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samedi 6 février 2010

« Les Étoiles de Sidi Moumen » un roman chaleureux et glaçant qu’on ne lâche pas… et qui ne vous lâche pas …


Par Marie-Jo Fressard, SOLIDMAR, 6/2/2010
L’écrivain marocain Mahi Binebine s’est imprégné pendant cinq ans de cet environnement fait de violence, de laideur, de boue, de poussière, d’ordures nauséabondes, mais aussi de chaleur humaine, de fraternité et de moments de franche rigolade, qui cohabitent dans l’un des plus misérables bidonvilles du Maroc : Sidi Moumen, pudiquement dissimulé aux yeux des étrangers derrière un mur de pisé, comme le sont tous les bidonvilles du prestigieux royaume.
En 2003 les photos de ce bidonville s’étalaient dans la presse, même –exceptionnellement -dans la presse française : voilà le terreau où s’ épanouissent les kamikazes, auteurs des attentats meurtriers dans les hôtels de luxe marocains.
Mahi Binebine en a fait un roman passionnant et terrifiant qui permet de comprendre pourquoi et comment une bande de « durs » a pu être insidieusement endoctrinée pour être amenée à docilement commettre l’irréparable : tirer sur le fil du gilet pour se faire exploser…
Les Étoiles de Sidi Moumen, c’est le nom de l’équipe de foot la plus redoutable et la plus gagnante des bidonvilles qui ceinturent Casablanca. L’histoire de cette équipe est racontée par Moh qui veut être appelé Yachine, comme son idole, au point de devenir Yachine, vivant et mort, sans regret d’avoir eu une courte vie « content d’être loin des tôles ondulées, du froid, des égouts éventrés et de tous les miasmes qui ont habité mon enfance »
Il nous parle de Yemma, sa mère, sévère et tendre, crainte et adorée par ses nombreux fils (elle a mis au monde 14 garçons en 14 ans, un record !), de son frère protecteur Hamid, capable de tuer pour le venger. Les morts « accidentels » sont enterrés dans la décharge. Personne ne s’en inquiète : tant de personnes quittent le bidonville sans prévenir…
Nous découvrons un à un les copains et leur vie de misère : le beau Nabil, fils de Tamou la prostituée,qui aura honte de sa mère « je suis un fils de pute ! », Fouad le seul qui est allé à l’école, Ali qui n’est noir que parce qu’il travaille dans le charbon, Khalil qui avait une vie plus facile « avant », et d’autres encore. Délinquance de survie : bagarres, vols, viols, drogue, sniffe, pédophilie… « Au commencement il y a eu la décharge et la colonie de garnements qui germait dessus. La religion du foot, les bagarres incessantes, les vols à l’étalage et les courses effrénées, les avatars de la débrouille, le haschich, la colle blanche et les errances qu’ils entraînent, la contrebande et les petits métiers, les coups à répétition qui pleuvent, les fugues et leurs rançons de viols et de maltraitance… Au milieu de tout ce chaos étincelait un joyau tombé du paradis : Ghislane, ma tendre et belle amie. On ne sait pas comment elle avait atterri à Sidi Moumen, mais elle détonnait dans notre décor. Une fausse note à l’envers.» Yachine en tomba éperdument amoureux.
Le feu mis un jour au commissariat de police les libéra du commissaire appelé « doberman » qui, heureusement pour lui n’était pas présent ce jour. « Le commissariat de police ne fut pas reconstruit, et nul n’en souffrit outre mesure. Les différends entre les gens se réglaient alors soit par la médiation des vieux, soit à coups de poing à la décharge. Mais la vie à Sidi Moumen reprit peinardement son petit bonhomme de chemin. »
Puis ce fut un jour la rencontre de Hamid avec Abou Zoubeïr, et le début de l’endoctrinement programmé qui petit à petit a gagné toute l’équipe. Et tout changea. Yemma se félicita d’abord du changement : Hamid, l’enfant terrible ne se droguait plus, il a trouvé du travail, il est devenu sérieux. « Mais il n’était plus là. (…)il ne rentrait qu’à l’heure du dîner. Morte aussi l’ambiance joyeuse qu’il avait l’habitude de répandre à table, les histoires rocambolesques qui faisaient tant rire Yemma. »
Fini le foot, finies les bagarres et les rigolades. Toute l’équipe est prise en main par Abou Zouheïr et ses amis à qui ils veulent ressembler. Ils se laissent pousser la barbe, font leurs cinq prières, parlent de la grandeur de Dieu autour d’eux …. Zouheïr et ses amis leur organisent des vacances dans le Moyen Atlas, à eux qui n’ont jamais dépassé le mur du bidonville. En pleine nature, près du beau lac Dayet Aoua, dans une ambiance tantôt joyeuse, tantôt pieuse, leur préparation au "départ" se peaufine, et bientôt, lorsqu’ils comprendront quelle sera leur " mission ", ils l’accepteront tout naturellement... 
Les Etoiles de Sidi Moumen, roman de Mahi Binebine, Flammarion, janvier 2010. 17, 10 €
Biographie de Mahi Binebine
Mahi Binebine, romancier, peintre et sculpteur marocain, est né en 1959 à Marrakech.
En 1980, il s' installe à Paris et fait des études de mathématiques qu'il enseigne durant huit ans.
Il est passionné de peinture et d'écriture.
Il passe 6 ans à New York, ses peintures et sculptures sont réunies au musée Solomon R. Guggenheim.
On peut voir se œuvres en différents lieux à travers le monde   : Biennale de Venise, Galerie Ott, Düsseldorf, Museum of Contemporary Art, Washington D.C (1998), Tinglado4 Mll de Costa, Tragone, Palais des Congrès, Grasse (2001), Société Générale Marocaine des Banques, Musée de Marrakech (2002)...
 Espace Bellville , Paris; Mohssem Culturel D'Asilah (2000), Musée de Marrakech (2003), Puerto de las Artes , Huelva; Borj Al Arabe Dubaï (2001)...
Mahi Binebine a publié plusieurs romans notamment : Le sommeil de l'esclave(1992) qui a reçu le prix Méditerranée , Cannibales (1999), L'écriture au tournant, Les Funérailles de lait (1994), L'Ombre du poète (1997), Pollens (2001) qui a obtenu le prix de l'Amitié Franco-Arabe ...
Il vit à Marrakech depuis 2002.
Visitez son site

