Mohammed VI peut encore vivre longtemps, mais un sentiment de fin d’ère s’est déjà installé dans le royaume. Sauf imprévu, il laissera à son fils, Moulay Hassan, un pays stable et un régime autoritaire fort de nombreux succès diplomatiques.
Ignacio Cembrero, El Confidencial, 31/12/2025
Traduit par Tafsut
Aït Baâmrane
Image : EC Diseño
Bien que son
portrait soit omniprésent, Mohammed VI n’a jamais été très présent dans la vie
de son pays. Entre ses longs séjours de vacances à l’étranger, ses périodes de
convalescence et ses problèmes de santé, le souverain était devenu « le roi
disparu », comme l’avait décrit en 2023 l’hebdomadaire
britannique The Economist.
Il n’était
même pas présent, le dimanche 21 décembre, à l’inauguration à Rabat de la Coupe
d’Afrique des nations (CAN), le plus grand événement sportif organisé au Maroc
depuis des années. Il avait commencé ses vacances à Abou Dhabi le 5 novembre,
les avait poursuivies à Paris puis au Caire. Elles se prolongeaient encore le
week-end dernier, alors même que la propagande officielle présente la Coupe
comme « l’étincelle de la renaissance généralisée du Maroc ». Il a délégué à
son fils, Moulay Hassan, le soin de donner le coup d’envoi.
La prise de
conscience collective de la fragilité de Mohammed VI a peut-être eu lieu fin
octobre 2024, lorsqu’il s’est rendu à l’aéroport de Rabat pour accueillir le
président français Emmanuel Macron. Il est apparu extrêmement amaigri, appuyé
sur une canne et marchant avec difficulté. L’explication officielle justifiant
l’usage de cette canne n’avait alors guère convaincu.
Lorsque
Mohammed VI viendra à disparaître, le Maroc connaîtra une transition sans
secousses. Le roi a un héritier incontestable : Moulay Hassan, 22 ans, son
unique fils. On sait peu de choses de lui, le palais royal n’ayant même pas
communiqué sur le déroulement de ses études à l’UM6P,
une université privée. Il est, en théorie, moins formé que son père, car il n’a
ni soutenu de doctorat ni effectué de stages dans une organisation
internationale. On ne lui a pas non plus confié de nombreuses missions de
représentation.
Il a
toutefois accueilli le président chinois Xi Jinping en novembre 2024, lors
d’une escale technique à Casablanca. Le roi était alors, lui aussi, en
vacances. Cet épisode est resté une exception. Le mois suivant, c’est Moulay
Rachid, frère de Mohammed VI, qui a remplacé le souverain à la réouverture de
la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence du gratin de l’élite mondiale.
Quelques
traits du caractère de l’héritier ont néanmoins filtré. Il est très attaché à
sa mère, la princesse Lalla Salma, âgée de 47 ans, dont Mohammed VI s’est
séparé en mars 2018. Il vit avec elle et sa sœur, Lalla Khadija, 18 ans, dans
le palais de Dar Es Salam ; il a vécu à ses côtés le douloureux divorce ; il
part en vacances avec elle à Courchevel, dans les Alpes françaises, ou à
Mykonos, en mer Égée. Lorsqu’il accédera au trône, cette ingénieure en systèmes
d’information exercera une grande influence sur le nouveau roi.
Le moment
venu, Mohammed VI laissera à son fils — si aucun événement imprévu et
indésirable ne survient — un royaume solidement établi. Malgré de profondes
inégalités sociales, le Maroc est le pays le plus stable de toute l’Afrique du
Nord, plus encore que l’Algérie, pourtant riche en gaz et en ressources
minières. Cette stabilité tient au fait que la monarchie structure le pays à la
fois politiquement et religieusement.
Les frasques
de Mohammed VI, ses vacances s’étendant parfois sur près de six mois certaines
années, son étroite amitié avec trois sportifs germano-marocains spécialistes
des arts martiaux mixtes (MMA), avec lesquels il a cohabité au palais, ou
encore ses déambulations nocturnes, un verre à la main, dans une nuit
parisienne d’août 2022, ont même été des « sujets tendance » sur les réseaux
sociaux.
