Ci-dessous une dépêche de l’agence MAP (Makhzen Arab Press), reprise - avec quelques modifications de nature à justifier des salaires - par l’ensemble des médias alignés marocains, suivie de notre commentaire
Le Maroc, allié historique et partenaire stratégique fiable des États-Unis (Congressmen américains)
MAP,
7 janvier 2026
Washington – Plusieurs
congressmen et sénateurs américains ont salué l’amitié historique et le
partenariat stratégique liant le Maroc et les États-Unis, qui font du Royaume
un allié fiable et incontournable de l’Amérique depuis 250 ans.
A l’occasion d’une soirée de Gala
organisée mardi soir au Congrès US, dans le cadre de l’initiative “Project
Legacy Morocco”, ces élus américains, démocrates et républicains, ont ainsi
tenu à rendre hommage aux relations séculaires entre les États-Unis et le
Maroc, qui trouvent leur origine dans la décision historique du Royaume de
devenir, en 1777, la première nation à reconnaître l’indépendance de la jeune
République américaine.
Un acte politique très fort qui
trouve aujourd’hui toute sa signification historique et sa portée diplomatique
alors que les États-Unis s’apprêtent à célébrer cette année le 250e
anniversaire de leur indépendance.
“Seulement 18 mois après la
Déclaration d’indépendance, le Maroc a été le premier pays à reconnaître la
République américaine nouvellement indépendante, ouvrant la voie à la signature
du Traité de paix et d’amitié de 1786, toujours en vigueur aujourd’hui et qui
est le plus ancien traité ininterrompu de l’histoire des États-Unis”, s’est
félicité la congresswoman républicaine, Mariannette Miller-Meeks.
“Tanger abrite toujours la
première propriété diplomatique américaine à l’étranger, symbole durable de ce
lien indéfectible”, a souligné la représentante de l’État de l’Iowa au Congrès,
notant que le Maroc reste aujourd’hui le seul pays africain à être lié par un
accord de libre-échange avec les États-Unis et à être désigné allié majeur
hors-OTAN.
De son côté, le congressman
démocrate Samford Bishop s’est réjoui du fait que les relations entre les États-Unis
et le Maroc sont “presque aussi vieilles que la nation américaine elle-même”,
soulignant que l’amitié séculaire entre les deux pays a évolué et s’est
renforcée au fil des siècles.
Le Royaume du Maroc constitue
aujourd’hui un partenaire fiable et essentiel pour l’Amérique à plusieurs
égards, a affirmé le représentant de l’État de la Géorgie, émettant le souhait
de voir le partenariat stratégique entre Rabat et Washington continuer de se
raffermir dans l’intérêt mutuel des deux nations.
Même son de cloche chez le
congressman Jonathan Jackson, pour qui, l’amitié maroco-américaine a su
résister à l’épreuve du temps et des aléas géopolitiques et idéologiques qu’a
connu le monde au cours des deux derniers siècles et demi, en ce sens que
cette relation séculaire ne cesse de s’ancrer au fil du temps.
“Aujourd’hui, au moment où nous
sommes confrontés à plusieurs défis mondiaux, nous ne le faisons pas en tant
qu’étrangers, mais en tant que partenaires de longue date. Notre tâche consiste
désormais non seulement à célébrer l’histoire, mais aussi à la prolonger, afin
de garantir que les 250 prochaines années soient marquées par la paix, le
respect mutuel et un engagement commun en faveur de l’épanouissement humain”, a
souligné le représentant démocrate de l’Illinois.
Pour sa part, le sénateur
républicain Tim Sheehy a rappelé qu’à une époque où “la nation américaine
cherchait à s’imposer sur la scène internationale, le Maroc a été l’un des
rares pays à lui apporter son soutien et à reconnaître sa légitimité”.
“Aujourd’hui, et en ces temps
d’incertitude, qu’il s’agisse de la guerre contre le terrorisme ou des
nouvelles menaces, il est plus important que jamais d’investir dans nos
alliances et de rester fermes dans ces relations”, a plaidé le jeune sénateur
du Montana.
