Blog du Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental et d'ailleurs(RSPMSOA), créé en février 2009 à l'initiative de Solidarité Maroc 05, AZLS et Tlaxcala
Trafic de poissons La question du trafic et du blanchiment de produits de la pêche illégale refait surface avec la découverte de réseaux organisant de fausses enchères dans les ports pour légaliser de grandes quantités de poissons illégaux. Exploitant des lacunes réglementaires et falsifiant des documents, ces réseaux utilisent des « chambrirates » pour dissimuler l’origine des poissons. Malgré quelques saisies, dont 400 kg de poulpe à El Ayoun, des mesures de contrôle plus strictes sont nécessaires.
Le rappeur L’Gnawi, co-auteur de la chanson « 3acha cha3b » (vive le peuple) condamné le 24 novembre 2019 à un an de prison ferme
Ils ne sont ni opposants ni journalistes engagés ni militants
professionnels, mais pour la plupart des Marocains lambda : jeunes
lycéens, chanteurs en herbe, petits commerçants ou encore chômeurs. Tous
des jeunes, voire pour certains des adolescents. Leur point commun :
ils ont exprimé, via YouTube, le désespoir de la jeunesse marocaine et
le fossé qui ne cesse de se creuser entre riches et pauvres, ce qui est
assez courant ; mais ils ont également critiqué le roi Mohamed VI et raillé ses discours « qui ne servent plus à rien et qui n’emballent plus », ce qui est inédit.
Jusqu’à présent en effet, ceux qui s’en prenaient au roi étaient souvent des « MRE »,
des Marocains résidant à l’étranger s’exprimant à l’abri d’une loi qui
punit de prison toute critique de la monarchie. Il s’agit donc d’un
véritable point de basculement dans les formes de contestation
politique.
« Ma vie n’a pas de but »
Tout a commencé le 29 octobre 2019 par une chanson postée sur
YouTube. On y voit trois jeunes rappeurs dénoncer avec des mots crus la
corruption, les inégalités sociales, tout en désignant ouvertement le
roi Mohamed VI :
Qui a broyé le pays et qui continue à chercher la richesse ? […] Qui nous a mis dans ce pétrin ?
Vous avez violé notre dignité […]. Si on est 40 millions dans ce pays,
30 millions restent avec toi parce qu’ils y sont forcés […]. Ma vie n’a
pas de but […]. Je suis celui qui t’a fait confiance et qui a été trahi
[…]. Je suis le Rifain qui rêve d’un Rif meilleur…
Weld l'Griya 09 ft. LZ3ER , GNAWI - عاش الشعب — YouTube
À l’heure où ces lignes sont écrites, la chanson a recueilli près de
22 millions de vues sur YouTube (les Marocains qui ont voté lors des
dernières législatives sont 13 millions seulement...). Ses auteurs ?
Trois jeunes rappeurs issus des quartiers populaires de Casablanca
surnommés L’Zaar, Weld Legriya et L’Gnawi (Gnawi, Simo Gnawi). Le titre
de la chanson est un slogan très en vogue parmi la jeunesse
contestataire : Aacha chaab (vive le peuple), une paraphrase subversive de « vive le roi ». La machine judiciaire se met aussitôt en branle. L’Gnawi, de son vrai
nom Mohamed Mounir est arrêté puis condamné le 24 novembre 2019 à un an
de prison ferme. L’accusation ne mentionne aucun motif politique : le
rappeur est condamné pour « outrage à la police ». Quelques jours plus tard, c’est une véritable avalanche
d’arrestations et de condamnations qui se déclenche contre de jeunes
Marocains, pour la plupart inconnus. Le 15 décembre, un adolescent de 18 ans, Ayoub Mahfoud, écope de trois ans de prison ferme après avoir partagé la chanson Aacha chaab sur sa page Facebook. Cette fois l’accusation est ouvertement politique : le jeune lycéen est condamné pour « atteinte au roi ».
Devant l’émoi que cette affaire suscite, le tribunal décide, le
16 janvier, de le remettre en liberté provisoire, mais les poursuites
sont maintenues et son procès devrait avoir lieu fin mars. Le 26 décembre, Mohamed Sekkaki, surnommé « Moul Kaskita » (l’homme à la casquette), un chômeur de Settat, ville pauvre entre Casablanca et Marrakech est arrêté et accusé d’« outrage à corps constitués ». Le motif politique est là aussi occulté ; en réalité, il a posté une vidéo dans laquelle il se moque copieusement du roi :
Ces discours que tu lis en tremblant ne nous emballent plus […]. Quand
tu tombes malade, tu ne te soignes pas ici, dans ton pays, dans nos
hôpitaux, tu vas à l’étranger pour te soigner. Tu dis ‘’mon cher
peuple’’ alors que ton peuple souffre le martyre à cause des inégalités
et des injustices…
Il est condamné à quatre ans de prison ferme.
Le 26 décembre, pour un tweet publié en avril 20191 dans lequel il s’en est pris au juge qui a dirigé les procès du Hirak du Rif, le journaliste Omar Radi est incarcéré à la prison de Casablanca pour « outrage à magistrat ».
Là aussi, devant la mobilisation de la société civile, le juge a décidé
de le remettre en liberté provisoire le 31 décembre, tout en maintenant
les poursuites.
« On n’a jamais compris »
Le 1er janvier, un adolescent de 17 ans, Hamza Asbaar, est condamné à quatre ans de prison après avoir posté sur YouTube sa chanson On a compris dans laquelle il attaque ouvertement le roi et ses discours « qu’on n’a jamais compris », chante-t-il :
On n’arrête pas d’écouter ses discours, qu’on n’a jamais compris […]. La
Constitution est taillée sur mesure pour lui […]. Tu as compris, on a
compris...
