2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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samedi 1 février 2025

10 choses à savoir sur Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington

 

En Amérique latine, à l’Union européenne, en Afrique du Sud et maintenant aux États-Unis, le diplomate porte et a porté, parfois sur des terrains difficiles, la voix du Maroc. À Washington, il travaille à entretenir et renforcer une relation bilatérale particulièrement ancienne et solide.

Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington, en janvier 2025. © Ambassade du Maroc aux USA

Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington, en janvier 2025. © Ambassade du Maroc aux USA


Fadwa Islah,
Jeune Afrique, 30/1/2025

À 71 ans, Youssef Amrani fait aujourd’hui partie des figures incontournables de la diplomatie marocaine. Avec plus de quatre décennies d’expérience, il a occupé des postes clés à travers le monde, représentant le Maroc en Amérique latine, en Afrique et désormais aux États-Unis, où le roi Mohammed VI l’a nommé en octobre 2023. Derrière ce parcours, Amrani incarne aussi une nouvelle génération de diplomates ancrés dans leur temps, capables d’utiliser les outils numériques et les nouvelles technologies pour renforcer leur influence.

Pourtant, il a longuement hésité avant d’accepter de se prêter à cet exercice du portrait journalistique, jugeant l’introspection trop personnelle pour un homme qui a toujours œuvré dans la discrétion et l’ombre des négociations. « La passion qui m’anime dépasse les limites d’un récit personnel. Elle ne saurait être pleinement traduite à travers mon vécu, ma personne ou ma carrière », explique-t-il. À ses yeux, la diplomatie ne se mesure pas en exploits individuels, mais dans la force d’un engagement collectif. « Je suis convaincu d’être, comme beaucoup d’autres de mes collègues, le fruit d’une histoire façonnée par les rencontres, les expériences et les témoignages de confiance des hommes et des femmes qui m’ont entourés. »

À Washington, où il succède à Lalla Joumala Alaoui, il ne se contente pas des canaux diplomatiques traditionnels. Présent sur les réseaux sociaux, il suit et anticipe les tendances, dialogue avec les think tanks et autres cercles d’influence, et sait que l’image d’un pays se joue aussi sur le terrain digital. Il parle d’une diplomatie moderne, qui « encode et décode les relations internationales, comprend et influence les dynamiques ». Portrait d’un diplomate connecté, à la fois fin stratège, homme de terrain et esthète, qui continue, même après quarante-cinq ans de carrière, à réinventer son métier.

1. Tangérois

Né en septembre 1953, Youssef Amrani a grandi à Tanger, au nord du Maroc, qui avait alors le statut de « ville internationale ». De cette enfance dans cette cité charnière entre deux mers, la Méditerranée et l’Atlantique, deux continents, l’Afrique et l’Europe, carrefour de civilisations qui a inspiré de nombreux artistes, de Matisse à Hemingway en passant par Tennessee Williams, les Rolling Stones, Mohamed Choukri ou Paul Bowles, l’ambassadeur du royaume aux États-Unis conserve un accent chantant reconnaissable entre mille, typiquement tangérois. Mais aussi et surtout une ouverture d’esprit et une extraordinaire capacité à naviguer entre les mondes. « Tanger est une école naturelle de diplomatie, qui m’a ouvert les yeux sur des horizons qui reflètent l’ADN de notre pays : une vocation internationale, un ancrage africain et une identité unique, que beaucoup nous envient, à juste titre », nous dit-il.

2. Multiculturel

L’éducation reçue par Youssef Amrani est à l’image de sa ville natale : internationale. Après une scolarité primaire et secondaire à l’école Adrien Berchet, puis au lycée Regnault, établissements français à Tanger, il effectue ses études supérieures – licence en sciences économiques obtenue en 1978 – à Rabat, à l’université Mohammed V, puis aux États-Unis, à la Boston University School of Management. Un parcours à cheval entre plusieurs cultures, qui lui a permis de développer une solide base académique, mais également une capacité à s’exprimer aussi bien en arabe, qu’en français, en espagnol, en anglais et en italien. L’ambassadeur du Maroc à Washington passe ainsi de l’une à l’autre avec une aisance qui a de quoi déconcerter ses interlocuteurs, ajoutant à la maîtrise de ces langues une connaissance fine des cultures qu’elles véhiculent et de leurs codes.

