Le témoignage de Benoît Ducos recueilli par Joël Pruvot livre un regard glaçant sur le "délit de solidarité" qui s'est déroulé ce week-end. Samedi soir, la maraude de deux bénévoles de l'association leur fait croiser le chemin d'une famille de réfugiés au col de Montgenèvre.
Toujours selon le bénévole, les pompiers n'arriveront qu'à 23h sur les lieux. La mère accouchera finalement d'un petit garçon à l'hôpital, par césarienne.
"Le premier bébé des maraudes", écrit Benoît Ducos, qui finira au poste. Quant au père et aux deux enfants, le secouriste assure que c'est à la demande de l'hôpital qu'ils ne seront pas reconduits en Italie, mais ramenés auprès de la mère.
"On a frôlé la catastrophe"
Relayée et dénoncée par l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, cette version des faits comme sa chronologie sont contestées par la préfecture des Hautes-Alpes. "L'action de l'État a été irréprochable et ses agents ne sauraient être mis en cause alors qu'ils ont agi avec humanité, et dans le respect des Lois de la République", a-t-elle répondu via un communiqué diffusé sur Twitter.
À en croire les représentants de l'État, il se serait déroulé moins de trente minutes entre l'arrêt du véhicule par les six personnels de la brigade de surveillance intérieure et l'arrivée de la mère à l'hôpital de Briançon, bien avant 23h. "Moi, à 23h04, j'étais encore arrêté sur le parking avec la mère à l'arrière. Mon téléphone en témoigne: j'ai adressé un message à mon fils", jure Benoît Ducos.
Au-delà des divergences sur le déroulé de la soirée, le secouriste ne revient toujours pas "de ces douaniers qui restent impassibles face à la souffrance de cette femme." S'il ne les met pas en cause personnellement, Benoît Ducos accuse en revanche un système légal en décalage criant avec la gravité de la crise humanitaire qui se déroule sur le territoire français. "La migration, ce n'est pas une croisière en quête d'exotisme. Les douaniers appliquent des consignes sans réfléchir, ce qui fait qu'on aboutit à ce sommet d'absurdité".
5 ans de prison et 30.000 euros d'amende
Les exemples de ce type ne sont pas légion. Ils ne sont toutefois pas exceptionnels à la frontière franco-italienne qui court des Hautes-Alpes aux Alpes-Maritimes. Les associations qui viennent en aide aux migrants dénoncent des "poursuites de migrants en moto-neige", des "reconduites à la frontière de femmes enceintes en pleine nuit", en plus des risques parfois mortels encourus par les réfugiés qui cherchent à accéder au territoire français.
En février, Amnesty International estimait à 27.000 le nombre de réfugiés et migrants renvoyés en Italie entre janvier et juillet, "y compris des mineurs non accompagnés", sans respecter leur droit de demander l'asile en France.
Une situation dénoncée par les associations Tous Migrants (qui a lancé une pétition de soutien) et La Cimade qui ont interpellé Emmanuel Macron et le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb sur "la mise en danger de la vie d'un nouveau né et de sa mère par l'acharnement des contrôles de police". Dans un communiqué le parti Europe-Écologie Les Verts voit dans cette affaire "l'insupportable grand écart devenu la marque de fabrique du président de la République, entre beaux discours humanistes et répression inhumaine".
Une proposition de loi communiste et écologiste propose par ailleurs de supprimer le "délit de solidarité" en modifiant la législation pour ne réprimer que l'aide au passage à but lucratif. Le texte devrait être examiné en mai.
En attendant, Benoît Ducos s'expose théoriquement à la peine dévolue aux passeurs, à savoir un maximum de 30.000 euros d'amende et de 5 ans d'emprisonnement. "Moi, j'ai l'esprit tranquille. Si je ne l'avais pas fait...", confie-t-il. Un rassemblement de soutien est prévu ce mercredi à 9h devant les locaux de la police aux frontières de Montgenèvre.
https://www.huffingtonpost.fr/.../migrants-un-secouriste-poursuivi-pour-avoir-secouru...





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