2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

samedi 9 octobre 2021

Les dossiers Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Le tribunal de l’Union européenne vient d’annuler deux accords entre le Maroc et l’Europe, portant notamment sur les droits de pêche. Le Front Polisario s’en réjouit et l’Algérie salue la « victoire éclatante » du peuple sahraoui. Mais Rabat et Bruxelles s’inquiètent d’une décision qui conteste la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.


Pêcheur dans le port de Laâyoune, Sahara occidental
Fadel Senna/AFP

Avant la colonisation espagnole de 1884, le Sahara occidental, situé au nord-ouest du continent africain, était « cette mer de sable sans frontière que les caravanes [utilisaient] comme des convois un océan »1. Ce territoire était cependant peuplé et géré par le biais d’un réseau organisationnel et politique bien spécifique, celui des tribus. En effet, un « désert se distingue de la mer dans la mesure où une population, si clairsemée soit-elle, y vit, avec ses traditions et son histoire »2. En 1963, le Sahara occidental devient un territoire « non autonome » selon les Nations unies : l’Espagne, qui est la puissance coloniale de l’époque, doit organiser un référendum d’autodétermination, qui ne s’est jamais tenu. Depuis 1975, ce territoire est occupé militairement par le Maroc et la Mauritanie, puis, depuis 1979, seul le Maroc l’occupe.

L’été 2021, si l’on prenait le risque de se promener sur le port industriel de Laâyoune, capitale du Sahara occidental, on pouvait voir des dockers, pour la plupart marocains — les Sahraouis n’ayant pas le droit de travailler au port —, charger interminablement des cagettes de sardines dans des poids-lourds. Direction ? L’Union européenne (UE). Par la route d’abord, pour les acheminer vers des ports marocains, manière de brouiller les pistes. Une manœuvre qui pose problème au plan légal.

Aujourd’hui, les poissons sont toujours pêchés dans les eaux du Sahara occidental, transportés et vendus dans l’UE. Mais peut-être plus pour longtemps : le 29 septembre 2021, le tribunal de l’Union vient d’annuler deux accords commerciaux avec le Maroc parce qu’ils s’appliquaient également au territoire occupé. Le premier concerne les droits de douane préférentiels attribués aux produits d’origine marocaine, incluant en fait les produits venant du Sahara occidental, et le second vise spécifiquement les licences de pêche octroyées aux bateaux européens par le Maroc qui pouvaient de facto pêcher au Sahara occidental, en échange d’une importante somme d’argent annuelle.

Une telle décision pourrait avoir d’importantes conséquences économiques. L’UE pourrait devoir rembourser au Front Polisario les sommes versées (plus de 40 millions d’euros chaque année) au Maroc pendant plusieurs années pour que les bateaux de ses États membres exploitent les ressources halieutiques du territoire occupé illégalement. Les entreprises européennes devraient s’acquitter des droits de douanes impayés sur différents produits (de la pêche ou de l’agriculture par exemple) présentés faussement comme étant marocains, à savoir, depuis tout ce temps, plusieurs millions d’euros. En 2010, une entreprise norvégienne a ainsi dû payer 1,2 million d’euros aux autorités douanières de son pays pour ne pas avoir payé les droits de douane applicables. Avec la médiatisation de ce commerce interdit, l’entreprise a perdu des clients, des investisseurs et a interrompu ses importations de produits sahraouis3.

Le droit contre la politique

La décision du Tribunal de l’UE est historique dans la mesure où elle s’inscrit à contre-courant de l’attitude diplomatique de ses États membres. La dénonciation du Front Polisario est ancienne : dès août 1983, il contestait la signature d’un accord de pêche entre l’Espagne et le Maroc, dans lequel rien n’indiquait la délimitation des eaux territoriales marocaines. Mais il fallut attendre 2012 pour que la contestation parvienne devant les juridictions européennes, portant sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc.

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En 2016, la Cour de justice de l’UE (CJUE) s’est enfin prononcée, mais dans une grande hypocrisie. Elle admettait que le Sahara occidental est un territoire « distinct et séparé » du Maroc et que tout accord concernant juridiquement le peuple sahraoui requiert son consentement. Mais elle précisait dans le même temps que, dans la mesure où nulle part formellement dans l’accord le Sahara occidental n’est spécifiquement visé par le Conseil des ministres de l’UE qui a conclu l’accord, le droit international n’avait pas été violé. Pourtant, dans la réalité, l’accord s’appliquait bien à ce territoire occupé.