Le préfet et les deux orphelines

Par Guy M., 5 /2/ 2010
Le scénario stéréotypé de ce que doivent subir des milliers de jeunes étrangers qui atteignent leur majorité sur notre territoire, où ils ont passé une partie de leur enfance, est d'une sinistre banalité.
La défense de l'identité nationale n'est pas tenue d'avoir de l'imagination.
Pour leur dix-huitième anniversaire, ils reçoivent de la préfecture, avec plus ou moins de retard, un refus de régularisation de leur séjour parmi nous. Leur présence est devenue indésirable, et ils "ont vocation à" être reconduits dans leur pays d'origine, pour reprendre la formulation juridique un peu dévoyée dont se gargarisent, matin et soir, ministres et hauts fonctionnaires.
Parfois, selon l'imagination des ministres, préfets, ou de leurs sous-fifres, le scénario admet quelques variantes allant, non dans le sens d'une "fin heureuse" (happy end, en français usuel), mais plutôt dans celui d'un perfectionnement dans l'ignominie.
Ainsi, monsieur Patrick Stefanini, préfet du Puy-de-Dôme, préfet de la région Auvergne, a choisi récemment de broder, très librement mais avec beaucoup de créativité, sur le canevas bien élimé des Deux Orphelines.
Les Deux Orphelines (Orphans of the Storm), 1921,
film de David Wark Griffith, avec Lilian et Dorothy Gish.
Ce que vivent Salma et Salima Boulazhar est un très mauvais film, mis en scène par les services de monsieur Stefanini.
Salma et Salima sont deux sœurs jumelles, de nationalité marocaine, qui ont été élevées, au Maroc, par leur grand-mère. A la mort de celle-ci, comme elles ne pouvaient rien attendre de leurs propres parents, elles ont été accueillies par leur tante installée à Clermont-Ferrand selon la procédure de kafala (prise en charge légale, mais sans création de liens de filiation) en usage dans le droit marocain. Si j'en crois la notice de France-Diplomatie-point-gouv, leur tante n'aurait pu faire plus pour les deux fillettes:
Les lois des pays musulmans, interdisent l’adoption au sens français du terme. Le recueil légal de droit musulman dit "kafala" pour les pays du Maghreb ne peut être assimilé tout au plus qu’à une tutelle ou à une délégation d’autorité parentale qui cesse à la majorité de l’enfant. (...)
Dans ces conditions, le droit international privé français, respectueux des législations étrangères et soucieux d’éviter le prononcé en France de décisions conférant à des étrangers un statut non susceptible d’être reconnu dans leur pays d’origine, s’oppose à l’adoption en France d’enfants dont la loi nationale interdit l’adoption.
(On admirera le subtil "tout au plus"...)
De leur scolarité à Clermont-Ferrand (Collège La Charme, Collège Gérard Philippe, Lycée Camille Claudel, Lycée Marie Laurencin), on nous dit qu'elles étaient considérées comme des élèves sérieuses, courageuses et volontaires, et qu'elles avaient signé l'une et l'autre un contrat d'apprentissage qui se déroulait avec satisfaction.
A l'approche de leur majorité, elles avaient fait une demande de titre de séjour. La réponse négative de la préfecture leur est parvenue par courrier en date du 27 juillet 2009.
Depuis elles vivaient sous la menace d'une expulsion.
Maître Bertrand Chautard, l'avocat des jeunes filles, explique dans Le Monde:
"Nous avons contesté ce refus devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui n'a toujours pas rendu sa décision"
"Depuis le 27 juillet, il ne s'est rien passé de particulier et je ne comprends pas ce soudain emballement qui a conduit à l'arrestation de Salima à son domicile. Ce ne sont pas des gamines qui troublent l'ordre public ! La préfecture aurait pu attendre la décision du tribunal administratif avant de demander leur arrestation. C'est certes légal, mais cette attitude ne respecte pas l'Etat de droit et fait peu de cas du contrôle exercé par le juge administratif."
En effet, le 19 janvier 2010, la police se présentait au domicile de la tante des deux jeunes filles, où elle pouvait arrêter Salima, et l'envoyer au centre de rétention administrative de Lyon. Salma, angoissée et dépressive depuis l'annonce du refus de régularisation, était hospitalisée à ce moment-là. Elle échappait à l'arrestation, mais depuis elle doit vivre cachée.
Honneur aux auvergnat(e)s, de quelque nationalité qu'ils/elles soient, qui la protègent...
Mais malgré "la forte mobilisation de ces derniers jours, l’intervention des élus auprès du Préfet, l’intervention de députés sur les bancs de l’assemblée, les interventions auprès des ministres," le préfet n'a pas fléchi: Salima a été expulsée vers Casablanca jeudi 4 février à 9H.
Honte aux préfets qui démolissent des vies...
Monsieur Stefanini, préfet des auvergnats,
peut-être en train de vanter les mérites des eaux des monts auvergnats.
Monsieur Patrick Stefanini, contacté par Le Monde le 2 ou 3 février, "a fait savoir qu'il ne souhaitait pas 's'exprimer pour le moment'".
Préfet de la région Auvergne depuis le mois de mai 2009, ce monsieur n'est pas un simple petit soldat de la honteuse politique des "gestion des flux migratoires" dont monsieur Besson, après monsieur Hortefeux, croit contrôler les vannes. Il peut en être tenu pour l'un des initiateurs.
Par pure charité chrétienne, il faut passer rapidement sur les vicissitudes en politique de cet énarque de 56 ans. On trouvera tout cela dans le portrait vinaigré que Carine Fouteau a livré dans Médiapart en janvier 2009.
Oublions même de dire que ce très proche d’Alain Juppé au sein du RPR a été cité avec lui, en janvier 2004, dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. D'abord condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à 12 mois de prison avec sursis pour recel de prise illégale d’intérêt, il a vu sa peine réduite à 10 mois par les juges de la cour d’appel de Versailles.
Anecdotes que tout cela...
En 2005, il est nommé Secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration. A ce poste, il est chargé de repenser la politique de l'immigration, en liaison avec le ministre de l'Intérieur de l'époque, qui est, pour mémoire, monsieur Nicolas Sarkozy, et peut-être au profit du futur candidat de la majorité aux élections présidentielles, qui est, pour mémoire, monsieur Nicolas Sarkozy. On peut penser que cette situation éminente a fait de lui l'un des "inventeurs" du nouveau ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire (ou du co-développement).
Le 22 mai 2007, il est nommé conseiller auprès du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement. Et le 4 janvier 2008, il est réintégré au Conseil d'Etat, mais détaché auprès du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement en qualité de secrétaire général.
Le bout de chemin qu'il a dû faire à ce poste avec monsieur Besson en ministre a sans doute été assez difficultueux pour le faire décrocher...
Et pour lui éviter le dépaysement, et ne pas lui démolir la vie, on l'a envoyé à Clermont-Ferrand, sur les terres de monsieur Hortefeux.

... qui s'est fait une joie de l'accueillir.

On comprend quel crève-cœur aurait représenté, pour ce grand théoricien de l'abjecte machine à expulser qui a été mise en place sous son contrôle, le fait d'introduire le moindre grain de sable humanitaire dans cette parfaite mécanique.
L'article de La Montagne qui annonçait hier soir l'expulsion de Salima était coiffé d'un étonnant chapeau, que je n'ai vu repris nulle part (mais je n'ai pas tout consulté non plus):
Sollicité par Brice Hortefeux, le Préfet a cependant promis un titre de séjour aux deux sœurs.
Et la fin de l'article précisait:
Brice Hortefeux a sollicité aujourd'hui le Préfet du Puy-de-Dôme pour trouver une issue. Patrick Stefanini a assuré que Salima avait été accueillie par le consulat* et qu'elle pourrait obtenir un titre de séjour d'ici une quinzaine de jours. Il a également appelé sa sœur à ne plus se cacher.
Ce soir, La Montagne n'a pas démenti...
Mais le compte-rendu fait par Les Dernières Nouvelles d'Alsace des propos du préfet, qui a peut-être enfin souhaité s'exprimer, me semble moins optimiste:
Le préfet d'Auvergne, Patrick Stefanini, a déclaré que la jeune fille, Salima Boulhazar, pourrait demander un titre de long séjour au Maroc afin de pouvoir revenir «rapidement». «La loi française doit être appliquée. Cette jeune fille doit être en possession d'un visa long séjour obtenu dans son pays d'origine pour être admise en France», a-t-il ajouté. En ce qui concerne Salma, sa sœur jumelle qui vit cachée, «je l'invite à sortir de la clandestinité puisqu'elle a vocation à suivre la même procédure», a indiqué M. Stefanini.
A lire cette "invitation à sortir de la clandestinité" adressée à Salma, je me dis que l'application de la loi peut s'accommoder de l'exercice de raffinements de cruauté mentale dignes des pires mélodrames du XIXème siècle.
* Cette allégation n'est pas confirmée par Rafael Maniez, membre de RESF.
PS: Quoi qu'il en soit, la mobilisation continue.
La pétition demandant la régularisation de la situation des deux sœurs est toujours  en ligne http://www.educationsansfrontieres.org/article25434.html. Je crois qu'on peut continuer à signer. (Et puis, qu'est-ce que ça vous coûte ? Vous aurez au moins affirmé que cela ne se fait pas en votre nom...)

L'UNICEF-Maroc appelle à la célébration de la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants

L'Association de Défense des Droits de l'Enfant (UNICEF) a lancé un appel aux professionnels des médias pour célébrer, le 7 mars prochain, la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants.
Un communiqué de l'Unicef-Maroc parvenu mercredi à la MAP, indique que cette manifestation, organisée sous le thème ''Tous les droits, pour tous les enfants'', sera l'occasion de mettre en avant des programmes réalisés par les enfants et pour les enfants et d'inviter les jeunes à partager leurs opinions ou encore bénéficier de leurs droits à l'expression.
Cette journée, créée pour mettre en avant les questions concernant les droits de l'enfant, ambitionne de donner un espace de participation aux enfants et aux jeunes au niveau des médias, indique le communiqué, précisant que les professionnels de l'audiovisuel peuvent proposer une programmation spéciale ICDB (International Children's Day of Broadcasting) pendant cette journée.
L'UNICEF, l'organisatrice de cette manifestation, peut fournir des logos, des images, des clips et des courts-métrages pour aider à élaborer et réaliser ces émissions spéciales ICBD.
L'Organisation décernera des prix régionaux aux diffuseurs radio-télé qui auront fait la meilleure promotion des principes, des objectifs et des thèmes principaux de l'ICDB, souligne le communiqué.
Chaque lauréat régional sera invité à New York, en novembre prochain, pour recevoir le Prix de la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants, conclut le communiqué.

