2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 10 novembre 2025

Comment Trump et la Suède ont bradé le Sahara occidental
La fin d’un demi-siècle de principes ?

 

Un reportage de “Konflikt”, Sveriges Radio (7 novembre  2025)

Réalisation : Viktor Löfgren
Production : Anja Sahlberg
Son : Fabian Begnert

Transcription et traduction : Solidarité Maroc
Versión española 
النسخة العربية  

Une grande partie du monde d'en haut, Donald Trump en tête, semble donner raison au Maroc concernant le Sahara occidental occupé. Le droit international est-il en train de s'effondrer ?

La Suède, jadis défenseure du droit international, infléchit sa position sur le Sahara occidental. Une volte-face symbolique, au moment où l’ONU reconnaît la proposition marocaine d’autonomie. Un basculement mondial raconté par “Konflikt” (Sveriges Radio/Radio Suède).

Participants : John Bolton, diplomate usaméricain et ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Sara Yerkes, analyste au sein du groupe de réflexion usaméricain Carnegie, Manuel Devers, juriste français qui a porté devant la Cour de justice de l'Union européenne les affaires relatives à l'accord commercial entre l'UE et le Maroc, Erik Hagen, de Western Sahara Resource Watch, Jytte Guteland, députée social-démocrate membre de la commission des affaires européennes, Senia Bachir, représentant du Polisario en Suède, Mouaad Joumani, militant pro-marocain qui fait pression en faveur du plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, Dahar Rahmouni, militant sahraoui.
Le gouvernement suédois et le ministre du Commerce Benjamin Dousa sont vivement critiqués dans cet épisode. Pendant deux semaines, Konflikt a tenté à plusieurs reprises d'obtenir une interview afin que le ministre puisse répondre aux critiques et clarifier le raisonnement du gouvernement, mais le ministre a refusé l'interview.



Au Parlement, l’homme aux mille courriels

Chaque semaine, les députés suédois voient le même nom s’afficher dans leurs boîtes mail : Mouaad Joumani. Toujours le même ton, la même conviction : « La vérité doit éclater sur le Sahara occidental. »

Pour cet habitant de Göteborg, le Sahara occidental — ce territoire désertique au sud du Maroc, bordé par l’Atlantique — n’est pas une colonie, mais une partie intégrante du Maroc. Une affirmation pourtant contredite par plusieurs décisions de la Cour internationale de Justice.

Longtemps marginal, son discours trouve désormais des échos jusque dans les couloirs du pouvoir. En octobre 2025, la Suède et plusieurs États occidentaux semblent prêts à reconsidérer la question sahraouie. Et, à New York, le Conseil de sécurité s’apprête à franchir un pas inédit : reconnaître le plan marocain d’autonomie comme « la solution la plus réaliste ».

Un peuple exilé, deux réalités

Pour comprendre cette bascule, la journaliste Anja Salberg s’est rendue dans les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie. Près de cent mille personnes y survivent depuis 1975, année où le Maroc a annexé le territoire après le retrait espagnol.

« Je me souviens de la chaleur du jour, du froid de la nuit. Les camps sont devenus des villes de sable, dépendantes de l’aide internationale », raconte-t-elle. En 2010, elle s’est aventurée à El-Ayoun, capitale officieuse du Sahara occidental occupé. Sous étroite surveillance marocaine, elle y rencontre Dahar Rahmouni, militant torturé pour ses convictions. « Je ne me suis jamais senti libre, jamais en sécurité. Toujours surveillé. »

Aujourd’hui encore, les Sahraouis vivent entre exil et contrôle. Les uns, dans les camps d’Algérie. Les autres, sous administration marocaine.Et depuis cinquante ans, la promesse d’un référendum reste lettre morte.

La Suède, d’un phare moral à un pragmatisme assumé

Durant ces décennies, la Suède a incarné une conscience internationale. Dans les institutions européennes, elle défendait la légalité contre la puissance. « La Suède a été un phare de principes en Europe », explique Erik Hagen, du réseau Western Sahara Resource Watch. « Même face aux grandes puissances, elle rappelait la primauté du droit. » Mais à l’automne 2025, ce phare vacille. Le pays qui plaidait hier pour  l’autodétermination des Sahraouis vote en faveur d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Maroc — incluant pourtant le Sahara occidental.

De la Marche verte à l’ère Trump : le monde à l’envers

En 1975, le roi Hassan II appelle les Marocains à marcher vers le Sahara occidental : la Marche verte. Une démonstration de force contraire à un avis de la Cour internationale de Justice, qui venait d’affirmer que le territoire n’appartenait pas au Maroc. L’Espagne se retire, le Maroc s’installe. Le mouvement Polisario prend les armes. Une guerre de seize ans s’ensuit, jusqu’au cessez-le-feu de 1991 — accompagné d’une promesse de référendum, jamais tenue. Trente ans plus tard, les équilibres se déplacent.
Sous Donald Trump, les USA reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation entre Rabat et Israël dans les Accords d’Abraham.  L’ancien diplomate John Bolton résume avec amertume : « Les Marocains ont joué un coup de maître. Trump voulait un trophée diplomatique avant de partir. »

L’Europe, entre droit et commerce

En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne juge que les accords commerciaux avec le Maroc violent le droit international. Mais un an plus tard, Bruxelles introduit un mécanisme de contrôle censé contourner le problème. La Suède, jadis opposée à tout compromis, approuve cette nouvelle version.

