2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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vendredi 2 janvier 2026

Fin de règne au Maroc, avec l’héritier Moulay Hassan à l’horizon

 Mohammed VI peut encore vivre longtemps, mais un sentiment de fin d’ère s’est déjà installé dans le royaume. Sauf imprévu, il laissera à son fils, Moulay Hassan, un pays stable et un régime autoritaire fort de nombreux succès diplomatiques.

Ignacio Cembrero, El Confidencial, 31/12/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane


Image : EC Diseño

 Le Maroc vit déjà une phase de fin de règne. Non pas que le roi Mohammed VI, âgé de 62 ans, soit gravement malade ou que ses jours soient comptés après vingt-six longues années de règne. Mais la succession dynastique est désormais un sujet de conversation dans les cercles de la bourgeoisie de Casablanca, tandis que l’on observe de légers mouvements parmi les responsables cherchant à améliorer leur position en vue de l’arrivée d’un nouveau souverain.

Bien que son portrait soit omniprésent, Mohammed VI n’a jamais été très présent dans la vie de son pays. Entre ses longs séjours de vacances à l’étranger, ses périodes de convalescence et ses problèmes de santé, le souverain était devenu « le roi disparu », comme l’avait décrit en 2023 l’hebdomadaire britannique The Economist.

Il n’était même pas présent, le dimanche 21 décembre, à l’inauguration à Rabat de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), le plus grand événement sportif organisé au Maroc depuis des années. Il avait commencé ses vacances à Abou Dhabi le 5 novembre, les avait poursuivies à Paris puis au Caire. Elles se prolongeaient encore le week-end dernier, alors même que la propagande officielle présente la Coupe comme « l’étincelle de la renaissance généralisée du Maroc ». Il a délégué à son fils, Moulay Hassan, le soin de donner le coup d’envoi.

La prise de conscience collective de la fragilité de Mohammed VI a peut-être eu lieu fin octobre 2024, lorsqu’il s’est rendu à l’aéroport de Rabat pour accueillir le président français Emmanuel Macron. Il est apparu extrêmement amaigri, appuyé sur une canne et marchant avec difficulté. L’explication officielle justifiant l’usage de cette canne n’avait alors guère convaincu.

Lorsque Mohammed VI viendra à disparaître, le Maroc connaîtra une transition sans secousses. Le roi a un héritier incontestable : Moulay Hassan, 22 ans, son unique fils. On sait peu de choses de lui, le palais royal n’ayant même pas communiqué sur le déroulement de ses études à l’UM6P, une université privée. Il est, en théorie, moins formé que son père, car il n’a ni soutenu de doctorat ni effectué de stages dans une organisation internationale. On ne lui a pas non plus confié de nombreuses missions de représentation.

Il a toutefois accueilli le président chinois Xi Jinping en novembre 2024, lors d’une escale technique à Casablanca. Le roi était alors, lui aussi, en vacances. Cet épisode est resté une exception. Le mois suivant, c’est Moulay Rachid, frère de Mohammed VI, qui a remplacé le souverain à la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence du gratin de l’élite mondiale.

Quelques traits du caractère de l’héritier ont néanmoins filtré. Il est très attaché à sa mère, la princesse Lalla Salma, âgée de 47 ans, dont Mohammed VI s’est séparé en mars 2018. Il vit avec elle et sa sœur, Lalla Khadija, 18 ans, dans le palais de Dar Es Salam ; il a vécu à ses côtés le douloureux divorce ; il part en vacances avec elle à Courchevel, dans les Alpes françaises, ou à Mykonos, en mer Égée. Lorsqu’il accédera au trône, cette ingénieure en systèmes d’information exercera une grande influence sur le nouveau roi.

Le moment venu, Mohammed VI laissera à son fils — si aucun événement imprévu et indésirable ne survient — un royaume solidement établi. Malgré de profondes inégalités sociales, le Maroc est le pays le plus stable de toute l’Afrique du Nord, plus encore que l’Algérie, pourtant riche en gaz et en ressources minières. Cette stabilité tient au fait que la monarchie structure le pays à la fois politiquement et religieusement.

Les frasques de Mohammed VI, ses vacances s’étendant parfois sur près de six mois certaines années, son étroite amitié avec trois sportifs germano-marocains spécialistes des arts martiaux mixtes (MMA), avec lesquels il a cohabité au palais, ou encore ses déambulations nocturnes, un verre à la main, dans une nuit parisienne d’août 2022, ont même été des « sujets tendance » sur les réseaux sociaux.

Ces frasques ont suscité une avalanche de commentaires moqueurs ou scandalisés à son sujet, sans pour autant éroder l’institution monarchique. Pas même le grand mouvement islamiste marocain Justice et Bienfaisance (Al-Adl wal-Ihsan), illégal mais relativement toléré, n’en a profité pour s’en prendre au Commandeur des croyants, titre religieux également porté par le roi.

Avec le temps, Mohammed VI s’est montré plus prudent. Après avoir permis durant des années aux frères Azaitar, combattants de MMA, de décider quels membres de la famille royale pouvaient lui rendre visite dans ses appartements et à quel moment de la journée, il les a relégués à l’arrière-plan. Ils n’apparaissent plus à ses côtés ni n’exhibent leurs cadeaux luxueux — montres Rolex ou voitures Ferrari ou Bentley — sur les réseaux sociaux.

Depuis l’été 2022, son principal compagnon est Youssef Kaddour, 41 ans, un Espagnol de Melilla, lui aussi spécialiste des arts martiaux. Contrairement aux Azaitar, il est discret et modeste, mais tout aussi inculte. Lorsqu’il vivait encore à Melilla, il écrivait sur Facebook en multipliant les fautes d’orthographe. Il contribue en revanche à remonter le moral du monarque, parfois abattu. Kaddour jouit de l’estime de la famille royale.

Le respect — ou la crainte — qu’inspire le roi est tel que ceux qui protestent n’osent même pas le mentionner. Les jeunes du mouvement GenZ212, descendus dans la rue en septembre pour réclamer une meilleure éducation et un meilleur système de santé, ont critiqué le gouvernement, avec à sa tête le milliardaire Aziz Akhannouch. Ils n’ont jamais mis en cause le monarque. C’est pourtant au palais royal que se prennent nombre des décisions ensuite exécutées par le gouvernement.

Aujourd’hui, ni les mobilisations de la jeunesse, ni le djihadisme, ni l’islam politique, ni une gauche quasi inexistante ne constituent au Maroc une menace pour la monarchie ni pour l’ensemble des courtisans — parfois appelés le « makhzen » — gravitant autour d’elle. D’où l’incompréhensible ampleur de la répression exercée, par exemple, contre ceux qui ont répondu à l’appel de GenZ212. À l’automne, on a compté 5 780 arrestations ; quelque 2 480 manifestants ont été ou seront jugés et 1 473 sont déjà derrière les barreaux, dont environ 300 mineurs.

Ces épisodes et bien d’autres montrent clairement que le Maroc n’est pas engagé sur la voie d’une monarchie parlementaire, contrairement à ce que laissait entendre, par exemple, Omar Azziman lorsqu’il était ambassadeur en Espagne (2004-2010), avant d’être nommé conseiller royal.