Ces frasques
ont suscité une avalanche de commentaires moqueurs ou scandalisés à son sujet,
sans pour autant éroder l’institution monarchique. Pas même le grand mouvement
islamiste marocain Justice et Bienfaisance (Al-Adl wal-Ihsan), illégal mais relativement
toléré, n’en a profité pour s’en prendre au Commandeur des croyants, titre
religieux également porté par le roi.
Avec le
temps, Mohammed VI s’est montré plus prudent. Après avoir permis durant des
années aux frères Azaitar, combattants de MMA, de décider quels membres de la
famille royale pouvaient lui rendre visite dans ses appartements et à quel
moment de la journée, il les a relégués à l’arrière-plan. Ils n’apparaissent
plus à ses côtés ni n’exhibent leurs cadeaux luxueux — montres Rolex ou
voitures Ferrari ou Bentley — sur les réseaux sociaux.
Depuis l’été
2022, son principal compagnon est Youssef Kaddour, 41 ans, un Espagnol de
Melilla, lui aussi spécialiste des arts martiaux. Contrairement aux Azaitar, il
est discret et modeste, mais tout aussi inculte. Lorsqu’il vivait encore à
Melilla, il écrivait sur Facebook en multipliant les fautes d’orthographe. Il
contribue en revanche à remonter le moral du monarque, parfois abattu. Kaddour
jouit de l’estime de la famille royale.
Le respect —
ou la crainte — qu’inspire le roi est tel que ceux qui protestent n’osent même
pas le mentionner. Les jeunes du mouvement GenZ212, descendus dans la rue en
septembre pour réclamer une meilleure éducation et un meilleur système de
santé, ont critiqué le gouvernement, avec à sa tête le milliardaire Aziz
Akhannouch. Ils n’ont jamais mis en cause le monarque. C’est pourtant au palais
royal que se prennent nombre des décisions ensuite exécutées par le
gouvernement.
Aujourd’hui,
ni les mobilisations de la jeunesse, ni le djihadisme, ni l’islam politique, ni
une gauche quasi inexistante ne constituent au Maroc une menace pour la
monarchie ni pour l’ensemble des courtisans — parfois appelés le « makhzen » —
gravitant autour d’elle. D’où l’incompréhensible ampleur de la répression
exercée, par exemple, contre ceux qui ont répondu à l’appel de GenZ212. À
l’automne, on a compté 5 780 arrestations ; quelque 2 480 manifestants ont été
ou seront jugés et 1 473 sont déjà derrière les barreaux, dont environ 300
mineurs.
Ces épisodes
et bien d’autres montrent clairement que le Maroc n’est pas engagé sur la voie
d’une monarchie parlementaire, contrairement à ce que laissait entendre, par
exemple, Omar Azziman lorsqu’il était ambassadeur en Espagne (2004-2010), avant
d’être nommé conseiller royal.
Lorsque
Mohammed VI est monté sur le trône, il n’y avait pas de prisonniers d’opinion
marocains — seulement des Sahraouis — car son père, Hassan II, avait assoupli
la répression à la fin de son règne. Un quart de siècle plus tard, ils sont
nombreux à croupir en prison, à commencer par les quatre leaders de la révolte
pacifique du Rif (2016-2017) et Mohamed Ziane, 82 ans, le prisonnier politique
le plus âgé d’Afrique. Cet ancien ministre des Droits de l’homme de Hassan II
avait osé suggérer dans une vidéo que, puisque le roi s’absentait si souvent,
il vaudrait mieux qu’il abdique. Ziane possède la double nationalité marocaine
et espagnole, sa mère étant originaire de Malaga.
Les vents de
liberté ont cessé de souffler progressivement au Maroc à partir de 2003, après
les attentats djihadistes de Casablanca (33 morts). Ils ont brièvement repris
avec le « printemps arabe » au tout début de 2011, mais un nouvel attentat
terroriste, cette fois à Marrakech (17 morts), a mis fin à l’ouverture. Les
autorités ont encore resserré l’étau en 2020, après la pandémie, pour faire
taire les dernières voix dissidentes, notamment les meilleures plumes du
journalisme indépendant, qui ont fini derrière les barreaux. Elles ont été
graciées en 2024, mais n’ont plus le droit d’exercer leur profession.