En 2018, entre sophisme et paralogisme, la CJUE a réitéré ce constat troublant : elle « aboutit à un postulat quasi irréfragable d’interprétation conforme des accords conclus par l’UE aux règles applicables du droit international »4.

En affirmant que le Sahara occidental n’est pas le Maroc, ces différents arrêts ont tout de même forcé les institutions de l’UE à réécrire les accords pour y inclure expressément le Sahara occidental d’une part et obtenir, d’autre part, le consentement de son peuple. Alors, la Commission européenne et son Service européen pour l’action extérieure, venant en renfort du Conseil, ont trompé le Parlement avec des documents mensongers attestant d’une « consultation » des « populations » du Sahara occidental. Ces documents ont été analysés par l’organisation Western Sahara Resource Watch (WSRW), et les faits repris par le Tribunal de l’UE dans sa décision : d’une part, « la grande majorité des organisations que la Commission indique avoir consultées dans le rapport du 11 juin 2018 n’ont en réalité pas participé à ladite consultation » (94 sur 112 organisations mentionnées en annexe du rapport) et d’autre part, « les seules entités consultées par la Commission sont, dans leur grande majorité, soit des opérateurs marocains, soit des organisations favorables aux intérêts du royaume du Maroc »5.

Selon le Tribunal de l’UE, le peuple sahraoui n’a pas donné son consentement aux accords, qui sont donc annulés, en cohérence avec les arrêts de 2016 et 2018, puisque maintenant ces accords prévoient expressément leur application au Sahara occidental. Enfin, le Conseil a tenté de faire valoir qu’un bénéfice économique pour les populations locales pouvait remplacer le consentement du peuple ; le Tribunal enterre définitivement l’argument. Le Conseil de l’UE est piégé.

Il est regrettable que le Tribunal ait énoncé un délai pour rendre effective sa décision, qui correspond au délai pour faire appel, et si appel il y a, au délai jusqu’à la décision de la CJUE. Ce délai est officiellement destiné à préserver la « sécurité juridique » des engagements internationaux, autrement dit à protéger les entreprises et leur laisser le temps de s’adapter. Le Tribunal ne pouvait peut-être pas à la fois consacrer les droits des Sahraouis et les protéger immédiatement...

Chantage migratoire contre l’Algérie et l’Espagne

Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la tension diplomatique entre le Maroc et ses voisins. L’Espagne, et derrière elle l’UE, subit le chantage migratoire du royaume. L’été 2020, à l’entrée de la presqu’île de Dakhla, de nuit, on pouvait assister à un spectacle terrifiant : des dizaines d’Africains marchaient en ligne le long de la route, et alentour, des jeunes du coin se vantaient de connaître les « bons » policiers et de pouvoir négocier le passage jusqu’aux îles Canaries espagnoles, portes de l’espace Schengen. Un voyage qui est souvent un aller simple vers la précarité économique et sociale, sinon vers la mort. Dans les faits, dès que l’Espagne « ose » franchir la ligne rouge diplomatique concernant le statut du Sahara occidental, le Maroc ouvre les vannes de la migration. Par exemple, en mai 2021 quand le Maroc a découvert que Madrid avait accueilli le chef du Front Polisario Brahim Ghali qui souffrait de complications liées à la Covid-19, immédiatement, les forces de l’ordre marocaines ont relâché leur surveillance des frontières avec l’enclave espagnole de Ceuta et des milliers de personnes les ont franchies. Alors, l’Espagne va-t-elle prendre prétexte de la décision du Tribunal d’hier pour affermir à moindre risque sa position vis-à-vis du territoire occupé par le Maroc ? L’Algérie elle, qui vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, pourrait se servir de cette décision pour revenir sur la scène régionale.

Peu importent les libertés publiques

Les entreprises européennes vont donc devoir se poser la question de la rupture immédiate de leurs relations commerciales avec le Maroc pour l’exploitation des richesses du Sahara occidental. Car même si la décision du Tribunal ne sera applicable qu’après que son caractère définitif aura été établi (dans deux mois ou un an, voire un an et demi, le temps que la CJUE rende son arrêt si appel il y a), plus elles attendent, plus le risque de devoir payer les arriérés de taxes impayées augmente. Des milliers de tonnes de tomates cerise, de melons, de myrtilles, d’huîtres, de palourdes ou de sardines ont déjà été exportées vers l’UE sans que les taxes légalement applicables aient été payées. Surtout — mais cet argument n’est pas forcément audible pour des multinationales —, les libertés publiques des Sahraouis et leurs droits fondamentaux continuent d’être bafoués.