Lorsque Mohammed VI est monté sur le trône, il n’y avait pas de prisonniers d’opinion marocains — seulement des Sahraouis — car son père, Hassan II, avait assoupli la répression à la fin de son règne. Un quart de siècle plus tard, ils sont nombreux à croupir en prison, à commencer par les quatre leaders de la révolte pacifique du Rif (2016-2017) et Mohamed Ziane, 82 ans, le prisonnier politique le plus âgé d’Afrique. Cet ancien ministre des Droits de l’homme de Hassan II avait osé suggérer dans une vidéo que, puisque le roi s’absentait si souvent, il vaudrait mieux qu’il abdique. Ziane possède la double nationalité marocaine et espagnole, sa mère étant originaire de Malaga.

Les vents de liberté ont cessé de souffler progressivement au Maroc à partir de 2003, après les attentats djihadistes de Casablanca (33 morts). Ils ont brièvement repris avec le « printemps arabe » au tout début de 2011, mais un nouvel attentat terroriste, cette fois à Marrakech (17 morts), a mis fin à l’ouverture. Les autorités ont encore resserré l’étau en 2020, après la pandémie, pour faire taire les dernières voix dissidentes, notamment les meilleures plumes du journalisme indépendant, qui ont fini derrière les barreaux. Elles ont été graciées en 2024, mais n’ont plus le droit d’exercer leur profession.

Seules les manifestations pacifiques massives, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes contre l’invasion de Gaza et les relations étroites entre le Maroc et Israël, ont échappé à la répression. Elles étaient convoquées par le Front marocain de solidarité avec la Palestine et par d’autres associations soutenues discrètement par les islamistes de Justice et Bienfaisance.

L’indignation populaire était telle que les autorités n’ont pas osé les interdire, sans pour autant réduire leur coopération avec l’État hébreu, devenu un partenaire stratégique. La trêve à Gaza a apporté un soulagement aux autorités marocaines.

« Le Maroc est passé de la dictature de Hassan II à l’autocratie éclairée de Mohammed VI », résumait le quotidien français Le Monde dans une série de six articles publiés l’été dernier sur la monarchie marocaine. L’autocrate n’est pas seul. Il s’appuie sur un cercle très restreint de collaborateurs, parmi lesquels se distingue Fouad Ali El Himma, 63 ans, parfois surnommé le vice-roi. Ancien camarade de classe de Mohammed VI au Collège royal de Rabat, il tient souvent les rênes d’un pays dont le chef de l’État disparaît par intermittence.

Il intervient dans tous les domaines, mais affectionne particulièrement l’imposant appareil de sécurité intérieure, où il a travaillé de 1999 à 2007, dirigé par le premier policier du royaume, Abdellatif Hammouchi, artisan de l’utilisation du logiciel espion Pegasus. Il s’implique également dans la politique étrangère, mise en œuvre par Nasser Bourita, le plus influent des ministres des Affaires étrangères de Mohammed VI.

Pour la première fois depuis le début du siècle, des fissures sont apparues dans la machine du contre-espionnage et de la police secrète, deux missions relevant de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dirigée par Hammouchi sous la tutelle d’El Himma.

Depuis un mystérieux canal Telegram, un groupe de hackers baptisé Jabaroot a révélé en août des données personnelles concernant plusieurs agents de premier plan de la DGST, y compris leurs biens immobiliers. Parmi eux figurait celui qui est, en pratique, le « numéro deux » de l’agence, Mohamed Raji, surnommé « Monsieur écoutes », à la tête depuis plus de trente ans de l’espionnage téléphonique et ayant même reçu des ordres de mission du roi en personne.

La fuite à l’étranger de Mehdi Hijaoui, ancien « numéro deux » de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), révèle également un malaise au sein de l’agence chargée du renseignement extérieur. Moins dotée en effectifs que la DGST, elle dispose toutefois d’un budget plus important. Certains indices laissent aussi penser à des frictions entre les services de renseignement intérieur et extérieur, sans que cela n’ait pour autant entamé la sécurité du pays.

Le seul domaine où tout s’est déroulé sans accroc est celui d’une politique étrangère presque monothématique. Plus de cent pays soutiennent désormais le plan d’autonomie de quelques pages que le Maroc propose depuis 2007 pour le Sahara occidental. Deux démocraties de poids, les USA et la France, sont même allées plus loin en reconnaissant la souveraineté marocaine sur un territoire que l’ONU continue de considérer comme non autonome et en attente de décolonisation.

L’apogée de cette série de succès diplomatiques a été atteinte le 31 octobre, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, sans aucun vote contre, la résolution 2797, établissant la proposition marocaine d’autonomie comme base des futures négociations. Ce soutien est d’autant plus significatif qu’il a été impulsé par l’administration du président Donald Trump, avec l’appui de la France. Une troisième puissance, Israël, complète ce triumvirat de soutiens au Maroc.

« Cette accumulation de victoires diplomatiques est d’autant plus frappante qu’elles sont remportées par un pays dont le chef de l’État concentre constitutionnellement presque tous les pouvoirs, tout en étant souvent absent », s’étonne un diplomate européen ayant longtemps été en poste à Rabat.

Ce soutien du principal organe de l’ONU ne met nullement fin au conflit du Sahara, né il y a un demi-siècle lorsque l’Espagne a remis sa colonie au Maroc et à la Mauritanie. Il entraînera toutefois la reprise des négociations. Tant que l’Algérie résistera aux pressions occidentales et continuera de soutenir le Front Polisario, qu’elle accueille dans le sud-ouest de son territoire, le conflit persistera, même à basse intensité.

Il se pourrait même que Rabat choisisse, à moyen terme, de mettre fin à cet affrontement larvé au risque d’embraser la région. Parmi ses objectifs figure la sortie du Sahara occidental de la MINURSO, la petite mission des Nations unies qui a depuis longtemps cessé de remplir ses fonctions. Si cela se produisait, le Maroc serait tenté de tirer parti de sa supériorité militaire pour s’emparer de la bande orientale de l’ex-colonie, soit 20 % du territoire (50 000 km²) qu’il ne contrôle pas et où circule le POLISARIO.

« Avec ou sans accord, et avec l’aval des USA, le Maroc décidera, le moment venu, d’annexer ces zones à l’est du mur qui lui appartiennent », prédisait Abdelhamid Harifi, administrateur du forum officieux Forces armées royales-Maroc. « Il ne lui faudra alors que deux ou trois semaines », insistait-il. Comment réagirait l’Algérie ? Irait-elle jusqu’à la guerre pour tenter de l’en empêcher et sauver son protégé ?

Le Sahara n’est pas le seul terrain d’affrontement entre le Maroc et l’Algérie. La diplomatie marocaine profite également des revers algériens au Sahel pour avancer ses pions. L’exemple le plus frappant est l’offre, formulée par le roi lui-même, de donner un accès à la mer au Niger, au Burkina Faso et au Mali via le port en construction de Dakhla (ancienne Villa Cisneros), au Sahara occidental.