STALiN - FHemna/فهمنا - YouTube
Le 16 janvier, le tribunal de Lâayoun, au Sahara occidental, a réduit
sa peine de quatre ans à huit mois. Il reste donc en prison. Cette vague de répression — la liste est longue — contre de jeunes
youtubeurs vivant au Maroc et ayant, de manière tout à fait assumée,
critiqué le monarque et sa politique s’explique sans doute par la
volonté de tordre le cou à toute forme de libération de la parole, et,
selon un proche du palais, de « rétablir l’hiba2de la monarchie et de l’État », incarné par un monarque de plus en plus impopulaire. Pendant des années Mohamed VI a construit
sa communication politique sur l’image et le mouvement : celle d’un
jeune roi populaire qui va à la rencontre de ses sujets. Des images où
on le voit inaugurer des projets locaux ou distribuer des dons en nature
(parfois des cartables ou des paniers contenant de l’huile et de
farine) à des personnes choisies par les agents du ministère de
l’intérieur dans certaines villes ou villages, généralement à la veille
du ramadan. Il est également présenté par les chaînes officielles (Al-Oula, 2M,
Medi1TV… dont les journalistes ressemblent davantage à de petits
fonctionnaires de l’état civil qu’à des reporters) comme la seule
institution « qui marche, qui bouge », la seule qui vaille. Face au monarque décrit aussi comme « le seul acteur fiable »,
le gouvernement, les partis politiques ou encore le Parlement
incarneraient quant à eux la médiocrité, l’opportunisme et
l’inefficacité — ce qui n’est pas tout à fait faux. Dans une rengaine
proprement orientale, il est souvent présenté comme le bon calife
entouré de mauvais vizirs : Lmalik zouine, lidayrine bih li khaybine (le roi est bon, les méchants, ce sont ceux qui l’entourent).
Des discours royaux qui « n’emballent » plus
Aujourd’hui, ces stratégies se sont essoufflées et la popularité de
M6 bat de l’aile. Après plus de vingt ans d’un pouvoir absolu, l’image
du roi Mohamed VI est abîmée par l’ampleur des problèmes sociaux auxquels fait face une large partie de la population marocaine. Les « projets » de développement maintes fois promis par le souverain dans ses discours, les chantiers dits « structurants »
et les promesses de réforme semblent n’avoir profité qu’à une minorité
de chanceux, selon les propres aveux du monarque. Sans parler de la
réforme de l’enseignement, de la lutte contre la corruption, de la
pauvreté et des injustices sociales qui atteignent des proportions
dangereuses, y compris pour la stabilité du régime. Outre ses discours qui n’« emballent »
plus, les décisions du roi manquent de plus en plus de cohérence et de
rigueur, ce qui n’arrange pas les choses en termes de popularité.
L’arrestation d’Omar Radi a eu lieu quelques jours seulement après la
nomination par le roi d’une « commission pour le développement » présidée par l’ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa. Indigné, l’un de ses membres, Rachid Benzine, un universitaire pourtant proche du palais écrit dans un tweet : « La
mise en détention d’Omar Radi nous interpelle et nous rappelle qu’aucun
modèle de développement ne saurait être défendable ni viable sans la
garantie de la liberté d’expression et d’information. Le développement
implique la critique et le débat d’idées, ou il n’est pas. » Même si elle reste relative en l’absence de sondages sur la monarchie
(interdits au Maroc), l’impopularité croissante de Mohamed VI
se mesure surtout via les réseaux sociaux où des milliers de Marocains
peuvent s’exprimer avec une relative liberté. Le fait, par exemple, qu’Aacha chaab
ait été entendue par près de 22 millions de Marocains, et commentée
positivement par des milliers d’internautes en dit long sur la
popularité abîmée du « roi des pauvres ».
Une police qui rappelle celle de Ben Ali
Par ailleurs, si les critiques et les moqueries des jeunes youtubeurs
n’épargnent pas la personne du roi, ses discours sont particulièrement
visés, et pour cause : il est le maître absolu des horloges et les
Marocains le savent. C’est ce qui explique qu’au début de son règne, ses
paroles généraient de grandes attentes, mais aussi qu’ils suscitent
désormais autant de déception. Pour faire taire ces voix qui émergent spontanément, critiquent le
roi sans le diffamer via les réseaux sociaux, la monarchie s’appuie sur
une police qui rappelle l’ancien régime tunisien de Zine El-Abidine Ben
Ali et des juges peu respectueux de leur indépendance. Depuis la fermeture du Journal hebdomadaire (fleuron de la
presse indépendante au Maroc entre 1997 et 2010) il y a juste dix ans,
les pressions économiques et la menace judiciaire continuent de peser
sur ce qui reste de la presse privée. À ce niveau aussi, le rôle de la
justice, inféodée au palais et à l’entourage royal, est crucial. Au fur et à mesure que la répression prend de l’ampleur, la justice marocaine est mise à l’index par les ONG
(marocaines et internationales) et présentée comme le bras séculier du
roi et de son entourage. Non seulement le monarque nomme les magistrats,
mais les verdicts sont prononcés en son nom et il est le président du
Conseil supérieur de la magistrature. Dans les procès politiques qui
continuent de se dérouler à Meknès, Lâayoun ou Casablanca, il est
implicitement à la fois juge et partie, constatent avec amertume les
défenseurs des droits humains, qui ne cessent d’appeler à une véritable
séparation des pouvoirs.
Robert Badinter sort littéralement de
ses gonds. Invité spécial de "C à vous" sur France 5 ce lundi 27
janvier, à l'occasion des 75 ans de la libération du camp d'Auschwitz,
l'ancien ministre de la Justice s'en est pris aux démonstrations de
violence lors des manifestations sociales des derniers mois.
Invité à réagir sur le plateau de l'émission "C à vous", aux images de
manifestants, tenant notamment la tête d'Emmanuel Macron au bout d'une
pique, Robert Badinter a laissé éclater sa colère : "Rien n'excuse ce degré de violence (...).
La représentation d'une tête au bout d'une pique, qui n'est rien
d'autre que la continuité de la guillotine, est à mes yeux absolument et
totalement condamnable".
