2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Trumperies. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Trumperies. Afficher tous les articles

mercredi 21 janvier 2026

Un « Conseil de paix » sans droit ni légitimité : le Maroc au service d’une paix factice

 

Victoria G. Corera, NO TE OLVIDES DEL SÁHARA OCCIDENTAL 20/1/2026

Original:  Un «Consejo de paz» sin derecho ni legitimidad: Marruecos y la instrumentalización de la diplomacia 

La diplomatie marocaine a annoncé avec emphase l’acceptation par Mohammed VI de l’invitation de Donald Trump à devenir « membre fondateur » d’un prétendu Conseil de paix. Derrière le vocabulaire consensuel et les références rituelles à la stabilité internationale, se dessine une opération politique sans fondement juridique, révélatrice d’un alignement stratégique assumé et d’un mépris persistant pour le droit international.



Le communiqué officiel présente cette initiative comme une organisation internationale vouée à la résolution des conflits. En réalité, il s’agit d’un mécanisme unilatéral, conçu hors de tout cadre multilatéral reconnu, sans mandat de l’ONU ni légitimité collective. Le principe même d’une participation sur invitation exclusive du président des États-Unis en dit long : ce « Conseil » n’est pas un espace de paix, mais un outil de pouvoir, pensé pour contourner les institutions internationales existantes lorsqu’elles deviennent contraignantes.

L’adhésion enthousiaste du Maroc à ce projet n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une logique d’alignement politique avec Washington, déjà illustrée par la normalisation avec Israël et l’adhésion aux Accords d’Abraham. Sous couvert de coopération et de pragmatisme, Rabat valide une approche où la paix se réduit à des arrangements sécuritaires et à une gestion technocratique des crises, au détriment des droits des peuples concernés.

La prétention à présenter Mohammed VI comme un « acteur de paix incontournable » relève de l’inversion du réel. Le communiqué ne dit mot sur une donnée centrale : le Maroc est une puissance occupante au Sahara occidental, territoire non autonome inscrit sur la liste de l’ONU depuis 1963. Dans les territoires occupés, la répression, les entraves aux libertés fondamentales et le pillage des ressources naturelles sont documentés de longue date. Aucun discours sur la paix ne peut être crédible tant que Rabat refuse le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

La référence finale à la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 apparaît dès lors comme une formule creuse. Cette déclaration de principe, répétée sans effet concret, est en totale contradiction avec l’alignement marocain sur une stratégie américaine qui a systématiquement marginalisé la question palestinienne et vidé le droit international de sa substance. Là encore, le décalage entre les mots et les actes est flagrant.

Ce Conseil de paix n’est ni une avancée diplomatique ni une réponse crédible aux conflits actuels. Il constitue un instrument de communication et de repositionnement géopolitique, destiné à offrir une respectabilité internationale à des politiques qui violent ouvertement le droit. En y participant, le Maroc ne se place pas du côté de la paix, mais de la normalisation de l’injustice.

Tant que l’occupation du Sahara occidental perdurera, et tant que le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui sera nié, aucune posture pacifique ne pourra masquer la réalité. La paix ne se décrète pas dans des communiqués ; elle se construit sur le respect du droit international. Et c’est précisément ce que ce « Conseil » — et ceux qui s’en réclament — s’emploient à contourner.

mardi 20 janvier 2026

The King of Morocco Joins the Trumpesque Board of Peace


SOLIDMAR, January 20, 2026

 

A statement from the Moroccan Ministry of Foreign Affairs announced it on Monday, January 19: «His Majesty the King favorably responds to the invitation of President Donald J. Trump to become a Founding Member of the Board of Peace ». Thus, Mohammed VI joins Javier Milei and a few other rare heads of state willing to pay a one-billion-dollar entry fee to be part of the Trumpesque cupola.

Within the UN order, the Kingdom of Morocco is an integrated subordinate power: a strategic ally of the West, a stable postcolonial state, a cunning user of multilateralism, especially regarding the occupied Western Sahara. The weakening of the UN opens an opportunity for it: fewer binding norms, more direct negotiation (the Trump-style “deals”) with the center of power.