Jytte Guteland, députée sociale-démocrate, s’insurge : « Comment condamner l’invasion de l’Ukraine et légitimer celle du Sahara occidental ? »

Le gouvernement, par la voix du ministre du commerce Benjamin Dousa, répond par un communiqué prudent : « Nous prenons en compte la complexité du dossier et les nouvelles garanties européennes. »

Quand la loi dit non

À Stockholm, l’avocat Manuel Devers, représentant du Front Polisario à la Cour de justice de l’UE, démonte cette justification : « L’Union prétend marquer l’origine des produits “marocains” alors qu’ils viennent du Sahara occidental. C’est une violation flagrante du droit. » Pour lui, seul le Polisario, reconnu par l’ONU, peut donner son consentement. Il annonce de nouveaux recours, dénonçant une « politique du faux-semblant » : « Si l’Europe ne respecte plus ses propres règles, elle sape sa crédibilité et celle du droit international. »

Un autre visage de la Suède

À Stockholm, Senia Bashir, représentante du Polisario, rentre d’une visite dans les camps de Tindouf. Elle a grandi là-bas. « Dans les années 1980, les vêtements envoyés de Suède arrivaient avec des cartes et des mots d’amitié. Pour nous, la Suède symbolisait la solidarité. » Mais cette fois, c’est une autre nouvelle qu’elle a dû annoncer : « La Suède nous a tourné le dos. »

Le récit marocain

De son côté, Mouaad Joumani se réjouit. « Ce n’est pas une colonie. Le Maroc construit, investit, crée des emplois. Huit milliards de dollars pour développer la région. » Il défend la proposition d’autonomie marocaine, comparable à celle de la Catalogne : autogestion locale sous souveraineté nationale. « C’est la seule voie réaliste », affirme-t-il.  Le Polisario rejette ce modèle : pour lui, seul un référendum peut trancher entre indépendance et intégration.

L’ONU enterre le rêve sahraoui

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité adopte une résolution historique :
le plan marocain est désormais la « solution la plus réalisable ».
La Chine et la Russie s’abstiennent, les USA, la France et la plupart des Européens votent pour. Sarah Jerkes, analyste au Carnegie Endowment, explique : « Depuis Trump, de nombreux pays ont suivi sans aller jusqu’à la reconnaissance complète. L’idée d’un État sahraoui indépendant est morte. » Elle reconnaît, non sans malaise : « Le droit international est devenu secondaire. Je ne sais pas comment le réparer. » Mais elle plaide pour une autonomie solide, assortie de droits politiques et de garanties sur les ressources. « En 2025, c’est la seule issue praticable. »

Deux réalités, un même silence

À El-Ayoun, Mouaad Joumani filme les festivités du cinquantenaire de la Marche verte. Les rues sont décorées de drapeaux rouges à l’étoile verte. « Ce n’est pas seulement une fête, écrit-il. C’est de la fierté, de l’amour. La ville vibre. »Au même moment, Dahar Rahmouni, l’activiste sahraoui rencontré quinze ans plus tôt, envoie un message vocal depuis la clandestinité : « Rien n’a changé. Nous vivons sous surveillance, arrêtés sans raison. Le monde ne s’intéresse qu’à nos ressources, pas à nos droits. » Puis il ajoute : « J’espère que le monde ne tournera pas complètement le dos au droit international. »

Un monde qui bascule

Cinquante ans après la Marche verte, le Sahara occidental reste à la croisée des chemins. Un territoire figé entre droit et puissance, entre promesse et abandon. La Suède, longtemps symbole de cohérence morale, a rejoint le camp du réalisme politique. Et dans ce virage du monde, le droit international semble, une fois encore, céder sous le poids de la force.

 

jeudi 6 novembre 2025

لماذا لا ينبغي التركيز على "الربع الفارغ" من كأس قرار مجلس الأمن الأخير؟
Pourquoi ne faut-il pas se concentrer sur le « quart vide » de la dernière résolution du Conseil de sécurité ?