Pour l'ancien ministre de la Justice, "on ne pas admettre dans la
République française, que quelque homme ou femme politique que ce soit,
on promène sa tête au bout d'une pique avec ce que cela signifie, ce
n'est pas admissible, je le dis du fond du coeur".
Remonté, l'ancien garde des Sceaux a ensuite expliqué : "Derrière le
symbole il y a la pulsion, et s'il y a la pulsion il y a la haine, et
la volonté de détruire physiquement l'adversaire". Pour Robert Badinter, rien de justifie la violence. Comment manifester son mécontentement ? "Vous
avez tous les moyens, toutes les libertés, l'expression, le défilé, la
manifestation, le slogan, ce que vous voulez, mais pas la violence
physique, pas l'agression des êtres humains, pas non plus la symbolique
de la mort, parce que la mort n'est pas compatible avec nos idéaux".
Les
articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point
de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les
débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse,
d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des
points de vue extérieurs
Crédit Photo:
Tsiganes derrières les barbelés. DR
Le 27 janvier 2015 marquait le 70e
anniversaire de la libération par l’armée soviétique du camp
d’Auschwitz, devenu le symbole du génocide des Juifs par les Nazis. Mais
en cette journée internationale de mémoire de l’Holocauste, peu de
place a été accordée sur les tribunes et dans les médias aux survivants
tsiganes et à la question du « Samudaripen » ou « Porajmos », en langue
romani : l’extermination des Tsiganes pendant la Seconde guerre
mondiale.
Ce drame peine à intégrer les mémoires malgré les
nombreuses publications et les multiples témoignages de familles
tsiganes ayant survécu. En France, pendant des décennies cette histoire a
été plus ou moins ignorée. Le 2 février 2011, pour la première fois, le
Parlement européen a commémoré le « génocide des Roms par les nazis ».
Il s’agit de faire prendre conscience du mécanisme qui a mené aux
persécutions dont ont été victimes les Tsiganes, et comment les
discriminations perdurent.
La « fabrication » du peuple tsigane
Les
discriminations à l’égard des Tsiganes sont anciennes. Or, pour
l’historienne Henriette Asseo par exemple, ce qui est désigné par le
terme de « Tsiganes » est largement une construction politique, et la
mise en place de « la politique tsigane » a été fabriquée de toutes pièces par des bureaucraties dans tous les pays européens entre 1900 et 1910.
« Les politiques fabriquent les peuples qu’elles veulent détruire. »
il s’agissait de constituer une minorité « raciale » avec des résidents
de différents pays, dans le but de les dénationaliser, les présenter
comme des intrus, pour lesquels il y aurait un « problème » à
résoudre.
Or qui sont-ils ? Tsiganes, Roms, Manouches, Sinti,
Gitans, Bohémiens, Romanichels… sont les multiples appellations de ces
populations réunies sous l’appellation de « Tsiganes », constituées de
groupes qui se sont dispersés sur le continent européen à partir du XIVe siècle.
On en retrouve aussi au Moyen Orient. La mythologie prétend que les
Tsiganes ont une origine indienne. Les linguistes ont fait le lien entre
le romani, langue pratiquée par certaines de ces populations et le
sanskrit, une langue indienne. Si la lointaine origine indienne de
certains Tsiganes n’est pas contestée, ils n’ont pas tous la même
origine. Les différents dialectes tsiganes ont des emprunts persans,
grecs, arméniens, roumains… Ainsi, pour ceux qui vivent en France : les
Roms viennent des Balkans et des pays slaves, la langue et la culture
des Manouches sont d’origine germanique, Les Gitans ou Kalé (« noirs »)
ont des origines ibériques, les Yéniches, blancs et souvent blonds, sont
d’origine alémanique.
A la fin du Moyen-âge, quand les premiers
groupes circulent en Europe, l’important n’est pas de savoir d’où ils
viennent mais s’ils sont chrétiens. En revanche, au XIXe
siècle, pour ceux qui veulent les exclure il s’agit de les faire rentrer
à tout prix dans le moule d’un peuple unique, venu de l’Inde, et qui
par conséquent pourrait… y retourner ! Lire : https://www.anti-k.org/.../le-samudaripen-ou-genocide-des-tsiganes-une-histoire-occultee « Notre première et plus
indispensable recherche doit donc avoir pour but de trouver la partie du
globe où le langage des Bohémiens est celui des indigènes ; et ce pays
ne peut être que l’Hindoustan » (Grellman, Histoire des Bohémiens,
Paris, 1810). Par ailleurs, l’idée selon laquelle les Tsiganes sont
tous des nomades est fausse mais permet de les considérer dans leur
propre pays comme des « étrangers », des « vagabonds », ce qui revient à
les disqualifier socialement et politiquement.
Une persécution dans toute l’Europe
Partout en Europe les mêmes mesures répressives furent plus ou moins reprises de la fin du XIXe
siècle à l’entre-deux-guerres : recensement et fichage, durcissement
des contrôles aux frontières, instauration de carnets anthropométriques,
restriction de circulation. Ces régimes administratifs visaient la même
chose : exclure les Tsiganes, accusés de changer sans cesse d’identité
et de n’avoir aucun pays d’attache, de la nation ou les rendre
invisibles par leur assimilation, de gré ou de force. En France comme
ailleurs les stéréotypes accolés aux Tsiganes (« nomades, espions,
voleurs, vagabonds ») font qu’ils sont victimes de la méfiance
qu’inspirent les populations nomades, qui ne respecteraient ni les
frontières ni la propriété privée.