La surveillance et la répression des militants politiques n’a pas attendu l’affaire Pegasus pour être connue au Maroc en général et au Sahara occidental occupé en particulier. Le climat sécuritaire y est étouffant. En novembre 2020, le cessez-le-feu signé entre le Front Polisario et le Maroc en 1991 a été rompu par le Maroc. De nombreux militants sahraouis habitant en territoire occupé se font enlever, torturer, parfois tuer. Les rencontres avec les militants sur place nécessitent de longues et fastidieuses procédures de sécurité, pour éviter les yeux et les oreilles des policiers inquisiteurs. Le 18 septembre, à l’instar de ce qui se passe en territoire palestinien occupé, des engins de chantier ont encerclé une zone rurale au nord-est de Laâyoune et ont commencé à démolir illégalement une centaine de maisons et tentes sahraouies, situées dans un espace tribal traditionnel pétri de culture et d’histoire. Dans les camps en Algérie, les réfugiés sahraouis souffrent de la malnutrition et du manque d’eau : 40 % seulement des besoins vitaux en eau sont couverts et 60 % des femmes enceintes et allaitantes sont anémiées.

Cette dernière décision du Tribunal de l’UE qui annule des accords commerciaux entre l’Union et le Maroc fait souffler un vent nouveau. Certains, par pragmatisme, se mettent à soutenir la solution autonomiste du Maroc, pour mettre fin notamment au calvaire des réfugiés de Tindouf. D’autres refusent cette solution défaitiste qui symboliserait une victoire de la force sur le droit et l’éthique. Une intensification des offensives judiciaires contre les multinationales occidentales, véritables lignes de vie de l’occupation marocaine, pourrait faire penser aux premiers que les seconds ont raison de continuer d’espérer.

Pêche. La justice européenne à contre-courant sur le Sahara occidental

Le tribunal de l’Union européenne vient d’annuler deux accords entre le Maroc et l’Europe, portant notamment sur les droits de pêche. Le Front Polisario s’en réjouit et l’Algérie salue la « victoire éclatante » du peuple sahraoui. Mais Rabat et Bruxelles s’inquiètent d’une décision qui conteste la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Pêcheur dans le port de Laâyoune, Sahara occidental
Fadel Senna/AFP

Avant la colonisation espagnole de 1884, le Sahara occidental, situé au nord-ouest du continent africain, était « cette mer de sable sans frontière que les caravanes [utilisaient] comme des convois un océan »1. Ce territoire était cependant peuplé et géré par le biais d’un réseau organisationnel et politique bien spécifique, celui des tribus. En effet, un « désert se distingue de la mer dans la mesure où une population, si clairsemée soit-elle, y vit, avec ses traditions et son histoire »2. En 1963, le Sahara occidental devient un territoire « non autonome » selon les Nations unies : l’Espagne, qui est la puissance coloniale de l’époque, doit organiser un référendum d’autodétermination, qui ne s’est jamais tenu. Depuis 1975, ce territoire est occupé militairement par le Maroc et la Mauritanie, puis, depuis 1979, seul le Maroc l’occupe.

L’été 2021, si l’on prenait le risque de se promener sur le port industriel de Laâyoune, capitale du Sahara occidental, on pouvait voir des dockers, pour la plupart marocains — les Sahraouis n’ayant pas le droit de travailler au port —, charger interminablement des cagettes de sardines dans des poids-lourds. Direction ? L’Union européenne (UE). Par la route d’abord, pour les acheminer vers des ports marocains, manière de brouiller les pistes. Une manœuvre qui pose problème au plan légal.

Aujourd’hui, les poissons sont toujours pêchés dans les eaux du Sahara occidental, transportés et vendus dans l’UE. Mais peut-être plus pour longtemps : le 29 septembre 2021, le tribunal de l’Union vient d’annuler deux accords commerciaux avec le Maroc parce qu’ils s’appliquaient également au territoire occupé. Le premier concerne les droits de douane préférentiels attribués aux produits d’origine marocaine, incluant en fait les produits venant du Sahara occidental, et le second vise spécifiquement les licences de pêche octroyées aux bateaux européens par le Maroc qui pouvaient de facto pêcher au Sahara occidental, en échange d’une importante somme d’argent annuelle.

