Dans les gradins de la CAN 2025, une scène a surpris autant qu’elle a ému : des Marocains applaudissant l’Algérie, brandissant parfois des messages d’encouragement, au moment même où l’expression « frères ennemis » continue de coller aux deux peuples. Ce paradoxe n’en est pas vraiment un. Il dit surtout une chose : le football peut rouvrir des portes que la politique a fermées.
D’abord, il y a un socle humain et culturel que ni les crises ni les discours n’ont réussi à effacer. Marocains et Algériens partagent une proximité de langue, de références, de cuisine, de musique, de gestes du quotidien. Dans une compétition continentale organisée au Maroc, beaucoup de supporters ont spontanément retrouvé ce sentiment simple : celui d’un voisinage naturel, d’une fraternité sociale, parfois familiale, qui dépasse les frontières.
Ensuite, soutenir l’Algérie, pour une partie du public marocain, relève aussi d’un fair-play africain et maghrébin. La CAN, ce n’est pas seulement gagner : c’est accueillir, montrer un visage du pays, donner une image de la région. Encourager l’adversaire “historique” devient alors une manière de dire : dans un stade, on peut se respecter. Une façon de prouver que l’hostilité n’est pas une fatalité.
Il y a également une dimension de maturité sportive. À ce niveau, les supporters savent distinguer la rivalité du rejet. Rivaliser, oui. Détester, non. Beaucoup de Marocains aiment le jeu, reconnaissent une belle action, un joueur talentueux, un effort collectif. Cette culture du football, nourrie par les grandes compétitions, pousse à applaudir ce qui mérite de l’être, même quand le maillot est “d’en face”.
Enfin, ce soutien peut être lu comme un message implicite : les peuples n’ont pas envie de porter éternellement un conflit qui n’est pas le leur. Les stades deviennent alors un espace rare où l’on exprime une aspiration à la normalité, au contact, à la chaleur humaine. Et le slogan « Koulna khawa » [Tous frères] n’est pas une naïveté : c’est un désir.
Éliminés ce soir par le Nigeria, les Algériens quitteront la CAN 2025 avec la déception sportive inhérente à toute élimination, mais aussi avec le souvenir d’un accueil qui aura marqué bien au-delà du résultat. Car au Maroc, ils n’ont pas seulement affronté des adversaires : ils ont été reçus en invités. Dans les tribunes comme dans les rues, l’hospitalité marocaine aura laissé son empreinte, rappelant que « frères ennemis » n’est pas une identité, mais une construction. D’autant que le destin du tableau nourrissait un rêve partagé : en cas de victoire face au Nigeria, l’Algérie aurait retrouvé le Maroc en demi-finale, une affiche attendue, désirée par les deux camps et par tout un public. Le rendez-vous n’aura pas lieu, et c’est sans doute le seul vrai regret de cette soirée. Mais il restera l’essentiel : la preuve que, parfois, un stade, un chant commun ou un geste de respect suffit à fissurer durablement les murs que la politique érige.
Petites ombres au tableau
(Ajouts de SOLIDMAR)
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Marrakech : un Algérien arrêté avec un t-shirt du Polisario au Grand Stade
Un ressortissant algérien a été interpellé samedi aux abords du Grand Stade de Marrakech. Il tentait d’accéder aux tribunes de la CAN 2025 avec un t-shirt affichant des symboles politiques interdits.
Lors des contrôles de routine avant le match Algérie-Nigeria, les services de sécurité ont intercepté le supporter. Ce dernier portait un t-shirt arborant le drapeau algérien associé à l’emblème du Polisario. L’homme a été immédiatement arrêté et le vêtement saisi par les autorités, conformément aux règlements qui proscrivent toute propagande politique dans les stades.
Le supporter a été conduit devant le parquet pour l’ouverture d’une procédure judiciaire. En parallèle, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a pris une mesure administrative immédiate en lui interdisant l’accès au stade. Un second incident similaire a également été signalé à Marrakech.
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Supporter algérien arrêté au Maroc : ce que l’on sait de son transfert à Rabat
Nouveau développement dans l’affaire du supporter algérien interpellé pour acte indécent. Arrêté jeudi à Casablanca, le jeune homme a été transféré ce vendredi vers Rabat pour les besoins de l’enquête.
Selon des sources policières, ce transfert est justifié par des questions de compétence juridictionnelle, les faits incriminés ayant eu lieu dans la capitale. Le prévenu avait déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux après la diffusion d’une vidéo le montrant en train d’uriner dans les gradins du stade Prince Moulay El Hassan, tout en se vantant de son geste.
L’incident s’était produit en marge du huitième de finale de la CAN 2025 opposant l’Algérie à la République Démocratique du Congo. Le supporter devra désormais répondre de ses actes devant la justice.
À lire : CAN 2025 : un supporter algérien arrêté au Maroc après une vidéo choquante





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