Seules les
manifestations pacifiques massives, qui ont rassemblé des centaines de milliers
de personnes contre l’invasion de Gaza et les relations étroites entre le Maroc
et Israël, ont échappé à la répression. Elles étaient convoquées par le Front
marocain de solidarité avec la Palestine et par d’autres associations soutenues
discrètement par les islamistes de Justice et Bienfaisance.
L’indignation
populaire était telle que les autorités n’ont pas osé les interdire, sans pour
autant réduire leur coopération avec l’État hébreu, devenu un partenaire
stratégique. La trêve à Gaza a apporté un soulagement aux autorités marocaines.
« Le Maroc
est passé de la dictature de Hassan II à l’autocratie éclairée de Mohammed VI
», résumait le quotidien français Le Monde dans une série
de six articles publiés l’été dernier sur la monarchie marocaine.
L’autocrate n’est pas seul. Il s’appuie sur un cercle très restreint de
collaborateurs, parmi lesquels se distingue Fouad Ali El Himma, 63 ans, parfois
surnommé le vice-roi. Ancien camarade de classe de Mohammed VI au Collège royal
de Rabat, il tient souvent les rênes d’un pays dont le chef de l’État disparaît
par intermittence.
Il
intervient dans tous les domaines, mais affectionne particulièrement l’imposant
appareil de sécurité intérieure, où il a travaillé de 1999 à 2007, dirigé par
le premier policier du royaume, Abdellatif Hammouchi, artisan de l’utilisation
du logiciel espion Pegasus. Il s’implique également dans la politique
étrangère, mise en œuvre par Nasser Bourita, le plus influent des ministres des
Affaires étrangères de Mohammed VI.
Pour la
première fois depuis le début du siècle, des fissures sont apparues dans la
machine du contre-espionnage et de la police secrète, deux missions relevant de
la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dirigée par
Hammouchi sous la tutelle d’El Himma.
Depuis un
mystérieux canal Telegram, un groupe de hackers baptisé Jabaroot a révélé en
août des données personnelles concernant plusieurs agents de premier plan de la
DGST, y compris leurs biens immobiliers. Parmi eux figurait celui qui est, en
pratique, le « numéro deux » de l’agence, Mohamed Raji, surnommé « Monsieur
écoutes », à la tête depuis plus de trente ans de l’espionnage téléphonique et
ayant même reçu des ordres de mission du roi en personne.
La fuite à
l’étranger de Mehdi Hijaoui, ancien « numéro deux » de la Direction générale
des études et de la documentation (DGED), révèle également un malaise au sein
de l’agence chargée du renseignement extérieur. Moins dotée en effectifs que la
DGST, elle dispose toutefois d’un budget plus important. Certains indices
laissent aussi penser à des frictions entre les services de renseignement
intérieur et extérieur, sans que cela n’ait pour autant entamé la sécurité du
pays.
Le seul
domaine où tout s’est déroulé sans accroc est celui d’une politique étrangère
presque monothématique. Plus de cent pays soutiennent désormais le plan
d’autonomie de quelques pages que le Maroc propose depuis 2007 pour le Sahara
occidental. Deux démocraties de poids, les USA et la France, sont même allées
plus loin en reconnaissant la souveraineté marocaine sur un territoire que
l’ONU continue de considérer comme non autonome et en attente de
décolonisation.
L’apogée de
cette série de succès diplomatiques a été atteinte le 31 octobre, lorsque le
Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, sans aucun vote contre, la résolution
2797, établissant la proposition marocaine d’autonomie comme base des futures
négociations. Ce soutien est d’autant plus significatif qu’il a été impulsé par
l’administration du président Donald Trump, avec l’appui de la France. Une
troisième puissance, Israël, complète ce triumvirat de soutiens au Maroc.
« Cette
accumulation de victoires diplomatiques est d’autant plus frappante qu’elles
sont remportées par un pays dont le chef de l’État concentre
constitutionnellement presque tous les pouvoirs, tout en étant souvent absent
», s’étonne un diplomate européen ayant longtemps été en poste à Rabat.
