4/12/2024
GE
Vernova, Siemens Energy et Larsen & Toubro font partie des
multinationales qui auraient manifesté leur intérêt pour aider le Maroc à
transporter vers le Maroc l'énergie produite au Sahara Occidental
occupé.
L'Office
national de l'électricité du Maroc (ONEE) a nommé les candidatures de
cinq grandes multinationales pour le projet de ligne électrique de 3 GW
qui transportera vers le Maroc l'énergie produite au Sahara Occidental
occupé. C'est ce que rapportent
les médias marocains, qui citent les entreprises suivantes : GE Vernova
(USA), Siemens Energy (Allemagne), Power China Sepco1 (Chine), TBEA
(Chine) et Larsen & Toubro (Inde).L'ONEE a fait circuler les
noms après avoir ouvert les dossiers de candidature pour l'ingénierie,
l'approvisionnement et la construction (EPC) de la dite « autoroute
électrique », un appel d'offres ouvert aux candidats jusqu'au 12
novembre 2024. À cette date, l'échéance avait été reportée 6 fois cette année, comme le rapporte Western Sahara Resource Watch (WSRW) [Observatoire international de surveillance des ressources naturelles du Sahara occidental]
Le
projet comprend une ligne de transmission de 1 400 km de long qui
reliera Dakhla, située le long de la côte du Sahara Occidental occupé, à
Casablanca, la plus grande ville du Maroc et son centre économique et
commercial. Le plan initial, dont WSRW a fait état
en novembre dernier, prévoyait que le transport de la moitié de la
capacité envisagée, soit 1 500 MW, devrait être possible en 2026, tandis
que la seconde moitié devrait être opérationnelle en 2028.
WSRW a
contacté toutes les entreprises nommées, cherchant confirmation des
affirmations des médias marocains, et leur demandant comment elles
comprenaient les aspects juridiques d'un projet qui transporterait
l'énergie produite au Sahara Occidental occupé vers le cœur économique
de l'État occupant, le Maroc.
Jusqu'à présent, seul Siemens Energy a répondu,
commentant que l'entreprise « n'a pas encore soumis de demande mais a
seulement exprimé son intérêt ». Siemens Energy a indiqué évaluer le
cadre juridique spécifique pour toute décision commerciale, « en
particulier en ce qui concerne la jurisprudence des plus hautes
juridictions », en référence aux 10 arrêts de la Cour de justice de l'UE
concernant le Sahara Occidental, qui concluent tous que le territoire
ne fait pas partie du Maroc. Pourtant, l'entreprise semble mal
comprendre ces arrêts, car elle souligne une fois de plus comment ses
projets au Sahara Occidental contribuent aux « populations locales ». La
Cour de justice de l'UE a précisé qu'il existe une différence entre le
peuple du territoire et la population du territoire. Les droits
souverains sur le territoire - y compris le droit de consentir et, en
second lieu, le droit de bénéficier - appartiennent au peuple du
territoire, ceux qui détiennent le droit à l'autodétermination. Une
majorité de la population a fui le territoire après l'invasion et
l'annexion par le Maroc, et les colons marocains constituent aujourd'hui
la majorité de la population - la population locale - résidant sur le
territoire. Ce sont ces « populations locales » qui profitent des
opérations de Siemens dans le territoire, et non le peuple sahraoui.
➤Voyez les lettres de WSRW à GE Vernova (États-Unis), Siemens Energy (Allemagne), Power China Sepco1 (Chine), TBEA (Chine) and Larsen & Toubro (Inde).
“Ce
giga-câble est un problème majeur pour les droits légitimes des
Sahraouis. Ils ne veulent clairement pas qu'il soit construit, car cela
conduirait le Maroc à devenir encore plus dépendant de l'énergie
produite sur leur territoire. Les entreprises qui cherchent à
s’impliquer dans des projets marocains au Sahara Occidental occupé
doivent être conscientes des risques potentiels de réputation et
juridiques liés à de telles opérations”, a déclaré Sara Eyckmans de
Western Sahara Resource Watch.
Elle a souligné que cela constitue
également un défi pour les États qui envisagent de s’associer au secteur
énergétique marocain, mais veulent éviter de s’emmêler dans
l’occupation marocaine en violation du droit international.
L’ONU
considère le Sahara Occidental comme un territoire non autonome sans
puissance administrante en place. La Cour internationale de justice a
jugé la revendication du Maroc sur le territoire nulle et non avenue,
des conclusions reprises dans un corpus de jurisprudence de l’UE qui
s’est développé au cours de la dernière décennie. La plus haute cour de
l’UE a conclu que le Sahara Occidental est séparé et distinct du Maroc,
et que le Maroc n’a aucune souveraineté ni mandat d’administration sur
le territoire. Par conséquent, la Cour a annulé l’application des
accords commerciaux, de pêche et d’aviation UE-Maroc au Sahara
Occidental, car appliqués sur le territoire sans le consentement du
peuple du territoire, corolaire de son droit à l’autodétermination. La
Cour a reconnu que le Front Polisario, la représentation du peuple du
Sahara Occidental à l'ONU, était habilité à porter des affaires au nom
du peuple sahraoui devant les tribunaux de l'UE.