Exemple parmi d’autres de ce qu’on pouvait lire dans la presse, cet article du Petit Journal de 1895 :
« On tient, n’est-ce pas à connaître les gens que l’on reçoit ? Or, de
toute éternité nous avons en France des hôtes sur le compte desquels on
savait très peu de choses, si ce n’est rien. Appelez-les Gypsies,
Tziganes, Bohémiens, Romanichels, Gitanes ; tous, issus de la même race,
ne se soumettaient qu’à de bizarres lois qui leur étaient propres (…)
Le ministre de l’intérieur a voulu régulariser, autant que possible, la
situation de ces errants au milieu desquels peuvent se cacher nos pires
ennemis ; il a ordonné leur recensement général. » La loi du 20 mars 1895 décrète le dénombrement de tous les « nomades, bohémiens et vagabonds ». Une commission distinguera, parmi 400 000 personnes recensées, 25 000 nomades à « caractères ethniques » qu’elle considère comme « dangereux ».« Ces
nomades, qu’ils soient des Romanichels, des Zingari, des Tsiganes ou
même des Français sont particulièrement redoutés car leur passage est
toujours accompagné de déprédations de toutes sortes ». A la veille de la Seconde guerre mondiale, 30 000 nomades figuraient dans les fichiers de la police française.
De l’Empire allemand au nazisme
Dès
sa constitution en 1871, l’Empire allemand afficha la volonté de faire
disparaître les Roms en tant que tels par assimilation et
sédentarisation. Les services de police les recensent, les fichent
systématiquement, et les mettent sous étroite surveillance. Les
« Sinti » furent plus ou moins sédentarisés mais continuaient cependant à
être victimes de discriminations. Même la République de Weimar
(1918-1933) amplifia la persécution avec l’adoption en 1926 de lois pour
contrôler la « plaie tsigane ».
Quand Hitler arriva au
pouvoir en 1933, les nazis purent largement utiliser tous les
renseignements qui existaient déjà, mais ils introduisirent une nuance
déterminante. L’ancienne surveillance ciblait le mode de vie itinérant
et était dirigée contre les « Tsiganes » et « personnes qui voyagent à la manière des Tsiganes ». Or les nazis, affirmant l’existence d’une race supérieure aryenne qui ne devait pas être polluée par les « races inférieures » (particulièrement
les Juifs), prétendirent différencier les « vrais » et « faux »
Tsiganes. Mülhlmann (1904-1988), un nazi qui resta en poste jusque dans
les années 1960, et d’autres chercheurs mirent en place de
pseudosciences comme la « raciologie » et, pour les Tsiganes, la « tsiganologie ». On traqua alors les Sinti, même si nombre d’entre eux étaient « intégrés » à la société allemande depuis des générations.
En 1934, la loi contre les « criminels irrécupérables et dangereux »
ordonne le fichage policier de type anthropométrique de nombreux
Tsiganes. En septembre 1935 sont votées les lois « de Nuremberg »
destinées essentiellement à la persécution et l’exclusion des Juifs :
seuls ceux qui peuvent prouver, par leur généalogie, qu’ils
appartiennent à la « lignée aryenne » sont citoyens du Reich. Ces lois pour « la sauvegarde du sang et de l’honneur allemand » visent à protéger le « sang » allemand de toutes souillures par des alliances inadaptées.
La population fut également mise en garde contre tout métissage avec les Tsiganes. « Le peuple des Tsiganes, étranger au peuple et aux traditions allemandes », fut décrété « non intégrable »
et subit l’exclusion civique puis sociale : exclusion de l’école,
interdiction de circuler. Le régime leur interdit tout travail
indépendant et les obligea à occuper des emplois non qualifiés (on leur
interdit bien entendu, comme aux Juifs, l’exercice de professions
culturelles, le théâtre, la musique…). Dès l’été 1935, des municipalités
commencèrent obliger tous les Tsiganes recensés à quitter leur logement
(et leur emploi !) pour les concentrer à la périphérie des villes dans
des camps de regroupement clôturés. Puis des familles tsiganes nomades
ou celles qui « vivaient comme des Tsiganes », enfermées dans ces camps, subirent une « stérilisation eugénique » dans le cadre de la loi contre les « asociaux ».
En 1939, déchus comme les Juifs de la citoyenneté allemande, les « Tsiganes ethniquement purs »
reçurent des papiers d’identité de différentes couleurs en fonction de
leur prétendu degré de « mixité raciale ». Ils furent classés en tant
que « criminels professionnels », « criminels habituels », « menace habituelle », « fléau commun », et mis en « détention préventive ».
Les hommes furent envoyés dans des camps de concentration et soumis au
travail forcé, la stérilisation des femmes fut généralisée.
L’extermination systématique allait bientôt suivre.
Un génocide dans toute l’Europe
La
traque des Tsiganes se généralisa dans toute l’Europe occupée. Et il
faut bien avouer que le racisme des populations locales (et les
pratiques préexistantes des Etats) facilita largement l’action des nazis
et leurs complices. Celle-ci ne fut cependant pas complètement homogène
d’un pays à l’autre.
Dans son livre Samudaripen : Le Génocide des Tsiganes, l’historienne Claire Auzias différencie trois types de pays : « Soit
ils furent d’abord exclus juridiquement puis arrêtés, parqués dans des
camps de transit et enfin déportés puis gazés (Grand Reich). Soit ils
furent massacrés par l’armée occupante et par les civils, enfermés dans
les ghettos avec les Juifs, comme en Pologne, et exterminés. Soit ils
furent internés dans des camps locaux comme en France et en Italie,
voués à périr, et sporadiquement déportés vers les camps de la mort. »
A l’automne 1942, les nazis décident « la solution biologique finale » de la « question tsigane »
(la conférence de Wannsee planifiant le génocide des Juifs s’était
tenue en janvier 1942). Le 16 décembre 1942, Himmler prend la décision
de les déporter dans des camps de concentration et d’extermination. Tous
ceux qui vivaient en Autriche furent envoyés dans les camps de Dachau
et Ravensbrück. La plus grande partie de ceux vivant en Allemagne, et
ceux de Pologne et de Tchécoslovaquie, furent regroupés dans un prétendu
« camp familial tsigane » au camp de Auschwitz-Birkenau, où ils
moururent par dizaines de milliers. Quand, le 16 mai 1944, les Tsiganes
apprennent qu’ils vont être gazés, ils tentent une révolte collective
qui échoue. La répression est violente. Ainsi, le 2 août 1944, 2998
personnes, essentiellement des femmes et des enfants, sont gazés.