3. Mentors de choc

Derrière l’humour et l’apparente bonhomie de l’ambassadeur Amrani se cache un fin stratège, un négociateur redoutable à l’esprit vif, capable de lire une situation et ses acteurs en un instant. Diplomate chevronné, il manie aussi bien l’art de l’influence que celui de la réserve. Un savoir-faire que cet homme, qui ne manque jamais de rappeler qu’il a eu « l’honneur indicible de servir deux souverains, feu Sa Majesté le roi Hassan II et Sa Majesté le roi Mohammed VI », a développé tout au long de sa carrière, aux côtés de figures d’exception qui lui ont transmis des valeurs et des compétences fondamentales.
Il évoque avec reconnaissance M’hamed Boucetta, qui lui a inculqué « le sens politique et l’amour de la patrie », et Mohamed Benaïssa, dont il admire « la finesse critique, l’élégance, la courtoisie et la curiosité pour l’Amérique latine et le monde hispanique ». Il retient également de Taïeb Fassi-Fihri une maîtrise inégalée de la négociation internationale et une approche minutieuse et substantielle des différents dossiers prioritaires de la diplomatie marocaine – et particulièrement ceux liés à l’Union européenne. Driss Alaoui Mdaghri, quant à lui, est décrit comme « un fin connaisseur du Maghreb et un manager hors pair ».
Ces mentors lui ont inculqué des principes qu’il juge essentiels à l’exercice diplomatique : « La diplomatie n’est pas pour les hésitants ou les craintifs. Ils m’ont appris à être curieux, à aller vers l’autre et à faire le premier pas. » Plus que de simples conseillers, ces personnalités ont été des guides, dont il reconnaît l’impact encore aujourd’hui : « Leur maîtrise des mots et leur charisme naturel m’ont marqué de tellement de manières et continuent d’être une référence pour moi. »

4. Famille istiqlalienne

Issu d’une famille istiqlalienne, avec un père inspecteur du parti pour toute la région nord du Maroc – par ailleurs chef d’entreprise – et une mère militante, le futur diplomate a baigné durant ses années de jeunesse dans une atmosphère très patriote. « J’ai grandi porté par une envie forte de vivre pour le drapeau qui est le nôtre, et qui ne m’a jamais quittée depuis, l’engagement citoyen et la lutte pour l’unité nationale étaient un sujet récurrent des dîners de famille », se souvient cet aîné d’une fratrie de six enfants – 5 frères et une sœur. « Ce cocon familial a été mon premier espace de socialisation et sans doute le plus structurant. Mes premières négociations, ce fut avec eux que je les ai menées. »

À la maison, il voit défiler régulièrement des leaders politiques emblématiques de l’époque, à l’instar d’Allal El Fassi, qui ont lutté pour la récupération des territoires usurpés par la colonisation et l’indépendance du Maroc. « Les voir à l’œuvre a été sans doute plus déterminant que je le pense dans cet amour que je porte au métier. Leurs expériences m’ont familiarisé avec les valeurs cardinales du diplomate que sont la persévérance, la détermination et la solidarité. »

5. Passionné

Avant de poursuivre : « Les observer m’a également permis d’affiner des compétences nécessaires en matière de leadership, de communication et de travail en équipe. » Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Youssef Amrani sait trouver les mots pour convaincre et mener les hommes. Ce dont témoignent de nombreuses sources aux Affaires étrangères, dont ses collaborateurs, qui parlent de lui comme d’un diplomate inspirant, passionné, mais aussi très exigeant. « La vie a cette vertu de rendre plus légers les défis lorsqu’on est animé par une passion sincère et un amour profond pour ce que l’on fait, et pour les gens avec qui on le réalise », répond à ce propos l’homme qui, après quarante-cinq ans de carrière, continue de vouloir toujours faire mieux. « Peut-être que je suis un éternel insatisfait, mais je ne considère rien comme définitivement acquis. Chaque réunion, chaque jour est une occasion de faire mieux, de faire plus… Je m’intéresse au moindre détail, à la virgule, convaincu que c’est souvent à la marge, là où on s’y attend le moins, que l’on peut entrevoir des progressions inattendues, celles qui font la différence. »