Traduction française ci-dessous après l’original arabe
Versión española aquí


 Oubi Bouchraya @oubibachir, 3/11/2025

1.      كما يحدث بعد كل قرار دولي يتعلق بقضية #الصحراء_الغربية ، ينبري الاحتلال منذ الوهلة الأولى في مباشرة مجهود دعائي ضخم لفرض تأويله، وإبراز العناصر الكبرى لسرديته NARRATIVES على المستوى الداخلي والخارجي. القرار 2797 لم يكن إستثناء، فقد انبرت الآلة الدعائية المغربية، منذ تسريب المسودة الأولى إلى دق طبول "حسم الملف" ورفع رايات النصر، لتفضي إلى السيناريو المحضر سلفا، والذي بدأ بخطاب ملك المغرب وانتهى ب"إخراج" الآلاف إلى للاحتفال، في مشهد أقرب ما يكون لتمرين "تضليلي" في "بيع جلد الدب قبل اصطياده". الهدف هو وضع أركان سردية مغالطة بناء على تأويل خاطئ، أو على الأقل غير دقيق، لمواصلة التملص من الالتزام الدولي بالحل السلمي على أساس القانون والشرعية الدولية. 2. في الضفة المقابلة، عند الشعب الصحراوي تبرز العديد من الأصوات، دون وعي، لتُعزز تلك السردية من خلال التركيز وإمعان النظر في الربع الفارغ من كأس القرار المتعلق بالدعوة "إلى مفاوضات مباشرة على أساس مقترح #المغرب "، وصرفه عن الأرباع الثلاثة الممتلئة الأخرى، وهي: أولا: "حق الشعب الصحراوي في تقرير المصير وفقا لمبادئ وميثاق #الأمم_المتحدة "، باعتباره الهدف النهائي لعملية تصفية الاستعمار وتحديد الوضع النهائي للإقليم فيما يتعلق بالسيادة، والتي رفض المجلس مسعى المسودة الأولى الهادف إلى منحها للمغرب.

2.      ثانيا: "إطار التفاوض ليس حصريا على مقترح المغرب" و"الذي قد لا يقود إلى الحل النهائي" كما كانت تريد المسودة الأولى، حيث أكد القرار على ضرورة التفتح على المقترحات الأخرى، في إشارة ضمنية واضحة إلي المقترح الصحراوي بهدف التوصل إلى حل متفق عليه بين طرفي النزاع، وهو ما يعني أن نفس حق الفيتو الذي يمتلكه المغرب تمتلكه جبهة البوليساريو أيضا. ثالثا: إطار الوساطة يبقى في الأمم المتحدة، وبيد أمينها العام ومبعوثه الشخصي وبعثتها #مينورسو التي تم تمديد مأموريتها لعام كامل، خلافا ل3 اشهر الواردة في المسودة الصفر، والتي كانت تتماشى مع مقاربة "خنق" و"تصفية القضية" قبل 31 يناير 2026. التركيز على الاطار يأتي لقطع الطريق أمام محاولة بعض القوى اختطاف المسار وتصريفه بناء على مواقفها المؤيدة للاحتلال.

3.      . تلك هي العناصر الأبرز التي ينبغي، بل يجب على #الشعب_الصحراوي رسميا وشعبيا، الدفع بها في تأويل القرار والتأسيس للسردية الصحراوية فيما يتعلق به. لا أحد يريد المغالطة بإدعاء انتصار غير موجود. لكن، في المقابل، ليس من المقبول أن نسقط في فخ إعادة إنتاج عناصر السردية المغربية، التي تهدف إلى بيع "انتصار وهمي" للرأي العام المغربي في سياق التصدعات الداخلية التي تركها زلزال جيل Z، وكذا تحديات انتقال السلطة وهزات التطبيع الارتدادية. كما تهدف أيضا إلى جعل الشعب الصحراوي يتجرع "سم هزيمة وهمية"، والرهان على ما يترتب عنها من انهزامية، ستكون كفيلة بشل قدرة الجسم الوطني على رفع التحدي لاستكمال ما تبقى من المسيرة.

4.      . يكفي فقط أن نقارن، ولو على عجالة، بين نص المسودة الأولى والقرار ، لنعرف حجم الخسارة التي مني بها المغرب وحلفاؤه؛ من "تصور متغطرس بالقفز على القانون وإخضاع المجلس للأجندات الوطنية ومصادرة الحق وتسليم الأرض في 3 أشهر"، إلى "الإقرار بالحق في تقرير المصير، والدعوة للتفاوض بشكل غير حصري أو إقصائي، وجعل الأمم المتحدة الإطار السياسي والإجرائي للعملية". لقد أتى المغرب 2025 ليقبض "الثمن المؤجل" للتطبيع ديسمبر 2020، ولم يقبض سوى "تأجيل المؤجل أصلا، وربما أبدا".

5.      . "رب ضارة نافعة"، إذ أن الجدل ورفض غالبية أعضاء المجلس للمسودة الأولى، وفرض تعديلات جوهرية، يكون قد كرس الانطباع لدى حاملة القلم ولدى فرنسا، أن "رياضة" القفز على القانون الدولي قد لا تكون ناجعة ولا ناجحة في جميع الحالات، وأنها محفوفة بالمخاطر في الصحراء الغربية، وأن النزاع وإن كان "هامشيا" ضمن المشهد الدولي الساخن اليوم، إلا أنه مركزي في ما يتعلق بالقانون والشرعية الدولية. إمتناع عضوين دائمين هو فيتو مؤجل في أفق المواعيد القادمة.

