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samedi 8 juin 2013

De l'absentéisme royal


Salle du trône - Palais royal espagnol d'Aranjuez


Depuis le début de l'année, et à l'heure où ces lignes sont noircies, Mohamed VI en est à son troisième voyage à l'étranger, consacrant pas moins de soixante jours à des déplacements entourés d'un halo de mystère et d'un silence assourdissant.

Ali Anouzla
 Ainsi, après la France, le 4 janvier pour dix neuf jours, les Emirats Arabes Unis, le 26 avril, pour treize, le roi du Maroc se trouve depuis le 10 mai, en déplacement privé et impromptu, sans que nul ne soit capable d'affirmer avec certitude sa destination, ni la date de son retour au pays. En l'absence de toute communication digne de ce nom, les rumeurs les plus approximatives vont donc bon train sur la motivation réelle de toutes ces pérégrinations. Rares sont les pays, exception faite pour quelques dictatures en voie d'extinction, où le chef de l'Etat peut ainsi se permettre des congés en mode «open», en sus des autres vacances surprises et se passer d'annoncer ses périodes de congé.

A l'évidence, poser la question de savoir si cette catégorie de congé est payée relève d'une pure perte de temps, le budget du palais ne souffrant aucune discussion et ses dépenses n'étant soumises à aucune sorte de contrôle, en vertu de la nouvelle constitution qui met la monarchie à l'abri de tout contrôle ou reddition de comptes.

Mais une question d'importance demeure, tout de même, qui engage un débat de fond, politique et constitutionnel : Mohamed VI est-il dans son droit, lorsque, cumulant les fonctions régaliennes de roi, de Commandant en chef des forces armées et de Chef d'état-major, il prend la liberté de s'absenter aussi souvent et aussi longtemps, sans même prendre la peine d'annoncer ni la date de son voyage, ni la durée de celui-ci, ni le nom de l'intérimaire en charge des affaires du pays durant son absence, comme il est coutume de procéder dans n'importe quel autre pays dans le monde ?
Conformément à la constitution qu'il s'est fait concocter, le roi semble déterminé à poursuivre dans la voie de la monarchie exécutive, en vertu de laquelle il règne et gouverne. Chef de l'Etat et de l'Etat-major des forces armées, il préside également le Conseil suprême de la magistrature et le Conseil des ministres, sans oublier la Commanderie des croyants. Celui qui s'octroie délibérément autant de pouvoirs et de responsabilités devrait également s'appliquer le principe de la reddition des comptes pour l'exercice de ses fonctions et accepter de dévoiler des pans entiers de sa vie privée : bulletins de santé, périodes de congés, voyages officiels ou privés, voire même son emploi du temps quotidien, comme il est de coutume à la Maison blanche ou à l'Elysée.

On se souvient de la levée de bouclier suscitée par le Safari africain de Juan Carlos d'Espagne. Un voyage qui aurait pu passer totalement inaperçu, dans cette monarchie parlementaire, si l'accident survenu au souverain espagnol n'était venu assombrir son déroulement et dévoiler aux Espagnols les raisons du déplacement royal : la chasse à l'éléphant. Les espagnols avaient très peu gouté l'inclination de leur roi pour ce luxueux voyage, agrémenté de gros gibier, aux frais du contribuable, au moment où la crise économique les prenait cruellement à la gorge, précipitant des millions d'entre eux dans les affres du chômage, de la misère et des lendemains incertains.
Accablé de toutes parts pour son comportement irresponsable, le roi d'Espagne n'avait alors eu d'autre choix que d'apparaître contrit, pour battre sa coulpe, sur toutes les chaînes de télévision espagnoles.

Même en Arabie saoudite, régime théocratique, le roi se plie à l'exercice d'annoncer officiellement ses déplacements, y compris les plus privés d'entre eux, et délégue ses pouvoirs, comme il l'a fait dernièrement lorsqu'il s'est agi de sa dernière visite au Maroc.  Pourtant au royaume wahhabite, un pays gouverné par une famille et où aucune constitution, ni élections, ni parlement, ni diversité politique, ni impôts, ni liberté d'expression n'ont droit de cité, on témoigne encore d'un minimum d'égards pour l'opinion publique et le petit peuple.

L'absentéisme du roi pose aujourd'hui un réel problème constitutionnel, politique tout autant que moral.
La constitution marocaine est ainsi faite que le régime marocain est une monarchie exécutive par excellence. A ce titre, le roi est le seul et véritable patron. Il endosse les plus hautes fonctions et les plus hautes responsabilités, au sommet de la pyramide du pouvoir. En référence au texte même de la constitution, qui oblige tout responsable à rendre des comptes, de plus grandes responsabilités devraient impliquer une reddition proportionnée des comptes. Mais en exemptant le roi de cette contrainte, la constitution a fait du cas marocain une monarchie exécutive exceptionnelle qui ne ressemble à aucun autre régime exécutif où les chefs de l'Etat doivent, tout de même, répondre de leurs actes.
Un autre sujet de préoccupation, passé sous silence, dans le corpus de la constitution et évoqué seulement par une infime minorité de chercheurs et d'observateurs, est l'intérim en l'absence du roi. C'est qu'il est tellement difficile d'imaginer voir confiés à une seule et même personne autant de pouvoirs, en cas d'incapacité de les assumer pour toutes sortes de raisons.
Sur le plan politique, le roi se considère comme un arbitre du jeu politique. Mais, dans la réalité, nombreux sont les évènements qui ont démontré qu'il est un acteur de premier ordre.
Un drôle d'arbitre, qui n'hésite pas à interférer, comme lorsqu'il s'est ingéré dans le cours de la justice, ordonnant la libération des mineurs, impliqués dans les émeutes qui ont suivi le match RAJA/FAR à Casablanca d'avril dernier.
Un drôle d'arbitre également, qui joue le « retardateur » dans la crise de la coalition gouvernementale, en « demandant » à Chabat, selon les dires de ce dernier, de surseoir au retrait de l'Istiqlal du gouvernement, une demie heure seulement après la prise de cette décision par le congrès du parti en question, réuni à cet effet. Une semaine plus tard, Benkirane, en pleine réunion de cabinet, confirmait que le roi maintenait sa confiance à l'ensemble des membres du gouvernement, les « Istiqlaliens », y compris !
Un interventionnisme aux antipodes de tout arbitrage qui paralyse et qui constitue un obstacle à tout progrès. Les querelles intestines au sein du gouvernement qui se poursuivent à fleurets non mouchetés, depuis quatre longues semaines en sont la plus éclatante démonstration, alors qu'une crise économique sans précédent, pointe ses effets dévastateurs, à l'horizon.

