerre prend une autre dimension. Les Français alignent 48 bataillons, 17 batteries, 2 compagnies de chars et 3 escadrilles d’avions. Les armes chimiques, que Paris avait longtemps refusées à Lyautey, font désormais partie de l’arsenal français5. Comme l’écrira, presque au terme des combats, le général Niessel, inspecteur général de l’aéronautique : « Nous exécutons sur le front nord du Maroc de véritables opérations de guerre »6.

L’offensive finale est déclenchée le 8 mai 1926. Finalement, face à la supériorité mécanique des armées française et espagnole, Abdelkrim se soumet, le 27 mai. Au terme d’une guerre éprouvante, 100 000 des siens, combattants tués au front ou civils bombardés par des armes chimiques, avaient perdu la vie.

Grand-croix de la Légion d’honneur

Le 14 juillet suivant, sous l’Arc de Triomphe, le général Primo de Rivera, « pantalon rouge vif soutaché d’argent, tunique bleu sombre coupée du cordon de la grand-croix de la Légion d’honneur, shako pastel et or que couronne un plumet blanc »7 est l’invité d’honneur. Il est entouré du président Gaston Doumergue, d’Aristide Briand, président du Conseil (il a succédé à Painlevé) et, pour faire bonne mesure, du sultan Moulay Youssef.