Youness Oubaali
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Meriem Khaer, SNRTnews, 28/10/2025
Une décision française interdisant le démarchage
téléphonique non sollicité à partir de l'été 2026 suscite de vives
inquiétudes dans les centres d'appels au Maroc |
AFP
Une
décision française interdisant le démarchage téléphonique non sollicité
à partir de l'été 2026 suscite de vives inquiétudes dans les centres
d'appels au Maroc. Cette loi oblige les entreprises à obtenir le
consentement préalable des consommateurs avant tout appel commercial,
sous peine de sanctions sévères, ce qui pourrait réduire l’activité des
entreprises et entraîner la perte de centaines d’emplois.
Des
professionnels soulignent que ce changement bouleverse complètement le
secteur, passant d’un système d’"opt-out" (choix de ne plus recevoir
d’appels) à un système d’"opt-in" (accord explicite préalable).
Désormais, une entreprise ne pourra joindre un consommateur que si
celui-ci a donné son accord clair pour recevoir des appels commerciaux.
Selon
plusieurs rapports français, cette mesure fait suite à des années de
plaintes, 97% des Français se plaignant de ces appels souvent perçus
comme du harcèlement, avec de nombreux cas d’arnaques ou d’offres
trompeuses. Malgré des régulations antérieures telles que la liste
"Bloctel" ou la limitation des horaires d’appel, ces mesures n’ont pas
suffi.
La
nouvelle loi prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à 500.000 euros
d’amende et 5 ans de prison en cas d’abus, notamment envers les
personnes vulnérables. Des autorités de contrôle rigoureuses sont mises
en place.
Environ
80% des activités des centres d’appels marocains ciblent le marché
français. Avec l’application de cette loi en 2026, ces centres devront
adapter leurs pratiques, car contacter un consommateur français sans
consentement sera illégal, même depuis l’étranger.
Contrairement
à la France, le cadre légal marocain n’encadre pas spécifiquement le
démarchage téléphonique, s’appuyant surtout sur des règles générales de
protection du consommateur, créant une zone grise. Les contrats avec des
partenaires français fixent souvent seules les obligations.
Dans
une déclaration à SNRTnews, le secrétaire général de la fédération
nationale des employés et cadres des centres d’appels et des métiers de
l'Offshoring, Ayoub Saoud, a exprimé son inquiétude quant aux
répercussions sur des centaines d’emplois, directs et indirects, citant
des licenciements déjà engagés dans de grandes entreprises.
Il a ajouté que "la
loi française, conjuguée à l’évolution rapide de l’intelligence
artificielle, menace directement les emplois, ce que nous commençons
déjà à constater, car de grandes entreprises au Maroc ont commencé à
licencier plusieurs salariés".
Il
a poursuivi en affirmant que les responsables gouvernementaux, ainsi
que l’Agence Nationale de Promotion de l’Investissement (ANPI) et le
ministère de l’Économie numérique, doivent prendre des mesures
proactives, notamment en commençant par un recensement précis des postes
et des centres d’appels.
À
ce propos, il a souligné que le nombre exact des centres d’appels n’est
pas connu avec précision, que certains d’entre eux n’ont même pas de
licence d’exploitation délivrée par l’Agence Nationale de Réglementation
des Télécommunications (ANRT) , et que l’absence de statistiques et de
suivi crée une certaine forme de désordre dans ce secteur.
De
son coté, le directeur d’un centre d’appels au Maroc, Mohamed El
Bekkali, a souligné que cette loi changera profondément la structure des
opérations, avec un impact sur toutes les fonctions, y compris le
support, la comptabilité, la sécurité et la maintenance.
Il a ajouté: "Cette
transformation n’est pas facile, elle nécessite d’importants
investissements en ressources humaines et en technologies, et prendra du
temps avant que nous puissions compenser les emplois menacés. Un
sentiment d’inquiétude règne parmi les employés, car beaucoup dépendent
de ce travail comme source principale de revenus, et toute réduction
aura un impact direct sur leurs familles."
Les
entreprises envisagent des stratégies d’adaptation telles que la
diversification des services, la formation aux
outils CRM, et la
digitalisation accrue, mais ce processus est coûteux et long.
Il insiste sur la nécessité d’un soutien gouvernemental pour établir une
base de données officielle, clarifier la réglementation et éviter le
désordre, afin de protéger des milliers d’emplois dans ce secteur clé.
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