Western Sahara plays a central role: national cement, neutralization of social conflicts, a cross-cutting mobilizing myth. In the Trumpian order, Morocco adopts a passive revolution: no proclaimed rupture, silent adaptation, maximization of short-term gains. A rational calculation, but a risky one: abandoning a weak but lasting hegemony for a strong but contingent domination.

After the UN, a World Without Arbitration?

As with Al Capone after the Saint Valentine's Day Massacre (February 14, 1929), the destruction of collective arbitration (for the Mafia, the Commission of families, the “cupola”; for today's world, the UN) does not produce a stable order, but a period of fragmentation, where force replaces the rule. The Peace Council does not announce a new world order; it signals the end of an old one, without a universalizable successor. For integrated postcolonial states, the danger is clear: what is gained today through personal loyalty can be lost tomorrow, when the godfather disappears and collective arbitration no longer exists. Beware of blowback.

Le Roi du Maroc adhère au Conseil de Paix trumpesque

SOLIDMAR, 20 janvier 2026

 


Un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères l’a annoncé le lundi 19 janvier : « Sa Majesté le Roi répond favorablement à l’invitation du Président Donald J Trump pour devenir Membre Fondateur du Conseil de Paix ». Ainsi Mohammed VI rejoint Javier Milei et quelques rares autres chefs d’État disposés à payer un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour faire partie de la coupole trumpienne.

Dans l’ordre onusien, le royaume du Maroc est une puissance subalterne intégrée : allié stratégique de l’Occident, État postcolonial stable, utilisateur rusé du multilatéralisme, notamment sur la question du Sahara occidental qu’il occupe. L’affaiblissement de l’ONU lui ouvre une opportunité : moins de normes contraignantes, plus de négociation directe (les « deals à la Trump ») avec le centre de pouvoir.

Le Sahara occidental joue un rôle central : ciment national, neutralisation des conflits sociaux, mythe mobilisateur transversal. Dans l’ordre trumpien, le Maroc adopte une révolution passive : pas de rupture proclamée, adaptation silencieuse, maximisation des gains à court terme. Calcul rationnel, mais risqué : abandonner une hégémonie faible mais durable pour une domination forte mais contingente.

Après l’ONU, un monde sans arbitrage ?

Comme pour Al Capone après le massacre de la Saint-Valentin (14 février 1929), la destruction de l’arbitrage collectif (pour la Mafia, la Commission des familles, la « coupole » ; pour le monde d’aujourd’hui, l’ONU) ne produit pas un ordre stable, mais une période de fragmentation, où la force remplace la règle. Le Conseil de la paix n’annonce pas un nouvel ordre mondial ; il signale la fin d’un ancien, sans successeur universalisable. Pour les États postcoloniaux intégrés, le danger est clair : ce que l’on gagne aujourd’hui par loyauté personnelle peut être perdu demain, lorsque le parrain disparaît et que l’arbitrage collectif n’existe plus. Attention aux retours de bâton.

samedi 17 janvier 2026

Why Morocco, Mr. Trump?

Sabrina El Faiz, actumaroc, 16/1/2026
Translated by SOLIDMAR


This isn’t the 1990s anymore.
And Casablanca is no longer black and white.

But Donald Trump seems stuck in a fantasy — a world where America reigns alone, China and Russia haven’t risen, and Africa exists only as a backdrop of poverty and desperation.

In Trump’s imagination, Africa is a continent on the run. Everyone is supposedly trying to flee. Morocco, in this outdated vision, becomes a giant holding pen for migrants, waiting to flood the United States with green-card seekers.

That fantasy is wrong.

Moroccans today don’t leave home clutching a suitcase and hope. When they move, they do so with degrees, job contracts, university admissions, and in-demand skills. They don’t emigrate to survive. They relocate to advance.

Yet Trump lumps Morocco together with 25 other African countries and freezes immigration visas — as if Moroccans were lining up to cross the Atlantic and beg for entry. As if Morocco were some security threat. As if reality didn’t matter.

Here’s the inconvenient truth: Morocco has never been a major source of immigration to the United States. Our migration flows point elsewhere — Europe first, Canada increasingly. America is not the promised land it imagines itself to be.

So why Morocco?

Because Trump doesn’t see countries — he sees stereotypes. Because Africa, in his worldview, is frozen in misery. Because reflex beats facts every time.