Ce projet, qui ignore la Mauritanie, est aussi audacieux que celui d’un gazoduc de 6 000 kilomètres reliant le Nigeria au Maroc. Ils ont peu de chances d’aboutir, mais en avril Mohammed VI s’est déjà fait photographier à Rabat avec les ministres des Affaires étrangères de ces trois pays, autrefois protégés d’Alger. C’est désormais le Maroc qui étend son soft power dans une partie du Sahel. Il a même servi avec succès de médiateur pour obtenir, en décembre 2024, la libération de quatre espions français emprisonnés au Burkina Faso.

Tous ces succès marocains ont une lecture plus inquiétante pour l’Espagne. À peine la résolution du Conseil de sécurité adoptée, la diplomatie marocaine exposait publiquement et en détail ses revendications vis-à-vis de son voisin espagnol, via Atalayar, porte-voix officieux du lobby marocain en Espagne, et Media24, le quotidien numérique le plus proche du ministre Nasser Bourita. « Ils sont enhardis », confiaient en fin d’année plusieurs diplomates espagnols à propos du pays voisin.

Dans sa volonté d’arracher des concessions à l’Espagne sans offrir de contreparties significatives, « le Maroc utilise des instruments qui ne sont pas militaires au sens strict pour consolider des objectifs stratégiques, comme la revendication de sa souveraineté sur le Sahara occidental », rappelle Alejandro López Canorea dans son ouvrage récemment publié La Guerra del Estrecho  [La Guerre du Détroit]. « Tout cela constitue une forme de guerre hybride qui n’implique pas nécessairement l’éclatement d’un conflit ouvert, mais une confrontation de fond, durable, menée à l’aide d’outils non conventionnels », explique l’auteur.

L’émigration irrégulière est l’instrument de prédilection de Rabat, utilisé avec un cynisme particulier en mai 2021, lorsqu’il a encouragé, selon les rapports du CNI, l’entrée à Ceuta de plus de 10 000 Marocains — dont un cinquième de mineurs — en moins de 48 heures. Depuis que le président Pedro Sánchez a adressé en mars 2022 sa mystérieuse lettre, jamais officiellement rendue publique, à Mohammed VI, les forces de sécurité marocaines s’emploient toutefois à freiner les flux migratoires vers les Canaries et l’Andalousie, mais pas vers Ceuta.

Cet effort constitue la seule contrepartie tangible en échange de l’alignement de Sánchez sur la solution d’autonomie défendue par Rabat pour résoudre le conflit du Sahara. Il est réversible, et les autorités marocaines pourraient à nouveau relâcher la pression migratoire si elles jugeaient utile d’accentuer leurs pressions sur le gouvernement espagnol. Le projet enthousiasmant et commun de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal, pourrait toutefois les inciter à différer ce moment.

Les militaires espagnols expriment une autre inquiétude, souvent lorsqu’ils prennent leur retraite. « Le Maroc dispose désormais d’un allié très puissant : Israël et sa technologie », rappelait le général Miguel Ángel Ballesteros, ancien directeur du Département de la sécurité nationale espagnol. « À l’origine, ce n’est pas dirigé contre nous, mais il ne faut pas oublier que le Maroc nourrit des revendications très sérieuses sur des territoires espagnols », ajoutait-il. « Cette alliance m’inquiète », concluait-il.

Lorsque son heure viendra, le jeune roi devra décider s’il maintient les collaborateurs de son père dans les domaines de la diplomatie et de la sécurité. Les premiers ont rempli leur mission avec succès. Les seconds ont surveillé et entravé les déplacements de sa mère après le divorce, obéissant à des ordres royaux tout en aggravant sa souffrance. Il est probable qu’ils ne conserveront pas leurs fonctions.

Sur qui Moulay Hassan s’appuiera-t-il alors pour gouverner ? Ses amis du lycée et de l’université manquent d’expérience pour le conseiller efficacement. En revanche, le commissaire Fouad Boutlaoui, actuel chef de la sécurité de l’héritier, est promis à une ascension rapide. Il nourrit une rancœur tenace envers Hammouchi, qui a manœuvré pour faire incarcérer son frère, lui aussi policier.

La meilleure part de l’héritage que le père laissera à son fils sera peut-être sa fortune. Le magazine usaméricain Forbes l’a estimée pour la dernière fois, en 2015, à environ 4,85 milliards d’euros. Depuis le début de son règne, elle a crû de manière exponentielle, notait alors Forbes. Il est probable qu’elle se soit encore accrue au cours de la dernière décennie, au vu du poids croissant d’Al Mada, le holding royal, dans l’économie marocaine et de son expansion dans 24 pays, principalement en Afrique.

La pire part de l’héritage laissé par Mohammed VI à son fils est la pauvreté. Le bilan de vingt années de l’Initiative nationale pour le développement humain, lancée en 2005 pour la combattre, est loin d’être satisfaisant. Elle a néanmoins légèrement reculé, selon les études du Haut-Commissariat au Plan. Malgré tout, 44 % des Marocains souhaitent émigrer à la recherche de meilleures opportunités à l’étranger, selon le dernier sondage publié. Plus ils sont jeunes, plus ce pourcentage est élevé.

Derrière des infrastructures spectaculaires, comme le premier train à grande vitesse d’Afrique ou Tanger-Med, premier port du continent africain ayant détrôné Algésiras dans le détroit, se cache un autre Maroc, moins reluisant. Dans son dernier discours du Trône, prononcé en juillet dernier, Mohammed VI a lui-même reconnu cette dualité. « Il n’y a de place, ni aujourd’hui ni demain, pour un Maroc à deux vitesses », a-t-il souligné.

C’est là que réside la grande tâche de Moulay Hassan : parvenir à une croissance harmonisée permettant de rapprocher le niveau de vie de son pays de celui de ses voisins du sud de l’Europe. Le revenu annuel par habitant du Maroc (4 240 euros en 2025) est aujourd’hui sept fois inférieur à celui de l’Espagne. Cette dernière compte environ dix millions d’habitants de plus que le Maroc, mais son PIB est dix fois supérieur à celui de son voisin méridional. La richesse totale du Maroc équivaut à celle d’une communauté autonome espagnole : la région de Valence.

jeudi 24 juillet 2025

Le Front Polisario et le cynisme des crétins du PSOE

Luis Portillo Pasqual del Riquelme, El Independiente, 7/6/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Dire que le Front Polisario (FP) est « une entité privée non reconnue »* est une absurdité absolue, indigne de ceux qui se prétendent à l’avant-garde du « progressisme » national et international. Ceux d’entre nous qui lisent ces stupidités n’en croient pas leurs yeux, tant le niveau de dégradation atteint par le parti PSOE est affligeant : je n’ose même plus dire « Parti socialiste ». Ils ne savent plus quoi dire ou faire pour nier l’évidence, enfonçant toujours davantage leur chute du mauvais côté – le côté obscur – de l’Histoire, aux côtés des forces les plus réactionnaires de la société.