Sur
les 30 000 Roms internés à Auschwitz, il n’y eut que 3000 survivants.
Dans les autres camps, des dizaines de milliers moururent de faim, de
maladie, d’épuisement par les travaux forcés. Aux victimes des camps de
concentration, il faut ajouter les massacres perpétrés par l’armée
allemande et les unités de la SS et de la police au cours de leurs
conquêtes. Ainsi, dans les Pays baltes et en Union soviétique, les « Einsatzgruppen »
et d’autres unités mobiles d’extermination exécutèrent au moins 30 000
Tsiganes en même temps qu’ils exterminaient les Juifs et les
communistes. Dans leur travail de répression et d’extermination, les
nazis furent aidés dans les pays occupés par les autorités locales.
La France de la collaboration
En
France, la persécution des Tsiganes fut dans un premier temps le fait
des autorités locales… puisqu’elle commença avant l’invasion du pays !
Par le décret-loi du 6 avril 1940, les « nomades » furent qualifiés « « d’individus errants, généralement sans domicile, ni patrie, ni profession effective… ». Leur circulation « constitue pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté ». L’assignation à résidence leur est imposée à proximité des brigades de gendarmerie.
Après la défaite de juin 1940, dans la zone occupée, les nazis exigent l’éloignement des côtes de l’Atlantique des
« éléments douteux » comme les Tsiganes, les Juifs et les ressortissants de nations « ennemies ». Ceux qui présentent les « caractères ethniques particuliers des Romanichels »
doivent être transférés dans des camps d’internement surveillés par des
policiers français. Le 22 novembre 1940, une ordonnance allemande
interdit l’exercice des « professions ambulantes » dans 21 départements du grand ouest – ce qui du coup touche aussi les forains, les commerçants et industriels ambulants…
En « zone libre », Vichy s’attaque aux forces « anti-françaises », « responsables de la débâcle ».
Des mesures sont prises immédiatement et sans pression des occupants
contre les juifs, les communistes, les étrangers et les francs-maçons.
Quant aux nomades, il y a déjà contre eux la loi d’avril 1940 visant
leur sédentarisation forcée. Mais l’hostilité des populations à
proximité desquelles les Tsiganes étaient assignés à résidence est telle
que dans de nombreux cas ils seront envoyés dans des camps
d’internement.
Globalement, il semble que l’État français n’a pas
conçu l’internement des nomades comme la solution d’un problème brûlant,
contrairement aux Juifs et aux communistes. Il n’empêche qu’environ
6000 personnes ont transité dans les camps répartis sur le territoire. A
part ceux directement sous administration allemande, les Tsiganes
français n’ont pas été systématiquement déportés dans des camps de
concentration. Mais ceux envoyés en Allemagne au titre du STO furent
raflés et exterminés.
Après la guerre : une reconnaissance tardive et parcimonieuse
Sur
les 750 000 à 800 000 Tsiganes vivant en Europe, entre 250 000 et
500 000 moururent ou de mauvais traitements dans les différents camps ou
exterminés comme à Auschwitz. Parmi tous ceux qui furent envoyés dans
des camps, seuls 4 ou 5000 survécurent. Pourtant, il y eut un refus
presque général après la guerre de reconnaître le génocide des Tsiganes.
Dans
l’Allemagne vaincue de 1945, il s’agissait pour les survivants
d’obtenir des réparations et de retrouver leur citoyenneté. A l’ouest,
les gouvernements militaires mirent en place des bureaux sociaux
spécialisés chargés de verser des réparations aux victimes du nazisme,
tenus par des fonctionnaires allemands souvent déjà en place sous le
nazisme. Pouvaient en bénéficier les personnes qui avaient été
persécutées pour des motifs racistes, religieux ou politiques. Mais pas
les personnes internées en tant qu’« asociaux » ou pour des « actes criminels ». Par ailleurs, pour leur réinstallation nationale, les rescapés devaient prouver qu’ils étaient citoyens allemands.
D’où
l’incroyable injustice subie par les Sinti allemands après-guerre.
Avant même les nazis, les pouvoirs en place tendaient à contester leur
citoyenneté aux Sinti, même s’ils étaient installés dans le pays depuis
des siècles. Dès 1937, des milliers subirent un internement préventif
en tant qu’asociaux et criminels « congénitaux ». De 1933 à
1945, c’est la police criminelle (et non la Gestapo comme pour les
Juifs) qui eut la charge de persécuter les Tsiganes. Or la Gestapo fut
reconnue comme une organisation criminelle, mais pas la police du Reich
dont 80 % du personnel resta en place.
Pour éviter que les rescapés ne fassent «frauduleusement »
des demandes de reconnaissance du statut de persécuté du nazisme,
l’administration alliée puis celle de la RFA demanda à cette même
police, c’est-à-dire aux anciens policiers des « bureaux pour les questions tsiganes », de
vérifier les dossiers de ceux qui voulaient être reconnus comme
victimes des nazis et comme citoyens allemands. Les persécuteurs et les
dresseurs de « généalogie raciale » devinrent les experts de
leurs propres mesures de persécution ! De façon particulièrement
perverse, les Sinti se voyaient mis en demeure de se construire une « identité raciale », fantasme nazi, pour être reconnus comme victimes.
Bien
souvent, la police déclara que c’était en tant que délinquants que les
Tsiganes avaient été internés, pour ne pas verser de réparations et se
prémunir contre des poursuites pénales. En 1950, un décret du Land du
Bas-Wurtemberg évoqua les lois en vigueur contre les Tsiganes depuis
1871 et ensuite celles de la République de Weimar, pour affirmer que les
Tsiganes n’avaient pas été arrêtés pour des raisons racistes mais pour
des comportements asociaux et criminels… Ce qui les privait de toute
réparation. C’est seulement après 1979, quand le parlement allemand
admit enfin le caractère raciste de la persécution des Tsiganes par les
nazis, que la plupart d’entre eux purent vraiment demander réparation
pour les souffrances subies. Mais à cette date, beaucoup étaient déjà
décédés. La reconnaissance officielle du génocide tsigane interviendra
en 1982.