6.      . الديناميكية الجديدة تعطي للشعب الصحراوي وللبوليساريو القاعدة والثقة الكافيتين لمواجهات المواعيد القادمة، بما فيها المفاوضات المباشرة، في وضع أقل ما يقال عنه أنه مقبول. لكن "القاعدة القانونية القوية" آيلة إلى التآكل حتما إذا لم يتم دعمها بمجهود وطني استثنائي من أجل بناء القوة الذاتية وتفعيل جبهات الفعل الوطني الكبرى وضمان تناغمها لخلق الفارق المطلوب. عملية ينبغي أن تتم بالرزانة والذكاء المطلوبين دون شطط ولا مزايدة، لأن أكثر الأدوية ضررا بصحة القضية الصحراوية في هذا الظرف الخطير والمعقد الذي يمر به العالم هو "الشعبوية"؛ جرعة زائدة منها قد تكون قاتلة بالفعل.

Pourquoi ne faut-il pas se concentrer sur le « quart vide » de la dernière résolution du Conseil de sécurité ?

Oubi Bouchraya @oubibachir, 3/11/2025

1.      Comme cela arrive après chaque décision internationale concernant la question du #Sahara_occidental, l’occupant se lance dès la première heure dans un énorme effort de propagande pour imposer son interprétation et mettre en avant les grands éléments de sa narration, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La résolution 2797 n’a pas fait exception : la machine de propagande marocaine, depuis la fuite du premier projet, s’est attelée à battre le tambour du « réglage du dossier » et à brandir les drapeaux de la victoire, aboutissant au scénario préparé à l’avance, qui a commencé par le discours du roi du Maroc et s’est achevé par la « sortie » de milliers de personnes pour célébrer — une scène qui ressemblait davantage à un exercice de « mystification », à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. L’objectif est d’établir les piliers d’une narration fallacieuse fondée sur une interprétation erronée, ou du moins imprécise, afin de continuer à se soustraire à l’obligation internationale d’un règlement pacifique fondé sur le droit et la légitimité internationale.

  1. Du côté opposé, parmi le peuple sahraoui, de nombreuses voix, parfois sans le vouloir, renforcent cette narration en s’arrêtant et en s’obsédant sur le « quart vide » de la résolution — la partie relative à l’appel « à des négociations directes sur la base de la proposition du #Maroc » — tout en détournant l’attention des trois autres quarts pleins, à savoir :
    Premièrement : « le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination conformément aux principes et à la Charte des #Nations_Unies », considéré comme l’objectif final du processus de décolonisation et de détermination du statut final du territoire en matière de souveraineté — droit que le Conseil a refusé d’octroyer au Maroc dans la tentative du premier projet.
    Deuxièmement : « le cadre des négociations n’est pas exclusif à la proposition marocaine » et « [la proposition marocaine] peut ne pas conduire à la solution finale » comme le voulait le premier projet ; la résolution a insisté sur la nécessité de s’ouvrir à d’autres propositions, allusion implicite et claire à la proposition sahraouie en vue de parvenir à une solution convenue entre les deux parties au conflit — ce qui signifie que le même pouvoir de blocage (droit de veto au sens politique) dont dispose le Maroc est également exercé par le Front Polisario.
    Troisièmement : le cadre de la médiation demeure au sein des Nations Unies, entre les mains de son Secrétaire général, de son envoyé personnel et de sa mission MINURSO, dont le mandat a été prolongé pour une année complète, contrairement aux trois mois prévus dans le projet zéro, qui s’inscrivaient dans une logique d’« étouffement » et de « liquidation » du dossier avant le 31 janvier 2026. L’insistance sur le cadre vise à faire échec à la tentative de certaines puissances d’orienter ou de détourner le processus selon des positions favorables à l’occupation.
  2. Voilà les éléments principaux que le #peuple_sahraoui, tant au niveau officiel que populaire, doit, et même doit absolument, mettre en avant dans l’interprétation de la résolution et pour asseoir la narration sahraouie à son sujet. Personne ne cherche à entretenir une illusion en prétendant une victoire inexistante. Mais, en revanche, il est inacceptable de tomber dans le piège de reproduire les éléments de la narration marocaine, qui vise à vendre au public marocain une « victoire illusoire » dans un contexte de fissures internes laissées par le séisme générationnel Z, ainsi que par les défis du transfert du pouvoir et les secousses du processus de normalisation. Elle vise aussi à faire avaler au peuple sahraoui le « poison » d’une défaite imaginaire, en pariant sur la démobilisation qui en résulterait — démobilisation susceptible d’entraver la capacité de l’appareil national à relever le défi et à poursuivre ce qui reste du parcours.
  3. Il suffit, et même en toute hâte, de comparer le texte du premier projet et celui de la résolution pour mesurer l’ampleur de la défaite subie par le Maroc et ses alliés ; on est passé d’un « projet arrogant » visant à outrepasser le droit, à soumettre le Conseil à des agendas nationaux, à confisquer le droit et à livrer le territoire en trois mois, à une reconnaissance du droit à l’autodétermination, à un appel à négocier de manière non exclusive et non excluante, et à faire des Nations Unies le cadre politique et procédural du processus. Le Maroc arrive en 2025 pour encaisser « le prix différé » de la normalisation de décembre 2020, et il n’a encaissé que « le report d’un report », peut-être jamais.
  4. « Tout mal peut avoir du bon » : le débat et le rejet par la majorité des membres du Conseil du premier projet, et l’imposition de modifications substantielles, ont ancré chez le porteur de plume et chez la France l’impression que la « pratique » consistant à sauter par-dessus le droit international n’est pas forcément efficace ni couronnée de succès dans tous les cas, qu’elle comporte des risques pour la question du Sahara occidental, et que, même si le conflit apparaît « marginal » dans l’actuel paysage international très chaud, il est central en matière de droit et de légitimité internationale. L’abstention de deux membres permanents est un veto différé à l’horizon des échéances à venir.
  5. La nouvelle dynamique donne au peuple sahraoui et au Front Polisario la base et la confiance nécessaires pour affronter les rendez-vous à venir, y compris les négociations directes, dans une position qui, au minimum, peut être qualifiée d’acceptable. Mais cette « base juridique forte » est destinée à s’éroder si elle n’est pas soutenue par un effort national exceptionnel visant à construire une force autonome, à activer les grands fronts de l’action nationale et à garantir leur harmonie pour créer l’impact requis. Ce processus doit être mené avec la circonspection et l’intelligence requises, sans excès ni surenchère, car le remède le plus dangereux pour la santé de la cause sahraouie, dans ce contexte mondial dangereux et complexe, est la « populisme » ; une dose excessive de celui-ci pourrait réellement être mortelle.