Trump can slam the door as hard as he wants.
Morocco wasn’t knocking.


Trump, pourquoi le Maroc ?

Sabrina El Faiz, actumaroc, 16/1/2026


On ne vit plus dans les années 90 et Casablanca n’est plus en noir et blanc. Mais Trump semble déterminé à ramener le monde à cette période. L’époque glorieuse des USA, quand le monde ignorait encore le futur bondissement de la Chine et de la Russie. En ouvrant ses volets le matin, Trump ce qu’il veut voir, c’est un continent pauvre où les Africains rêvent tous de s’enfuir vers l’Amérique en pagaille, où le Maroc serait un gigantesque sas migratoire prêt à déverser des milliers de candidats sur la terre promise.

Alors on va éclaircir un point. Les Marocains d’aujourd’hui ne partent plus errer vers « un meilleur lendemain » avec une valise en cuir et trois adresses griffonnées. S’ils partent, c’est avec des diplômes, des offres d’emploi, des admissions universitaires, des compétences qui valent plus cher que les crises de Trump. Le Marocain n’émigre plus pour survivre, il part pour évoluer.

Et pourtant, voilà que Trump décide de geler les visas d’immigration pour 26 pays africains, Maroc compris. Comme si le pays regorgeait de candidats prêts à traverser l’Atlantique pour aller quémander la green card. Ce n’est pas comme s’il s’agissait du pays le plus sûr au monde niveau sécurité !

Le Maroc n’a jamais été un fournisseur massif d’immigrants pour les États-Unis. Nos flux se dirigent plutôt vers l’Europe et de plus en plus vers le Canada. En arabe « chkoun li daha fik a Trump ? »

Alors pourquoi nous mettre dans cette liste ? Par réflexe pavlovien ! Par ignorance crasse des réalités africaines. Parce que dans la tête de Trump, l’Afrique est une caricature de pauvreté.

Trump peut bien fermer la porte, le Maroc ne la forçait pas à la base !




lundi 10 novembre 2025

Comment Trump et la Suède ont bradé le Sahara occidental
La fin d’un demi-siècle de principes ?

 

Un reportage de “Konflikt”, Sveriges Radio (7 novembre  2025)

Réalisation : Viktor Löfgren
Production : Anja Sahlberg
Son : Fabian Begnert

Transcription et traduction : Solidarité Maroc
Versión española 
النسخة العربية  

Une grande partie du monde d'en haut, Donald Trump en tête, semble donner raison au Maroc concernant le Sahara occidental occupé. Le droit international est-il en train de s'effondrer ?

La Suède, jadis défenseure du droit international, infléchit sa position sur le Sahara occidental. Une volte-face symbolique, au moment où l’ONU reconnaît la proposition marocaine d’autonomie. Un basculement mondial raconté par “Konflikt” (Sveriges Radio/Radio Suède).

Participants : John Bolton, diplomate usaméricain et ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Sara Yerkes, analyste au sein du groupe de réflexion usaméricain Carnegie, Manuel Devers, juriste français qui a porté devant la Cour de justice de l'Union européenne les affaires relatives à l'accord commercial entre l'UE et le Maroc, Erik Hagen, de Western Sahara Resource Watch, Jytte Guteland, députée social-démocrate membre de la commission des affaires européennes, Senia Bachir, représentant du Polisario en Suède, Mouaad Joumani, militant pro-marocain qui fait pression en faveur du plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, Dahar Rahmouni, militant sahraoui.
Le gouvernement suédois et le ministre du Commerce Benjamin Dousa sont vivement critiqués dans cet épisode. Pendant deux semaines, Konflikt a tenté à plusieurs reprises d'obtenir une interview afin que le ministre puisse répondre aux critiques et clarifier le raisonnement du gouvernement, mais le ministre a refusé l'interview.



Au Parlement, l’homme aux mille courriels

Chaque semaine, les députés suédois voient le même nom s’afficher dans leurs boîtes mail : Mouaad Joumani. Toujours le même ton, la même conviction : « La vérité doit éclater sur le Sahara occidental. »

Pour cet habitant de Göteborg, le Sahara occidental — ce territoire désertique au sud du Maroc, bordé par l’Atlantique — n’est pas une colonie, mais une partie intégrante du Maroc. Une affirmation pourtant contredite par plusieurs décisions de la Cour internationale de Justice.