Ce soutien
du principal organe de l’ONU ne met nullement fin au conflit du Sahara, né il y
a un demi-siècle lorsque l’Espagne a remis sa colonie au Maroc et à la
Mauritanie. Il entraînera toutefois la reprise des négociations. Tant que
l’Algérie résistera aux pressions occidentales et continuera de soutenir le
Front Polisario, qu’elle accueille dans le sud-ouest de son territoire, le
conflit persistera, même à basse intensité.
Il se
pourrait même que Rabat choisisse, à moyen terme, de mettre fin à cet
affrontement larvé au risque d’embraser la région. Parmi ses objectifs figure
la sortie du Sahara occidental de la MINURSO, la petite mission des Nations
unies qui a depuis longtemps cessé de remplir ses fonctions. Si cela se
produisait, le Maroc serait tenté de tirer parti de sa supériorité militaire
pour s’emparer de la bande orientale de l’ex-colonie, soit 20 % du territoire
(50 000 km²) qu’il ne contrôle pas et où circule le POLISARIO.
« Avec ou
sans accord, et avec l’aval des USA, le Maroc décidera, le moment venu,
d’annexer ces zones à l’est du mur qui lui appartiennent », prédisait
Abdelhamid Harifi, administrateur du forum officieux Forces armées
royales-Maroc. « Il ne lui faudra alors que deux ou trois semaines »,
insistait-il. Comment réagirait l’Algérie ? Irait-elle jusqu’à la guerre pour
tenter de l’en empêcher et sauver son protégé ?
Le Sahara
n’est pas le seul terrain d’affrontement entre le Maroc et l’Algérie. La
diplomatie marocaine profite également des revers algériens au Sahel pour
avancer ses pions. L’exemple le plus frappant est l’offre, formulée par le roi
lui-même, de donner un accès à la mer au Niger, au Burkina Faso et au Mali via
le port en construction de Dakhla (ancienne Villa Cisneros), au Sahara
occidental.
Ce projet,
qui ignore la Mauritanie, est aussi audacieux que celui d’un gazoduc de 6 000
kilomètres reliant le Nigeria au Maroc. Ils ont peu de chances d’aboutir, mais
en avril Mohammed VI s’est déjà fait photographier à Rabat avec les ministres
des Affaires étrangères de ces trois pays, autrefois protégés d’Alger. C’est
désormais le Maroc qui étend son soft power dans une partie du Sahel. Il a même
servi avec succès de médiateur pour obtenir, en décembre 2024, la libération
de quatre espions français emprisonnés au Burkina Faso.
Tous ces
succès marocains ont une lecture plus inquiétante pour l’Espagne. À peine la
résolution du Conseil de sécurité adoptée, la diplomatie marocaine exposait
publiquement et en détail ses revendications vis-à-vis de son voisin espagnol,
via Atalayar, porte-voix officieux du lobby marocain en Espagne, et Media24, le
quotidien numérique le plus proche du ministre Nasser Bourita. « Ils sont
enhardis », confiaient en fin d’année plusieurs diplomates espagnols à propos
du pays voisin.
Dans sa
volonté d’arracher des concessions à l’Espagne sans offrir de contreparties
significatives, « le Maroc utilise des instruments qui ne sont pas militaires
au sens strict pour consolider des objectifs stratégiques, comme la
revendication de sa souveraineté sur le Sahara occidental », rappelle Alejandro
López Canorea dans son ouvrage récemment publié La Guerra
del Estrecho [La Guerre du Détroit].
« Tout cela constitue une forme de guerre hybride qui n’implique pas
nécessairement l’éclatement d’un conflit ouvert, mais une confrontation de
fond, durable, menée à l’aide d’outils non conventionnels », explique l’auteur.
L’émigration
irrégulière est l’instrument de prédilection de Rabat, utilisé avec un cynisme
particulier en mai 2021, lorsqu’il a encouragé, selon les rapports du CNI,
l’entrée à Ceuta de plus de 10 000 Marocains — dont un cinquième de mineurs —
en moins de 48 heures. Depuis que le président Pedro Sánchez a adressé en mars
2022 sa mystérieuse lettre, jamais officiellement rendue publique, à Mohammed
VI, les forces de sécurité marocaines s’emploient toutefois à freiner les flux
migratoires vers les Canaries et l’Andalousie, mais pas vers Ceuta.