 

mercredi 5 novembre 2025

Ce que le Conseil de sécurité de l'ONU a réellement décidé sur le Sahara occidental : la vérité derrière la Résolution 2797

ECSAHARAUI, 1/11/2025

Traduit par SOLIDMAR

New York, 1er  novembre 2025 – Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 31 octobre, par 11 voix pour et 3 abstentions, une nouvelle résolution sur le Sahara occidental [2797 (2025)], renouvelant — comme chaque mois d’octobre — le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Une fois encore, chaque mot du texte a été scruté, interprété et manipulé.

Mais un point demeure sans équivoque : la MINURSO est et restera une mission pour le référendum, non pour l’autonomie ni pour la gestion d’un « statut spécial ». Sa raison d’être est unique : organiser la consultation populaire qui permettra au peuple sahraoui de décider librement de son propre destin.

 


Le mandat de la MINURSO demeure inchangé

Contrairement aux versions diffusées par Rabat et reprises par certains médias internationaux, le mandat de la MINURSO n’a pas été modifié. La Résolution 2797 réaffirme les termes originaux établis en 1991 : promouvoir le processus d’autodétermination du peuple sahraoui au moyen d’un référendum libre et transparent.

Ceux qui tentent de réinterpréter la mission comme un instrument destiné à mettre en œuvre un plan d’autonomie ignorent ou déforment délibérément la lettre et l’esprit des Nations unies.

Le bluff diplomatique de Rabat

Pour obtenir une apparence de légitimité internationale, le Maroc a normalisé ses relations avec Israël et subordonné sa politique étrangère aux intérêts de Washington et de Paris. Pourtant, le résultat n’est guère plus qu’une reconnaissance symbolique : une phrase ambiguë dans le texte du Conseil mentionnant la « proposition d’autonomie » comme l’une des options possibles.

Ce n’est pas de la légitimité. Ce n’est pas une imposition. Ce n’est pas une solution définitive. C’est simplement une référence. Et le principe du droit à l’autodétermination demeure pleinement en vigueur, comme le réaffirme la Résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU, qui reconnaît le droit inaliénable des peuples colonisés à leur indépendance.

La propagande d’une « victoire » marocaine

Le régime marocain a immédiatement déployé tout son appareil médiatique pour présenter la décision de l’ONU comme une victoire diplomatique, le roi allant jusqu’à proclamer le 31 octobre « Journée de l’Unité », qui sera désormais fériée. Il parle d’un « tournant historique », d’un « consensus international » et de « progrès dans le processus politique ». Mais, en coulisses, la réalité est toute autre : la mission reste la même, et le référendum demeure le pivot central du mandat onusien.

Le Maroc gagne du temps, mais non la bataille diplomatique. Et encore moins la bataille morale ou politique. Le droit international, même souvent différé, ne se plie ni aux désirs d’une monarchie ni à la commodité des grandes puissances.

Le peuple sahraoui : de la résistance à la persévérance

Tandis que la résolution était mise aux voix à New York, dans les camps de réfugiés sahraouis se célébrait une autre forme de victoire : celle de la résistance. Non pas une protestation de désespoir, mais de détermination. Chaque renouvellement du mandat de la MINURSO constitue également une reconnaissance implicite que le processus de décolonisation du Sahara occidental n’est pas achevé.