Le sénateur démocrate Tim Kaine a
insisté, quant à lui, sur l’importance stratégique de l’axe Rabat-Washington,
relevant l’intérêt pour les États-Unis, qui commémorent cette année le 250e
anniversaire de leur indépendance, de célébrer également cette relation
spéciale avec “notre plus ancien partenaire diplomatique”, le Royaume du Maroc.
M. Kaine, également ancien
gouverneur de la Virginie, a affirmé que la relation avec le Maroc reste “très
importante pour les États-Unis et elle ne fera que gagner en importance”.
De son côté, le congressman
démocrate Jimmy Panetta a relevé qu’après près de 250 ans, le Maroc reste
aujourd’hui l’un des plus anciens alliés de l’Amérique “avec lequel nous
entretenons des relations de grande qualité tant aux niveaux diplomatique, militaire
qu’économique”.
Un récit diplomatique célébratif qui occulte les rapports de force contemporains
SOLIDMAR, 9/1/2026
L’information ci-dessus s’inscrit
clairement dans une logique de communication politique et diplomatique,
davantage que dans une analyse substantielle de la relation maroco-usaméricaine.
Le ton unanimiste, la sélection des intervenants et l’insistance sur la «
profondeur historique » du partenariat visent avant tout à consolider un récit
stratégique favorable au Makhzen, dans un contexte régional et international
marqué par des tensions croissantes.
La référence récurrente à l’année
1777 et au traité d’amitié de 1786, si elle est historiquement fondée,
fonctionne ici comme un argument d’autorité symbolique, destiné à légitimer des
choix politiques actuels. Or, l’invocation d’un héritage vieux de 250 ans tend
à naturaliser une alliance qui est en réalité le produit d’intérêts
géopolitiques mouvants, largement redéfinis depuis la fin de la guerre froide
et, plus récemment, depuis les recompositions stratégiques au Moyen-Orient et
en Afrique du Nord.
Une amitié présentée comme
intemporelle, mais asymétrique
Le discours des parlementaires usaméricains
met en avant la fiabilité du Maroc comme « allié stratégique indispensable ».
Cette qualification mérite pourtant d’être interrogée. Elle révèle avant tout
la position subalterne mais utile qu’occupe le Maroc dans l’architecture
sécuritaire US : coopération militaire, lutte antiterroriste, contrôle
migratoire, stabilité régionale et, depuis 2020, alignement sur certaines
priorités diplomatiques usaméricaines, notamment en matière de normalisation
avec Israël.
L’article ne mentionne à aucun
moment les contreparties politiques de cette alliance, ni les zones de friction
potentielles. Les questions des droits humains, de la liberté de la presse, de
la répression des mouvements sociaux ou encore du conflit du Sahara occidental
sont totalement absentes du propos, comme si l’« amitié historique » dispensait
toute évaluation critique des pratiques actuelles de l’État marocain.
Un contexte politique
soigneusement évacué
La mise en scène bipartisane –
démocrates et républicains parlant d’une seule voix – donne l’illusion d’un
consensus moral et historique. En réalité, elle reflète surtout la continuité
pragmatique de la politique étrangère usaméricaine, où les considérations de
stabilité et d’intérêts stratégiques priment sur les principes proclamés.
Le « Projet Héritage Maroc », tel
que présenté, apparaît moins comme un exercice de mémoire partagée que comme un
outil de soft power, cherchant à ancrer durablement la relation maroco-usaméricaine
dans une narration positive, au moment même où Washington reconfigure ses
alliances face à la montée des rivalités globales (Chine, Russie) et aux
incertitudes régionales.
Une célébration sans débat
Enfin, l’absence totale de voix
dissonantes, d’analystes indépendants ou de rappels critiques transforme la
dépêche en texte de promotion diplomatique, plus proche d’un communiqué
officiel que d’un travail journalistique. La célébration du passé sert ici à
désamorcer toute interrogation sur le présent, et à projeter l’alliance dans
l’avenir sans en discuter les coûts politiques, sociaux ou éthiques.
En somme, si la relation entre le
Maroc et les USA est indéniablement ancienne et structurante, la manière dont
elle est présentée dans cette information relève d’une lecture idéalisée et
instrumentalisée de l’histoire, qui masque les rapports de force, les intérêts
divergents et les enjeux non résolus qui caractérisent toute alliance
stratégique contemporaine.





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