6. Transmission

Youssef Amrani a à cœur de transmettre aux jeunes générations son savoir et son savoir-faire acquis au cours de sa longue expérience. Il a ainsi conçu un Guide du diplomate marocain et a été parmi les initiateurs du projet de l’Académie, qu’il a suivi et piloté de près avec ses équipes durant ses précédentes fonctions au ministère des Affaires étrangères, pour en faire un tremplin de l’efficience diplomatique du royaume. « La transmission est nécessaire et essentielle. Je me fais un devoir d’accorder du temps et de l’attention aux nouvelles générations, qui d’ailleurs me le rendent bien, m’apprenant souvent à leur tour beaucoup de choses que j’ignorais », commente-t-il. « Aujourd’hui, nous avons un Institut de formation, de recherche et d’études diplomatiques au sein même du département. Je le considère comme le cœur battant de notre diplomatie, et je me félicite de voir chaque année de nouvelles promotions éclore de celui-ci ».

7. Esprit de corps

Aux côtés de cette volonté de transmission, Youssef Amrani accorde aussi beaucoup d’importance à l’esprit de corps et à la solidarité. « Nos collègues, c’est une deuxième famille. Ensemble, nous œuvrons pour une cause qui nous dépasse et, naturellement, nous apprenons à nous connaître et à nous apprécier au-delà des simples relations professionnelles. Dans une ambassade, jeunes et moins jeunes collaborent dans une harmonie que peu soupçonneraient. Une ambassade, c’est un petit Maroc en dehors du Maroc : avec la même culture du vivre-ensemble, la même solidarité et la même camaraderie qui font la richesse de notre pays. Plus une mission est délicate, plus nos rangs se resserrent autour de la cause que nous défendons : servir les intérêts de la nation sans faiblir face aux efforts, sans céder aux difficultés, et en ne concédant que ce qui est juste et nécessaire. »

Et de marteler : « Ces dernières années, nos diplomates marocains se sont forgé beaucoup de vécu et une expérience sans précédent. De la gestion de la crise du Covid-19 aux succès diplomatiques qui se sont enchaînés, ils ont été les artisans d’une politique étrangère que Sa Majesté le roi Mohammed VI a voulue profondément humaniste, solidaire et ancrée dans une logique de co-développement. Cette vision royale guide au quotidien l’action de notre large appareil diplomatique à travers le monde. »

8. Âme sœur

Youssef Amrani est marié à l’essayiste et médecin Asma Lamrabet, qu’il évoque avec pudeur. Il choisit ses mots avec précaution, mesurant le poids de chaque expression lorsqu’il s’agit d’évoquer celle qui partage sa vie. « Loin de moi l’idée de gérer quoi que ce soit dans cette relation de vie que j’ai avec Asma. Elle est pour moi ce que j’espère être pour elle : le compagnon, le confident, l’ami qu’on ne saurait espérer dans une vie. » Puis, avec une sincérité presque retenue, il ajoute : « Connaissant sa pudeur, elle me reprochera sans doute d’en avoir déjà trop dit. »

Derrière cette réserve transparaît une admiration profonde pour le parcours et les engagements de son épouse. Médecin de formation, militante engagée pour une lecture progressiste et inclusive de l’islam, elle a mené ses combats intellectuels avec une constance rare. « Ses sacrifices ont été nombreux. En tant que médecin, elle a souvent dû interrompre ses activités pour me suivre dans les quatre coins du monde. » Pour autant, elle n’a jamais cessé d’œuvrer : à Mexico, Bogota, Santiago du Chili, elle s’est investie bénévolement en tant que médecin, tout en poursuivant ses recherches et en publiant des ouvrages qui ont marqué le débat sur l’islam et la place des femmes.

Une vision qui résonne avec celle de Youssef Amrani, qui défend une diplomatie moderne et inclusive. « Les femmes jouent un rôle croissant dans cette transformation. Leur présence dans des postes stratégiques enrichit notre diplomatie d’une sensibilité nouvelle, d’approches innovantes et de compétences solides. » Pour lui, l’intégration des femmes dans les sphères de décision diplomatique n’est pas seulement un progrès, mais une nécessité.