Et ce n’est pas seulement que le PSOE « joue à désinformer », comme le disent les plus indulgents envers cette bande. « C’est bien plus grave que ça », affirment d’autres, « car ce sont des forces organisées qui excluent toute idée de progrès véritablement démocratique – surtout quand il s’agit de Moros ou de musulmans ». « Ces types-là n’ont aucune limite, soumission totale au Sultan ». « C’est répugnant ». « Ils y vont à fond, guerre totale à tous les niveaux »... Voilà les commentaires qui me parviennent, tandis que j’écris moi-même ces lignes comme je peux.

Dire que le Front Polisario est « une entité privée », comme s’il s’agissait d’une pharmacie, d’un concessionnaire automobile ou d’un club de football, ne rehausse en rien le prestige des ‘intellectuels’ (vraiment ?) organiques ni celui des commissaires politiques du parti autrefois socialiste, devenu repaire de filous, d’opportunistes et de sans-vergogne.

Après 50 ans de lutte héroïque et de résistance du peuple sahraoui, voilà que ces petits malins de troisième zone osent sortir de telles énormités.

Le Front Polisario a été créé en 1973. Et même à cette époque lointaine, il n’était en rien « une entité privée non reconnue ». Il a bel et bien été connu et reconnu ! Même le gouvernement de l’UCD, celui d’Adolfo Suárez, a négocié avec le FP les conditions de retrait des militaires espagnols ! À propos, l’armée espagnole était-elle aussi une « entité privée » ? Voilà le genre de stupidités auquel mène la ‘logique’ du PSOE.

Oui, l’Espagne était alors la puissance coloniale, la « mère patrie », la métropole, une « entité publique reconnue » qui a signé son arrêt de mort en tant que telle lors des honteux et sanglants événements de Zemla, avec le massacre de Sahraouis, la « disparition » et l’assassinat du dirigeant sahraoui Bassiri… pour lesquels, encore aujourd’hui, l’« entité publique reconnue » (aux glorieuses « valeurs patriotiques ») qu’est l’Espagne n’a fourni aucune explication, ni déclassifié les documents secrets (bel exemple d’« État transparent et de droit »), malgré son appartenance à l’ONU, à l’OTAN, à l’UE, au FMI et à toute cette panoplie de sigles d’« entités reconnues » censées conférer à ce pays passeport, prestige et « garanties de sérieux ».

Le FP, messieurs du PSOE, a été RECONNU par les Nations Unies comme représentant légitime du peuple sahraoui et maintient depuis un Représentant permanent à l’ONU à New York : notre regretté Ahmed Bujari jusqu’à son décès il y a quelques années, puis son successeur Sidi Omar depuis avril 2018. La représentation légale et reconnue du peuple sahraoui n’est pas, messieurs du PSOE, « une entité privée non reconnue », comme pourrait l’être une épicerie ou un club de football.

Le Front Polisario, en tant qu’avant-garde du peuple sahraoui, a livré trop de batailles, douloureuses et acharnées, sur les plans politique, diplomatique et militaire, pour qu’on vienne aujourd’hui le qualifier de « simple entité privée », à l’image de ce que ses ennemis du camp alaouite du PSOE, à coups de propagande et de désinformation, s’emploient à faire : tenter de le faire passer pour une « organisation terroriste » (reconnue ? privée ?).

Bien au contraire, le FP est l’avant-garde organisée du peuple sahraoui héroïque, expulsé de sa terre – à l’instar des Palestiniens –, abandonné par le gouvernement espagnol (tant franquiste que « socialiste »), livré à ses ennemis, et bombardé par ceux-là mêmes – ceux des « accolades fraternelles » et des propositions d’autonomie – à coups de napalm et de phosphore blanc, tous deux interdits – tout comme l’invasion et l’occupation – par le droit international, ce droit si scrupuleusement respecté par les Trump, Netanyahou et autres acolytes.

Le peuple sahraoui (une « entité privée non reconnue » ?) a proclamé, avec le FP à sa tête, son indépendance, sa Constitution et son propre État : la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), reconnue comme État par au moins 84 pays. Même si, par la suite, les manœuvres financières, pressions et chantages du Maroc ont entrepris le sale – que dis-je, le répugnant – travail de tenter d’effacer la RASD, le peuple sahraoui et les principes du droit international fondé sur des règles.

L’ONU a reconnu le Front Polisario. L’Union africaine (comptant 55 États) a reconnu la RASD. Le FP dispose d’ambassades dans de nombreux pays, même sans disposer du chéquier du Maroc, grossi par les largesses de l’Espagne, de l’UE et des pétromonarchies du Golfe – celles-là mêmes qui financent des Murs de la honte, tuent et font disparaître les Khashoggi en toute impunité, et abritent des monarques en fuite.

Durant plusieurs années, par une série de jugements successifs, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a donné raison au Front Polisario en tant que représentant légitime du peuple sahraoui – tout comme l’avaient déjà fait l’ONU et la CIJ en 1975 – et lui a reconnu sa capacité juridique. Le FP a gagné face au Maroc, à l’Espagne, à la Commission et au Conseil de l’UE. Face à tous.

Et voilà que les illuminés du PSOE débarquent en déclarant que le Front Polisario est « une entité privée ». Il ne manquait plus qu’ils ajoutent « à but non lucratif ». Comme un club de foot de troisième division, en somme. Ce qui montre bien que, dans ce parti, les diplômes sont superflus et que le cap est perdu. Ou quelque chose de bien pire, si tant est qu’ils en aient jamais eu : la conscience et l’éthique.

*Dans le débat parlementaire sur la proposition de loi du groupe Sumar d'accorder la nationalité espagnole aux personnes nées au Sahara "espagnol" avant le 26/2/1976, le PSOE a rejeté la clause incluant des documents administratifs espagnols validés par le POLISARIO, qualifié d'"entité privée non reconnue" (...par le Maroc).[NdlT]



samedi 12 juillet 2025

LYNA AL TABAL
I stand with Francesca Albanese/Je soutiens Francesca Albanese

Dr. Lyna Al-Tabal, Rai Al Youm, 11/7/2025
Original arabe

English Português Deutsch Italiano Español

Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Lyna Al Tabal  est Libanaise, docteure en sciences politiques, avocate de formation et professeure en relations internationales et en droits humains.

 Oui, j’ai choisi de titrer cet article en anglais. Non pas parce que j’aime me mettre en avant, ni parce que je crois davantage à la mondialisation de la langue qu’à son équité. Mais parce que cette phrase est devenue, sans l’autorisation de quiconque, une déclaration de solidarité mondiale.

I stand with Francesca Albanese. Je soutiens Francesca Albanese.

Une phrase courte, mais chargée... seulement cinq mots. Prononcée calmement, mais classée comme dangereuse pour la sécurité nationale... Comment ?

Il y a une femme italienne qui est aujourd’hui poursuivie à cause de Gaza. Elle n’a pas les gènes de la résistance, elle n’a aucun lien de parenté avec Gaza, aucun passé marqué par la Nakba, pas même une photo. Elle n’est pas arabe, elle n’est pas née dans un camp, elle n’a pas été élevée dans le discours de la libération. Elle n’est pas une rêveuse de gauche, elle n’a peut-être pas lu Marx dans les cafés. Elle n’a pas jeté une seule pierre sur un soldat israélien... Tout ce qu’elle a fait, c’est accomplir son devoir professionnel.