Sur le plan diplomatique, la même préoccupation se pose quant à l'empreinte du roi sur la conduite des affaires étrangères. Que d'occasions ratées par le Maroc, à des réunions et des conférences internationales, où se bousculait le gratin de la diplomatie mondiale et où le Maroc était représenté par des individus sans légitimité constitutionnelle, ni autorité, pour négocier avec les chefs d'Etat étrangers ou engager la responsabilité de notre pays.
Enfin, quelle signification particulière donner à l'absence du roi alors que le Premier ministre d'un pays de l'importance de la Turquie nous rendait visite ? Un manquement à son devoir qui n'est malheureusement pas une première à mettre à l'actif du roi. Dans un passé récent, il avait refusé de rencontrer le Premier ministre tunisien, Hammadi Jebali, en visite officielle, dans notre pays, au prétexte d'un emploi du temps chargé. Quel prétexte autre qu'un agenda chargé, invoquera-t-on au Palais, cette fois, pour justifier l'absence du roi, lors de la visite d'Erdogan ?
Et si l'adage marocain prétend que «l'absent a toujours sa justification sur lui», chacun sait qu'aucun individu, aucune autorité, ni aucune institution n'osera jamais exiger de Mohammed VI qu'il s'explique sur les raisons de son absentéisme !

Traduit de l'arabe par Salah El Ayoubi - version originale ici


 http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/913-de-l-absenteisme-royal

Le système de rente au Maroc... la gangrène et ses métastases


L'économie de rente est-elle un levier de régulation sociale et /ou de légitimation du pouvoir ? Est-elle consubstantielle à l'idéologie makhzénienne ? Telle qu'elle se déploie actuellement, cette forme d'enrichissement est-elle appelée à perdurer ? A qui incombe la responsabilité d'extirper cette gangrène de notre tissu institutionnel ? Est-il judicieux d'interpeller exclusivement l'institution monarchique ? Le gouvernement dispose t-il d'un modus operandi pour combattre ce phénomène ?
Certes, il ne faut pas procéder à l'ablation tout en laissant les métastases. La monarchie est-elle décidée à jouer le jeu ? A jeter du lest ? A aller jusqu'au bout de la besogne, au risque de créer un désordre systémique ? D'entamer sa centralité ? De perdre son impérium ?

Le clair- obscur des acteurs
L'avènement de la première alternance «négociée» sous le gouvernement Youssoufi n'a pas pu conjurer le phénomène de la rente. Son endiguement s'est avéré une chimère, tellement les pesanteurs historiques sont fortes. Les socialistes ont justifié cet échec par l'existence de poches de résistance. Une manière pudique de ne pas désigner nommément le régime. C'est le politiquement correct qui confine chez nous à la complaisance. La seconde alternance pilotée par le PJD relèvera t- elle le défi ? Rien n'est moins sûr.
L'approche qui a présidé à la publication des listes des «agrémentés» de transport et des carrières relève t- elle de la politique spectacle ? Annonce t- elle en filigrane une détermination à prendre à bras le corps tout ce qui touche aux politiques publiques ? Et quid des «agrémentés» ; cette classe d'intouchables, ces lobbies de la mer ? La publication des premières listes a crée un sentiment de mal-être, de « Hogra » au sein de la société.