Palestine : manifestation et pétition pour la libération de Mohammed Al Khatib


Rappel : manifestation aujourd'hui, 14h, Place de la République à Paris



Arrestation de Mohammed Al Khatib du Comité Populaire de Bil’in
- PÉTITION EN LIGNE
POUR SA LIBÉRATION IMMÉDIATE CELLE DE TOUS LES PALESTINIENS EMPRISONNES

Une jumelle expulsée vers le Maroc

Histoire
Salima, 18 ans, était arrivée en France à 13 ans, avec sa sœur. Elle a été renvoyée vers le Maroc ce jeudi. Sa sœur, absente au moment de l'arrestation, vit cachée.
Malgré la mobilisation de plusieurs associations et partis, une des sœurs jumelles marocaines menacées d’expulsion à Clermont-Ferrand a été renvoyée vers le Maroc hier. Salima et Salma Boulhazar, 18 ans, étaient arrivées en France à l’âge de 13 ans, à la mort de leurs grands-parents qui les avaient élevées. Accueillies par leur tante à Clermont-Ferrand, elles étaient toutes deux en apprentissage. En juillet 2009, la préfecture du Puy-de-Dôme leur avait délivré un refus de titre de séjour. Mi-janvier, des agents de la police aux frontières (PAF) arrêtent Salima chez elle avant de la conduire au centre de rétention de Lyon. Sa sœur, absente à ce moment-là, vit depuis cachée. Outre RESF (Réseau éducation sans frontières), les deux sœurs ont reçu le soutien du Grand Orient de France, de plusieurs associations (Ligue des droits de l’homme, Cimade), partis politiques (PS, PCF, NPA, ) et de syndicats (Sud, FSU, FCPE, Unef). Près de 250 personnes avaient manifesté à Clermont-Ferrand mardi pour protester contre l’expulsion de Salima.
Source : Libération (France), 5/2/2010

    vendredi 5 février 2010

    Maroc : une néodictature sous couvert de transition

    Par Diaspora Sahraoui, 5/2/ 2010
    Au Maroc quand un journal est indésirable, le Makhzen fait tout pour le démolir et il y arrive toujours. Le moyen pour y arriver n’est pas important : Cela peut aller de la suspension pure et dure, à l’emprisonnement ou à l’étouffement financier. Si un journal pro-makhzen était dans la même situation, il est certain qu’il n’aurait pas été inquiété. D’ailleurs ce qu’il serait intéressant de savoir c’est combien de journaux sont-ils dans le même cas que le Journal Hebdomadaire ? Combien d’entreprises au Maroc ne sont pas en règle avec la direction des impôts ? Si le tribunal devait se prononcer comme il l’a fait pour le Journal Hebdomadaire (JH), seules quelques entreprises subsisteraient.
    La moitié des entreprises du Maroc ont certainement de quoi avoir des craintes si elles devaient rendre des comptes sur ce plan-là, et ce, pour toutes sortes de raisons. En d’autres termes, si on devait poursuivre toutes les entreprises marocaines pour les mêmes raisons, c’est la moitié de l’économie marocaine probablement qui finirait en liquidation judiciaire. Il est fort connu le fiasco historique de la CNSS et l’impunité de ses dirigeants qui se sont enrichi par la corruption et le détournement de fonds, faisant d’eux les décideurs les plus craints du Maroc pour la majorité des entrepreneurs. Une véritable page noire de l’histoire économique du pays se situe à ce niveau.
    Dans un pays démocratique, une publication de l’opposition qui se fait tabasser pour arriérés fiscaux n’est qu’un fait divers. Parce que l’opposition a les mêmes outils pour parvenir au pouvoir que la majorité. Au Maroc, pour avoir le pouvoir, il faut être le fils du précédent dictateur. Et les dictateurs n’aiment pas être remis en question. Ce qui explique les saisies de journaux, les gens en prison pour délit d’opinion, et la censure qui ne surprend plus personne.
    La situation est dans l’impasse, chacun doit lutter par tous ses moyens pour avoir sa part ou pour y survivre dans une concurrence totalement déloyale. Le Maroc est une proie livrée aux prédateurs. Il y a ceux qui se taillent la part du lion ( la sphère du pouvoir ou ceux qui ont des euro-dollars ), et il y a d’autres qui ne trouvent que des os. Le fait de dénoncer ça est considéré comme un crime par les maîtres de la situation. La première chose que craint un voleur c’est la liberté de parler de lui.
    Pratiquement tout le monde au Maroc parle d’une "transition démocratique" que vivrait le pays, particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI en 1999. Par ce terme, on cherche à illustrer une libéralisation imaginaire qui s’opère depuis la fin du règne de Hassan II. Plusieurs signes témoignent de tout le contraire :
    L’article 28 de la Constitution dit : "Le Roi peut adresser des messages à la Nation et au Parlement. Les messages sont lus devant l’une et l’autre Chambre et ne peuvent y faire l’objet d’aucun débat." Qu’est ce que vous n’avez pas compris dans le "aucun débat"? Le Maroc est une dictature où le roi dicte ses volontés et ses hommes de main obéissent. Ne pas faire de lèche-botte explicite pourrait potentiellement exposer la personne ou le journal a de sérieux ennuis (atteinte aux sacralités, traîtrise, etc.)
    L’omniprésence de la religion. 
     Le roi ne rend pas de comptes, la Bai’a (cérémonie d’allégeance) est un leg du système féodal et il s’ingère dans tous les aspects de la vie du citoyen. Le chef d’état parle de Dieu sans arrêt et c’est au nom de ce même Dieu que les libertés civiles sont sacrifiées.
    On ne peut discuter ou débattre sur la scène publique de la personne du Roi, ce qui engendre quelquefois des poursuites judiciaires et des condamnations contre des journaux, des journalistes ou caricaturistes. Ce premier interdit débouche sans aucun doute sur une forte auto-censure de la part des journalistes puisque la ligne est parfois mince entre ce qui relève de la vie privée du Roi et ce qui concerne ses décisions politiques... En 2009, on a même interdit de publication un sondage - fort positif par ailleurs - sur la gouverne de Mohammed VI sous prétexte qu’on ne peut discuter de la personne du Roi... La photo du Roi et de son père est littéralement partout, dans tous les commerces, sur les bords des autoroutes, etc. C’est à se demander s’il n’y a pas une contrainte envers ceux qui osent «oublier» d’afficher un tel hommage à la dynastie au pouvoir... En tout cas, le culte de la personnalitédu Roi se porte assez bien.
    Le roi "dicte" et l’État s’exécute sans poser de questions. Le palais concentre tous les pouvoirs entre ses mains.
    Lorsqu’on consulte la constitution marocaine, on y lit que les libertés d’expression et d’association sont garanties, que l’homme et la femme sont égaux, etc. Bref, le Maroc veut se comparer à toutes les démocraties occidentales sur le plan des droits proclamés pour chacun. Mais on ajoute à plusieurs reprises dans la constitution marocaine que ces droits peuvent être limités par les lois du pays. C’est ici que nous pouvons faire une première constatation : En Europe, les lois doivent respecter les droits proclamés dans la constitution (sans quoi elles peuvent être jugées anti-constitutionnelles) alors qu’au Maroc, ce sont les lois qui peuvent limiter l’exercice des droits constitutionnels. C’est un inversement des normes juridiques inquiétant puisque les lois sont placées devant la constitution alors que c’est la constitution qui devrait être au-dessus des lois en démocratie.
    Les minorités sont opprimées.
    La propagande du régime est partout (enseignement primaire comme secondaire, médias, etc).
    Les proches du pouvoir sont au-dessus de la loi.
    Malgré le nouveau code de la famille, les mariages arrangés existent encore, les femmes sont encore sous-éduquées, sous représentées en politique (on a toutefois instauré des quotas récemment pour augmenter leur représentation) et largement confinées au foyer (on qualifie souvent la femme marocaine de «Reine du logis»)...
    La question du Sahara Occidental, déguisée en "problème d’intégrité territoriale" ne peut être débattue.
    Les victimes d’injustice finissent souvent par quémander la clémence du dictateur, alors que l’appareil judiciaire suit les instructions du palais à la lettre.
    Les forces de sécurité sont omniprésentes. Partout sur le territoire, il y a des barrages policiers pour vérifier l’identité des individus et rappeler que l’ordre et la discipline règnent (il est d’ailleurs interdit de photographier les forces de l’ordre).
    La liberté d’expression au Maroc tourne autour d’une seule chose : à qui appartient le Maroc, qui pompe illégalement le Maroc ? Si les richesses et un peu de pouvoir avaient été équitablement distribuées, il n’y aurait pas eu de problème de liberté d’expression au Maroc.
    Quand les salaires sont débattus au parlement, même dans les pays non démocratiques, au Maroc on débat sur l’absence d’une école par-ci, d’un puits d’eau par-là, d’un dispensaire dans cette montagne... Au lieu de mettre à plat les 20000 premiers salaires du royaume ( hormis celui du roi, des princes et des princesses qui ne se discutent pas ) le pouvoir continue de dissimuler ces fardeaux que le peuple traîne sur son dos. On sait, à titre d’exemple, qu’un général ou un haut gradé de la sécuritas marocaine touche mieux que son homologue en Europe, sans parler du droit à la corruption qui peut doubler ou tripler sans salaire.
    Tout le monde sait maintenant que la cocaïne qui est entrain d’inonder le Maroc et l’Europe est en partie l’œuvre des responsables militaires au Sahara Occidental, qui déchargent les bateaux venant de l’Amerique de Sud avec des tonnes de cocaïne et ce sont les troupes des bataillons qui jouent le rôle des dockers de cete drogue sur le port de El Aaiun. Le système est pervers partout, le peuple a encore des decennies à souffrir et à être piétiné par le Makhzen et même par d’autres peuples hôtes du Makhzen ou de ses maîtres.
    La façade du Maroc qui se présente sous cette belle diversité et cette libéralisation cache mal un néo-autoritarisme fort intelligent et habile.