Cet effort
constitue la seule contrepartie tangible en échange de l’alignement de Sánchez
sur la solution d’autonomie défendue par Rabat pour résoudre le conflit du
Sahara. Il est réversible, et les autorités marocaines pourraient à nouveau
relâcher la pression migratoire si elles jugeaient utile d’accentuer leurs
pressions sur le gouvernement espagnol. Le projet enthousiasmant et commun de
la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal,
pourrait toutefois les inciter à différer ce moment.
Les
militaires espagnols expriment une autre inquiétude, souvent lorsqu’ils
prennent leur retraite. « Le Maroc dispose désormais d’un allié très puissant :
Israël et sa technologie », rappelait le général Miguel Ángel Ballesteros,
ancien directeur du Département de la sécurité nationale espagnol. « À
l’origine, ce n’est pas dirigé contre nous, mais il ne faut pas oublier que le
Maroc nourrit des revendications très sérieuses sur des territoires espagnols
», ajoutait-il. « Cette alliance m’inquiète », concluait-il.
Lorsque son
heure viendra, le jeune roi devra décider s’il maintient les collaborateurs de
son père dans les domaines de la diplomatie et de la sécurité. Les premiers ont
rempli leur mission avec succès. Les seconds ont surveillé et entravé les
déplacements de sa mère après le divorce, obéissant à des ordres royaux tout en
aggravant sa souffrance. Il est probable qu’ils ne conserveront pas leurs
fonctions.
Sur qui
Moulay Hassan s’appuiera-t-il alors pour gouverner ? Ses amis du lycée et de
l’université manquent d’expérience pour le conseiller efficacement. En
revanche, le commissaire Fouad Boutlaoui, actuel chef de la sécurité de
l’héritier, est promis à une ascension rapide. Il nourrit une rancœur tenace
envers Hammouchi, qui a manœuvré pour faire incarcérer son frère, lui aussi
policier.
La meilleure
part de l’héritage que le père laissera à son fils sera peut-être sa fortune.
Le magazine usaméricain Forbes l’a estimée pour la dernière fois, en
2015, à environ 4,85 milliards d’euros. Depuis le début de son règne, elle a
crû de manière exponentielle, notait alors Forbes. Il est probable
qu’elle se soit encore accrue au cours de la dernière décennie, au vu du poids
croissant d’Al Mada, le holding royal, dans l’économie marocaine et de son
expansion dans 24 pays, principalement en Afrique.
La pire part
de l’héritage laissé par Mohammed VI à son fils est la pauvreté. Le bilan de
vingt années de l’Initiative nationale pour le développement humain, lancée en
2005 pour la combattre, est loin d’être satisfaisant. Elle a néanmoins
légèrement reculé, selon les études du Haut-Commissariat au Plan. Malgré tout,
44 % des Marocains souhaitent émigrer à la recherche de meilleures opportunités
à l’étranger, selon le dernier sondage publié. Plus ils sont jeunes, plus ce
pourcentage est élevé.
Derrière des
infrastructures spectaculaires, comme le premier train à grande vitesse
d’Afrique ou Tanger-Med, premier port du continent africain ayant détrôné
Algésiras dans le détroit, se cache un autre Maroc, moins reluisant. Dans son
dernier discours du Trône, prononcé en juillet dernier, Mohammed VI a lui-même
reconnu cette dualité. « Il n’y a de place, ni aujourd’hui ni demain, pour un
Maroc à deux vitesses », a-t-il souligné.
C’est là que
réside la grande tâche de Moulay Hassan : parvenir à une croissance harmonisée
permettant de rapprocher le niveau de vie de son pays de celui de ses voisins
du sud de l’Europe. Le revenu annuel par habitant du Maroc (4 240 euros en
2025) est aujourd’hui sept fois inférieur à celui de l’Espagne. Cette dernière
compte environ dix millions d’habitants de plus que le Maroc, mais son PIB est
dix fois supérieur à celui de son voisin méridional. La richesse totale du Maroc
équivaut à celle d’une communauté autonome espagnole : la région de Valence.





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