Longtemps marginal, son discours trouve désormais des échos jusque dans les couloirs du pouvoir. En octobre 2025, la Suède et plusieurs États occidentaux semblent prêts à reconsidérer la question sahraouie. Et, à New York, le Conseil de sécurité s’apprête à franchir un pas inédit : reconnaître le plan marocain d’autonomie comme « la solution la plus réaliste ».

Un peuple exilé, deux réalités

Pour comprendre cette bascule, la journaliste Anja Salberg s’est rendue dans les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie. Près de cent mille personnes y survivent depuis 1975, année où le Maroc a annexé le territoire après le retrait espagnol.

« Je me souviens de la chaleur du jour, du froid de la nuit. Les camps sont devenus des villes de sable, dépendantes de l’aide internationale », raconte-t-elle. En 2010, elle s’est aventurée à El-Ayoun, capitale officieuse du Sahara occidental occupé. Sous étroite surveillance marocaine, elle y rencontre Dahar Rahmouni, militant torturé pour ses convictions. « Je ne me suis jamais senti libre, jamais en sécurité. Toujours surveillé. »

Aujourd’hui encore, les Sahraouis vivent entre exil et contrôle. Les uns, dans les camps d’Algérie. Les autres, sous administration marocaine.Et depuis cinquante ans, la promesse d’un référendum reste lettre morte.

La Suède, d’un phare moral à un pragmatisme assumé

Durant ces décennies, la Suède a incarné une conscience internationale. Dans les institutions européennes, elle défendait la légalité contre la puissance. « La Suède a été un phare de principes en Europe », explique Erik Hagen, du réseau Western Sahara Resource Watch. « Même face aux grandes puissances, elle rappelait la primauté du droit. » Mais à l’automne 2025, ce phare vacille. Le pays qui plaidait hier pour  l’autodétermination des Sahraouis vote en faveur d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Maroc — incluant pourtant le Sahara occidental.

De la Marche verte à l’ère Trump : le monde à l’envers

En 1975, le roi Hassan II appelle les Marocains à marcher vers le Sahara occidental : la Marche verte. Une démonstration de force contraire à un avis de la Cour internationale de Justice, qui venait d’affirmer que le territoire n’appartenait pas au Maroc. L’Espagne se retire, le Maroc s’installe. Le mouvement Polisario prend les armes. Une guerre de seize ans s’ensuit, jusqu’au cessez-le-feu de 1991 — accompagné d’une promesse de référendum, jamais tenue. Trente ans plus tard, les équilibres se déplacent.
Sous Donald Trump, les USA reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation entre Rabat et Israël dans les Accords d’Abraham.  L’ancien diplomate John Bolton résume avec amertume : « Les Marocains ont joué un coup de maître. Trump voulait un trophée diplomatique avant de partir. »

L’Europe, entre droit et commerce

En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne juge que les accords commerciaux avec le Maroc violent le droit international. Mais un an plus tard, Bruxelles introduit un mécanisme de contrôle censé contourner le problème. La Suède, jadis opposée à tout compromis, approuve cette nouvelle version.

Jytte Guteland, députée sociale-démocrate, s’insurge : « Comment condamner l’invasion de l’Ukraine et légitimer celle du Sahara occidental ? »

Le gouvernement, par la voix du ministre du commerce Benjamin Dousa, répond par un communiqué prudent : « Nous prenons en compte la complexité du dossier et les nouvelles garanties européennes. »

Quand la loi dit non

À Stockholm, l’avocat Manuel Devers, représentant du Front Polisario à la Cour de justice de l’UE, démonte cette justification : « L’Union prétend marquer l’origine des produits “marocains” alors qu’ils viennent du Sahara occidental. C’est une violation flagrante du droit. » Pour lui, seul le Polisario, reconnu par l’ONU, peut donner son consentement. Il annonce de nouveaux recours, dénonçant une « politique du faux-semblant » : « Si l’Europe ne respecte plus ses propres règles, elle sape sa crédibilité et celle du droit international. »