« Folle », a déclaré Trump. Lui qui monopolise ce qualificatif et le distribue comme le font les narcissiques lorsqu’ils s’effondrent devant une femme qui n’a pas gardé le silence face à l’injustice.

Elle s’appelle Francesca Albanese. Avocate et universitaire italienne, elle occupe le poste de rapporteure spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. Fonctionnaire internationale, assise derrière un bureau blanc, elle rédige des rapports dans un langage précis et une formulation juridique impartiale. Elle n’est pas douée pour l’art oratoire, mais elle l’a dit clairement et sans ambiguïté : ce qui se passe à Gaza est un génocide.

Elle l’a écrit noir sur blanc dans un rapport officiel publié dans le cadre de ses fonctions, dans un langage compréhensible par le droit international : ce que fait Israël à Gaza est un génocide.

Du jour au lendemain, son nom est devenu dangereux et devait être annihilé tout comme l’armée israélienne annihile les maisons à Rafah. Son nom a été détruit par un seul missile politique, et elle a été inscrite sur la liste des sanctions, aux côtés des trafiquants et des financeurs du terrorisme.

Maintenant, je le sais : dans ce monde, il suffit de ne pas mentir pour être interdit de voyage, voir ses comptes gelés et être exclu du système international.

Francesca n’a pas enfreint la loi, elle l’a appliquée. Et c’est là son véritable crime.

Elle n’a pas commis d’erreur de définition, elle n’a pas exagéré dans son langage, elle n’a pas outrepassé ses fonctions. Tout ce qu’elle a fait, c’est appeler le crime par son nom.

Non, ce rapport ne traite pas du génocide des Indiens d’Amérique. Ni du Vietnam, ni du phosphore blanc, ni de Bagdad, ni de Tripoli... Ce rapport ne remue pas le passé américain, il traite d’un présent impudent. Et du droit qui se perd lorsque nous le revendiquons... Ce rapport traite de la justice internationale qui est étouffée sous nos yeux et de la charte des droits de l’homme qui s’évapore également sous nos yeux. Alors que le coupable siège au Conseil de sécurité.

Ce rapport parle d’un monde qui ne punit pas les menteurs. Un monde qui vous tue lorsque vous aimez sincèrement, lorsque vous donnez sans compter, lorsque vous parlez avec courage, lorsque vous essayez de réparer les dégâts.

Ce rapport parle tout simplement du monde des ténèbres.

Ce monde qui étrangle tous ceux qui ne veulent pas lui ressembler.

Francesca n’était pas la première.

Lorsque le Statut de Rome a vu le jour, les USA ont traité la Cour pénale internationale comme un « virus juridique », car ils ne pouvaient pas la contrôler... Bill Clinton l’a signé (sans le ratifier). Puis George W. Bush est arrivé, a retiré sa signature et a légiféré ce qu’on a appelé la « loi d’invasion de La Haye », qui autorise l’invasion militaire des Pays-Bas si la Cour pénale ose juger ne serait-ce qu’un seul soldat américain... Barack Obama, le sage, n’a pas abrogé la loi... Puis vint Trump, le cow-boy blond, avec deux pistolets à la ceinture, qui porta le coup de grâce à la justice... Il punit Fatou Bensouda, l’ancienne procureure générale de la Cour, pour avoir ouvert les dossiers de l’Afghanistan et de la Palestine. Il lui retira son visa, gela ses avoirs et la pendit à la corde de ses tweets sarcastiques.

Puis est arrivé Karim Khan, l’actuel procureur général, chargé du dossier lourd de Gaza et d’une liste de noms tout aussi lourds : Netanyahou, Galant... Une fois de plus, le sabre de la vengeance politique est revenu et a menacé l’épée de la justice.

Karim Khan a été submergé de menaces provenant du Congrès, de la Maison Blanche et de Tel-Aviv.

 Le premier jour de son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a signé la loi sur les sanctions contre la Cour pénale internationale. Un homme d’origine pakistanaise qui ose toucher à des noms intouchables ? Fini de jouer.

C’est ainsi qu’une institution internationale, avec tout son personnel et son équipement, a été placée sous le coup des sanctions américaines, comme s’il s’agissait d’une milice armée... Ses employés ont été frappés d’une interdiction de voyager, de travailler, voire de respirer librement... Qui a dit que l’Amérique empêchait la justice ? Tant que celle-ci ne s’approche pas de Tel-Aviv ou du Pentagone.

Et dans un moment de sincérité, Joe Biden l’a dit avec sa formulation alambiquée : ces lois n’ont pas été rédigées pour s’appliquer à « l’homme blanc », mais aux Africains... et à Poutine, lorsque cela s’avère nécessaire.

Et voilà que le paradoxe est complet : 85 % des poursuites et des procès devant la Cour pénale internationale visent des Africains.

 Et lorsque des dossiers s’ouvrent sur des Occidentaux, la justice devient une menace... et la Cour une cible.

Et maintenant, vous le savez aussi : si vous franchissez la ligne rouge,

c’est la Cour qui est jugée,
le juge qui est jugé,
et le témoin qui est jugé.

Il ne reste plus que le meurtrier... assis au premier rang, souriant aux caméras, recevant des invitations à assister à une conférence sur les droits de l’homme. Pourquoi pas ?

Trump a porté un coup fatal au droit international, un coup de poignard au cœur de la Cour pénale, puis il a enterré ce qui restait du système des droits de l’homme et nous a jeté le cadavre : « Voilà, enterrez-le », a-t-il dit sur le même ton que celui utilisé pour donner des ordres lors des massacres sur la côte syrienne, lorsque les Alaouites sont enterrés sous les décombres, sans témoins, sans enquête, parfois sans nom, avec seulement un numéro... Un trou, et tout est fini.

Trump a agi comme un cow-boy : il a tiré, puis déclaré que la cible menaçait la sécurité. Tout cela sous les yeux des nations. Et sous nos yeux aussi... Sous les yeux de l’Europe, plus précisément.

L’Europe qui a rédigé ces lois à partir des cendres de ses guerres, de ses complexes psychologiques jamais résolus, de sa peur d’elle-même.

Et aujourd’hui, elle regarde, silencieuse... Avec tous ses complexes psychologiques, l’Europe se tait aujourd’hui. Elle enterre son enfant juridique de sang-froid, comme les mères de Gaza enterrent leurs enfants...

Avec une seule larme, car le temps ne permet pas de pleurer longtemps.

Comprenez-vous maintenant ? Toutes les lois sur les droits de l’homme, du Statut de Rome à la Charte internationale, sont bonnes pour les séances académiques et les formations qui se terminent par la remise de diplômes et la prise de photos après la remise des diplômes aux experts heureux.

Et tout se décide à Washington.