En France... les persécutions se poursuivirent après 1945 !
Pendant
le conflit, pour les 6500 Tsiganes placés dans des camps
d’internement, les libérations se généralisèrent en 1944 et 1945.
Cependant, certains ne furent libérés qu’à la fermeture du camp
d’Angoulême, lorsque le décret du 6 avril 1940 assignant les Tsiganes à
résidence fut aboli. C’est-à-dire en mai 1946 ! De plus, à leur
libération, les Tsiganes furent la proie d’un véritable harcèlement.
Complètement démunis, lâchés sur les routes, obligés de rentrer à pied
dans leurs villes ou villages, perçus par la population avec méfiance et
hostilité, ils ne reçurent aucune aide.
En mai 1945, les Tsiganes
(y compris les rescapés des camps nazis) sont encore assignés à
résidence dans leur canton ; seulement, les maires des communes
concernées ne veulent pas les accueillir. Le ministère de l’intérieur
envoie alors une circulaire aux préfets, le 24 juillet 1946, qui
distingue les « bons » Tsiganes acceptant la sédentarisation totale, et
les « mauvais » qui veulent continuer à nomadiser et auxquels on
applique les mesures de contrôle prévues par la loi de 1912 sur la
circulation des nomades. Toute sorte de tracasseries leur sont
infligées : contrôles et parfois prison pour défaut de carnet ou de
vaccination, recensement et fichage, problème du stationnement, autorisé
la plupart du temps pour 24 heures maximum, dans des zones de
relégation spatiale.
Certes la loi du 9 juillet 1948 qui définit
le statut et les droits des internés et déportés politiques, s’applique
aux nomades, mais les cartes de déporté, d’interné politique ou de
combattant volontaire de la Résistance leur sont attribuées tardivement,
pour certains seulement… en 1964. De même, ils ne furent jamais
indemnisés de la perte de leurs biens : caravanes, roulotes, instruments
de musique, camions, chevaux, terrains... Le carnet anthropométrique ne
fut supprimé qu’en 1960, remplacé en 1969 par un livret et un carnet
de circulation toujours en usage aujourd’hui pour les « gens du
voyage ».
Aujourd’hui
Le génocide
tsigane reste peu connu. Dans toute l’Europe, il est très peu enseigné
ou même mentionné dans les programmes scolaires. Surtout, un climat de
persécution se développe à nouveau. Pas seulement en Hongrie ou dans les
Balkans : en France, les destructions violentes des campements, les
propos racistes de responsables politiques comme Sarkozy et Valls, se
multiplient. C’est ce qui rend d’autant plus nécessaire de raconter
l’histoire du génocide tsigane, et comment on en arriva là.
Par Renée Ravoteur
Bibliographie - Roms, Tsiganes, Voyageurs : l'éternité et après ? Claire Auzias, 3,10 euros. - Roms et Tsiganes, Liégeois Jean-Pierre, 10 euros. - « Les Tsiganes en France (1939-1946) », Denis Peschanski, CNRS, 2010, 176 pages, 10 euros. - « Atlas des Tsiganes, les dessous de la question rom », Samuel Delépine, éditions Autrement, 2012, 96 pages, 19,90 euros. - « Samudaripen, le génocide des Tsiganes », Claire Auzias, L’Esprit frappeur, 2000, 205 pages, 3,25 euros. - « Gitans, Tsiganes, Roms… Idées reçues sur le gens du voyage », Marc Bordigoni, Le Cavalier Bleu, 2013, 183 pages, 20 euros. - « Tsiganes, nomades, un malentendu européen »
Quel spectacle révoltant nous ont offert ce 28 janvier Trump et
Nétanyahou, qui prétendaient présenter ensemble un «plan de paix»
concernant au premier chef les Palestiniens …sans la moindre
présence palestinienne. Ces deux individus, tous deux sous le coup
de poursuites pour des actes commis dans le cadre de leur activité
politique, tous deux obnubilés par l’échéance électorale à venir,
unis par leurs conceptions racistes et suprémacistes.
Une seule réalité : Trump fait un cadeau électoral à Nétanyahou
en lui donnant sa bénédiction à l’annexion de toutes les colonies
et de la Vallée du Jourdain. Cynique jusqu’au bout, il l’adosse à
la promesse d’un supposé État palestinien fractionné et dépouillé
de sa capitale Jérusalem et de toutes ses ressources…
L’annexion ? C’est dès que vous voulez, dit-il aux Israéliens.
Le supposé État de Palestine, même dépouillé de tout pouvoir et de
toute ressource ? C’est pour dans 4 ans si vous êtes sages.
Pas besoin d’en dire plus, on avait compris depuis longtemps : il
s’agit d’aller toujours plus loin dans la dépossession des
Palestiniens de leurs terres, de leurs ressources et de leurs
lieux emblématiques, de perpétrer le régime d’apartheid, de
maintenir les Palestiniens sous occupation.
En entendant liquider la cause palestinienne, ce n’est pas
seulement toute perspective de paix que Trump enterre, c’est une
conception des relations internationales fondée sur le droit. Ce
n’est pas seulement en Israël et Palestine que la paix est
menacée : le suprémacisme est à l’œuvre, il mine nos démocraties,
il menace la paix dans le monde entier.
La voie de la paix est toute autre : elle passe d’abord par la
reconnaissance de l’Autre, de l’injustice et des torts qui lui ont
été faits, elle passe par le respect du droit à
l’autodétermination du peuple palestinien et du droit au retour
des réfugiés palestiniens, elle passe par la fin de l’occupation,
de la colonisation, du blocus de Gaza. Ce n’est que sur cette
base-là, celle du Droit que Palestiniens et Israéliens pourront
inventer leur avenir commun.