Un autre visage de la Suède

À Stockholm, Senia Bashir, représentante du Polisario, rentre d’une visite dans les camps de Tindouf. Elle a grandi là-bas. « Dans les années 1980, les vêtements envoyés de Suède arrivaient avec des cartes et des mots d’amitié. Pour nous, la Suède symbolisait la solidarité. » Mais cette fois, c’est une autre nouvelle qu’elle a dû annoncer : « La Suède nous a tourné le dos. »

Le récit marocain

De son côté, Mouaad Joumani se réjouit. « Ce n’est pas une colonie. Le Maroc construit, investit, crée des emplois. Huit milliards de dollars pour développer la région. » Il défend la proposition d’autonomie marocaine, comparable à celle de la Catalogne : autogestion locale sous souveraineté nationale. « C’est la seule voie réaliste », affirme-t-il.  Le Polisario rejette ce modèle : pour lui, seul un référendum peut trancher entre indépendance et intégration.

L’ONU enterre le rêve sahraoui

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité adopte une résolution historique :
le plan marocain est désormais la « solution la plus réalisable ».
La Chine et la Russie s’abstiennent, les USA, la France et la plupart des Européens votent pour. Sarah Jerkes, analyste au Carnegie Endowment, explique : « Depuis Trump, de nombreux pays ont suivi sans aller jusqu’à la reconnaissance complète. L’idée d’un État sahraoui indépendant est morte. » Elle reconnaît, non sans malaise : « Le droit international est devenu secondaire. Je ne sais pas comment le réparer. » Mais elle plaide pour une autonomie solide, assortie de droits politiques et de garanties sur les ressources. « En 2025, c’est la seule issue praticable. »

Deux réalités, un même silence

À El-Ayoun, Mouaad Joumani filme les festivités du cinquantenaire de la Marche verte. Les rues sont décorées de drapeaux rouges à l’étoile verte. « Ce n’est pas seulement une fête, écrit-il. C’est de la fierté, de l’amour. La ville vibre. »Au même moment, Dahar Rahmouni, l’activiste sahraoui rencontré quinze ans plus tôt, envoie un message vocal depuis la clandestinité : « Rien n’a changé. Nous vivons sous surveillance, arrêtés sans raison. Le monde ne s’intéresse qu’à nos ressources, pas à nos droits. » Puis il ajoute : « J’espère que le monde ne tournera pas complètement le dos au droit international. »

Un monde qui bascule

Cinquante ans après la Marche verte, le Sahara occidental reste à la croisée des chemins. Un territoire figé entre droit et puissance, entre promesse et abandon. La Suède, longtemps symbole de cohérence morale, a rejoint le camp du réalisme politique. Et dans ce virage du monde, le droit international semble, une fois encore, céder sous le poids de la force.

 

mercredi 1 octobre 2025

Plan de paix pour Gaza : entre le bâton et la carotte empoisonnée

 Víctor de Currea-Lugo, 1/10/2025
Traduit par Tlaxcala

Víctor de Currea-Lugo (Bogotá, 1967) est médecin, enseignant, journaliste, écrivain et photographe. Il est actuellement (2025) conseiller pour les affaires du Moyen-Orient auprès du président colombien Gustavo Petro. https://victordecurrealugo.com        


Le plan de paix [lire ici] que proposent Israël et les USA pour Gaza n’est pas seulement un piège, il répète aussi les erreurs du passé, qui n’ont précisément pas conduit à la paix.