Le Front Polisario, représentant légitime du peuple sahraoui, entre à présent dans une phase décisive qui exigera clarté politique, résolution stratégique et capacité d’adaptation. Les puissances occidentales continueront d’utiliser l’ONU comme bouclier pour préserver le statu quo, mais la légitimité historique et juridique demeure du côté du peuple sahraoui.

Un conflit ajourné, non résolu

La Résolution 2797 ne clôt pas le chapitre du Sahara occidental : elle le reporte d’une année supplémentaire.
Le Conseil reprendra le débat sur la question en octobre 2026 et devra, une fois encore, aborder le même sujet resté en suspens : le référendum d’autodétermination. Entre-temps, le Maroc gagne du temps ; le peuple sahraoui gagne en légitimité et en visibilité.

Conclusion : la vérité qui perdure

Aucune résolution ne peut altérer les faits fondamentaux :
le Sahara occidental demeure un territoire en attente de décolonisation. La République arabe sahraouie démocratique existe et perdure. Aucune puissance étrangère ne peut décider du destin d’un peuple libre.

Le Maroc peut acheter des manchettes de journaux et de sites ouèbe, des « think tanks » à sa botte, des experts autoproclamés, mais non la légitimité internationale. Il peut différer le référendum, mais il ne peut effacer la volonté d’un peuple qui, depuis un demi-siècle, ne réclame que ce que le droit international lui reconnaît déjà : la liberté de choisir son propre avenir.

 

 

Sahara occidental : Le ministre algérien des AE fait d’autres confidences, ça ne plaira pas à Rabat

 


Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a été très pédagogue le 2 novembre 2025, après le vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara occidental. Le chef de la diplomatie algérienne avait expliqué pourquoi le triomphalisme marocain autour de la résolution américaine était largement exagéré et qu’on est passé à côté du rendez-vous de l’Histoire. Il est revenu à la charge sur la chaîne publique algérienne AL24 News, dimanche dernier dans la soirée. Cette fois le ton est plus incisif et l’argumentaire plus détonnant. Une sortie coup de poing qui ne plaira pas à Rabat…

Attaf a asséné que le «plan d’autonomie» sous «souveraineté marocaine» brandi par le royaume depuis 2007 comme le seul destin possible pour les Sahraouis n’a pas l’épaisseur et la solidité que lui prête Rabat. Ledit «plan» ne comporte que «quatre pages légères et un paragraphe», s’est gaussé le ministre algérien en exposant les feuilles…

«Ça ne peut pas être décemment appelé un plan. Il n’y a absolument aucun contenu politique, aucun contenu juridique. Ce sont des pétitions de principe, des affirmations d’intention», a-t-il ajouté.

Mises à part les remarques sur la forme, ce document censé régenter le Sahara occidental a été présenté aux 193 États membres de la communauté internationale mais on a oublié les premiers concernés, les Sahraouis. «Il n’a jamais été soumis aux Sahraouis, jamais», a glissé le chef de la diplomatie algérienne.

Il a lâché que le texte «manque tellement de consistance» et de «substance» qu’aucun des quatre représentants personnels du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental «ne l’a estimé suffisamment sérieux pour le soumettre à discussion (…) Il n’a jamais été soumis à discussion et tous les envoyés personnels qui se sont succédé ces dernières décennies ont rapidement vu que ce n’était pas sérieux», a martelé Attaf.

Lors des deux réunions à huis clos du Conseil de sécurité, en avril et octobre 2025, l’émissaire personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, a interpellé directement le représentant du Maroc pour lui signifier ceci : «Votre plan manque de sérieux, nous avons besoin de plus de consistance, nous avons besoin de plus de substance pour porter un jugement parce que, tel quel, il ne représente pas une base sérieuse de discussion», a déballé le ministre.

Puis il a fait une confidence sur les motivations profondes des autorités marocaines derrière ce plan proposé par le roi Mohammed VI en 2007. «Ce soi-disant plan d’autonomie n’a jamais été conçu par le royaume du Maroc comme la base d’une solution possible au conflit du Sahara occidental. Il a été conçu pour gagner du temps. Il a été conçu pour imposer un fait accompli. Et pour essayer quand même de le démarcher et d’obtenir des ralliements à ce plan»…

C’est «la véritable raison d’être de ce plan», insiste le chef de la diplomatie algérienne. Quant au fait de savoir si ce plan est à même de trancher définitivement le contentieux vieux de 50 ans, Attaf douche l’euphorie de Rabat en concluant en ces termes : «Et je peux vous dire qu’il n’est pas considéré comme l’ultima ratio en matière de règlement pacifique de la question du Sahara occidental».