M’hammed Alaoui Yazidi
 Désabusés, les Marocains attendent – avec plus ou moins de nihilisme - du gouvernement des actions concrètes à fort impact. Le parti de la justice et du développement a fait de l'éradication tous azimuts de la prévarication «d'Alfasâd », un objectif nodal de sa campagne électorale. Il s'est fixé une obligation de résultat. Imbu de la légitimité électorale de son parti, le président du gouvernement - d'entrée de jeu- s'est empressé d'habiter le personnage de Don Quichotte.
Quelques mois plus tard, son enthousiasme s'est étiolé. Au contact du terrain, il s'est rétracté, au motif que les diables et crocodiles (moulins à vent) inhibent son action. Si le PDJ cède aux compromis et à la compromission, scénario probable, il y laissera vraisemblablement des plumes comme l'USFP. S'amuser à secouer le nid des guêpes ne peut que mener à l'impasse. Comme dit le philosophe allemand NIETZSCHE «Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort». Cela veut dire que l'échec du PJD donnerait un surcroît de puissance à l'institution monarchique.
De part sa prééminence sur l'échiquier politique, la monarchie est passée maître dans l'art d'endiguer la pression, de conjurer les exigences, de neutraliser par absorption comme la phagocytose les turbulences de toutes sortes émanant de son environnement. Au fil du temps, elle a développé une capacité réactive à son environnement. C'est la réactique. Les managers  définissent ce concept comme «le temps de réponse globale de l'entreprise, de l'Etat à des modifications de son environnement», qu'il s'agisse de l'apparition de nouveaux besoins, de nouveaux acteurs, etc.
Face au mouvement du 20 février, elle a fait montre d'adaptation sans pour autant perdre son essence, sa spécificité. Elle est comparable au roseau, qui plie mais ne rompt pas (le discours royal du 9 mars 2011). «Tout l'art de la politique est de se servir des conjonctures », disait le Roi soleil Louis XIV.
C'est-à- dire faire de la conjoncture une opportunité pour faire sa mue. la constitution du 31juillet 2011 en fut le couronnement. Les rédacteurs de cette loi fondamentale ont usé avec virtuosité du «trompe l'œil» ; genre pictural qui donne à distance l'illusion du réel par la magie du pinceau. (illusions d'optique). C'est un jeu simultané de séduction et de confusion.
L'institution monarchique est par essence hégémonique, centralisatrice et à propension égocentriste. Elle a toujours manifesté une certaine phobie au changement. C'est dans le génome du Makhzen. Il préfère les petits pas, la production démesurée des institutions ; - au risque de créer de la cacophonie -  les doses homéopathiques face aux ruptures ; le jeu à somme nulle, gagnant/perdant (pour la maîtrise de la zone d'incertitude), plutôt que le jeu à somme positive, gagnant /gagnant.
J'en veux pour exemple la loi organique relative la nomination aux emplois supérieurs et son décret d'application qui ont opéré un partage qualitativement léonin entre le ROI et le chef du gouvernement. Mais ce procédé me semble de bonne guerre. Préfigure t-il l'émergence d'un nouveau modèle de gouvernement où la monarchie exécutive se fonderait dans une sorte de dyarchie inégalitaire ? Un régime dyarchique égalitaire, signifierait un Roi qui règne mais qui ne gouverne qu'à moitié.
Le patrimonialisme et l'économie de rente :
Deux espèces d'un même genre
L'économie de rente et le patrimonialisme forment un tout insécable. Les deux vont de concert. Selon Max Weber (économiste allemand, 1864- 1920) le patrimonialisme est un type idéal de domination traditionnelle qui remonte au moyen âge. Il permettait aux princes d'user et d'abuser des ressources de leur royaume ou de leur seigneurie comme si elles étaient leur bien personnel. Aucune différenciation n'existait entre la sphère publique et la sphère privée. Cette pratique féodale inhérente à l'Etat princier n'a pas épargné le système de l'empire chérifien marocain, qui reposait sur de vieilles traditions du sultanisme. Elle y a trouvé son biotope pour se déployer, épousant ainsi des aspects polymorphes.
Pour Jean –François Médard (1934- 2005, ancien professeur de science politique à l'institut d'études politiques de Bordeaux), l'un des fondateurs de la revue internationale de politique comparée, connu pour ses travaux sur le néo-patrimonialisme et les big-mens en Afrique sub-saharienne, le néo-patrimonialisme est une variante du patrimonialisme. Un modèle type hybride érigé en archétype de l'Etat post- colonial. Il considère que les Etats africains présentent tous les traits du patrimonialisme en termes de contrôle des ressources de l'Etat, et ce en recourant aux mécanismes de l'allégeance et de la soumission. Les postes de responsabilité sont transformés en aubaine, en source d'enrichissement personnel et de promotion sociale aussi bien pour le détenteur du poste que pour son entourage immédiat (clan, parti, fratrie, tribu, famille). C'est le règne de la rationalité prédatrice, qui transforme nos cols blancs en grands carnassiers, en vautours, et en charognards. Les scandales liés aux affaires de détournement des deniers publics dans les entreprises publiques marocaines en donnent une atterrante idée sur ce phénomène.
Gravir les échelons de la hiérarchie administrative repose également sur l'appartenance à un réseau et la fidélité à celui qui le contrôle. C'est l'allégeance en strates.


