lundi 26 janvier 2026

Privatisation rampante : le réseau scolaire français au Maroc devient inabordable pour les classes moyennes

SOLIDMAR, 26/1/2026

[1€ = 10, 75 MAD - 1000 MAD = 93€]

Le réseau scolaire français au Maroc est à un tournant. Pour faire face au retrait des subsides de l’État français, il impose aux familles des hausses de scolarité de 10 à 15% et de nouveaux droits d’inscription annuels (5 000 à 12 000 MAD). Cette transition financière, douloureuse, transforme fondamentalement la relation avec les parents, passant d’un modèle de service public partiellement subventionné à un modèle proche d’une offre premium privée, avec les risques d’exclusion sociale et les tensions que cela engendre.


Le Maroc abrite le premier réseau scolaire français au monde, avec 38 établissements sous tutelle de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), répartis dans 12 villes du royaume. Ces établissements (comme le Lycée Lyautey à Casablanca ou le Lycée Descartes à Rabat) scolarisent environ 37 000 élèves, dont une très large majorité (plus de 70%) sont marocains. Ils sont réputés pour leur excellence et leur bilinguisme, offrant les programmes de l’Éducation nationale française, souvent en partenariat avec l’État marocain.

Le désengagement financier de l’État français

Historiquement, l’AEFE accordait des subventions de fonctionnement importantes à ces établissements et rémunérait les enseignants titulaires détachés. Depuis plusieurs années, une politique de rationalisation budgétaire est à l’œuvre :

  • Réduction des subventions par élève.
  • Diminution du nombre de postes d’enseignants détachés, remplacés par des enseignants résidents recrutés localement (moins coûteux pour le budget français).
  • Transfert progressif de la charge financière vers les familles, pour viser à terme un équilibre budgétaire sans aide directe de l’État français pour le fonctionnement.
  • Impact financier : Pour une famille avec deux enfants dans le secondaire, la facture annuelle peut désormais dépasser les 150 000 à 200 000 MAD, soit une charge extrêmement lourde, même pour les foyers aisés.
  • Protestations et inquiétudes : Des associations de parents dénoncent une « privatisation » rampante du réseau et une rupture du « pacte » historique. Elles     craignent une éviction des classes moyennes et une transformation des établissements en écoles d’élite essentiellement accessibles aux plus riches.
  • Questions sur le modèle : cette situation interroge le modèle de « service public » français à l’étranger. L’administration et la direction des établissements doivent justifier ces hausses par la nécessité de maintenir la qualité pédagogique, la sécurité des bâtiments et les standards internationaux, tout en répondant aux exigences croissantes des familles.

La nouvelle orientation tarifaire : hausses et nouveaux frais

Pour compenser ce désengagement, les établissements ont engagé une profonde révision de leur modèle économique. Les mesures annoncées pour 2024/2025 sont marquées par :

1.      Des hausses de frais de scolarité inédites :

o    Les augmentations annuelles étaient traditionnellement de l’ordre de 3 à 5%. Pour cette rentrée, les hausses atteignent 10 à 15% dans de nombreux établissements, un niveau jamais vu.

o    Exemples de fourchettes annuelles (hors droits d’inscription) :

§  Maternelle : De ~25 000 à ~40 000 MAD/an (dirhams marocains).

§  Primaire : De ~30 000 à ~50 000 MAD/an.

§  Collège : De ~40 000 à ~70 000 MAD/an.

§  Lycée : De ~50 000 à ~85 000 MAD/an.

(Les montants varient selon l’établissement et le niveau).

2.     L’instauration de droits d’inscription annuels :

o    C’est la grande nouveauté. Il s’agit d’un frais fixe annuel, distinct des frais de scolarité, destiné à couvrir les charges administratives, l’entretien des infrastructures et une partie des investissements.

o    Ces droits sont généralement non remboursables et s’élèvent, selon les établissements, à entre 5 000 et 12 000 MAD par an et par enfant.

Redéfinition des relations avec les familles

Cette nouvelle politique crée une tension significative :

  • Impact financier : Pour une famille avec deux enfants dans le secondaire, la facture annuelle peut désormais dépasser les 150 000 à 200 000 MAD, soit une charge extrêmement lourde, même pour les foyers aisés.
  • Protestations et inquiétudes : Des associations de parents dénoncent une « privatisation » rampante du réseau et une rupture du « pacte » historique. Ils craignent une éviction des classes moyennes et une transformation des établissements en écoles d’élite essentiellement accessibles aux plus riches.
  • Questions sur le modèle : La situation interroge le modèle de « service public » français à l’étranger. L’administration et la direction des établissements doivent justifier ces hausses par la nécessité de maintenir la qualité pédagogique, la sécurité des bâtiments et les standards internationaux, tout en répondant aux exigences croissantes des familles.

Deux exemples

  • Au lycée Guy de Maupassant de Casablanca, le bras de fer est engagé entre le groupe IEG et l’association de parents APEMA. Les familles dénoncent la rupture d’un accord de 2018 qui plafonnait les augmentations à 10 % sur trois ans. En passant à un système de hausses annuelles sans concertation, l’établissement est accusé de privilégier une logique comptable au détriment de la stabilité financière des foyers. La direction justifie ces ajustements par des besoins d’investissement, mais le manque de visibilité sur les tarifs futurs alimente la colère des parents.
  • Dans les établissements en gestion directe, les frais de scolarité couvrent désormais les retraites des enseignants expatriés sans que ces fonds ne soient réinvestis localement. À Rabat, le projet de reconstruction du collège Saint-Exupéry illustre ces tensions : le budget a triplé en dix ans pour atteindre 18 millions d’euros, une somme financée en grande partie par les parents. En attendant le démarrage des travaux, les élèves restent scolarisés dans des locaux provisoires jugés inadaptés, tandis que les sommes collectées sont reversées au Trésor français...

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