Sahara occidental : Les révélations d’Ahmed Attaf, les Marocains qui fêtent « la victoire » ignoraient ça

Qu’est-ce qui s’est réellement le 31 octobre 2025 au Conseil de sécurité (CS) de l’ONU à propos du Sahara occidental ? Sur quoi exactement les 11 membres du CS ont voté, qu’est-ce que ça implique pour Rabat, les indépendantistes sahraouis et leur principal soutien, l’Algérie ? Qu’est-ce qui explique que les Marocains aient considéré le 31 octobre comme une victoire historique, au point de la célébrer dans la rue ?

Première remarque : Le texte de la résolution américaine été libellé au conditionnel. Il est dit que le plan d’autonomie marocain pourrait être…, etc. Tout le document est présenté ainsi, cela signifie clairement que la proposition de Rabat n’est pas l’alpha et l’oméga, que d’autres pistes sont envisageables. Ça c’est dans la forme et en l’occurrence il est déterminant. Et puis il y a le fond, sur lequel est revenu le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.

Il a livré des détails sur le déroulement du vote et a expliqué pourquoi Alger a refusé d’y participer. De prime abord le chef de la diplomatie algérienne a accusé le Maroc d’avoir tenté d’«opérer un passage en force sans précédent» sur le dossier du Sahara occidental. Attaf a rappelé que le Conseil de sécurité organisé deux sessions annuelles sur ce contentieux : la première en avril, pour jauger le travail de la Minurso et la seconde en octobre pour renouveler le mandat de la mission onusienne.

«Le Maroc voulait faire passer trois idées qui lui tiennent particulièrement à cœur (…) La première est le démantèlement de la Minurso ou la transformation radicale de sa mission, la deuxième est d’imposer le plan d’autonomie comme solution unique et exclusive au problème du Sahara occidental et la troisième est de tuer définitivement l’idée d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. C’est cela qui a été à l’origine de cet engouement particulier que nous avons perçu cette année autour du Sahara occidental», a dit le ministre algérien.

Au sujet de la résolution votée par le CS, Attaf propose de se référer aux buts du Maroc qui étaient consignés dans le projet de résolution originel introduit par l’administration de Donald Trump. Cette mouture mentionnait la limitation du mandat de la Minurso à «trois mois» au lieu d’une année…

«Ensuite, on procéderait soit à son démantèlement ou à transformer son mandat en soutien à la mise en œuvre du plan d’autonomie comme l’a souhaité le Maroc. C’est le premier élément de déséquilibre. Deuxièmement, le plan d’autonomie marocain était considéré comme le cadre exclusif et unique pour le règlement de la question du Sahara occidental. Le droit à l’autodétermination, lui-même, était inséré dans le cadre du plan d’autonomie», a précisé le chef de la diplomatie algérienne.

Mais dans la résolution adoptée, le principe de souveraineté marocaine sur le Sahara occidental que Rabat voulait graver sur le marbre a été «expurgé (…) Il n’y aucune référence à la souveraineté marocaine, ni à l’État marocain» dans le texte final, a martelé Attaf.

«Troisièmement, le plan d’autonomie n’est plus le cadre exclusif. Le champ a été ouvert à d’autres idées et d’autres plans alternatifs. Le droit à l’autodétermination a été découplé par rapport au plan d’autonomie. Il doit s’exercer conformément à la légalité internationale. Quatrièmement, la Minurso que le Maroc voulait démanteler ou transformer a vu son mandat prorogé d’une année», a-t-il ajouté.

Autre révélation de taille : «l’Algérie était à deux doigts de voter pour la résolution» adoptée vendredi sur le Sahara occidental. Sauf que «dans la nuit précédant le vote, nous avons demandé de supprimer une disposition relative à la souveraineté marocaine dans le préambule de la résolution, et on voterait pour le texte. Elle n’a pas été enlevée. C’est pour cela que l’Algérie n’a pas participé au vote», a confié Attaf…

Le ministre algérien corrobore ainsi les confidences faites à TSA par une source diplomatique algérienne. Donc on est passé tout près d’un événement historique, encore plus que la « victoire » claironnée par Rabat : l’Algérie et le Maroc auraient pu se retrouver autour du même texte, ce qui aurait très certainement fait avancer non seulement l’épineux dossier sahraoui mais en plus aurait aidé à résoudre les autres contentieux lourds entre les deux pays.

Pour rappel les deux voisins n’ont rompu leurs liens diplomatiques qu’en août 2021 alors que le problème sahraoui est vieux de 50 ans. C’est bien la preuve que même si les belligérants avaient accordé leurs violons sur le territoire âprement disputé ça n’occulterait pas les autres différends. Il faut donc en revenir à la main qu’a tendue le monarque marocain, Mohammed VI, au président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

Au passage on remarquera que le roi du Maroc a été moins exubérant que son ambassadeur à l’ONU le jour du vote. Alger a certainement apprécié la sobriété et la retenue du palais royal après le dit triomphe aux Nations unies. Ce n’est pas la première fois que le souverain marocain fait solennellement un pas en direction d’Alger, mais le moins qu’on puisse dire est que Mohammed VI n’a pas encore trouvé la potion magique pour dégeler Alger.