"Lumières sur les biens mal acquis d'Ali Bongo" - Paris, juillet 2011

La confusion entre la sphère publique et la sphère privée, entre le politique et l'économique fonctionne selon la loi des vases communicants. La figure du Big-men. Ce dernier se doit de jouer sur tous les registres. Son profil est complexe, parce qu'il n'est pas aisé de déterminer si l'on a avant tout affaire à un businessman, à un politicien entrepreneur, ou à un leader à la tête d'une communauté, d'un parti. La logique du big-men repose largement sur le «straddling» (chevauchement de positions, conflits d'intérêts). In fine, le néo-patrimonialisme correspond à une situation de dualisme où l'Etat se caractérise par un phénomène de patrimonialisation et de bureaucratisation (type idéal de domination rationnelle- légale. Voir les types idéaux de Max Weber). En somme un oxymore.
La «politique du ventre» ; un autre fondamental du néo-patrimonialisme. L'inventeur de ce concept est Jean –François Bayart(1950), politologue et spécialiste de sociologie historique comparée. Dans l'un de ses livres référence, «L'Etat africain : la politique du ventre».  Il cite un proverbe africain populaire pour en donner la signification. «La chèvre broute là où elle est attachée.» Ce paradigme désigne une manière d'exercer l'autorité avec un souci exclusif de la satisfaction matérielle d'une minorité. La démarche renvoie à une conception de l'appareil d'Etat, perçu comme lieu d'accès aux richesses, aux prébendes, au pouvoir pour soi et pour les membres de son clan. L'Etat fonctionne donc comme un rhizome(1) de réseaux personnels.
Gros plan IN SITU
Au Maroc, le phénomène de la rente existait comme il a été dit, bien avant l'avènement de la colonisation. Il suffit d'interroger la sociologie historique pour s'en convaincre. Des concepts comme l'aubaine, Al mouna, Al 'âattaya marquent toujours notre mémoire collective. Ils renseignent sur la  munificence sultanienne. D'un trait de plume, un Sultan pouvait transformer un sujet plébéien en sujet patricien. Le changement du statut social dépendait le plus souvent du bon vouloir et aussi du tempérament du prince. Au fil du temps - modernisation de l'Etat aidant -, l'économie de rente a revêtu de nouveaux habillages.
Depuis l'indépendance du Maroc, la monarchie, pour des raisons intrinsèquement politiques, a érigé la rente en mode de gouvernance, en mode de redistribution des richesses. Le but non avoué ; élargir sa base sociale, et in fine, en faire un levier d'allégeance. Il me semble que notre culture politique a fait sienne ces deux  citations de Napoléon Bonaparte. «On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus». «Le peuple est le même partout. Quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude». Qu'on se rappelle l'aphorisme de Feu Hassan II, emprunté à François Guizot (2), lequel est devenu au fil du temps une sorte de paradigme. S'adressant à ses généraux au lendemain du coup d'Etat manqué de 1972 : il leur avait dit en substance. «Enrichissez- vous». Une exhortation on ne peut plus machiavélo- pragmatique à l'enrichissement illicite et rapide. C'est l'An I de l'institutionnalisation «informelle» ou si vous voulez, de l'incrustation de la prédation dans notre tissu social. Plus que ça ! C'est le début de l'anomie (à ne pas confondre avec l'anémie) ;  concept cher au sociologue français Emile Durkheim, qui  se caractérise par le délitement des valeurs morales, religieuses et civiques.
Cet effacement des valeurs fait imparablement le lit de la prédation sociale. La loi de 2 mars 1973 sur la marocanisation a accentué cette tendance pathologique à l'affairisme et à la prédation. Officiellement, on voulait par l'esprit de cette législation ; favoriser la création d'une nouvelle classe d'entrepreneurs au Maroc. Que nenni ! Mais en fait, elle avait un objectif implicite. Les deux tentatives de coups de 1971 et 1972 ont fait vaciller le pouvoir royal. Il fallait donc jeter du lest.
L'exonération des revenus agricoles de tout impôt direct suite à une décision royale en 1984 va dans ce sens. Et ce malgré les recommandations de la banque mondiale qui met en avance le principe de la neutralité de l'impôt. On a justifié cela par les années de sécheresse. Cette exonération qui se voulait temporaire, a été prorogée à plusieurs reprises. Sera t- elle reconduite en 2014 ? La sécheresse est un phénomène cyclique au Maroc. Notre climat se caractérise par l'alternance des années de vaches grasses et celles de vaches maigres. Les défenseurs de la fiscalisation de ce secteur, en particulier les économistes, estiment que l'imposition des revenus agricoles n'affecte en rien la productivité et la compétitivité du secteur, puisqu'elle vient après calcul du résultat de l'exploitation agricole et donc des coûts de production. La masse des petits paysans seront épargnés par la refiscalisation de l'agriculture, puisque leurs revenus n'atteindraient pas le seuil de l'imposition. D'ailleurs cette défiscalisation du secteur agricole est contraire à l'article 17  de  la constitution qui dispose: «Tous supportent, en proportion de leur facultés contributives, les charges publiques que seule la loi peut, dans les formes prévues par la présente constitution, créer et répartir.» Nous sommes en présence d'un cas atypique de violation de l'Etat de droit fiscal par l'Etat lui-même. Dans le même ordre d'idées, l'article 42 énonce que « ...le ROI chef de l'Etat veille au respect de la constitution... ».


Culture de tomates hors-sol

L'agriculture bénéficie actuellement de 23 mesures dérogatoires qui font perdre à l'Etat 3,8 Mds dh/an (Finances news hebdo du 7 février 2013).
Avec la mise en œuvre du Plan Maroc Vert, le montant des aides publiques (subventions et primes à l'investissement) a cru d'une manière substantielle.  Les subventions représentent actuellement entre 35 et 40%. Toutes les activités et les facteurs de production sont concernés. Système d'irrigation ( petite et moyenne hydraulique), installation de projets de transformation de produits agricoles, d'abattage, de conditionnement, etc. (voir L'Economiste du 18 février 2013).
Le discours officiel ne cesse de nous rebattre les oreilles avec ce concept de gouvernance, de le répéter à tout bout de champ, à telle enseigne qu'il est devenu un fourre tout, une auberge espagnole. Subséquemment, une typologie pléonasmique, tautologique a vu le jour : gouvernance économique, sociale, religieuse, médiatique, sportive, rurale, financière, fiscale, et j'en passe. La nouvelle constitution a accentué cette banalisation.
Commanderie des croyants et économie de rente : une osmose incestueuse
Peut-on tolérer l'économie de rente et son corollaire l'enrichissement illicite dans un pays où l'Islam est la religion d'Etat ? Cette pratique malsaine, inique m'interpelle en tant que citoyen libre de ce pays. Al- amrbi'lma'rûf, wa- nahy 'alâ'l- munkir ». Cette prescription se traduit par «la commanderie du bien et le pourchas du mal». Analogiquement, l'économie de rente ne relève t- elle pas du mal ? Ne sommes-nous pas une nation de la Wassatiyya ? Du juste milieu ? De la modération ? Accorder un agrément de transport ou une licence de pêche en toute illégalité, dont la location génère pour son bénéficiaire des dizaines de millions par mois ne peut qu'entretenir le nihilisme au sein de notre société et pousser les gens à la radicalisation. Et que dit notre constitution, amendée à la faveur du printemps arabe ? Elle dispose dans son préambule «que le royaume du Maroc développe une société où tous jouissent de l'égalité des chances ... ». D'après les statistiques, 70% des agréments de transport sont loués. Certaines carrières de sable, marbre, gravier, réalisent un gain de 200 000 DH par jour. L'exploitation des carrières représente un manque annuel à gagner de 5,5 milliards de DH.
L'économie de rente selon les estimations représente entre 1,5 et 2% du PIB. La bonne gouvernance dont se gargarise à satiété la classe politique, devrait conduire à l'adoption d'une loi, laquelle loi définirait les conditions d'octroi des agréments. Les cahiers des charges sur la base desquels on accorde les agréments, n'ont aucune valeur juridique, en plus ; ils sont ployables à volonté. Il y a presque un consensus sur le maintien du statu quo.
Afin d'être en phase avec la lettre et l'esprit de la nouvelle constitution, le gouvernement de Mr Benkirane, sous peine de tomber dans la bien-pensance, devrait geler les agréments  «haut de gamme»  ; parce qu'il s'agit tout bonnement de biens appartenant à la collectivité. Si seulement ces «agrémentés» déclaraient au fisc les agréments qu'ils louent à coup de millions par mois. Outre la scélératesse de l'économie de rente, c'est l'évasion fiscale par excellence qui fait perdre à la collectivité des milliards de dollars par an.
Quelque soit son substrat social, l'agrément est un acte anti-citoyen. L'assistanat par l'octroi de ce privilège ne constitue aucunement une panacée contre les inégalités sociales, un rempart contre la précarité sociale. L'économie de rente segmentarise la population, institutionnalise une citoyenneté à plusieurs vitesses, fragilise les liens sociaux et du coup, le sentiment d'appartenance citoyenne à son pays.