Une telle décision pourrait avoir d’importantes conséquences économiques. L’UE pourrait devoir rembourser au Front Polisario les sommes versées (plus de 40 millions d’euros chaque année) au Maroc pendant plusieurs années pour que les bateaux de ses États membres exploitent les ressources halieutiques du territoire occupé illégalement. Les entreprises européennes devraient s’acquitter des droits de douanes impayés sur différents produits (de la pêche ou de l’agriculture par exemple) présentés faussement comme étant marocains, à savoir, depuis tout ce temps, plusieurs millions d’euros. En 2010, une entreprise norvégienne a ainsi dû payer 1,2 million d’euros aux autorités douanières de son pays pour ne pas avoir payé les droits de douane applicables. Avec la médiatisation de ce commerce interdit, l’entreprise a perdu des clients, des investisseurs et a interrompu ses importations de produits sahraouis3.

Le droit contre la politique

La décision du Tribunal de l’UE est historique dans la mesure où elle s’inscrit à contre-courant de l’attitude diplomatique de ses États membres. La dénonciation du Front Polisario est ancienne : dès août 1983, il contestait la signature d’un accord de pêche entre l’Espagne et le Maroc, dans lequel rien n’indiquait la délimitation des eaux territoriales marocaines. Mais il fallut attendre 2012 pour que la contestation parvienne devant les juridictions européennes, portant sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc.

Abonnez-vous gratuitement à la lettre d’information hebdomadaire d’Orient XXI

En 2016, la Cour de justice de l’UE (CJUE) s’est enfin prononcée, mais dans une grande hypocrisie. Elle admettait que le Sahara occidental est un territoire « distinct et séparé » du Maroc et que tout accord concernant juridiquement le peuple sahraoui requiert son consentement. Mais elle précisait dans le même temps que, dans la mesure où nulle part formellement dans l’accord le Sahara occidental n’est spécifiquement visé par le Conseil des ministres de l’UE qui a conclu l’accord, le droit international n’avait pas été violé. Pourtant, dans la réalité, l’accord s’appliquait bien à ce territoire occupé.

En 2018, entre sophisme et paralogisme, la CJUE a réitéré ce constat troublant : elle « aboutit à un postulat quasi irréfragable d’interprétation conforme des accords conclus par l’UE aux règles applicables du droit international »4.

En affirmant que le Sahara occidental n’est pas le Maroc, ces différents arrêts ont tout de même forcé les institutions de l’UE à réécrire les accords pour y inclure expressément le Sahara occidental d’une part et obtenir, d’autre part, le consentement de son peuple. Alors, la Commission européenne et son Service européen pour l’action extérieure, venant en renfort du Conseil, ont trompé le Parlement avec des documents mensongers attestant d’une « consultation » des « populations » du Sahara occidental. Ces documents ont été analysés par l’organisation Western Sahara Resource Watch (WSRW), et les faits repris par le Tribunal de l’UE dans sa décision : d’une part, « la grande majorité des organisations que la Commission indique avoir consultées dans le rapport du 11 juin 2018 n’ont en réalité pas participé à ladite consultation » (94 sur 112 organisations mentionnées en annexe du rapport) et d’autre part, « les seules entités consultées par la Commission sont, dans leur grande majorité, soit des opérateurs marocains, soit des organisations favorables aux intérêts du royaume du Maroc »5.

Selon le Tribunal de l’UE, le peuple sahraoui n’a pas donné son consentement aux accords, qui sont donc annulés, en cohérence avec les arrêts de 2016 et 2018, puisque maintenant ces accords prévoient expressément leur application au Sahara occidental. Enfin, le Conseil a tenté de faire valoir qu’un bénéfice économique pour les populations locales pouvait remplacer le consentement du peuple ; le Tribunal enterre définitivement l’argument. Le Conseil de l’UE est piégé.

Il est regrettable que le Tribunal ait énoncé un délai pour rendre effective sa décision, qui correspond au délai pour faire appel, et si appel il y a, au délai jusqu’à la décision de la CJUE. Ce délai est officiellement destiné à préserver la « sécurité juridique » des engagements internationaux, autrement dit à protéger les entreprises et leur laisser le temps de s’adapter. Le Tribunal ne pouvait peut-être pas à la fois consacrer les droits des Sahraouis et les protéger immédiatement...