La première réaction de la France est de « saluer les efforts
du président Trump » ! C’est indigne ! La seule
réaction possible au « plan Trump » de la France, de l’Europe,
de tous les États qui affirment refuser la loi de la jungle et
la loi du plus fort, est un rejet clair et net, sans détour,
assorti de menaces de sanctions si l’État d’Israël s’avisait de
le mettre en œuvre.
Il est inconcevable que la France se rende
ainsi complice d’un tel plan. C’est une solution basée sur le
droit qui doit s’imposer.
Message de solidarité du Comité Free Ali Aarrass, Bruxelles, Place Julian Assange, 29 janvier 2020 Luk Vervaet Merci à l’artiste Davide Dormino, merci
au Comité Free Assange Belgium d’avoir organisé des dizaines d’actions
pour Julian Assange à Bruxelles, merci à toutes les organisations qui se
sont engagées pour nous permettre d’accueillir ces trois sculptures à
Bruxelles. Je vous parle au nom du Comité Free Ali Aarrass. Ali Aarrass, qui dans une de ses dernières lettres écrit : « Nous
devons être parmi ces hommes qui pendant des siècles ont été à l’image
de l’arbre privé à la fois d’air et de racines. Ce n’est pas la première
fois que des hommes auront joué ce rôle dans la cristallisation de la
conscience et de l’espoir. Et cela malgré la répression, la prison ou le
bannissement quand ils n’ont pas choisi l’exil ». Ali Aarrass ne vous connaît pas, il ne
sait pas que vos statues sont ici ; dans sa cellule d’isolement il est
coupé du monde, il ne peut ni recevoir de courrier, ni écrire une
lettre. Vous ne connaissez pas Ali Aarrass. Et pourtant, il y a bien des
liens entre vous. Au moment de l’arrestation d’Ali Aarrass
en Espagne, votre avocat Baltazar Garzon était le juge d’Ali Aarrass.
C’est ce juge Garzon qui a innocenté Ali Aarrass après un examen
approfondi, mais Ali a quand même été extradé par l’Espagne vers le
Maroc. Un autre de vos avocats, Christophe
Marchand, se bat depuis des années pour la libération d’Ali Aarrass avec
son équipe dont Dounia Alamat et Nicolas Cohen. Wikileaks a aussi aidé Ali Aarrass de
manière indirecte, lui qu’on accusait de faire partie du groupe du
Belgo-Marocain Abdelkader Belliraj. C’est en effet Wikileaks qui a
publié le 6 août 2009, les courriers secrets de l’ambassade américaine à
Rabat, quelques jours après le verdict contre les 35 accusés dans le
procès Belliraj. L’ambassade américaine à Rabat avait en effet envoyé un
commentaire secret à Washington et à différentes ambassades américaines
en Europe, sous le titre « Un important cas de terrorisme soulève des questions de droits de l’Homme
». ». Grâce à vous, nous avons appris que même les autorités
américaines elles-mêmes considéraient que ce procès était inéquitable et
inacceptable. C’est grâce à vous que nous avons appris la présence de
deux diplomates belges à ce procès, Daniel Bernard, adviseur de droit
belge auprès du gouvernement marocain, et Johan Jacobs, conseiller à
l’ambassade belge. Tous deux ont dénoncé ce procès en déclarant que « les condamnations dans ce procès étaient tout simplement décidées à l’avance ».
Quand Ali Aarrass parle dans sa lettre « des
hommes et des femmes qui auront joué le rôle dans la cristallisation de
la conscience et de l’espoir. Et cela malgré la répression, la prison
ou le bannissement quand ils n’ont pas choisi l’exil », il parle de vous. De vous Julian, qui avez dû vous
réfugier en 2012 dans l’ambassade de l’Equateur à Londres pour échapper à
l’extradition et qui êtes maintenant dans la prison de haute sécurité
de Belmarsh. De vous Chelsea, qui avait été en prison de 2010 à 2017 et
qui vous retrouvez aujourd’hui en prison parce que vous ne voulez pas
témoigner contre Julian. De vous, Edward Snowden, qui avez choisi l’exil depuis sept ans pour échapper à la prison aux Etats-Unis.
Le Maroc intègre les eaux du Sahara occidental à son espace maritime
Les lois établissant la compétence juridique du royaume sur les eaux
allant jusqu’à Lagouira, à la frontière mauritanienne, ont été votées à
l’unanimité par les députés.
Le Monde avec AFPPublié le 23 janvier 2020 à 11h22
Le port de pêche de Laayoune, au Sahara occidental, en novembre 2018. FADEL SENNA / AFP
Le Maroc
a intégré mercredi 22 janvier les eaux du Sahara occidental à son
espace maritime, en votant deux lois qui renforcent sa tutelle sur cette
ancienne colonie espagnole au statut toujours indéfini.
« Ces lois visent à réactualiser l’arsenal juridique national », en phase avec « la souveraineté totale du royaume sur ses frontières effectives, terrestres et maritimes »,
a déclaré le ministre des affaires étrangères, Nasser Bourita, avant
l’adoption du texte par le Parlement à Rabat. Les lois établissant la
compétence juridique du Maroc sur l’espace maritime allant de Tanger
(nord) à Lagouira, à la frontière mauritanienne, ont été votées à
l’unanimité par les députés et saluées par des applaudissements.
Dans
une déclaration écrite à l’AFP, reçue à Alger, le Front Polisario, qui
réclame l’indépendance du Sahara occidental, a estimé que la décision du
Maroc n’aurait « aucun effet légal » et a menacé de saisir le Tribunal international du droit de la mer.« Il ne s’agit que de propagande, dénuée de toute valeur juridique internationale », a réagi Mhamed Khadad, un membre de la direction de ce mouvement. La question du statut du Sahara occidental, toujours classé « territoire non autonome »
par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif, oppose depuis des
décennies le Maroc aux indépendantistes du Polisario, soutenus par
l’Algérie.