9. Priorités à Washington

Avant sa nomination en octobre 2023 comme ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani s’est forgé une carrière diplomatique de près de quarante-cinq ans, occupant des postes stratégiques au sein du ministère des Affaires étrangères, au Cabinet royal, ainsi que dans plusieurs ambassades, en Amérique latine et centrale (Colombie, Équateur, Panama, Chili, Mexique), mais aussi en Afrique du Sud (2019-2023). Un poste particulièrement sensible, Pretoria étant l’un des plus farouches opposants à la position marocaine sur le Sahara.

À Washington, Youssef Amrani s’attelle à consolider et amplifier l’alliance historique qui lie le Maroc aux États-Unis, la plus ancienne qu’ait connue l’Amérique. « Le Maroc, rappelle-t-il, n’a pas seulement été le premier pays au monde à reconnaître les États-Unis en 1777. Nous sommes le partenaire qui n’a jamais failli. » Ce partenariat stratégique s’articule autour de trois piliers : la coopération militaire, avec African Lion, l’exercice le plus important du continent, la relation économique, après vingt ans d’accord de libre-échange, et la défense du Sahara marocain, dans la continuité de la reconnaissance américaine de 2020.

Diplomate de terrain et fin connaisseur des cercles d’influence américains, Youssef Amrani privilégie une approche directe : rencontres avec les responsables politiques et économiques, plaidoyer dans les think tanks, dialogue permanent avec la diaspora marocaine. « Chaque journée est différente, mais toutes sont guidées par une même mission : renforcer ce partenariat stratégique unique. » Sa priorité ? Ancrer durablement le Maroc comme un acteur clé dans la stratégie américaine en Afrique et dans la région Mena.

10. Une part de rêve

Derrière l’homme de terrain et l’analyste des hautes sphères qu’est Youssef Amrani, il y a un esprit sensible, passionné d’art et de nature. Peinture, jardinage, pêche… il a de nombreux passe-temps et centres d’intérêt, sans doute plus que ce que son temps libre lui permet. « Rester connecté à ces activités m’a permis de garder une part de rêve dans un monde où les réalités vous rattrapent toujours trop vite. L’art est une échappatoire de l’esprit qui m’a toujours fasciné. Un tableau de Glaoui ou de Chaïbia parle du Maroc bien plus qu’un discours ne peut le faire », souligne celui qui s’évertue à partager son intérêt pour la peinture avec ses petits-enfants Yanis et Kenza en les emmenant notamment visiter des musées. Lorsqu’il n’est pas en train de défendre les intérêts du Maroc sur la scène internationale, il trouve refuge dans les couleurs et la structure, des prétextes uniques pour « voyager avec les sens ».

samedi 27 mars 2021

La bataille diplomatique pour le Sahara occidental en Europe : le Maroc perd des positions


Néstor Prieto

Le conflit du Sahara occidental a de multiples facettes : la guerre qui a suivi l'occupation marocaine (1975-1991) s'est développée parallèlement à une bataille diplomatique constante, parfois plus dure et aux conséquences plus dommageables que sur le terrain militaire.


Cette bagarre diplomatique, à la différence du conflit armé, n'a connu ni trêve ni cessez-le-feu. Durant ces plus de 40 ans de conflit, les structures diplomatiques marocaines et sahraouies, bien huilées, ont lutté sans discontinuer dans toutes les sphères internationales, soit directement, soit indirectement par l'intermédiaire de leurs alliés respectifs.

L'Union européenne est un élément clé du conflit : le siège de la France au Conseil de sécurité des Nations unies, le rôle de l'Espagne en tant que puissance administrante de jure et l'influence mondiale du club communautaire ont fait de cet espace l'un des champs de bataille diplomatique prioritaires pour les deux parties.

L'UE, entre lobbies et intergroupes

Le Maroc, conscient des avantages du maintien du statut actuel, puisqu'il contrôle de facto le territoire et exploite ses richesses, fonde sa stratégie diplomatique sur le torpillage de toute tentative de référendum et l'érosion de la projection internationale de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Ce deuxième aspect complète le premier, car faire taire la pression de la communauté internationale sur son occupation laisse un horizon dégagé à Mohammed VI.

La monarchie alaouite a toujours bénéficié du soutien total de la France, qui a fait du Maroc son principal centre d'influence en Afrique, ce qui a entraîné une complicité mutuelle dans la politique internationale. La France, que ce soit avec des gouvernements sociaux-démocrates, républicains ou libéraux, a opposé son veto au Conseil de sécurité de l'ONU à toutes les initiatives contraires aux intérêts de son partenaire, notamment par le veto qui, en 2013, a interdit à la MINURSO de surveiller les violations des droits de l'homme sur le territoire.