    Le blogueur Boubaker Al -Yadib condamné à 6 mois de prison

    PAR RSF , 2/2/2010
    Le tribunal de Guelmim a condamné aujourd’hui le blogueur Boubaker Al-Yadib à six mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende, pour "dégradation des biens de l’Etat", "atteinte à un agent de l’Etat", et "participation à une manifestation illégale". Il est toujours incarcéré à la prison de Guelmim depuis son arrestation, le 26 janvier 2010. La défense a décidé de faire appel.
    « Cette condamnation inique est un nouveau coup porté à la liberté d’expression au Maroc. Boubaker Al-Yadib a été officiellement arrêté pour avoir participé à une manifestation illégale. Or, il apparaît clairement que les motifs de son arrestation et de sa condamnation sont liés à l’engagement militant du blogueur, sur Internet, en faveur de la liberté d’expression. Par ailleurs, en l’absence de chef d’inculpation avant l’arrestation, cette dernière est par nature illégale. En outre, la comparution devant le juge a été expéditive, ne respectant pas les droits de la défense », a dénoncé Reporters sans frontières.
    "Nous demandons la libération immédiate du blogueur, ainsi qu’un jugement rectificateur attestant de l’innocence de Boubaker Al-Yadib ", a conclu l’organisation, qui rappelle que s’ouvrira le 8 février prochain le procès en appel du blogueur El Bachir Hazzam et de Abdullah Boukfou, propriétaire d’un cybercafé, arrêtés également suite aux manifestations du 1er décembre 2009.
    ________________________________________
    27.01.2010 - Un blogueur arrêté pour avoir voulu défendre la liberté d’expression au Maroc
    Le 26 janvier 2010 au soir, le blogueur et défenseur des droits de l’homme, Boubaker Al-Yadib, a été arrêté et placé en garde à vue au commissariat de Guelmim (190 km au sud d’Agadir). Son procès a lieu ce soir, sans qu’aucun chef d’accusation officiel ne soit retenu contre lui. Les autorités lui reprochent en réalité d’avoir publié en ligne, le 25 janvier 2010, l’annonce d’une grève des blogueurs pour "une semaine de deuil pour la liberté d’expression au Maroc". Cette action, lancée par l’Association des blogueurs marocains, devait durer jusqu’au 31 janvier 2010. Boubaker Al-Yadib risque entre six mois et un an de prison.
    "Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une campagne de répression lancée par les autorités marocaines à l’encontre des blogueurs et militants des droits de l’homme. Nous demandons la libération immédiate de Boubaker Al-Yadib, El Bachir Hazzam et Abdullah Boukfou, ainsi que des autres activistes qui luttent pour les droits de l’homme et la liberté d’expression“, a déclaré Reporters sans frontières.
    Boubaker Al-Yadib a été arrêté le 26 janvier alors qu’il se promenait près d’un marché en compagnie de militants amazighs des Canaries qu’il avait préalablement reçus chez lui. Un ami du blogueur, préférant garder l’anonymat, pense que cette rencontre était un coup monté. Aucun procès-verbal n’a été dressé pour justifier l’interpellation du blogueur. Depuis son arrestation, Boubaker Al-Yadib n’a pas pu voir d’avocat.
    il a été arrêté suite à la délivrance d’un mandat d’arrêt à son encontre, pour avoir couvert les manifestations du 1er décembre 2009 dans la ville de Taghjijte (200 km au sud d’Agadir). Ce mandat d’arrêt vise également onze autres activistes ayant participé à ces manifestations. Craignant de se faire arrêter, Boubaker Al-Yadib se cachait depuis.
    En soutien à la semaine de "deuil pour la liberté d’expression au Maroc" et en solidarité avec Boubaker Al-Yadib, les sites Internet, blogs et certains médias marocains affichent des fonds d’écran noirs. Voir le blog de Boubaker Al-Yadib, sur lequel il est très actif : http://boubakerlyadib.jeeran.com/. Il est également le dirigeant de l’association berbériste locale, Tamaynut.
    Reporters sans frontières rappelle que le blogueur El Bachir Hazzam avait été condamné initialement à quatre mois de prison ferme pour « diffusion de fausses informations portant atteinte à l’image du royaume concernant les droits de l’homme ». Le propriétaire d’un cybercafé, Abdullah Boukfou, avait quant à lui écopé d’un an de prison ferme pour avoir diffusé des informations relatives aux manifestations et pour "possession de publications incitant à la haine raciale". Trois manifestants ont également été condamnés à six mois de prison pour "usage de la violence", "trouble à l’ordre public" et "insultes à fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions". Ils sont depuis incarcérés (lire : http://www.rsf.org/Un-blogueur-et-un-proprietaire-de.html)
    Dans le même pays