C’est ainsi que la justice internationale est administrée à l’ère de l’hégémonie : une liste de sanctions... et un tapis rouge déroulé devant le bourreau.

Avez-vous bien suivi l’histoire...

Une Italienne sur la liste américaine du terrorisme politique... Elle s’appelle Francesca Albanese. Elle n’est pas originaire de Gaza, elle n’est pas sortie d’une guerre, elle n’est pas née sous le blocus. Elle ne cache pas d’arme ou de bombe dans son sac, elle n’appartient pas à une organisation secrète... Elle vient du monde du droit, des institutions des Nations unies, d’une bureaucratie neutre... Tout ce qu’elle a fait, c’est rédiger un rapport officiel sur ce qui s’est passé à Gaza...

Elle a écrit ce qu’elle a vu : du sang, des décombres, un crime à part entière... Elle a écrit que ce qui s’est passé là-bas n’était pas une opération de sécurité, ni de légitime défense, mais un génocide... Elle a fait son travail dans le langage des rapports, sans slogan, sans cri de ralliement, sans même mettre une demi-pastèque rouge dans la marge... Francesca Albanese a bouleversé l’ordre mondial parce qu’elle n’a pas menti...

Elle n’a pas enfreint les règles diplomatiques... Elle a simplement appliqué la loi...

 ➤Signez la pétition

Prix Nobel de la paix pour Francesca Albanese et les médecins de Gaza

mardi 24 juin 2025

“Ça peut arriver à n’importe qui” : la peur des immigrés de Torrejón après le meurtre dAbderrahim par un policier

Guillermo Martínez, elDiario.es, 21/6/2025
 Traduit par Tafsut Aït Baâmrane
➤ Écouter résumé audio

La communauté africaine immigrée de Torrejón a exprimé sa crainte que ce qui s’est passé mardi dernier, lorsqu’un policier municipal de Madrid a étranglé un homme d’origine maghrébine, puisse se reproduire. Aujourd’hui, ils se sont rassemblés pour condamner ce crime

Rassemblement après la mort d’Abderrahim, étranglé par un policier mardi dernier

Les immigrés de Torrejón de Ardoz ont peur. « S’ils ont fait ça à Abderrahim, ils peuvent le faire à n’importe lequel d’entre nous à tout moment », a critiqué une femme marocaine ce matin lors du rassemblement pour dénoncer le « meurtre », comme l’ont qualifié les organisateurs [et comment auraient-ils du le qualifier ?,NdlT], de cet immigré de 35 ans par un policier mardi dernier. Elle n’était pas la seule à exprimer sa crainte que les forces de l’ordre agissent de cette manière. « S’il avait volé ou fait quoi que ce soit, la loi est là pour ça. Personne ne peut ôter la vie à quelqu’un de cette manière », a déclaré un autre jeune homme.

Il fait référence à l’étranglement qu’un policier municipal de Madrid a infligé à sa victime à l’aide d’un mataleón [étranglement arrière, rear naked choke], une technique d’immobilisation très dangereuse qui a finalement causé sa mort. C’est pourquoi la plateforme Corredor en Lucha [Corridor en lutte], formée par divers collectifs de la région et des centres sociaux de Torrejón, a organisé ce rassemblement auquel ont participé 250 personnes selon les organisateurs et la délégation du gouvernement.

« Aucune personne n’est illégale », « indigène ou étranger, même classe ouvrière » et « assez de racisme policier » sont quelques-uns des slogans qui ont été scandés pendant la manifestation, malgré une chaleur qui n’a pas empêché les proches d’Abderrahim de se rendre sur place. Quelques minutes après midi, ils sont arrivés avec des photos de son visage et se sont montrés très affectés par cette perte. Mimoun Akkouh, le père de la victime, a déclaré à elDiario.es qu’« il est impossible de vivre » après ce qui s’est passé : « Comment tu vas manger ? Comment tu vas dormir ? Ils ont tué mon fils. Ma famille vit à Torrejón depuis 32 ans et nous n’avons jamais eu de problèmes ».

Ils ne demandent que justice

Auparavant, Akkouh avait pris le micro pour partager sa douleur et sa tristesse avec les personnes présentes, mais aussi sa colère et son indignation. « S’il est vrai qu’il a volé le téléphone portable, qu’on l’arrête, qu’il paie une amende ou qu’il aille en prison, mais toujours dans le respect de la loi. C’est tout ce que nous demandons, la justice », a-t-il lancé devant les cris de la foule rassemblée.

Le policier municipal est en liberté sous contrôle judiciaire et fait l’objet d’une enquête pour homicide involontaire, ce que certaines personnes présentes à la manifestation voient d’un mauvais œil. « Si vous passez 15 minutes à étouffer une personne, vous vous rendez compte qu’elle perd peu à peu son souffle. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’imprudence », a soutenu Mouhciwe.

 

Le père de la victime pendant le rassemblement


 Originaire du Maroc, il vit depuis quatre ans à Torrejón et considère que ce qui s’est passé est « inadmissible », « d’autant plus venant d’un policier, qui est censé protéger les gens », a-t-il souligné. Il a également qualifié d’« inacceptable » le fait que certaines personnes défendent l’action du policier au motif qu’Abderrahim avait tenté de lui voler son téléphone portable auparavant. « On ne peut pas se faire justice soi-même et tuer comme ça. La peine de mort n’existe même pas dans ce pays », a-t-il ajouté.

Alors que des dizaines de personnes autour de lui scandaient des slogans tels que « vous, les racistes, vous êtes les terroristes », Mouhciwe a déclaré avoir peur. « Nous avons tous vécu des situations de racisme. Si Abderrahim avait été blanc, je suis sûr qu’ils ne l’auraient pas tué », a-t-il déclaré.

La peur face à la montée du racisme

À quelques mètres de lui, deux femmes se réfugiaient à l’ombre. Elles ont préféré ne pas donner leurs noms, mais ont affirmé qu’elles ne s’attendaient pas à ce qu’un événement de cette ampleur se produise à Torrejón. « S’il s’agit d’un délinquant, que la justice fasse son travail, mais pas qu’un policier le tue. On ne tue même pas les chiens de cette manière », a critiqué l’une d’elles.

Ces deux femmes ont affirmé qu’elles ressentaient une certaine crainte face au racisme qui ne cesse de croître, pour reprendre leurs propres termes. « On vous insulte dans la rue et certaines personnes pensent que tout ce qui va mal est la faute des moros [terme péjoratif pour désigner les Maghrébins]. Peu leur importe que vos enfants soient nés ici, rien que parce qu’ils ont la peau plus foncée, ils les agressent et leur disent de retourner dans leur pays. J’ai aussi peur pour eux », a commenté l’autre. Toutes deux vivent à Torrejón depuis deux décennies et connaissent la famille d’Abderrahim. « Si ça arrive avec un policier, cela signifie qu’on ne peut plus faire confiance à personne. Allons-nous les appeler quand nous aurons un problème ? Espérons que justice sera faite », ont-elles souligné.