L'autre acteur européen clé, l'Espagne, évite d'assumer ses responsabilités internationales envers son ancienne colonie et affronte le conflit du Sahara comme s'il s'agissait d'un État tiers. Les relations conflictuelles avec le Maroc voisin, qui contrôle le flux de migrants et le trafic de drogue vers la péninsule ibérique et les îles Canaries comme moyen de pression, sont largement à l'origine de cette position tiède.

Cependant, le reste des pays européens ne s'est pas montré clairement aligné sur Rabat, et le fait est que la majorité du club communautaire prône « une solution juste, durable et mutuellement acceptable », un euphémisme utilisé par ces pays pour justifier leur profil bas dans le conflit. Il ne fait aucun doute que le non-alignement avec le Maroc ne profite pas pour autant à la RASD, qui n'est toujours reconnue comme un État par aucun État membre de l'UE.

Dans l'UE, le Maroc a combiné la diplomatie ordinaire avec des méthodes nouvelles et sophistiquées de pression et d'influence. Le Sahara occidental est « la priorité » de la politique étrangère du pays et de son corps diplomatique, qui exerce une pression politique sur les administrations tout en offrant d'excellents contrats économiques pour l'exploitation des ressources naturelles dans les territoires occupés. En outre, l'UE profite du faible coût de la main-d'œuvre et des prix bas pour l’achat de matières premières au Maroc, qui est l'un des principaux exportateurs de fruits, de légumes et de poisson.
Le Maroc menace et fait pression sur les pays de l'UE de diverses manières. En 2016, il a refusé l'autorisation à Ikea d'ouvrir un magasin à Casablanca et a déclaré un boycott général des produits suédois en raison de la décision du Parlement scandinave de reconnaître la RASD, ce qui ne s'est finalement pas produit. En 2016, le gouvernement marocain a officiellement suspendu toutes ses relations avec l'UE à la suite de la décision de la Cour européenne de justice annulant l'accord agricole entre les deux parties incluant l'exploitation des terres du Sahara occupé. Peu de temps après, les relations ont été rétablies.

Le cas le plus médiatisé est sans aucun doute la suspension de « tout contact » avec l'ambassade d'Allemagne à Rabat, une décision prise et communiquée par le ministre marocain des Affaires étrangères en personne, Nasser Bourita, qui concerne « tous les ministères et organismes ». La note a été divulguée à la presse et a déclenché une vive controverse en Allemagne, qui a convoqué l'ambassadeur alaouite dans le pays pour des consultations. Par ce geste diplomatique, posé en mars 2021, le Maroc entendait sanctionner « l'hostilité inhabituelle de l'Allemagne sur des questions fondamentales pour le Royaume », selon les propres termes de Bourita. Ces divergences ne seraient autres que le refus allemand d'ouvrir un consulat dans les territoires occupés et le maintien d’une position en faveur d'une « solution mutuellement acceptable qui tienne compte du droit à l'autodétermination reconnu par l'ONU », comme le rapporte la presse allemande.

Récemment encore, au début de l'année 2020, Mohamed VI a émis une forte protestation diplomatique après une rencontre entre la ministre des Affaires sociales et de la Femme de la RASD, Suelma Beiruk, et le secrétaire d'État espagnol aux Droits sociaux, Nacho Álvarez. Cette réunion « technique » pour discuter de coopération dans le domaine du handicap a provoqué une grave crise diplomatique, selon des sources du ministère espagnol des Affaires étrangères, qui se sont empressées de rassurer le Maroc.

À cela s'ajoutent la migration et le trafic de drogue, deux éléments que le Maroc contrôle d'une main de fer et dont le flux vers l'Europe oscille en fonction du scénario politique : la géographie le permet. Ainsi, à certains moments, le royaume alaouite facilite le trafic comme moyen de pression envers les pays européens. Une tactique terriblement efficace que la Turquie a également utilisée après la crise des migrants de 2016, lorsqu'elle est devenue un État tampon capable de menacer l'UE en ouvrant ou fermant ses frontières surpeuplées. Depuis le retour de la guerre au Sahara occidental, l'arrivée de migrants sur les côtes canariennes (au départ des villes du Sahara occidental occupé) s'est multipliée de près de 700% par rapport à 2019 selon le ministère de l'Intérieur espagnol : c’est devenu la route la plus meurtrière de toutes les routes existantes pour tenter d'entrer dans l'UE, près de 3 000 personnes tuées en moins de six mois.