    Le journal le plus indépendant du Maroc poussé à la fermeture

    Par Cerise Maréchaud, Rue89, 1/2/2010
    Le Journal hebdo, symbole de lutte contre le pouvoir, a fermé pour liquidation judiciaire. Une décision en réalité politique.
    Le dernier numéro du Journal hebdo, sur un trottoir de Casablanca, le 30 janvier (Cerise Maréchaud)
    (De Casablanca) Mercredi 27 janvier, en plein bouclage, Le Journal hebdo, publication pionnière et icône de la liberté de la presse marocaine, a été fermé de force pour « liquidation judiciaire », sur ordre du tribunal de commerce.
    Débarquement d'huissiers, changement des serrures, mise sous scellés des locaux. A première vue, pour une raison légale : Le Journal hebdomadaire croulait sous des dettes de plus de 450 000 euros envers la sécurité sociale marocaine (CNSS) et la direction des impôts.
    Mais pour Aboubakr Jamaï, co-fondateur (à 29 ans et sans expérience journalistique) du Journal hebdo en 1997 et son directeur de publication jusqu'en 2007, ces problèmes financiers ne viennent pas de nulle part : « Entre les procès à la chaîne et la stratégie concertée de boycott des annonceurs qui nous a fait perdre 80% de nos recettes publicitaires, les autorités ont tout fait pour acculer Le Journal à l'asphyxie financière. »
    Ali Anouzla, directeur du quotidien arabophone indépendant AlJarida Al Aoula (récemment condamné à un an de prison avec sursis pour une enquête sur la santé du roi), partage ce sentiment :
    « C'est une décision politique pour exécuter Le Journal. De nombreuses entreprises de presse sont endettées auprès de la sécu et des impôts, sans parler de l'État lui-même ».
    Ultime manœuvre venue d'en-haut pour porter le coup de grâce à un hebdo sans concession qui, depuis douze ans et trois mois, ne laissait pas le pouvoir dormir tranquille. Si de nombreux médias indépendants sont nés dans le sillon du « Journal » (son nom initial et diminutif actuel), « c'était celui qui allait le plus loin », témoigne Kawtar Bencheikh, membre de la rédaction depuis 2006.
    « Les enfants de l'alternance »
    Mais c'est son statut de pionnier qui l'a fait entrer dans l'Histoire. Boubker (son surnom) Jamaï raconte : « Le Journal est né le 17 novembre 1997, trois jours après les législatives qui ont amené Abderrahmane Youssoufi (socialiste) au gouvernement. Nous étions “les enfants de l'alternance”, inspirés par El Pais, né en 1976 après la mort de Franco. »
    Sauf qu'en 1997, l'ancien roi Hassan II est vieux mais bien vivant et toujours craint. Pourtant, Le Journal réclame ouvertement le départ de Driss Basri (ancien ministre de l'Intérieur tout-puissant de Hassan II) et le retour de l'opposant Abraham Serfaty, exilé en France après dix-sept ans de bagne au Maroc.
    Pire, en 1999, Le Journal « jette une pierre dans le jardin secret de Hassan II » en faisant sa Une d'un entretien avec Malika Oufkir, fille du général putschiste exécuté en 1972, qui vécu vingt ans en détention secrète avec sa famille (lire « La Prisonnière », coécrit avec Michelle Fitoussi, paru en 1999).
    « On a osé dire qu'on ne pouvait pas ne pas compatir, et on n'a jamais été aussi certain de notre interdiction. Pourtant Hassan II n'a rien fait. Et dans sa dernière interview, avec Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur, il a dit regretter ce qui s'était passé. Je pense que nous y sommes en partie pour quelque chose. »
    L'interview de Malika Oufkir est un « point de rupture ». Le Journal fera bien d'autres « coups » : en juin 2001, il publie conjointement et simultanément avec Le Monde les révélations d'un ancien agent secret du Cab-1 (le premier cabinet des services secrets marocains), Ahmed Boukhari, sur la disparition de l'icône de la gauche, Mehdi Ben Barka. Il osera titrer « Que fait le roi ? » avec pour illustration, la photo d'un trône vide.
    Il enquêtera sur la fausse découverte de pétrole à Talsint, dans l'Est marocain, annoncée en grande pompe puis démentie, une des pires humiliations du nouveau règne. Mais non sans en payer chèrement le prix dès 2000.
    Après l'intronisation de Mohammed VI, « Le Journal verra sa lune de miel avec le régime se transformer en opposition ouverte », écrit Ali Amar, l'un de ses cofondateurs et ancien directeur en 2007-2008, dans « Mohammed VI, le grand malentendu ».
    « Escroquerie intellectuelle »
    Boubker Jamaï assène :« Penser que la vraie rupture c'était Mohammed VI, c'est une escroquerie intellectuelle dans laquelle tout le monde est tombé, on en a beaucoup souffert.
    La vraie dynamique d'ouverture a été impulsée par Hassan II à un moment où, pour des raisons notamment géostratégiques, il avait compris l'intérêt de lâcher du lest. Je ne parle pas de démocratisation, mais d'une certaine libéralisation politique. Mohammed VI, lui, a clairement parlé de “monarchie exécutive”. »
    Moins d'un an après son arrivée sur le trône, quand la presse internationale célèbre le « printemps marocain », Le Journal, alors imprimé en France en format tabloïd (avec l'aide initiale de Serge July de Libération puis de Philippe Thureau-Dangin de Courrier international), est saisi à la douane pour avoir publié pour la première fois au Maroc une interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Front Polisario qui revendique l'indépendance du Sahara occidental (l'intégrité territoriale est une des lignes rouges de la liberté d'expression).
    Ali Anouzla témoigne :
    « Ils ont été traités comme des traîtres par leurs confrères alors qu'aujourd'hui, le pouvoir est en négociation directe avec les indépendantistes. »
    Quelques mois plus tard, Le Journal est fermé définitivement par décret pour avoir révélé, documents à l'appui, l'implication de la gauche dans le coup d'État d'Oufkir contre Hassan II. Le Journal est mort, vive « Le Journal hebdomadaire » : après une grève de la faim largement médiatisée de Boubker Jamaï, le titre renaît sous un autre nom début 2001. Selon Ali Amar :
    « Le ton demeure. Le retour à la torture est dénoncé, les dépenses somptuaires du roi révélées, le reniement des socialistes récupérés pointé du doigt. »
    Amendes record
    Les ennuis continuent. Le Journal critique la diplomatie marocaine et met en cause l'ancien ministre des Affaires étrangères dans une transaction immobilière à Washington : peines de prison et dommages et intérêts records (à l'époque) condamnant Média Trust, ancienne société éditrice du Journal.
    En 2006, parce que Le Journal a publié une photo AFP où l'on aperçoit les caricatures danoises du prophète (minuscules et gribouillées en noir avant la sortie en kiosque), une manifestation haineuse (avec slogans antisémites et extrémistes) se tient en bas de la rédaction, orchestrée par le ministère de l'Intérieur et relayée par les médias étatiques comme la chaîne 2M.
    Quelques mois plus tard, Le Journal est condamné à payer 270 000 euros de dommages et intérêts au Belge Claude Moniquet, du centre de recherche Esisc (Centre européen de recherche, d'analyse et de conseil en matière stratégique), pour avoir qualifié son rapport sur le Front Polisario de « téléguidé par le Palais ». Refusant l'offre de son ami Moulay Hicham, cousin du roi, de payer, Boubker Jamaï quitte la direction du Journal et s'exile aux États-Unis. La mythique publication The New Yorker publie un article fleuve sur sa « croisade ».
    Car c'est bien à ce « croisé », intellectuel respecté (passé par Yale et Oxford) aux analyses fines et d'autant plus tranchantes, incarnation d'une ligne éditoriale inflexible et jusqu'au-boutiste, qu'en veulent principalement les autorités.
    Absent du territoire marocain, Boubker Jamaï l'est aussi des colonnes du Journal, laissé relativement tranquille pendant deux ans, ce qui lui permet de reprendre du poil de la bête financièrement. Il plaide :
    « Chaque fois qu'on a pu rembourser nos dettes, on l'a fait. Et on n'a pas à rougir de nos ventes. »
    De 25 000, celles-ci ont tout de même chuté de plus de moitié ces dernières années. Est-ce le désintérêt croissant des Marocains pour la politique (bien que Le Journal s'adresse à l'élite francophone), ou au contraire le virage en 2004 vers un format et un contenu « magazine » mal apprécié des lecteurs inconditionnels ? Pas assez de sensationnalisme ? La « stratégie de distribution malhonnête », qui, selon Kawtar Bencheikh, a rendu Le Journal parfois difficile à trouver dans certains kiosques stratégiques ?
    Baptême du feu
    Dans ce contexte, témoigne-t-elle, l'équipe vivait « au jour le jour sous tension, en sous-effectif, sans moyens pour enquêter ou partir en reportage, sans structure, ni contrat, ni mutuelle » -au risque de décrédibiliser leur combat pour la bonne gouvernance à l'échelle du pays.
    « On travaillait de manière artisanale, poursuit-elle, chaque numéro était un combat », créant, malgré des divergences parfois profondes dans la rédaction, une sorte d'union sacrée. Le Journal a été un baptême du feu pour de nombreux journalistes.
    En dépit de ces difficultés, et notamment depuis le retour de Boubker Jamaï (en tant qu'éditorialiste et collaborateur) au printemps 2009, Le Journal est resté offensif jusqu'au bout : sur la « bêtise monumentale » -dixit Jamaï- de l'affaire Aminatou Haidar (militante indépendantiste du Sahara occidental expulsée début novembre vers les Iles Canaries avant de rentrer au Maroc après une grève de la faim retentissante). Ou encore sur l'ingérence du Palais dans les affaires, un tabou ultrasensible propre à l'ère Mohammed VI.
    « Cette dernière sanction montre que le pouvoir se sent acculé », estime Boubker Jamaï, qui fustige sans ciller le « sous-développement politique et institutionnel du Maroc » et « la limitation intellectuelle au sommet de l'État ». Symbole d'une espérance il y a douze ans, Le Journal l'est aujourd'hui d'une grande déception.
    Boubker Jamaï persiste, au présent :
    « La société marocaine est mûre pour la démocratie et le roi doit répondre de ses actes. C'est ça notre ligne éditoriale. »
    Des réflexions sont en cours pour ressusciter à nouveau l'hebdo rebelle. Le Journal n'a peut-être pas totalement tourné la page.