M'hammed Alaoui Yazidi, journaliste

(1) Un rhizome est une tige, souvent souterraine, allongée et horizontale ou oblique d'une plante s'étendant habituellement à la surface du sol, ou dessous, capable de produire de nouvelles plantes à partir de ses bourgeons. Plus qu'une métaphore, l'expression est bel et bien une image parlante de la réalité.
(2) chef du gouvernement sous la monarchie de juillet 1830-1848 et dont le souverain fut Louis-Philippe Ier

 http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/872-le-systeme-de-rente-au-maroc-la-gangrene-et-ses-metastases
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La mainmise économique justifie toutes les violences au Maroc et Sahara Occidental

Par Apso Lument, Amis du peuple du Sahara Occidental, 8/6/2013

Media

Voila un schéma sur la base des données disponibles en 2008, de la mainmise du roi du Maroc sur son pays et sur le Sahara Occidental qu'il occupe par la force militaire et policière. Beaucoup plus flagrant que des pages d'écritures.
Il est bien évident que pour garder, protéger et faire grossir cela, tous les moyens sont bons, et des moindres, payer une équipe de propagandistes qui s'agitent ici en écrivant les basiques des clichés : bouc-émissariat et ennemi très méchant (l'Algérie).
Le Sahara Occidental est actuellement et depuis 1975, occupé partiellement par le Maroc, le territoire est à décoloniser, le pillage des ressources naturelles par le colonisateur y est illégal au regard du droit international.
Il semblerait que la visite aux USA de Mohamed Abdelazziz, président de la République Sahraouie et chef du POLISARIO,  qui se déroule en ce moment ait déclenché une petite pagaille  chez le roi du Maroc, dont on ne saurait imaginer ni connaitre les coordonnées, mais dont on ressent les effets ici, par un déchainement de zèle de ses employés !

Avis partagés sur « MONARCHIE PARLEMENTAIRE» au Maroc ? une trahison et un mensonge !



J'ai lu récemment quelque part sur Lakome cette brillantissime idée :« L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?»
Cette «option» qui sort je ne sais de quelle cervelle de moineau réaliste et qui semble partagée par beaucoup d'intellectuels du Palais est la pire de toutes les "options" qu'on puisse imaginer pour LE MAROC EN CRISE GRAVISSIME DEPUIS AU MOINS LE SAMEDI 30 mars 1912 !....

Cette monarchie pourrie jusqu'à l'os, assassine, viole domiciles & personnes en cet an de grâce 2013 !
Le Palais torture pour son compte et celui de puissances étrangères !
Cette monarchie a vendu la nation dès le XVIII siècle !
Cette monarchie de Lyautey est une honte pour le Maroc et les Marocain(e)s !
La maison des Romanov (1613 à 1917), la dynastie des Qing (1644 à 1912) sont mortes et enterrées depuis un siècle !
Et ça fait un siècle qu'un sultan Alaoui a été obligée de faire appel à Lyautey pour sauver son Palais.
Regardez ce que sont devenues la Chine et la Russie qui se trouvaient exactement dans le même état de délabrement que «le Maroc au temps des Sultans» !...
Si les Alaouis avaient voulu octroyer l'habeas corpus, il y a longtemps qu'on l'aurait su !
Aucun peuple du monde n'aurait gardé une dynastie qui lui aurait fait ce que les Alaouis ont fait et continuent de faire au Maroc et à ses habitants.
Seul(e)s ceux/celles qui n'ont ni respect ni affection pour notre nation et ses habitants poseraient cette stupide question : « L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?»,
Seul(e)s ceux/celles qui ne sont qu'ambition pour eux-mêmes et qui n'en ont aucune pour le Maroc et ses peuples prêcheraient : « L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?».

La « MONARCHIE PARLEMENTAIRE» au Maroc est une trahison et un mensonge aussi gros que lorsqu’on a fait croire à notre peuple que Mohamed 5 est allé sur la lune.
La « MONARCHIE PARLEMENTAIRE » avec la constitution «offerte » en juillet 2011 est UN CRIME CONTRE NOTRE PEUPLE & SA NATION.(...)