En outre, le Maroc est le plus grand producteur de résine de cannabis au monde et occupe la première place en tant qu'exportateur de cette drogue vers l'UE. En 2017, un rapport de la New Frontier Data Foundation indiquait que « l'Espagne reçoit d'énormes quantités de résine de cannabis du Maroc, représentant 72 % du total saisi dans l'UE en 2017 ». Ces données ont été confirmées par le dernier rapport sur les marchés de la drogue dans l'UE, réalisé par EUROPOL et l'Observatoire européen des drogues, qui a indiqué que le flux en provenance du Maroc était le plus important, la substance arrivant du pays jusque sous les latitudes les plus éloignées : Europe centrale, républiques baltes et même pays scandinaves.

À ce facteur s'ajoute la politique économique intelligente du Maroc, qui, par l'intermédiaire de son corps diplomatique, offre également des contrats économiques avantageux aux gouvernements, aux entreprises et aux multinationales européennes pour faire des affaires dans les territoires occupés. À titre d'exemple, Siemens, Gamesa, Abengoa, Deutsche Bank, Enel Green Power et jusqu'à 30 grandes entreprises européennes bénéficient des facilités accordées par le Maroc.

L'exploitation du secteur énergétique - construction de parcs éoliens et photovoltaïques -, du phosphate - extraction et distribution -, du BTP - en raison des immenses besoins logistiques du territoire - et de la pêche sont extrêmement rentables et constituent l'un des principaux arguments avancés par le Maroc pour que l'Europe reconnaisse sa souveraineté sur le Sahara occidental.

Dans le cas de la pêche, il ne fait aucun doute que les riches zones de pêche sahraouies constituent l'option la moins chère et la plus proche pour exporter du poisson vers l'Europe. Les différents accords de pêche signés entre l'UE et le Maroc ont été déclarés illégaux par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) pour avoir exploité les ressources naturelles d'un territoire en attente de décolonisation, ce qui n'a pas semblé importer à l'Europe, qui a fait appel dans toutes les instances possibles, avec le Maroc, pour continuer à pêcher dans la zone.

Parallèlement à ce travail politique et économique, effectué par les ambassades et consulats, le Maroc alloue des sommes importantes à la création de groupes de réflexion et de lobbies. Une pratique qu’il exerce dans le monde entier. Aux USA, il est le 17ème plus grand donateur de think tanks dans le pays, selon le rapport de janvier 2020 de Foreign Funding of Think Tanks in America, devant la France, d'autres pays européens et plusieurs multinationales. En Europe, ce travail de lobbying est devenu plus visible depuis la reprise de la guerre : présence dans les médias, rencontres avec d’anciennes autorités ou cadeaux à des gouvernements à différents niveaux.

Cependant, les multiples canaux de pression et de travail des Marocains n'ont pas donné les résultats escomptés. Leur principal lobby en Europe, la Fondation EuroMedA, avec laquelle elle était active au Parlement européen, ne figure plus dans le registre européen des représentants d'intérêt particulier, comme le révèle le site français Africa Intelligence. L'organisation comptait des politiciens européens influents qui étaient complétés par un groupe d'amitié informel UE-Maroc présidé par l'eurodéputé français Gilles Pargneaux, qui a perdu son siège aux européennes en 2019.

Cette structure avait pour but de contrebalancer le puissant intergroupe « Paix pour le peuple sahraoui », composé de plus de 100 députés européens et dont la présidence vient d'être renouvelée à Andreas Schieder du SPÖ autrichien. Une personnalité politique influente au sein de la famille social-démocrate européenne et dans son pays, où il a été secrétaire d'État aux Finances. Au cours de ses premières semaines à la tête de l’intergroupe, ses déclarations ont tendu les relations entre l'UE et le Maroc, qui traversent un moment compliqué après le clash avec l'Allemagne et avec l'arrêt imminent de la Cour de justice européenne, qui devrait de nouveau déclarer illégal l'accord de pêche en vigueur entre les parties.

