Mais faisons grâce à l’ancienne ministre d’avoir déformé sa propre pensée, puisqu’elle s’est corrigée dans la foulée, précisant : « Il y a deux choses très différentes. Les réfugiés, c’est l’honneur de l’Europe, c’est le devoir de l’Europe, nous avons inventé le droit d’asile, nous devons mieux accueillir ceux qui fuient la guerre et la persécution ; en revanche, s’agissant des migrations économiques illégales, il faut les empêcher. »
Soit rien d’autre que la dichotomie habituelle chez LREM en matière migratoire, rien d’autre que le mantra du chef de l’État dans son duel – celui qu’il met en scène – contre Marine Le Pen et son « populisme » antimigrants.
L’épisode révèle toutefois le degré de confusion qui règne, dans cette campagne, sur le sujet des politiques migratoires. Alors pour s’y retrouver, Mediapart a lu les programmes des principales listes aux européennes, et zoome sur quelques points clés.
- Noyés
Pire : depuis la fin mars, les États membres ont décidé de retirer les navires déployés dans le cadre de l’opération Sophia (visant à lutter contre les trafiquants), qui servaient « accessoirement » à sauver des vies.
À gauche d’En marche, toutes les listes proposent donc, avec des nuances, d’y remédier : EELV veut « créer une flotte de sauvetage européenne », de même que la liste Printemps européen, proche de Benoît Hamon ; La France insoumise (LFI) propose « un corps européen civil », plutôt que militaire ; le PCF songe à « réorienter » l’agence Frontex (aujourd’hui chargée d’aider les pays de l’UE à contrôler leurs frontières extérieures) vers des missions de « sauvetage en mer » ; tandis que la liste menée par Raphaël Glucksmann (Envie d’Europe, avec le PS) imagine de faire appel à Frontex, mais sans le priver de ses autres missions.
La proposition de LR, elle, est plus explicite : « Ramener systématiquement les bateaux de migrants sur les côtes africaines. » On croit comprendre que l’UE devrait s’en charger elle-même – pourquoi donc déléguer ? Pour respecter un minimum le droit international, encore faudrait-il trouver un « port sûr » sur ces « côtes africaines » (la Libye n’en disposant pas, selon l’ONU), ainsi qu’un pays preneur (les États du Maghreb ont tous fait savoir qu’ils n’étaient pas demandeurs à ce stade). Quant au RN et à Nicolas Dupont-Aignan, pas un mot dans leur programme sur ces morts-là.
À vrai dire, il faut attendre la page 7, côté RN, pour que soit abordée la question migratoire – alors que Les Républicains en font leurs vingt premières pages (sous la bannière « Europe Frontière ») et jugent que « les inquiétudes » exprimées par les électeurs de Salvini (en Italie) ou Orbán (en Hongrie) constituent « de salutaires électrochocs ».
- Droit d’asile
Mais toutes les listes jugent urgent que l’UE change les règles fixées par le fameux règlement de Dublin sur l’asile, celui qui rend responsable d’un dossier le premier pays où le demandeur a enregistré ses empreintes (laissant peser l’essentiel de la charge sur les pays d’entrée comme la Grèce ou l’Italie). Changer, mais pour quoi ? Faciliter l’accès à l’asile pour les uns, le compliquer pour les autres. En jouant d’abord sur l’accès au territoire européen.
Sans surprise, LREM prône ainsi la création de « centres d’examen dans les pays [de l’UE] exposés » (soit Malte, l’Italie, la Grèce, etc.), où les migrants sauvés en mer seraient contenus pour être triés, d’où ils seraient expulsés en cas de rejet de leur dossier. Dans le cas de la Grèce en réalité, ces centres ont déjà été mis en place sur cinq îles proches des côtes turques ; ils sont surpeuplés depuis leur création en 2016 et les conditions de vie y sont déplorables.
Cette proposition d’En marche a été adoptée par les Vingt-Huit au Conseil européen de juin 2018 (après la fermeture des ports italiens et la crise de l’Aquarius), mais elle se heurte pour l’instant à l’absence de candidatures de pays pour en accueillir. Dans l’esprit de la liste Renaissance, ce premier filtre n’interdirait pas aux migrants qui réussissent à rallier Lille ou Paris de déposer directement leur dossier en France.
Si on lit le programme de LR à la lettre, il faudrait pourtant. « Les demandes d’asile doivent être traitées en dehors de nos frontières [européennes], en amont », est-il prescrit. En clair : l’Europe devrait externaliser le traitement des demandes d’asile, organiser ce tri dans des pays tiers (comme l’Australie se l’autorise déjà) – une proposition qui fera rosir de plaisir le « groupe de Visegrad » (Hongrie, République tchèque, Pologne, Slovaquie). La liste LR, concrètement, imagine des « centres internationaux d’étude de l’asile », délocalisés « sur la rive sud de la Méditerranée ou au Proche-Orient ».
Un statut de réfugié climatique
- Répartition
- Schengen





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