Ana Qtella, 14 octobre 2025
Original español
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane
Le 7 octobre 2025, le Palais royal de Rabat a
connu l’une des semaines les plus tendues de l’histoire récente du Maroc. Des
fuites provenant du réseau Jabaroot, une structure clandestine de
renseignement numérique opérant dans l’anonymat et affirmant agir « depuis
l’intérieur du système », ont révélé des délibérations internes sur la
réponse du régime face aux manifestations de la jeunesse, connues sous le nom
de mouvement de la Génération Z.
Ces fuites, dont la véracité a été confirmée par leur correspondance avec le
contenu du discours royal devant le Parlement, ont placé le trône devant un
dilemme : dissoudre le gouvernement d’Aziz Akhannouch ou le maintenir malgré
le rejet populaire. Finalement, le choix a été de le conserver, en misant sur
un discours de stabilité et de réformes superficielles — interprété par
beaucoup comme un signe de faiblesse et de déconnexion du pouvoir vis-à-vis
de la société.
Qu’est-ce que Jabaroot ?
Jabaroot (de l’arabe « جبروت », traduit par « pouvoir absolu » ou « domination suprême »)
est un réseau numérique marocain qui se présente comme une force interne
rebelle à l’appareil du Makhzen.
Il ne s’agit pas d’un groupe activiste traditionnel, mais d’un collectif de
fuites, de contre-espionnage et de sabotage informationnel, ayant accès à des
données internes de l’État.
Depuis septembre 2025, Jabaroot a publié
plusieurs communiqués attribués à des « sources au sein du Palais royal »,
anticipant des décisions, des discours et des opérations de sécurité.
Son objectif déclaré : exposer la corruption
structurelle, le contrôle de Fouad Ali El Himma et d’Abdellatif Hammouchi sur
le pouvoir royal, et « libérer le peuple marocain de la culture de la
soumission ». ».
Son slogan récurrent : « Le pouvoir ne parle pas par caprice ».
Le discours royal et la stratégie du Palais
Le discours de Mohammed VI devant le Parlement
le 11 octobre a confirmé ce qu’avait annoncé Jabaroot : le gouvernement
Akhannouch reste en place jusqu’aux prochaines élections.
Le texte officiel, publié par Hespress, a
repris les thèmes habituels de la rhétorique royale : justice sociale,
développement territorial, amélioration de l’éducation et de la santé.
Mais il n’a mentionné ni les manifestations, ni la répression, ni la crise
politique.
Pour les jeunes manifestants, cette omission
équivalait à un mépris ouvert. Jabaroot a qualifié le discours de « texte en
langue de bois », rédigé par l’appareil sécuritaire pour clore la crise par
la propagande.
Les promesses de réformes ont été perçues comme de simples manœuvres
dilatoires, tandis que les services de Hammouchi préparaient la répression
des manifestations prévues le week-end suivant.
La fuite historique : les Palais royaux piratés
Le 14 octobre, Jabaroot a tenu parole et publié
un communiqué sans précédent :
La fuite comprend des données personnelles, des
structures administratives, des noms, des postes et des adresses du personnel
lié au Palais royal.
Jamais, dans l’histoire marocaine, une telle exposition d’informations
sensibles n’avait eu lieu.
Au-delà de l’aspect technique, le message est hautement
politique : démontrer que le Makhzen a perdu le monopole du contrôle
numérique et que son appareil sécuritaire n’est plus invulnérable.
Un État acculé entre la rue et le cyberespace
La combinaison de protestation sociale, d’usure
politique et de guerre informationnelle a plongé le régime dans une situation
inédite.
Le Palais craint un effet domino : les fuites ont érodé la narration de
puissance et révélé la dépendance du Roi envers ses conseillers et services
de renseignement, notamment Hammouchi et El Himma.
Les mouvements de jeunesse, de leur côté, se
disent trahis par le discours royal et revendiquent une rupture totale avec
la structure monarchique.
L’appareil médiatique officiel a répondu par des
moqueries, affirmant que les « discours de supplique » ne pouvaient remplacer
le respect des institutions, et que le pays avait besoin de calme.
Mais le climat sur les réseaux sociaux et dans la rue indique le contraire : polarisation
croissante, radicalisation du discours d’opposition et perte de confiance
dans la monarchie.
Vers une crise numérique majeure
Jabaroot est passé du statut de source de
rumeurs à celui d’acteur politique parallèle, capable de mettre le pouvoir à
nu et de façonner la perception publique.
Si ses fuites s’avèrent véridiques, le Maroc affronterait la première grande
crise numérique de son histoire : une guerre de l’information entre le Palais
et sa propre ombre.
La phrase de conclusion du communiqué résume la
gravité de l’avertissement :
« Vous pensez peut-être aujourd’hui avoir été piratés. Le problème est que vous êtes piratés bien au-delà de ce que vous pensiez.»






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