Solidarité Maroc, 13/12/2025
Les Émirats arabes unis (EAU) s’apprêtent à lancer une
offensive économique d’ampleur au Sahara occidental, territoire classé par les
Nations unies comme territoire non autonome et occupé en grande partie par le
Maroc depuis 1975. En s’adossant aux USA, via des mécanismes financiers publics
et des entreprises privées, Abou Dhabi
contribue à institutionnaliser une exploitation économique illégale, en
violation directe du droit international.
Une économie construite contre le droit international
Le Sahara occidental est reconnu par l’Organisation des
Nations unies (ONU) comme un territoire dont le processus de décolonisation n’a
jamais été mené à terme. En l’absence de référendum d’autodétermination, le
Maroc n’y dispose d’aucune souveraineté reconnue.
La Cour internationale de justice (CIJ) a établi dès 1975
l’absence de lien de souveraineté entre le territoire et le Maroc. Depuis, la
jurisprudence onusienne et européenne est constante : toute exploitation de
ressources naturelles dans un territoire non autonome est illégale sans le
consentement libre et explicite du peuple concerné, en l’occurrence le peuple
sahraoui.
Or, les projets actuellement négociés :
- se
font sans consultation du peuple sahraoui,
- excluent
totalement le Front Polisario, reconnu par l’ONU comme représentant
légitime du peuple sahraoui,
- s’appuient
exclusivement sur des institutions marocaines imposées dans le territoire
occupé.
Les Émirats arabes unis : investisseurs et acteurs
politiques
Les principaux acteurs pressentis côté émirati sont deux
fonds souverains majeurs :
- ADQ
(Abu Dhabi Developmental Holding
Company) : holding publique contrôlant des actifs stratégiques des
Émirats.
- ADIA
(Abu Dhabi Investment Authority) :
l’un des plus grands fonds souverains au monde, présidé par Tahnoun bin
Zayed Al Nahyan, frère du président émirati Mohamed bin Zayed Al Nahyan
(MbZ).
Tous deux sont déjà fortement implantés au Maroc et
cherchent à élargir leurs investissements, notamment dans les énergies
renouvelables, présentées comme « durables » et politiquement acceptables.
Les énergies renouvelables comme paravent juridique
Les discussions portent principalement sur la création de
parcs éoliens au Sahara occidental, sous la conduite de grandes entreprises
émiraties du secteur :
- Masdar
: entreprise publique émiratie spécialisée dans les énergies
renouvelables.
- Amea
Power : groupe privé actif dans l’éolien et le solaire.
- Taqa
(Abu Dhabi National Energy Company)
: géant public de l’énergie, récemment associé au groupe marocain Nareva,
lui-même contrôlé par le holding royal marocain Al Mada.
Le choix des énergies renouvelables n’est pas neutre. Il
permet de dissimuler une exploitation illégale derrière un discours
environnemental, alors même que le droit international ne fait aucune
distinction entre ressources fossiles et renouvelables : toute exploitation
sans consentement est illicite.
Les institutions locales : une façade de légitimité
Les négociations sont menées avec le Centre régional
d’investissement (CRI) de Dakhla-Oued Edahab, une structure administrative
marocaine chargée de promouvoir l’investissement dans la région. Son directeur,
Ahmed Kathir, agit comme relais local d’une politique décidée à Rabat.
Ces institutions ne disposent d’aucune légitimité
internationale. Elles servent à fabriquer une apparence de gouvernance locale,
destinée à contourner l’exigence fondamentale de consultation du peuple
sahraoui.
Le rôle central des USA
Les USA jouent un rôle déterminant dans cette dynamique. La
DFC a annoncé une enveloppe pouvant atteindre 5 milliards de dollars pour
soutenir l’implantation d’entreprises usaméricaines à Dakhla.
Parallèlement, Washington prépare l’ouverture d’un consulat
à Dakhla, après l’envoi d’une délégation diplomatique sur place. Cette décision
prolonge la reconnaissance unilatérale, en 2020, de la souveraineté marocaine
sur le Sahara occidental par l’administration Trump — une reconnaissance sans
valeur juridique internationale, mais aux effets politiques considérables.
Une stratégie du fait accompli
À travers cette convergence entre Rabat, Abou Dhabi et Washington, se met en place une
économie du fait accompli, dont l’objectif est clair : rendre irréversible
l’occupation du Sahara occidental par l’investissement, l’infrastructure et
l’intégration économique.
Cette stratégie vise à :
- vider
le processus onusien de sa substance,
- marginaliser
le droit international,
- transformer
une occupation militaire en réalité économique normalisée.
Une responsabilité juridique et politique partagée
En s’engageant dans ces projets, les Émirats arabes unis et
les USA s’exposent à une responsabilité juridique indirecte, en participant à
l’exploitation d’un territoire occupé. Les entreprises impliquées, elles aussi,
pourraient être confrontées à des contentieux futurs, comme l’ont déjà été
plusieurs groupes européens devant les juridictions de l’Union européenne.
Loin d’être un simple dossier économique, le Sahara
occidental demeure ainsi l’un des derniers cas de décolonisation inachevée, où
l’investissement international sert désormais à contourner, plutôt qu’à faire
respecter, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.





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