    1. La résistance est réduite au terrorisme et le terrorisme est réduit à ce que fait le Hamas ; il n’y a aucune mention du terrorisme d’Israël. Dans ce contexte, il n’y a ni génocide, ni occupation.
    2. Les limites du retrait des troupes israéliennes ne sont pas claires et, si l’on tient compte des déclarations de Netanyahou après le lancement de la proposition, un tel retrait n’aura pas lieu.
    3. Il n’est pas fait mention des plus de 10 000 Palestiniens détenus illégalement. Et, comme dans d’autres propositions antérieures, on impose d’abord des devoirs à l’occupé plutôt qu’à l’occupant.
    4. Israël libérerait moins de 15 % des personnes qu’il a détenues depuis octobre 2023. La formulation reconnaît qu’il détient des mineurs.
    5. Il propose la reddition du Hamas. En d’autres termes, il tente de gagner à la table ce qu’il n’a pas réussi sur le champ de bataille. Israël a échoué militairement.
    6. Il subordonne la fourniture d’aide humanitaire à la reddition du Hamas. L’humanitaire est, par définition, inconditionnel. Soutenir cela revient à soutenir l’usage de la faim comme stratégie de guerre.
    7. L’autodétermination des Gazaouis n’est même pas insinuée. La proposition d’un « gouvernement apolitique » est une contradiction dans les termes. De plus, un gouvernement dirigé par Trump et Tony Blair n’est pas une garantie. Le projet soumet l’Autorité palestinienne (AP) à une réforme imposée de l’extérieur qui vise à « attirer des investisseurs ». Lisez : annexer le néolibéralisme au génocide.
    8. On dit que personne ne sera forcé à partir, ni interdit de revenir. Les réfugiés de 1948 attendent encore qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU et les laisse revenir. La constante d’Israël est la déportation.
    9. Le Hamas est plus qu’une simple milice ; l’exclure de l’avenir de Gaza est à la fois naïf et pervers. C’est ne pas reconnaître ce qu’est le Hamas. On projette également une Gaza démilitarisée, ce qui est incompatible avec l’idée d’un État palestinien souverain.
    10. Le danger régional présenté dans la proposition est le Hamas, alors qu’il n’a bombardé ni le Liban, ni le Yémen, ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran, ni le Qatar.
    11. Le retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza répète la formule échouée des Accords d’Oslo. Quelle marge y a-t-il pour croire Israël ? De plus, on réduit Gaza et on exclut la Cisjordanie et Jérusalem-Est de la discussion.
    12. Si le Hamas n’accepte pas, alors l’armée israélienne délègue ses tâches aux forces internationales de stabilisation. Autrement dit, il est certain que l’agenda politique de cette force proposée suivra l’agenda israélien.
    13. On parle de la paix comme d’une abstraction, de préférence sans mentionner Jérusalem, le mur ni les colonies. Mais on appelle cela un “plan de paix”.
Dessin de Piet, France

Plan de paix, au-delà d’une liste de courses

Le plan, dans son ensemble, comporte plusieurs erreurs de fond :

    • Il maintient une lecture selon laquelle Gaza est une chose et la Cisjordanie en est une autre ; par conséquent, toute allusion à l’unité palestinienne ou à son autodétermination est une déclaration vide.
    • Ce projet démasque complètement la tendance croissante à reconnaître l’État de Palestine et montre que cette reconnaissance était vide de contenu. Tous les pays qui, à la dernière minute, voulaient reconnaître la Palestine, se plient désormais à un plan qui ne reconnaît pas la Palestine.
    • La reconnaissance de l’État palestinien n’est pas perçue comme un droit légitime d’un peuple occupé mais comme une carte de négociation sur la table : soit c’est un mensonge soit ça se retire selon les convenances politiques.
    • Rappelons qu’en 1982, la communauté internationale a offert, par le biais de l’ONU, aux milices palestiniennes de quitter les camps de réfugiés de Beyrouth, en s’engageant à respecter la vie des civils. Et quelques semaines plus tard, il y eut le génocide de Sabra et Chatila. Demande-t-on encore aux Palestiniens de croire que la communauté internationale va les protéger ?
    • Confier le gouvernement de Gaza à un représentant des élites anglaises actuelles (descendantes de celles qui ont soutenu la création de l’État d’Israël) et au président des USA qui soutient un génocide est tout simplement indéfendable. L’opinion des Palestiniens en général et des Gazaouis en particulier ne compte pas.
    • Les accords d’Oslo ont beaucoup enseigné sur ce qu’il ne faut pas faire : confondre les minima de départ avec le point d’arrivée, signer pour ne pas appliquer, mettre les devoirs de la victime avant ceux du bourreau, croire en la communauté internationale comme sauvegarde et négocier en laissant de côté tout ce qui relève du droit international. Ainsi, l’échec semble garanti.

P.S. : Les opinions exprimées dans cet article sont exclusivement celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de l’institution pour laquelle il travaille. L’auteur est le conseiller pour les affaires du Moyen-Orient du président colombien.