Ce qui est certain c’est que Rabat a bien saisi la complexité de la situation et la délicatesse du sujet, choses qui ont complètement échappé à l’Envoyé spécial du président américain au Moyen-Orient, Steven Charles Witkoff, et son idée saugrenue d’arracher la paix entre l’Algérie et le Maroc en à peine 60 jours. Même si tout le monde aimerait qu’il réussisse pour que le Grand Maghreb arabe, région la moins intégrée du monde, ait enfin un destin au niveau de son énorme potentiel économique.

 

dimanche 2 novembre 2025

Ce que dit — et ce que ne dit pas — la résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental

 Plateforme « N’oubliez pas le Sahara occidental », 1/11/2025

Face aux lectures hâtives, aux interprétations orientées et aux annonces triomphalistes qui ont accompagné l’adoption de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, il importe de revenir aux faits. Le texte renouvelle une fois de plus le mandat de la MINURSO, mais ne modifie en rien la nature juridique du conflit : le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation et le référendum d’autodétermination reste, en droit, la voie officiellement reconnue par les Nations unies.

1. La MINURSO reste une mission pour un référendum, pas pour l’autonomie

Contrairement à certaines affirmations relayées par Rabat, le mandat de la MINURSO — Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental — n’a pas été redéfini. Depuis 1991, sa fonction est claire : organiser une consultation démocratique permettant au peuple sahraoui de choisir librement son avenir. Elle n’a pas pour objet de mettre en œuvre un « statut d’autonomie », ni de gérer une forme de tutelle administrative au profit du Maroc. Toute tentative de détourner ce mandat relève d’une réécriture politique des faits, non d’un changement de doctrine onusienne.

2. La résolution ne reconnaît pas la souveraineté marocaine sur le territoire

Le Conseil de sécurité « prend note » de la proposition marocaine d’autonomie, mais ne la consacre ni comme solution finale, ni comme base exclusive de règlement. Aucun passage du texte ne reconnaît le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc. Depuis 1963, l’ONU inscrit ce territoire sur la liste des territoires non autonomes, statut qui reste inchangé. Le référendum n’est pas abandonné : il est simplement ajourné, comme chaque année.

3. Le Front Polisario demeure l’interlocuteur légitime reconnu par l’ONU

La résolution n’altère pas la position du Front Polisario. Celui-ci reste, pour les Nations unies, le représentant reconnu du peuple sahraoui. Aucun plan d’autonomie, aucune initiative bilatérale ou annonce diplomatique ne peut le remplacer dans ce rôle. En d’autres termes, aucune solution politique ne peut être considérée comme valable sans son accord explicite — exigence rappelée à plusieurs reprises dans le cadre des négociations de Manhasset.

4. Une fracture diplomatique plus visible que les années précédentes

Pour la première fois, deux puissances dotées du droit de veto — la Chine et la Russie — ont décidé de ne pas soutenir le texte porté par les États-Unis. D’autres États ont exprimé leurs réserves par l’abstention. Ce déplacement géopolitique ne règle pas le conflit, mais il met fin à l’idée d’un consensus international autour du plan marocain d’autonomie. L’équilibre diplomatique se recompose : Rabat n’obtient pas la reconnaissance qu’il recherche, tandis que la question sahraouie retrouve un espace politique plus ouvert à la contestation.

5. Le Maroc gagne du temps, mais pas de légitimité

Le seul effet concret de cette résolution est de repousser l’échéance. Le Maroc n’a pas obtenu que son plan d’autonomie soit désigné comme unique solution, ni que sa souveraineté soit reconnue par l’ONU. À l’inverse, le peuple sahraoui renforce sa position juridique : la légalité internationale, le principe de l’autodétermination et le statut non autonome du territoire demeurent intacts et réaffirmés chaque année.

6. Au-delà des effets d’annonce

Il faut s’attendre dans les prochains jours à une offensive médiatique visant à présenter la résolution comme une avancée historique pour le Maroc. Mais lorsque l’on quitte le registre de la communication pour revenir au texte, les faits sont simples : le référendum reste la pierre angulaire du processus, la souveraineté marocaine n’est pas reconnue et la décolonisation n’est pas close. Il n’y a pas de « victoire » diplomatique lorsqu’un État doit la fabriquer par narration plutôt que par droit.

Conclusion

Rien d’essentiel n’a changé. Le Sahara occidental reste un territoire en cours de décolonisation ; le peuple sahraoui conserve son droit à décider de son avenir par les urnes ; le Front Polisario demeure un acteur central et légitime aux yeux des Nations unies. Ce qui change, en revanche, c’est que la stratégie narrative du Maroc rencontre désormais des limites visibles. Et, pour un peuple qui résiste depuis cinquante ans, ces limites sont déjà une forme de progrès politique.

Ceux qui crient victoire
Premiers Prix ex-aequo du GNQ (Grand N'importe Quoi)