    jeudi 4 février 2010

    Solidarité d'Annahj Addimocrati avec LE JOURNAL HEBDOMADAIRE

    Par Ali Fkir, 1/2/2010 
    L'Etat marocain n'hésite pas à recourir aux coups les plus bas pour faire taire les voix de la critique, les voix de la vérité. " Si vous n'êtes pas avec moi, c'est que vous êtes contre moi", c'est la devise de tout Etat despotique.
    "Et puisque vous êtes contre moi, vous représentez donc un danger réel ou potentiel pour ma sécurité". c'est la théorie "légalisant" l'étouffement de toute voix libre.
    "Pour ma stabilité, il est de mon devoir de prévenir que de guérir". " Soldats (au sens large), chargez! en avant!!!". C'est la pratique du fascisme, c'est la voie de l'arbitraire.
    L'assassinat de "lejournal HEBDOMADAIRE" est un crime contre le droit des citoyen-nes à l'information, contre la liberté d'expression. C'est scandaleux!
    Bravo ANNAHJ ADDIMOCRATI (la Voie Démocratique) pour votre position. Toujours au rendez-vous! Merci camarades!
    Communiqué d'ANNAHJ ADDIMOCRATI(la Voie démocratique:
    الكتابة الوطنية
    للنهج الديمقراطي
    يــــــان
    نفذت السلطات قرار الحجز على كل ممتلكات "لوجورنال ومادير"، مما أدى إلى إعدام هذه الجريدة الأسبوعية. إن الكتابة الوطنية للنهج الديمقراطي المجتمعة يوم 30 يناير 2010:

    - تعتبر هذا القرار قرارا سياسيا، ولو أنه تغطي بمبررات قانونية. وهو قرار خطير يعبر عن إمعان الدولة في خنق الصحافة الغير الموالية لها حيث يندرج في سياق العديد من المحاكمات والأحكام القاسية والجائرة التي أدت إلى إنزال غرامات خيالية وإغلاق منابر صحفية وإعتقال صحفيين، نخص منهم بالذكر السيد إدريس شحتان مدير جريدة "المشعل"
    - تعتبر أن هذا القرار يؤكد موقفها الرافض للدعوة التي توصلت بها من طرف بعض الفرق البرلمانية للمشاركة في حوار وطني حول الإعلام والتي عبرت عنه في رسالة موجهة إلى الرأي العام. هكذا فعوض التراجع عن العديد من القرارات الجائرة ضد الصحافة الغير موالية للدولة لتوفير حد أدنى من شروط إنطلاق حوار وطني حقيقي حول الإعلام، تعدم السلطة "لوجورنال" يوم بداية هذا "الحوار الوطني.
    - تدين بشدة هذا القرار الظالم الذي يزيد من تضييق الخناق على حرية الرأي والتعبير.
    - تؤكد تضامنها مع "لوجورنال" وكل الصحافة المقموعة وكل ضحايا حرية الرأي والتعبير وإستعداد النهج الديمقراطي للإنخراط بقوة في أية مبادرات نضالية من أجل الدفاع عن الحريات الديمقراطية، وخاصة التصدي للقمع الموجه للصحافة الغير الموالية للدولة، مذكرة بنداءات النهج الديمقراطي المتكررة من أجل إستنهاض القوى الديمقراطية وتحملها لمسؤولياتها التاريخية في هذا الظرف العصيب الذي تمر منه بلادنا.
    عن الكتابة

    Pour une paix juste et durable entre israéliens et palestiniens

    Manifestation samedi 6 février 2010, 14 h, Place de la République à Paris
    Halte à la répression contre la résistance non-violente en Cisjordanie ! 
    La France doit intervenir
    Depuis l'été dernier la répression israélienne contre la résistance non-violente s'intensifie. Israël, inquiet de l’extension de ce mouvement qui gagne toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est essaye de l'endiguer en terrorisant la population et procédant à de multiples

                                                     Raquette anti gaz lacrymogène à Bil'in



    Soutenons la résistance des militants de l'ANDCM de Taroudant

     Être écolier au Maroc
    Par Ali Fkir, 4/2/2010
    Des familles de paysans pauvres, des familles d'ouvriers, des familles des semi-prolétaires, des familles des sans droits aucun, font tout pour que leurs enfants accèdent à l'école. A l'école publique bien sûr, école qui n'a de public que l'adjectif.
    Aujourd'hui au Maroc, l'enseignement c'est selon votre bourse:
    - Pour ceux des comptes bien garnis, la progéniture s'envole vers les écoles étrangères dès le primaire ( les écoles suisses sont bien classés pour les bambins).
    - Comptes relativement moins garnis, ce sont les écoles des missions étrangères au Maroc.
    - Encore moins garnis (pour la moyenne bourgeoisie et les couches supérieures de la petite bourgeoisie), c'est l'enseignement privé marocain (lui-même classé de 300 dh le mois jusqu'à plus de 4 000dh).
    Les millions d'enfants des autres classes sociales sont regroupés dans des classe de plus de 50 élèves, à niveau différent dans plusieurs cas. Ce sont les laissés pour compte.
    L'Etat ne recrute plus, l'économie en difficultés structurelles est incapable d'absorber cette offre de travail à très bon marché, les enfants des classes populaires n'ont ni capital, ni piston...sont condamnés au chômage structurel.
    Les familles ont tout sacrifié, ces jeunes ont bossé dur, ils ont décroché des diplômes, et se retrouvent sur le carreau. 
    Au Maroc, les Hommes ne sont pas nés égaux. Si vous êtes nés dans une famille de pauvre, vous resterez pauvre toute votre vie. Si vous êtes né aroubi, amazigh, jebli, vous ne serez jamais chef d'Etat, l'appartenance à la dynastie oblige.
    Les enfants du peuple n'ont d'autres choix que la lutte pour une autre société.
    les martyr-es Saïda Mnebhi, Belhouari, Douraïdi, ChbadaGrina, El Gadiri... l'avaient bien compris.
    Les photos que nous avons sous les yeux, nous donnent une idée sur la faillite du système économique marocain, sur le despotisme du régime oligarchique qui détient les rênes du pouvoir, sur l'obscurantisme idéologique qui justifie cette situation, sur les néo libéraux "modernistes" qui ne font que dénigrer la résistance du peuple.
    DECONGELONS NOTRE CONSCIENCE
    EXPRIMONS NOTRE SOLIDARITÉ AVEC TOUS CEUX  QUI LUTTENT POUR UN AUTRE MAROC, UN MAROC DE LIBERTÉ, D'ÉPANOUISSEMENT, UN MAROC D'ÉGALITÉ DE CHANCE À LA NAISSANCE

    Les militants de l'ANDCM, section de Taroudant en grève de la faim pour leurs légitimes droits.
    Ma solidarité avec vous, Ô fierté de la jeunesse marocaine!

    Une jeune Marocaine expulsée à Rabat

    Une jeune marocaine menacée d’expulsion
    Publié par admin dans Actualité française, Immigration et Asile, communiqués 3/2/2010
    Communiqué: 
    Sylvie Guillaume et Henri Weber, eurodéputés socialistes, s’inquiètent de la situation de la jeune Salima, 18 ans, arrêtée le 19 janvier dernier, conduite au centre de rétention de St Exupéry, et sous le coup d’un arrêté d’expulsion pour le jeudi 4 février.
    Étudiantes toutes les deux en CAP, Salima et sa sœur jumelle, Salma, vivent à Clermont-Ferrand. Elles ont été recueillies, à la mort de leur grand-mère qui les élevait au Maroc, par leur tante en France, il y a 5 ans. Cette dernière a obtenu leur garde selon un régime coutumier au Maroc, la Kafala. Les autorités françaises se sont empressées de retenir cette subtilité juridique, et cherchent aujourd’hui, quelques mois à peine après leur majorité, à les renvoyer au Maroc où elles n’ont plus de famille.
    Aujourd’hui, Salima risque l’expulsion, alors que Salma, malade, en est réduite à se cacher. Les deux sœurs et leur famille vivent dans une extrême inquiétude et des associations sont mobilisées à leur côtés.
    Sylvie Guillaume et Henri Weber, respectivement élus du Sud-Est et du Centre-Auvergne-Limousin dénoncent fermement cette politique mesquine d’expulsion systématisée de la part du Ministère de l’Immigration sous la houlette des autorités préfectorales. Lutter contre l’immigration clandestine est une chose, mais pourchasser des adolescentes à peine majeures et totalement intégrées en est une autre.
    Les deux eurodéputés demandent au Ministre Eric Besson de lever l’arrêté de reconduite à la frontière de Salima et de réexaminer la situation des deux soeurs.
    NDLR : Nous venons d'apprendre sur France Culture à 12h30, que Salima a effectivement été expulsée à Rabat, alors que sa soeur jumelle a pu rester cachée.

    Al-Qaïda: Oussama Ben Laden, altermondialiste et écolo ?