Famille et connaissances d’Abderrahim à Torrejón

La mobilisation a rassemblé de nombreux jeunes. L’un d’entre eux, qui n’a pas souhaité révéler son nom, a souligné qu’ils étaient « dévastés ». Comme il l’a expliqué, « tout le monde peut se tromper, et cet homme souffrait d’une maladie mentale, car j’ai vu les rapports médicaux que possède la famille ». Il a 26 ans et est arrivé à Torrejón avant d’avoir atteint l’âge d’un an. « Maintenant, nous avons peur que quelque chose comme ça puisse nous arriver, car cela aurait déjà pu nous arriver. Cela peut arriver à n’importe qui. N’importe lequel d’entre nous aurait pu être Abderrahim cette nuit-là », a-t-il souligné.

Contre la violence policière

Le rassemblement a eu lieu sur la place d’Espagne à Torrejón, qui était à midi complètement encerclée par des fourgons de police postés à chacune de ses entrées. Carlos Buendía, porte-parole de Corredor en Lucha, a critiqué devant les personnes présentes, selon ses propres termes, le mépris de certaines personnes envers la classe ouvrière migrante qui ne peut pas se rendre en Espagne en avion. Il a également dénoncé les « brigades racistes » de policiers qui opèrent régulièrement dans la gare RENFE de la ville, la manifestation ayant eu lieu à quelques mètres de la gare. Les militants ont alors crié « Stop à la violence policière ».


L’affiche du rassemblement

L’ancien député de l’Assemblée de Madrid et membre de Podemos, Serigne Mbayé, était également présent : « Nous remplirons les rues, nous remplirons les places, et ni la chaleur, ni le froid, ni le vent ne nous empêcheront de dénoncer le racisme institutionnel », a-t-il déclaré. La mobilisation a également bénéficié du soutien de diverses organisations politiques et sociales de gauche.

Environ une heure après le début du rassemblement, Buendía a lu aux personnes présentes un communiqué signé par Corredor en Lucha : « Mardi dernier, un nouveau cas de racisme institutionnel s’est produit à quelques rues d’ici. Deux policiers hors service ont étouffé à mort un jeune homme de 35 ans devant de nombreux témoins qui exigeaient qu’ils cessent d’agresser le jeune homme d’origine maghrébine, Abderrahim », a-t-il déclaré.

Le porte-parole a ensuite énuméré d’autres cas de racisme, tels que « les centaines de personnes qui meurent en Méditerranée, notre camarade Mbaye assassiné en 2018 à Lavapiés, le meurtre de Lucrecia, le massacre du Tarajal, les milliers de morts du génocide palestinien aux mains du sionisme ».

La plateforme a donc exigé « que des responsabilités soient assumées pour le meurtre brutal d’Abderrahim » et a appelé « toute la classe ouvrière du Corredor del Henares* à s’organiser pour mettre fin à l’offensive raciste du régime ». « Parce qu’aucune vie ne vaut moins qu’une autre, parce que l’offensive du capital doit cesser, parce qu’il faut en finir avec la résignation, parce qu’il est temps de se battre », a-t-il conclu alors que la place scandait en chœur : « Vous n’êtes pas seuls, nous sommes avec vous ».

NdlT
Le Corredor del Henares (Corridor du Henares) est un axe résidentiel, industriel et commercial développé dans la plaine du fleuve Henares, autour de l'autoroute Nord-Est et de la ligne ferroviaire Madrid-Barcelone, entre les villes espagnoles de Madrid et Guadalajara.

Il englobe des villes hautement industrialisées telles que Coslada, San Fernando de Henares, Torrejón de Ardoz, Alcalá de Henares, Azuqueca de Henares et Guadalajara, qui forment une agglomération urbaine de plus de 600 000 habitants, et un continuum urbain industriel avec des zones industrielles et commerciales qui se développent autour des principaux axes de communication.

 

samedi 21 juin 2025

Hammouchi (DGSN/DGST) contre Mansouri (DGED) : la guerre des barbouzes bat son plein et fait des victimes collatérales

Ignacio Cembrero, El Confidencial, 19/6/2025

Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

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Listen to our podcast The Power Struggle Within Moroccan Intelligence: A Deep Dive into Hammouchi and Mansouri

Des dizaines de personnes proches de Mehdi Hijaouy, ancien « numéro 2 » de l’agence de renseignement extérieur marocaine, dont deux commissaires, ont été arrêtées et emprisonnées. La répression touche des membres des  familles, ce qui n’était pas le cas pour les opposants.


Abdellatif Hammouchi, 59 ans, le super-flic du Maroc, fait la une des médias marocains tous les jours. Journaux et télévisions glorifient son succès lors des journées portes ouvertes organisées par la Sûreté Nationale en mai à El Jadida, avec 2,4 millions de visiteurs, ou son intervention à la 13e   rencontre internationale des hauts représentants chargés des questions de sécurité à Moscou, qui consolide « son rôle de figure centrale dans le domaine de la sécurité et du renseignement au niveau planétaire ».

Dans les coulisses, Hammouchi livre cependant une guerre sans merci contre la Direction Générale des Études et de la Documentation (DGED), le service secret extérieur dirigé par Yassine Mansouri. Cela a commencé par l’arrestation de dizaines de collaborateurs, amis et même  membres de la famille de Mehdi Hijaouy, 52 ans, qui fut en son temps le « numéro deux » de la DGED. Maintenant, c’est au tour de Yassine Mansouri, le directeur de la DGED. Le journal Barlamane, porte-parole fidèle de l’appareil de sécurité, a demandé samedi qu’une enquête soit ouverte sur l’acquisition de ses propriétés.


Mansouri avait déjà disparu de la salutation protocolaire au roi Mohammed VI à Tétouan à l’occasion de l’Aïd el-Adha, la plus grande fête de l’islam célébrée le samedi 7. Depuis, des rumeurs circulent sur sa disgrâce. Camarade de classe du roi Mohammed VI, Mansouri est en poste depuis 20 ans et était l’un des hommes les plus puissants du royaume.

Mehdi Hijaouy a fui le Maroc pour l’Espagne l’année dernière suite à de sérieux désaccords avec les autorités marocaines, qui ont demandé son extradition en septembre pour, entre autres motifs, avoir encouragé l’émigration illégale vers l’Espagne. Craignant d’être livré, il s’est rendu clandestinement en novembre dans un autre pays européen où il se cache.

La révélation de son séjour à Madrid a donné lieu à la publication d’une infinité d’articles injurieux dans la presse marocaine. « Mehdi Hijaouy : faux expert, vrai escroc », a titré, par exemple, Hespress, le journal numérique le plus lu, qui avait pourtant publié pendant des années des tribunes de l’ex-espion. Les journaux ont également mis en doute qu’il ait été le « numéro deux » de l’espionnage, le décrivant comme un simple pion. Claude Moniquet, un ancien agent de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure française, a cependant confirmé en mai sur les réseaux sociaux qu’il avait occupé ce poste. Il a loué au passage « son expérience et ses réflexions » consignées dans un livre. Hijaouy a même agi en tant que chef suprême de l’agence lorsque Mansouri, le directeur, était en congé maladie prolongé.