« Le conflit au Sahara occidental dure depuis plus de 40 ans et la population sahraouie a vécu tout ce temps sous l'occupation marocaine et dans des conditions humanitaires intolérables. L'ONU et l'UE ne doivent plus oublier le peuple du Sahara Occidental. En tant que président de l'Intergroupe, je m'efforcerai de faire en sorte que l'UE prenne la tête des efforts internationaux visant à résoudre le conflit », a affirmé M. Schieder.

À cela s'ajoute le vaste réseau de délégations que le Front Polisario possède sur le vieux continent et dans l'UE elle-même - dirigé par le diplomate Ubbi Bouchraya - et au harcèlement juridique incessant que la RASD mène contre les pays et les entreprises qui exploitent les ressources naturelles du Sahara occidental. Ces victoires juridiques ont considérablement découragé l'implication économique des multinationales sur le territoire.

La marocanité du Sahara, une tentative ratée

La reconnaissance par Donald Trump de la « marocanité » du Sahara occidental est peut-être le plus grand succès diplomatique pour les Alaouites depuis la signature des accords de paix en 1991. Si la déclaration usaméricaine n'implique pas un changement du statut international du territoire, qui, selon les Nations unies et la grande majorité de la communauté internationale, reste un « territoire non autonome » en attente de décolonisation, elle renforce et enhardit les aspirations alaouites. Surtout, elle rend difficile le déblocage de la paralysie dans laquelle le conflit s'est enlisé depuis que le Maroc a refusé toute possibilité d'organiser un référendum dans les années 2000, car les USA, par action ou par omission, sont un acteur capable de ralentir ou d'encourager les tièdes efforts internationaux qui étaient sur la table avant la reconnaissance.

Cette décision a ouvert la voie à une poignée d'États pour suivre l'exemple des USA, ce que nous avons déjà vu dans le conflit palestinien avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël et le transfert des ambassades dans la ville. Une déclaration tout aussi unilatérale, loin du droit international, mais qui a réussi à entraîner plusieurs pays dans sa sphère d'influence : le Honduras, le Paraguay, le Guatemala, Nauru ou l'Australie, tous sous le parapluie géopolitique des USA et avec à la clé de juteux accords commerciaux signés avec Israël.

Les USA ayant ouvert la porte, le Maroc et sa diplomatie ont utilisé la même formule, en faisant pression sur les États partageant les mêmes idées pour qu'ils suivent les traces de Trump. Mais cette fois, il n' a pas eu de chance, aucun pays n'a reconnu le Sahara occidental comme marocain, en grande partie parce que la décision est intervenue dans la dernière ligne droite de son mandat et parce que le statut juridique du Sahara occidental est encore plus fort que celui de la Palestine.

Les efforts diplomatiques alaouites se sont ensuite concentrés sur la tentative d’obtenir de l'Europe d'emboîter le pas et d'ouvrir au moins des consulats dans les territoires occupés - une reconnaissance indirecte de la souveraineté - en faisant pression sur plusieurs États et en offrant en échange une compensation financière substantielle. M. Bourita a déclaré que l'Europe devait « sortir de sa zone de confort ». Le rejet unanime de l'Europe a été l'une des raisons de la rupture des relations avec l'Allemagne, qui maintient une position plus ferme au milieu de la tiédeur qui caractérise la politique étrangère européenne.

Le Maroc n’a pas eu non plus la chance d'obtenir un soutien pour le "Plan d'autonomie" qu’il offre au Sahara, un cadre que Mohammed VI présente comme une alternative au référendum approuvé par l'ONU. Lors d'une conférence convoquée en janvier 2021, profitant de la confusion du départ de Donald Trump, il n'a réussi qu'à faire participer la France à la réunion.

Au vu des derniers mouvements, la diplomatie marocaine enhardie semble avoir mal calculé sa stratégie en Europe, qui rejette le rapprochement avec Rabat et sanctionne sa politique étrangère « insolente » sans la condamner ouvertement. Ce scénario ne profite pas non plus de manière significative au peuple sahraoui, qui continue de considérer l'UE comme un acteur passif qui refuse d'assumer son rôle potentiel dans le déblocage du conflit.
Tlaxcala, 23 mars 2021