    Le message d’Oussama Ben Laden livré, le 28 janvier 2010, par le réseau qatari Al-Jazeera accuse les États-Unis d’être responsables du réchauffement de la planète. Pour renverser la vapeur, il préconise un certain nombre de mesures.
    En cinq jours, Oussama Ben Laden a livré successivement deux messages audio. Toujours au célébrissime réseau satellitaire arabe Al-Jazeera. Il s’est adressé dans le premier au président américain en personne pour à la fois revendiquer l'attentat manqué de Noël dernier et l’avertir que son réseau fomentera d’autres attentats à venir contre les États-Unis («Al-Qaïda: Le message du 24 janvier 2010 d’Oussama Ben Laden à Barack H. Obama . Le 28 janvier, le réseau qatari a livré un nouvel enregistrement audio (non authentifié, voir www.aljazeera.net), adressé cette fois à l’ensemble de l’humanité. Une nouveauté! S’il nous y fait découvrir une inconnue fibre altermondialiste et écolo du chef d’Al-Qaïda, son leitmotiv demeure le même, la guerre contre les États-Unis. Par d’autres moyens, cette fois. Le changement de registre et les moyens préconisés pour venir à bout de l’«ennemi lointain» n’y changent donc rien.
    La question du changement climatique expliquée par Oussama Ben Laden

    Le nouveau message d’Oussama Ben Laden est intéressant à plusieurs titres. D’abord, l’adresse. Ses messages précédents s’adressaient presque exclusivement aux musulmans du monde entier pour les exhorter à rejoindre l’objectif principal qu’il s’est fixé ainsi que son réseau, à savoir combattre les États-Unis et s’attaquer à leurs intérêts aux quatre coins du globe. Cette fois, il s’est adressé à l’humanité tout entière, et donc non aux seuls musulmans. Une première qui interpelle tout observateur du réseau Al-Qaïda et de son discours public. Quand on connaît le sectarisme des salafistes (dont fait partie Ben Laden), on ne peut que rester sur nos gardes vis-à-vis de cette manœuvre rhétorique. Rappelons-nous (entre autres choses) que pour ce courant ultra-minoritaire parmi les musulmans sunnites, en dehors de l’islam (qui serait la seule religion authentique), point de salut! Et même parmi les musulmans, on fait un tri entre une partie qui serait «sauvée» (c’est-à-dire les salafistes) et le reste, qui seraient des «égarés», pire des mécréants. Une accusation grave qui leur garantirait dans un royaume salafiste la peine de mort. Ensuite, le nouveau message contient peu de citations religieuses. Un choix qui s’explique peut-être par le public cible du dernier message. Encore, la fixation sur l’ancien président américain, George W. Bush, qui est présenté ici comme une figure maléfique, montre que le temps du chef d’Al-Qaïda s’est arrêté à la période bushienne. Cela donne l’impression qu’il ait personnellement une dent contre lui. Enfin, deux idées fortes structurent le discours de Ben Laden et nous livrent en deuxième niveau, au corps défendant de son auteur, le véritable objectif recherché ici.
    Comme Al-Jazeera n’a pas daté ce message, nous risquons une date approximative de sa composition. Elle se situerait après le 19 décembre dernier (date du sommet onusien de Copenhague sur l’environnement). Pourquoi? Ben Laden ne mentionne pas l’attentat raté du 25 décembre dernier, mais mentionne le sommet onusien. Plus important encore, si Al-Jazeera avait rapidement diffusé le message audio de Ben Laden, cela voudrait dire que son auteur présumé ne serait pas le véritable commanditaire de l’attentat raté de Noël dernier et que sa revendication serait une tentative désespérée de sa part pour montrer qu’il demeure toujours en contrôle de son réseau et montrerait, à son corps défendant, l’affaiblissement d’Al-Qaïda «central».
    Première idée-force, la culpabilisation de l’Occident en général et des États-Unis en particulier. À ce propos, Ben Laden est convaincu que «toutes les nations industrialisées, surtout les grandes nations (occidentales), sont responsables du réchauffement climatique». Si George W. Bush et la droite républicaine américaine mettaient en doute ce phénomène et la responsabilité humaine dans son accélération, lui (comme de nombreux scientifiques et environnementalistes) est pour sa part convaincu du contraire, c’est-à-dire de sa réalité et de la dangerosité de son impact sur la vie des êtres humains partout sur la planète. Il estime que ce phénomène a provoqué, de manière accélérée, «la désertification (de plusieurs contrées), les cyclones, les pluies diluviennes, l’élévation du niveau des mers)…», «le déplacement de populations», la «mort (récemment) au Bangladesh de 40.000 personnes et la perte de 24 millions d’individus de leurs foyers». Il rappelle «le milliard de réfugiés climatiques des quatre prochaines décennies pour cause du réchauffement du climat», à en croire le rapport d’un expert cité par lui pour étayer sa démonstration.
    Le débat sur le changement climatique «n’est (donc) pas (pour lui) un débat d'intellectuels». D’où sa dénonciation sans équivoque du gouvernement de G. W. Bush pour avoir refusé de ratifier le traité de Kyoto sur le changement climatique, sous prétexte qu’il ne contient pas de règles contraignantes également pour les émissions de gaz à effet de serre des économies émergentes (Inde, Chine, Brésil principalement). Notons bien que ce Protocole a été ratifié depuis son adoption en décembre 1997 au Japon par 187 pays membres des Nations unies. Il reste à ce jour le seul traité international contraignant contre le réchauffement climatique.
    Ce phénomène naturel serait, selon le chef d’Al-Qaïda, dû au comportement «irresponsable», «égoïste» et même «criminel» de dirigeants de multinationales américaines. Avec l’appui du gouvernement de «Bush junior et du congrès américain». Et ce pour la seule raison de «satisfaire (les intérêts) de (ces) grandes compagnies» prédatrices. Des entreprises, «auteures du crime (du réchauffement climatique)», qui sont (affirme-t-il) à l'origine de «la spéculation, du monopole, de l'augmentation des prix et des effets tragiques de la mondialisation, dont l’augmentation du nombre des nouveaux pauvres et des chômeurs». À cause de l’impact négatif de la crise économique mondiale sur les affaires de ces compagnies (qui en sont responsables), Bush junior a concocté à leur avantage de généreux plans de sauvetage, grâce à. «l'argent public», déplore-t-il. Une collusion qui lui fait donner «raison» à Noam Chomsky (voir l’entrevue de ce dernier accordée au journal britannique «The Guardian», 7 novembre 2009) quand il parlait d’une «ressemblance entre la politique américaine et les gangs de la mafia», et de dire le chef d’Al-Qaïda que «ce sont ceux là, les vrais terroristes (et donc non pas ses partisans)».
    Estimant que ni les sommets internationaux ni les mobilisations des opinions publiques dans le monde ne pourront freiner l’appétit insatiable des patrons «criminels» de ces multinationales, Ben Laden pense qu’il «faut s’y attaquer grâce à cinq mesures». D’abord, leur éducation pour qu’«ils se repentent». Ensuite, pour empêcher «la machine économique américaine», une «machine criminelle», de continuer à nuire à l’environnement, Ben Laden identifie trois éléments : les matières premières, le capital et les consommateurs. À ses yeux, «tous les peuples peuvent (à des degrés divers) avoir un impact au niveau (de ces trois facteurs)». «Si les consommateurs du monde entier achetaient moins de produits américains, cela baisserait la cadence de production des biens et réduirait par conséquent le réchauffement de la planète», dit-il. C’est assez simpliste comme raisonnement, de notre point de vue. Aussi, il propose de «réduire la consommation» des biens et services. Encore, il exhorte le peuple américain à «juger les patrons des grandes multinationales (responsables du réchauffement climatique) et leur faire-valoir, les politiciens», pour leur «crime contre l’humanité». Enfin, il appelle au boycott du dollar américain. «Nous devons arrêter d'utiliser le dollar et nous en débarrasser», dit-il. «Je sais que cela aurait des répercussions énormes, mais ce serait le seul moyen de libérer l'humanité de l'esclavage de l'Amérique et de ses entreprises, et d’éviter le pire». «La dépréciation du dollar face à l’euro (de l’ordre de +80%, selon lui) et au prix de l’or (400% depuis septembre 2001) sur les marchés sont des raisons supplémentaires pour sauter le pas et renoncer» au billet vert, à le croire.
    De telles mesures, adoptées par les grandes comme les petites nations, pourraient, selon Ben Laden, «isoler les États-Unis», réduire leur «production nuisible» à l’environnement et «sauver les générations futures». Aussi, «en cessant de prêter aux Américains, les pays riches les mettraient au pied du mur et les obligeraient à cesser les guerres d’Afghanistan et d’Irak», dit-il.
    L’altermondialisme à la sauce Ben Laden