J'ai lu récemment quelque part sur Lakome cette brillantissime idée :« L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?»
Cette «option» qui sort je ne sais de quelle cervelle de moineau réaliste et qui semble partager par beaucoup d'intellectuels du Palais est la pire de toutes les "options" qu'on puisse imaginer pour LE MAROC EN CRISE GRAVISSIME DEPUIS AU MOINS LE SAMEDI 30 mars 1912 !....
Cette monarchie pourrie jusqu'à l'os, assassine, viole domiciles & personnes en cet an de grâce 2013 !
Le Palais torture pour son compte et celui de puissances étrangères !
Cette monarchie a vendu la nation dès le XVIII siècle !
Cette monarchie de Lyautey est une honte pour le Maroc et les marocain(e)s !
La maison des Romanov (1613 à 1917), la dynastie des Qing (1644 à 1912) sont mortes et enterrées depuis un siècle !
Et ça fait un siècle qu'un sultan Alaoui a été obligée de faire appel à Lyautey pour sauver son Palais.
Regardez ce que sont devenues la Chine et la Russie qui se trouvaient exactement dans le même état de délabrement que «le Maroc au temps des Sultans» !...
Si les Alaoui avaient voulu octroyer l'habeas corpus, il y a longtemps qu'on l'aurait su ! 
Aucun peuple du monde n'aurait gardé une dynastie qui lui aurait fait ce que les Alaoui ont fait et continuent de faire au Maroc et à ses habitants.
Seul(e)s ceux/celles qui n'ont ni respect ni affection pour notre nation et ses habitants poseraient cette stupide question : « L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?»,
Seul(e)s ceux/celles qui ne sont qu'ambition pour eux-mêmes et qui n'en ont aucune pour le Maroc et ses peuples prêcheraient : « L'option de monarchie parlementaire ne serait-elle pas la plus adéquate pour le Maroc ?».

La « MONARCHIE PARLEMENTAIRE» au Maroc est une trahison et un mensonge aussi gros que lorsqu’on a fait croire à notre peuple que Mohamed 5 est allé sur la lune.
La « MONARCHIE PARLEMENTAIRE » avec la constitution «offerte » en juillet 2011 est UN CRIME CONTRE NOTRE PEUPLE & SA NATION.

À BAS Mohammed VI, l'assassin et tortionnaire des musulman(e)s !
Gloire aux martyrs de 1612 à 2012 ! 
Vive la Confédération marocaine.

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Point de vue des magistrats


L'Association des barreaux du Maroc appelle à la mise en place d'une monarchie parlementaire

Le Roi Mohammed VI


L'association des avocats du royaume, réunie en congrès ce weekend à Saidia, estime nécessaire la mise en place d'un système où le roi règne sans gouverner.
La déclaration finale du vingt-huitième congrès de l'association des barreaux du Maroc, organisé à Saidia les 6, 7 et 8 juin 2013 et qui a réuni un millier d'avocats selon les organisateurs, a appelé à la nécessité d'établir une monarchie parlementaire où le roi règne sans gouverner, et à la répartition des pouvoirs et des richesses dans le cadre d'une régionalisation politique qui garantit le droit collectif à la participation à l'élaboration des décisions politiques, économiques et culturelles.
La déclaration a critiqué la constitution actuelle qu'elle considère comme une constitution qui ne répond pas aux aspirations des citoyens à la liberté, la dignité et la vie décente. Elle a appelé à l'adoption d'une constitution démocratique rédigée par une assemblée constituante élue, qui répond aux aspirations légitimes et justes du peuple marocain.
En ce qui concerne le projet de réforme de la justice, la déclaration a exprimé des craintes à propos de la manière dont il est géré, soulignant que la réforme de la justice est une affaire de toute la société, qui nécessite la participation de tous les acteurs, contrairement à la théâtralisation qui a marqué le soi-disant dialogue national pour la réforme de la  justice.
La déclaration a appelé à établir des règles sérieuses pour un véritable débat national visant à réformer le système de justice, qui assurent la participation de tous les conseils des barreaux du Maroc, soulignant que la volonté politique réelle et la démocratie véritable sont des préalables à la réforme de la justice, qui ne doit pas être influencée par les petits calculs politiciens ou partisans.
Concernant la corruption, la déclaration affirme que cette épidémie a pris des proportions inquiétantes au sein du ministère de la Justice, à tel point qu'il menace sérieusement les droits et intérêts des citoyens et ceux de la nation. Selon l'association des avocats, il n'y a pas d'autre choix que de faire preuve de créativité pour concevoir et mettre en œuvre des mécanismes culturels et juridiques pour promouvoir la transparence, l'efficacité, l'intégrité et la gouvernance au niveau de toutes les composantes du système judiciaire

La monarchie marocaine plus que jamais anti-amazighe..


Au sein de la monarchie marocaine et ses institutions, le mépris est une politique d’État. La reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle n’a pas changé grand chose dans la réalité de tous les jours. Elle ne le changera pas, certainement. La loi organique promise depuis déjà deux ans attend toujours de voir le jour, alors que le PJD, le parti islamiste du chef du gouvernement, prépare une loi pour la protection de la langue arabe, menacée selon lui. Et cette loi aura certainement plus de chance de voir le jour avant la loi organique sur la langue amazighe. Même les engagements pris par des ministères en faveur de l’amazighité semblent inefficaces et sans intérêt.

Deux exemples ayant marqué l’actualité toute récente viennent nous rappeler cette amère réalité.

- Lundi 27 mai, les autorités de la ville de Salé ont retiré par la force un grand nombre de drapeaux amazighs des mains de spectateurs venus assister à un concert donné par le groupe Izenzaren. Les drapeaux ont été confisqués et nombre de militants ont été brutalisés.

Quinze militants ont été arrêtés et conduits dans un poste de police où ils avaient été détenus illégalement durant trois heures, maltraités et insultés. Ils ont subi des injures racistes et dégradantes. Pire, les policiers leurs ont demandé d’aller "brandir le drapeau rouge". Celui du sanguinaire Hubert Lyautey, le premier résident général du protectorat français et responsable de la mort de plusieurs milliers d’Amazighs dans les Atlas.