Des tensions entre le Maroc et l’Espagne
Cette
vaste étendue désertique bordée sur quelque 1 000 kilomètres par
l’océan Atlantique est en grande partie contrôlée par le Maroc, qui veut
une « autonomie sous contrôle » pour la zone qu’il considère
comme sienne. Le Front Polisario réclame un référendum
d’autodétermination. Ce mouvement a introduit des recours contre deux
récents accords entre l’Union européenne et le Maroc, élargissant les
échanges commerciaux agricoles et halieutiques aux produits du Sahara
occidental. La procédure est en cours, selon Me Gilles Devers, l’avocat du Front Polisario joint par l’AFP.
En
gestation depuis des années, la délimitation des eaux a aussi, par le
passé, suscité des tensions entre le Maroc et l’Espagne, notamment après
des explorations pétrolières dans la zone. La question sera abordée
vendredi au cours de la première visite à Rabat de la nouvelle ministre
espagnole des affaires étrangères, Arancha Gonzalez, a souligné M.
Bourita après le vote. « Nous ne voulons pas imposer un fait
accompli, mais nous sommes prêts au dialogue avec l’Espagne dans le
cadre de nos droits essentiels et souverains », a-t-il précisé devant le Parlement.
Mi-décembre,
le gouvernement espagnol avait rappelé au Maroc que la délimitation des
frontières maritimes avec des pays voisins était régie par « un accord mutuel ».
Moins de 100 kilomètres séparent l’archipel espagnol des Canaries des
côtes marocaines et chaque État est en droit de revendiquer un plateau
continental allant de 200 à 350 milles marins.
Les
nationalistes de la Coalition Canaries ont récemment exigé du
gouvernement espagnol qu’il se plaigne auprès des Nations unies de « la décision du Maroc de poursuivre la nouvelle délimitation de ses frontières ». « Cette décision unilatérale concerne directement les Canaries »,
a protesté cette formation avant le vote, sur son compte Twitter. Le
Maroc avait ratifié la convention des Nations unies sur le droit de la
mer en 2007, disposant alors d’un délai de dix ans maximum pour définir
son plateau continental et ses frontières maritimes.
« Un acte provocateur » du droit international
Parallèlement
à la ratification de ces lois et à sa politique de grands chantiers, le
royaume table sur la diplomatie et le sport pour asseoir sa légitimité,
depuis le cessez-le-feu signé sous la houlette des Nations unies avec
le Front Polisario en 1991, après seize ans de guerre. La récente
ouverture de quatre consulats étrangers dans la zone sous contrôle
marocain a marqué « le début d’une consécration diplomatique », selon M. Bourita.
Après les Comores, la Gambie, la Guinée et le Gabon, « plusieurs
pays ont fait part de leur volonté d’ouvrir à leur tour des
représentations diplomatiques pour exprimer leur soutien (…) à la marocanité du Sahara », a-t-il assuré la semaine dernière. L’Algérie voit ce ballet consulaire comme « un acte provocateur » en « violation flagrante » du droit international. Pour le Front Polisario, « cela
ne changera pas le statut juridique du Sahara occidental. La seule
partie qui puisse changer ce statut est le peuple sahraoui quand il
décidera de son destin ».
Sur
le plan sportif, le Maroc a choisi d’accueillir à Laayoune (Sahara
occidental) la CAN 2020 de futsal (sorte de football en salle), prévue
pour durer du 28 janvier au 7 février, après avoir été désigné par la
Confédération africaine de football (CAF). Cette décision a soulevé une
tempête de protestations en Algérie, le Comité olympique algérien (COA)
demandant notamment à la CAF d’éviter toutes « manœuvres d’essence politique » contraires à la charte olympique. Le Front Polisario a, quant à lui, fustigé une « atteinte aux réglementations internationales ».
Equateur: plusieurs organisations réitèrent le soutien au droit du peuple sahraoui à l'autodétermination
SPS
24/01/2020 - 18:54
QUITO,
24 JAN 2020 (SPS) - Plusieurs organisations équatoriennes ont réitéré
leur soutien ferme au droit du peuple sahraoui à l'autodétermination,
dénonçant le pillage des ressources naturelles sahraouies par le Maroc
en complicité avec quelques pays notamment européens.
Les dirigeants de la Confédération des nationalités autochtones de
l'Equateur (CONAIE) et de l'Union générale des travailleurs (UGTE), ont
exprimé leur intérêt et leur soutien à la légitime lutte du peuple
sahraoui pour son droit à l'autodétermination, lors de deux réunions
tenues jeudi avec le conseiller de l'ambassadeur de la République arabe
sahraouie démocratique (RASD), M.Hafdala Chadad Brahim, et le
coordinateur de l'Association équatorienne de l'amitié avec le peuple
sahraoui (AEAPS), Pablo de la Vega.
Le président de CONAIE a affirmé, lors de la réunion, qu'il
soutenait "fermement le droit à l'autodétermination des peuples,
principe reconnu dans les résolutions pertinentes des Nations Unies".
A cette occasion, le diplomate sahraoui a abordé le pillage des
ressources naturelles sahraouies dans les territoires sahraouis occupés,
par la monarchie marocaine et les multiples sociétés, notamment
espagnoles et françaises, qui pillent les mines de phosphate, la
richesse marine dans la mer territoriale sahraouie et même le sable du
Sahara occidental qui se termine sur les plages européennes, malgré les
arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne.
Pour sa part, le président de l'UGTE, José Villavicencio, a procédé
à une analyse détaillée de la situation actuelle de la cause sahraouie
et de ses fronts de lutte, y compris politique et juridique.
Le dirigeant syndical a lancé "une invitation à promouvoir des
actions conjointes en faveur des droits de l'Homme du peuple sahraoui et
de son droit à l'autodétermination, ainsi qu'à générer ensemble les
conditions de la constitution d'une plateforme intersyndicale de
solidarité avec le peuple Sahraoui".(SPS) .
L’émergence d’une anthropologie visuelle marocaine
-
Et de deux pour les Rencontres « Le film documentaire dans les sciences
sociales », organisées par le LADSIS au sein de la faculté des lettres et
science...