    Si on ne connaissait pas qui est Oussama Ben Laden en réalité, on l’aurait pris pour un écolo doublé d’un ardent altermondialiste. Si on la dépouille de ses quelques références religieuses, sa rhétorique anti-américaine a des accents «marxistes» assez prononcés et tout altermondialiste de gauche pourrait s’y reconnaître aisément.
    Pour le chef d’Al-Qaïda, la mondialisation est un phénomène économique à condamner. Ceux qui en font la promotion, c’est-à-dire les grandes corporations, ce sont eux qui sont responsables du changement climatique. Sans oublier l’augmentation du nombre des nouveaux pauvres et des chômeurs» et l’hypothèque de «l’avenir des générations futures».
    Étant conscient de l’étendue du sentiment antiaméricain répandu encore aux quatre coins du monde (notamment dans les pays en voie de développement), il essaye dans son message audio de se servir de la question du changement climatique comme levier de mobilisation des peuples, riches et pauvres, pour pouvoir mettre en place une coalition internationale, seule, capable, à ses yeux, de mettre à genoux le colosse américain aux pieds d’argile. Révélant ainsi les impasses de la stratégie terroriste de son réseau. Il estime que les «moujahidines en Afghanistan et en Irak continueront leur combat» contre les forces militaires américaines, pour, d’une part, venir en aide à leurs frères musulmans, notamment en Palestine, et, d’autre part, se porter à «la défense des sinistrés et des humiliés en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud», qui sont, estime-t-il, sans défense! Manœuvre grossière de récupération des luttes de mouvements sociaux altermondialistes contre des multinationales insatiables.
    **
    Ben Laden nous avait dans le passé habitué à ses diatribes contre les «judéo-croisés» occidentaux. Dans ce récent message, il joue dans un autre registre. À portée globale. Est-ce un indice des impasses dans lesquels s’est enfermé son réseau? Où est-ce une tentative de sa part pour défricher de nouvelles terres pour ses combattants de l’ombre?

    Approche d'un intellectuel français : Jean Zaganiaris


    Professeur de philosophie et intellectuel Jean Zaganiaris n'est ni militant politique ni adepte aveugle d'un courant idéologique. (...)Il ne cherche pas à "recruter". Il expose, sans polémique aucune, sa propre façon de voir, son approche...
    Il est malheureusement rare de trouver des intellectuels français comme Jean Zaganiaris, qui sympathisent avec la cause palestinienne et qui abordent "l'islamisme" avec plus d'objectivité.
    Ali Fkir (03/02/2010)
    Jean Zaganiaris, Penser l’obscurantisme aujourd’hui. Par-delà ombres et lumières, Casablanca, Editions Afrique Orient, 2009.
    By lytter
    Nous avons le plaisir de vous informer de la sortie de notre premier ouvrage au Maroc, sur le thème de l’obscurantisme. Notre but a été de penser une notion apparemment claire, opposée traditionnellement aux Lumières sur le mode de l’allant de soi. en fait, il nous a paru que ce terme est plus complexe qu’il n’y paraît. Il ne s’inscrit pas dans une essence mais ne peut être pensé qu’à la lumières des interactions sociales. Qualifier l’autre d’obscurantisme est tout d’abord une pratique sociale, aux composantes multiples. C’est pour cela que nous avons voulu penser l’obscurantisme aujourd’hui à partir non pas d’une définition mais d’une opposition qui est celle entre « monisme » et « pluralisme ». L’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales qui refusent le pluralisme des modes de vie et de pensée existant et tentent d’imposer des vérités uniques, des dogmes, des moralismes religieux et non religieux. A ce sujet, comme nous l’avons dit dans le livre, il serait absurde de réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse, comme le font notamment les discours islamophobes. Il existe des formes d’obscurantisme non religieuses telles que la raison d’Etat, le machisme, le racisme, le capitalisme. Ce sont les jalons d’une réflexions sur tout cela que nous avons posé dans ce livre.
    Le lecteur pourra lire les controverses que nous avons ouvertes avec la pensée de Laroui et de El Mandjra, ainsi que la discussion avec les travaux sociologiques de Khatibi ou de Ghita El Khayat, et verra qu’au delà des particularismes culturalistes que l’on entend trop souvent au Maroc, qu’un véritable dialogue interculturel est possible. L’obscurantisme au Maroc n’est pas l’attachement au religieux mais dans cet enfermement conceptuel que l’on fait parfois des Marocains, en les particularisant au nom de la nation, de la tradition et de la religion, au lieu de voir qu’ils font partie de ce monde commun que nous partageons tous. C’est cette ouverture qu’a voulu faire ce livre, par un auteur qui n’est ni tout à fait un des nationaux, ni tout à fait un étranger. Beaucoup de dualisme sont renvoyés dos à dos dans ce livre ; rejet de l’opposition Lumières/obscurantisme, Universalisme/particularisme, Universalisme/relativisme, Laïcité/théocratie, communautarisme/individualisme, capitalisme/marxisme…Comme le dit Deleuze, c’est « l’entre deux », « le milieu » que nous avons cherché et pas un camp particulier, où nous réfugier…Ce livre sur l’obscurantisme – avec toutes ses contradictions, ses défauts, ses manques (on aurait dû citer Zakya Daoud et son livre sur Lamalif) - est un plaidoyer pour la pluralité des modes de vie et de pensée, dans un cadre humaniste. Il milite pour la diversité, la symbiose, l’ambivalence. Il est au domaine de la pensée ce que la bisexualité est au domaine des pratiques sexuelles. Il veut montrer que par delà les identités monistes et cohérentes dans lesquelles on enferme les êtres au nom de la tradition, de la morale, la vie peut être aussi constituée de métissage, de multiplicités, d’ambivalence, de pluralisme. Je reste ouverte avec quiconque veut discuter de l’ouvrage avec moi 
    Jean Zaganiaris
     Quatrième de couverture

    Jean Zaganiaris parle d’ALI FKIR : un grand monsieur
    Par lytter, 30/1/2010
    C’est Omar Radi qui m’a présenté Ali Fkir. Je cherchais quelqu’un pour animer un séminaire avec les M1 et connaissant les sensibilités politiques du coordinateur pédagogique de cette 1er année du second cycle COM’SUP, j’ai voulu un peu le taquiner en invitant quelqu’un de l’extrême gauche marocaine. Puis dans un contexte marqué par la mort de Daniel Bensaïd, grande figure de l’extrême gauche européenne mais guère connu au Maroc malgré sa venu il y a deux ans, c’était bien d’inviter quelqu’un proche de Voie démocratique. C’est aussi ça les écoles, c’est pas que des coquilles vides à la botte des entreprises, c’est aussi des lieux de pensées critiques. Un jour il y aura peut-être plus cela au Maroc lorsque le pragmatisme ultra libéral des managers de la pédagogie business se sera imposé. Mais en attendant, une école comme COM’SUP peut être fière d’avoir eu un militant marocain, victime de la répression des années plomb et acteur engagé dans les problèmes de la cité, militant à l’AMDH et à la Voie démocratique, venir nous parler de ce qu’est être de gauche aujourd’hui. On a commencé par parler de ses convictions de cœur. Ali Fkir milite pour un Maroc progressiste, laïc (où le religieux et le politique sont distincts), où la femme a les mêmes droits que l' homme, où les gens ne sont plus réprimés par des forces sécuritaires et victimes du grand capital. Le but n’était pas de venir endoctriner les élèves mais d’ouvrir un débat, en parlant des faits de l’actualité, de Mali, des ouvriers de Khouribga, de ce qu’étaient les années de plomb, du soutien que l’on peut apporter à la Palestine, à la culture et à la langue amazigh… Et on a été servi. Les élèves de M1 ont su faire preuve d’esprit critique et poser des questions intéressantes ; Ayouche lui a demandé pourquoi est-ce que  la Voie démocratique boycotte les élections alors que lui serait prêt à voter pour eux (et du coup la Voie démocratique ne connait guère sa représentativité dans le champ politique) ; d’autres lui ont demandé si Mali a eu raison d’agir ainsi ; d’autres enfin l' ont amené à préciser que laïcité n’est pas synonyme d’athéisme etc …bref de beaux échanges …après, Ali et moi sommes allés manger et on a continué de discuter…non pas de politique mais de choses ordinaires, de nos enfants, de la bouffe, des voyages, de nos rencontres amoureuses et de tout le reste, de tout ce que peuvent dire deux personnes en train de faire amicalement connaissance à la terrasse d’un café…J’ai été fasciné par ce monsieur, par son engagement, par son militantisme, par son soutien aux autres et par son altérité…