Le film perpétue le récit officiel du régime marocain, en ignorant le conflit armé, le mur de séparation marocain et l’exil de milliers de Sahraouis dans des camps de réfugiés.
Ana Redondo, Nueva Revolución, 24/01/2026
Traduit
par SOLIDMAR
Le film Sirat,
réalisé par le cinéaste franco-espagnol Óliver Laxe, a généré un émoi notable
dans le panorama cinématographique international depuis sa sortie au Festival
de Cannes en mai 2025, où il a obtenu le Prix du Jury. Cette coproduction
hispano-française, avec Sergi López et le jeune Bruno Núñez, raconte la quête
désespérée d’un père et de son jeune fils à la recherche d’une fille disparue
dans l’environnement des fêtes rave parties du désert. L’intrigue se
déroule dans un paysage aride et hostile, où les personnages font face non
seulement à la perte personnelle, mais aussi aux dangers de l’environnement,
incluant des mines antipersonnel et un voyage exténuant vers la Mauritanie.
Cependant, au-delà de son impact visuel et émotionnel, Sirat a fait l’objet de vives critiques pour son traitement du cadre géographique. Le film situe l’action dans le « sud du Maroc, près de la Mauritanie », une description qui, de facto, assume le cadre territorial imposé par l’occupant marocain et efface l’existence du Sahara Occidental et du peuple sahraoui. Le Maroc ne partage pas de frontière directe avec la Mauritanie sans passer par le Sahara Occidental, un territoire illégalement occupé par le Maroc depuis 1975 après le retrait espagnol, et qui reste la dernière enclave africaine en attente de décolonisation. En présentant cette zone comme partie intégrante du « sud du Maroc », le film perpétue le récit officiel du régime marocain, ignorant le conflit armé, le mur de séparation marocain – connu comme le plus grand champ de mines du monde – et l’exil de milliers de Sahraouis dans des camps de réfugiés.
Le
réalisateur Óliver Laxe, qui a déjà tourné au Maroc et affirme pour sa défense
que le film s’inspire de « la douleur du monde » et de problématiques globales
comme la migration, a reconnu dans des interviews interview que l’histoire se
déroule à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, dans le contexte du
conflit pour l’indépendance du Sahara Occidental. Néanmoins, certains critiques
ont qualifié cette approche de « mensonge très commode », arguant que des
éléments spécifiques du film, comme le train du fer reliant Zouerat à
Nouadhibou en Mauritanie, ne sont accessibles qu’en traversant les Territoires
Libérés du Sahara Occidental. L’omission du nom « Sahara » et l’absence de
toute référence au peuple sahraoui transforment le film en un exercice de
blanchiment de l’occupation, privilégiant le spectacle visuel sur la réalité
politique.
Ce choix
narratif peut être interprété comme un effacement délibéré, où le show
cinématographique se superpose au conflit réel, contribuant à l’invisibilisation
de la lutte sahraouie pour l’autodétermination. En revanche, les promotions
officielles dans les médias marocains célèbrent le tournage dans le « désert du
Maroc », renforçant la perception que le Sahara Occidental est une extension
naturelle du territoire marocain. Cette divergence souligne comment Sirat,
malgré son ambition universelle, s’empêtre dans les complexités géopolitiques
locales, adoptant une position qui, pour beaucoup, équivaut à une complicité
silencieuse avec le statu quo de l’occupation.
Malgré la
polémique, l’Académie du Cinéma espagnole a sélectionné Sirat comme
représentant national pour les Oscars 2026 dans la catégorie Meilleur Film
International, ce qui a intensifié le débat sur le rôle du cinéma dans la
représentation de conflits oubliés. Le film invite non seulement à réfléchir
sur des thèmes comme la famille, la perte et la spiritualité dans des
environnements extrêmes, mais oblige aussi à s’interroger sur la manière dont
les récits artistiques peuvent, intentionnellement ou non, perpétuer des
injustices historiques. Dans un monde où le Sahara Occidental attend toujours
son référendum d’autodétermination promis par l’ONU, des œuvres comme celle-ci
rappellent l’importance de ne pas effacer des frontières ni des peuples entiers
au nom de l’art.





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