La police qui aurait affirmé, selon des témoins, obéir à des ordres pour confisquer lesdits drapeaux, a refusé de les rendre aux militants après le concert.


- Récemment encore, le consulat de la monarchie marocaine à Lille a refusé d’enregistrer "Anila", un prénom amazigh. L’on nous dira que ce n’est pas un fait nouveau. Certes, sauf que cette interdiction intervient quelques jours seulement après l’envoi par le ministère de l’intérieur d’une circulaire à tous les bureaux d’état civil, y compris dans les consulats, leur ordonnant d’accepter les prénoms amazighs. Cette circulaire, souligne un site proche des autorités, "signe la fin d’une discrimination subie depuis des années par les familles amazighes".

Si ces lois et circulaires du ministère de l’intérieur semblent inefficaces et inutiles, c’est par ce que le ministre de l’intérieur lui-même s’oppose à ces prénoms. En septembre dernier, le ministre marocain de l’intérieur a affirmé dans une interview accordée au quotidien marocain Al Haraka que les prénoms amazighs "auraient été interdits parce qu’incompréhensibles, étranges ou ont une signification pouvant nuire aux enfants qui les portent" avant d’ajouter : "Franchement, moi-même en tant qu’Amazigh, je ne comprends pas la signification de certains prénoms".

Qu’attendre de plus d’un ministre pareil ?

L. Azergui
Une vidéo de militants à qui ont été confisqués des drapeaux :http://youtu.be/6p8irRLme7k

Non, tous les Marocains ne sont pas contents du roi ! La résistance des habitants de Douar Mika, dans la forêt de Maamora


Milouda et les habitants de Douar Mika se battent pour conserver leurs abris de fortune

A moins d'une cinquantaine de kilomètres de Rabat, les habitants de la forêt de Maamora sont entrés en résistance. Menacés d'expulsion par les autorités après quarante années de vie pour certains, ils se mobilisent. Reportage sur une population en pleine prise de conscience de ses droits fondamentaux.
Le combat a débuté il y a quelques semaines et c’est une certitude, il se poursuivra. Les habitants de la forêt de Maamora ne lâcheront rien. Déterminés, ils envisagent d’ores et déjà de mener la lutte jusqu’au bout comme l’explique Milouda, l’une des doyennes de ce petit peuple: «Beaucoup d’entre nous vivent ici depuis plus de 40 ans. Nous ne possédons rien, juste ces abris. Où iront-nous s’ils démolissent tout? Leurs promesses, nous n‘y croyons pas. Nous avons bien vu, lors des deux précédentes destructions, que personne n’a été relogé! Nous ne les laisserons pas faire!» lance t- elle les poings serrés.
Le 23 mai dernier, au petit matin, elle accompagne le petit cortège composé d’une centaine de personnes, femmes et enfants en tête. Faisant front, ils entourent la petite habitation de Mohamed, l’une des premières baraques inscrites sur la longue liste d’habitations insalubres vouées à la démolition par les autorités marocaines.
Pour l’occasion, les habitants de la forêt ont déployé une banderole rouge frappée de l’étoile verte. Une façon de démontrer à l’Etat, qu’eux aussi sont avant tout, des citoyens marocains. «Regardez quelles sont nos conditions de vie. C’est digne çà? Les droits de l‘Homme au Maroc c’est zéro!», lance un manifestant. Les slogans fusent. «C‘est un pays où il n‘y a rien, ni habitation, ni scolarisation! Nous sommes pauvres, parce qu’ils sont des voleurs!» crient en cœur les manifestants.

Les manifestants de Douar Mika
Le visage buriné barré d’une moustache, Mohamed se tient à proximité. Inquiet, il fait les cents pas devant son habitation. Voilà plus de quarante-cinq ans que ce dernier vit ici, avec sa femme, ses dix enfants et sept petits-enfants. Dans sa bicoque faite d’argile, de plastique et de tôle, il n’y a ni eau courante, ni électricité, pas plus d’évacuation d’égout. Sans emploi, il survit grâce au soutien de ses enfants qui effectuent des petits boulots journaliers. Personne ici n’a été ou est scolarisé, pourtant Mohamed est doué de raison et a bien pris conscience d’une chose: ses droits fondamentaux.
«Nous ne partirons pas, car nos droits ont été bafoués! Nous n’avons jamais reçu aucune convocation de justice. Les procès visant notre expulsion se sont déroulés en notre absence, il n’y avait personne pour nous défendre. Seules les menaces et les intimidations de la part des forces de l’ordre viennent jusqu’à nous, mais nous nous laisserons plus faire. Nous avons désormais un soutien de taille, celui de l’Association marocaine des droits de l‘homme. Les militants présents  aujourd’hui nous donnent de la force, et nous apportent sécurité et espoir, nous ne lâcherons pas!» explique- t-il.

Mohammed et sa famille
Au terme d’un face-à-face rapproché et tendu de plus de deux heures, les autorités accompagnées d’une poignée de militaires ont rebroussé chemin, laissant intacte la maison de Mohamed.
Derrière les applaudissements des manifestants, Mustapha militant des droits de l’Homme temporise : «Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre. C’est un combat difficile, le Makhzen est puissant. Nous devons continuer de faire des pieds et des mains, sans relâche confie-t-il.

Les doyens de Douar Mika
Un peuple banni par les autorités
Six cents familles, soit près de deux mille personnes peuplent la forêt de Maamora. Les habitations, implantées de façon anarchique, sont pour la plupart faites d’argile, de roseaux et de tôle. Les plus sommaires sont un assemblage de bâches plastiques, comme dans le bidonville de Douar Mika.