Les attaques de la presse contre Hijaouy n’ont été que la première salve. Ensuite, il y a eu de nombreuses autres offensives menées par la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), un corps d’élite sous les ordres de Hammouchi. Celui-ci détient un grand pouvoir car il est non seulement à la tête de la Sûreté Nationale (police) mais aussi de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), dédiée au contre-espionnage et à la lutte antiterroriste.

La BNPJ, qui mène habituellement de grandes enquêtes criminelles, se consacre désormais à élucider les prétendues irrégularités dans l’exploitation du centre de beauté Musky à Rabat, appartenant à l’épouse de Hijaouy, exilée à Madrid. Dans le cadre de ces enquêtes, la brigade policière a fini par convoquer la belle-sœur de Hijaouy, a fermé le centre, a également arrêté le chef de l’urbanisme et le directeur des services de la mairie de Rabat, qui avait accordé le permis d’ouverture, et a interrogé la mairesse de Rabat, Fatiha el Moudni.

Une vingtaine de victimes collatérales

Ces personnes n’ont pas été emprisonnées, mais dans le cercle d’amis de Hijaouy, plusieurs sont derrière les barreaux, purgeant, après un procès express, des peines de quelques années, mais pour des délits farfelus. Au Maroc, la justice n’est pas indépendante. Le cas le plus frappant est celui d’un commissaire de police, Khalid Bouatlaoui, 62 ans, qui a écopé de trois ans bien qu’il soitr le frère de Fouad Bouatlaoui, chef de la sécurité du prince héritier Moulay Hassan. Ce dernier a toujours montré son appréciation pour le travail du policier dédié à sa protection et a mis son veto à son transfert.

Au total, pour l’instant, une vingtaine de personnes ont été les victimes collatérales au Maroc de la fuite de Hijaouy du pays et de sa présence dans une cachette quelque part en Europe. La presse marocaine et les porte-parole officieux des autorités assurent, cependant, que Hijaouy comptait au moins deux collaborateurs connus à l’étranger. Les familles des deux hommes au Maroc sont également la cible de la redoutable brigade judiciaire. Le premier est Hicham Jerando, un youtubeur marocain basé à Montréal (Canada) d’où il lance des injures contre les autorités de Rabat, parfois émaillées d’informations sur de prétendus scandales de corruption étayées par des documents qu’il montre devant la caméra. L’une de ses sources serait Hijaouy lui-même qui se vengerait de cette manière.

Hicham Jerando a été condamné par contumace à 15 ans de prison par un tribunal de Rabat. Sept de ses proches ont été condamnés à des peines allant de deux mois à trois ans de prison pour complicité avec le prétendu diffamateur. Parmi eux figurent son neveu, qui passera trois ans en prison, et son beau-frère, condamné à deux ans. La police judiciaire a outrepassé ses droits et a même arrêté pendant quelques heures une nièce de Jerando, âgée de 14 ans, qui souffre d’une maladie rare. Comme elle ne pouvait pas la rendre à ses parents, les ayant arrêtés, elle a fini par l’interner dans un centre pour mineurs.


Mustafa Aziz dans un duo burlesque avec un autre personnage de karakouz, Farhat Mehenni, qui n'est rien moins que le “Président du 
Gouvernement Kabyle en Exil”

Le deuxième ami de Hijaouy à l’étranger est Mustafa Aziz, un homme d’affaires marocain octogénaire basé à Paris qui a travaillé pendant des années en Afrique pour le compte de Yassine Mansouri, le chef du service secret extérieur. Sa tâche consistait à recueillir un soutien à la « marocanité » du Sahara Occidental. Avec Hijaouy, il a récemment fondé « Le Maroc de demain », une association d’immigrés en Europe.

Avant que son fils Hadi ne soit condamné à deux ans, Mustafa Aziz a mis en ligne quelques vidéos dans lesquelles il exprime son incompréhension et son indignation que Rabat ait porté un coup si bas à quelqu’un comme lui qui s’est démené pour défendre discrètement les intérêts de son pays. Aziz est « un fugitif condamné pour fraude », lui a répondu la presse officielle marocaine, rappelant une escroquerie qu’il a commise il y a des années via l’une de ses entreprises.

Cyberattaques et révélations

De nombreux opposants marocains ont été emprisonnés dans des prisons officielles ou clandestines depuis que le pays a accédé à l’indépendance en 1956. Leurs familles souffrent de ces incarcérations pour de multiples raisons comme la difficulté à rendre visite aux détenus, l’isolement auquel ils sont soumis ou le manque de soins médicaux. Le système policier ne s’était cependant jamais acharné sur elles, comme c’est le cas actuellement avec les proches de Mehdi Hijaouy qui se sont retrouvés derrière les barreaux.

L’objectif de Hammouchi est d’abord de forcer Hijaouy à se taire– il détient des informations sur l’utilisation de Pegasus par le Maroc – puis à revenir et à se rendre, selon une source de renseignement européenne. Au milieu de cette série de règlements de comptes, des documents sur les actifs immobiliers de Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, et, surtout, de Yassine Mansouri ont fait surface sur les réseaux.

Les révélations sont le produit d’un piratage par Jabaroot DZ, un prétendu groupe de hackers algériens, de la base de données de l’Agence Nationale de l’Enregistrement Foncier ou peut-être de Tawtik, une plateforme du Conseil National de l’Ordre des Notaires.

Mansouri a acquis au Maroc entre 2022 et 2023 des propriétés d’une valeur de 3,266 millions d’euros, selon ces documents, jamais démentis, qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux. Le journaliste marocain Ali Lmrabet, exilé à Barcelone, a consacré une longue analyse sur sa chaîne YouTube pour tenter de démontrer que cet argent ne pouvait provenir de son salaire, équivalent à celui d’un ministre, et que son origine était autre.

De manière surprenante, le  journal Barlamane s’est rallié samedi aux soupçons du journaliste exilé. Il a même demandé l’ouverture d’une enquête sur l’acquisition par des fonctionnaires des propriétés figurant dans les documents piratés. Il ne donne pas de noms, mais il fait référence à Nasser Bourita et Yassine Mansouri. Dirigé par Mohamed Khabbachi, ancien porte-parole du ministère de l’Intérieur, Barlamane est le journal de Hammouchi.

Le piratage du registre notarial a été le deuxième, en moins de deux mois, à révéler des données troublantes. Le précédent, en avril, visait la Trésorerie Nationale de la Sécurité Sociale et a mis au jour des informations sur ses deux millions d’affiliés, parmi lesquels Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. Pour gérer Siger, le holding royal, il perçoit l’équivalent d’environ 120 000 euros par mois.

La dernière cyberattaque réussie a eu lieu le 8 juin et sa cible était le ministère de la Justice, dont des données sur 5 000 juges et 35 000 autres fonctionnaires ont été volées. Ces deux dernières attaques massives ont également été menées par les Algériens de Jabaroot DZ qui sont devenus un défi pour tous les services de sécurité du Maroc. Ils sont si efficaces pour infiltrer les bases de données que certains à Rabat soupçonnent qu’ils sont liés aux services secrets algériens.