Dans son rapport publié en mars dernier, la section de l’AMDH à Tiflet détaille les conditions inhumaines dans lesquelles ces citoyens vivent. Dans ces habitations insalubres, dépourvues d’eau et d’électricité, les riverains doivent composer avec d’autres êtres vivants de la forêt; les insectes. Les invasions sont fréquentes, les maladies de peau très nombreuses. L’eau consommée par ces derniers provient d’un puits voisin qui n’a jamais été contrôlé. Au vu du nombre d’enfants malades, l’eau est certainement contaminée.
L’AMDH pointe également du doigt le refus des autorités locales de délivrer des papiers administratifs. De nombreuses familles vivent sans contrat de mariage, beaucoup d’enfants ne sont pas enregistrés à l’état civil et sont privés de scolarité. Depuis le 2 mars dernier, jour du premier démantèlement d’une habitation, l’étau s’est resserré sur les habitants. Les menaces de la part des autorités locales sont devenues quasi-quotidiennes.
Agé de 44 ans, Kebir s’est installé à Douar Mika il y a deux ans avec femme et enfant. Depuis plusieurs semaines il n’arrive plus à trouver le sommeil. «D’ordinaire je travaille au souk, où je vends du thé, du pain et des cigarettes. Mais je n’ose plus sortir, les autorités menacent de détruire nos maisons en notre absence. Je suis contraint comme tous de ne plus aller travailler, je n’ai plus de revenu, je ne tiendrais pas longtemps si cette situation dure» explique-t-il.


Les oubliés de Douar Mika
Initiation à la désobéissance civique
Acculés, les habitants ont pris la décision d’aller à la rencontre des militants de l’AMDH de Tiflet pour demander de l’aide il y a plusieurs semaines. Leur appel au secours a été entendu. Depuis, trois militants les accompagnent, et les conseillent. Mustapha et Mohamed sont même parvenus à convaincre ces derniers d’aller manifester dans le douar voisin de Kamouni.
La mobilisation a été une     réussite. Près de 200 personnes ont osé braver leurs peurs pour se rendre devant le bâtiment de l’Office des eaux et forêt, et autres administrations pour réclamer leurs droits. Une première.
«L’apprentissage est en cours, ils ont encore des soucis, mais ils commencent à prendre conscience de leurs droits, nous sommes sur la bonne voie», explique Mustapha le sourire aux lèvres.
Depuis la dernière mobilisation, les autorités et les forces de l’ordre ne sont plus revenus dans la forêt, alors que la justice avait ordonnée deux démolitions supplémentaires.

 Le calme avant la tempête? Mohamed en est convaincu. «Nous devons être très vigilants, et surtout ne pas baisser la garde. Ils reviendront c’est sûr et à n’importe quel moment», conclue-t-il.
Le 22 mai dernier, une femme a perdu la vie lors du démantèlement d’un bidonville près de Mohammedia. Les autorités avaient informé les habitants que les démolitions commenceraient à 10h du matin, mais contre toute attente, elles sont intervenues quatre heures plus tôt. Une femme qui refusait de quitter sa maison est décédée lors de l’effondrement de celle-ci.

Drame de la précarité au douar bidonvillois "Jamaïqa": 3 personnes ont perdu la vie




Aujourd'hui, samedi 8 juin 2013, 3 citoyens ont perdu leur vie dans des conditions dramatiques.

Le douar n'est pas doté d'eau courante, ni d'égouts...Pour faire leurs besoins, les victimes de la marginalisation, creusent des fosses ... personne n'est là pour donner des conseils. Les autorités locales ne connaissent les gens qu'aux moments des "élections" et des visites officielles.
Aujourd'hui une personne tombe dans une fosse, 5 personnes arrivent pour la secourir....Résultats 3 décès: Redouane (28 ans), son père Abdel Moula (54 ans), Hammouri (58 ans) perdent leur vie. Les 3 autres sont toujours à l'hôpital Moulay Abdellah (Mohammedia).
Selon Abdellah (une trentaine d'années) frère du défunt Redouane et fils du défunt Abd El Moula, qui a joué un rôle important dans le sauvetage des autres personnes, son père et et son frère étaient encore en vie, lorsqu'ils ont été sortis de la fosse, et que lui-même était allé à la caserne des pompiers. On lui aurait déclaré, que c'est un samedi, et qu'ils sont entrain de déjeuner; il est allé voir le caïd qui lui aurait répondu que pour lui ce douar mérite d'être rasé de la carte. 
 Les pompiers finissent par arriver 1h30 plus tard. Nous n'avons pas voulu enregistrer les déclarations des membres de la famille qui étaient dans une situation lamentable et ce, pour leur éviter des tracas avec les autorités. 
L'AMDH et les autres parties concernées par ce drame doivent entreprendre une enquête objective.
Selon moi  la responsabilité de ce drame incombe aux politiques anti-sociales de l'Etat. A Mohammedia, plus de 60 bidonvilles survivent dans la précarité la plus scandaleuse.

Par Ali Fkir, qui a discuté directement avec des membres des familles des victimes et qui ne peut en aucun cas rapporter tout ce qu'il a entendu. Il a été contacté directement par ces membres endeuillés

MA SOLIDARITE

Maroc la face cachée du paradis

Cet après midi (6/6)  à 17h sur TV5Mondes, émission GÉO :

Durée 1h

Une immersion dans la médina de Fès, où les tanneurs-teinturiers défendent leur artisanat. Simohamed El Ouzzani est l'un des derniers tanneurs-teinturiers de Fès. Il travaille inlassablement les peaux de chèvre, à l'affût du moindre défaut. Mais, dans les souks de la médina, on trouve de plus en plus de cuirs importés illégalement de Chine, au grand désarroi des artisans locaux, qui ne redoutent pas tant une chute des prix que la mort de leur savoir-faire.

Réalisé par Thorsten Niemann
Rediffusion samedi 14h