Chantage migratoire contre l’Algérie et l’Espagne

Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la tension diplomatique entre le Maroc et ses voisins. L’Espagne, et derrière elle l’UE, subit le chantage migratoire du royaume. L’été 2020, à l’entrée de la presqu’île de Dakhla, de nuit, on pouvait assister à un spectacle terrifiant : des dizaines d’Africains marchaient en ligne le long de la route, et alentour, des jeunes du coin se vantaient de connaître les « bons » policiers et de pouvoir négocier le passage jusqu’aux îles Canaries espagnoles, portes de l’espace Schengen. Un voyage qui est souvent un aller simple vers la précarité économique et sociale, sinon vers la mort. Dans les faits, dès que l’Espagne « ose » franchir la ligne rouge diplomatique concernant le statut du Sahara occidental, le Maroc ouvre les vannes de la migration. Par exemple, en mai 2021 quand le Maroc a découvert que Madrid avait accueilli le chef du Front Polisario Brahim Ghali qui souffrait de complications liées à la Covid-19, immédiatement, les forces de l’ordre marocaines ont relâché leur surveillance des frontières avec l’enclave espagnole de Ceuta et des milliers de personnes les ont franchies. Alors, l’Espagne va-t-elle prendre prétexte de la décision du Tribunal d’hier pour affermir à moindre risque sa position vis-à-vis du territoire occupé par le Maroc ? L’Algérie elle, qui vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, pourrait se servir de cette décision pour revenir sur la scène régionale.

Peu importent les libertés publiques

Les entreprises européennes vont donc devoir se poser la question de la rupture immédiate de leurs relations commerciales avec le Maroc pour l’exploitation des richesses du Sahara occidental. Car même si la décision du Tribunal ne sera applicable qu’après que son caractère définitif aura été établi (dans deux mois ou un an, voire un an et demi, le temps que la CJUE rende son arrêt si appel il y a), plus elles attendent, plus le risque de devoir payer les arriérés de taxes impayées augmente. Des milliers de tonnes de tomates cerise, de melons, de myrtilles, d’huîtres, de palourdes ou de sardines ont déjà été exportées vers l’UE sans que les taxes légalement applicables aient été payées. Surtout — mais cet argument n’est pas forcément audible pour des multinationales —, les libertés publiques des Sahraouis et leurs droits fondamentaux continuent d’être bafoués.

La surveillance et la répression des militants politiques n’a pas attendu l’affaire Pegasus pour être connue au Maroc en général et au Sahara occidental occupé en particulier. Le climat sécuritaire y est étouffant. En novembre 2020, le cessez-le-feu signé entre le Front Polisario et le Maroc en 1991 a été rompu par le Maroc. De nombreux militants sahraouis habitant en territoire occupé se font enlever, torturer, parfois tuer. Les rencontres avec les militants sur place nécessitent de longues et fastidieuses procédures de sécurité, pour éviter les yeux et les oreilles des policiers inquisiteurs. Le 18 septembre, à l’instar de ce qui se passe en territoire palestinien occupé, des engins de chantier ont encerclé une zone rurale au nord-est de Laâyoune et ont commencé à démolir illégalement une centaine de maisons et tentes sahraouies, situées dans un espace tribal traditionnel pétri de culture et d’histoire. Dans les camps en Algérie, les réfugiés sahraouis souffrent de la malnutrition et du manque d’eau : 40 % seulement des besoins vitaux en eau sont couverts et 60 % des femmes enceintes et allaitantes sont anémiées.

Cette dernière décision du Tribunal de l’UE qui annule des accords commerciaux entre l’Union et le Maroc fait souffler un vent nouveau. Certains, par pragmatisme, se mettent à soutenir la solution autonomiste du Maroc, pour mettre fin notamment au calvaire des réfugiés de Tindouf. D’autres refusent cette solution défaitiste qui symboliserait une victoire de la force sur le droit et l’éthique. Une intensification des offensives judiciaires contre les multinationales occidentales, véritables lignes de vie de l’occupation marocaine, pourrait faire penser aux premiers que les seconds ont raison de continuer d’espérer.

 

vendredi 8 octobre 2021

Sahara : Staffan de Mistura officiellement nommé envoyé personnel du SG de l’ONU

telquel

Maroc Réduction des visas: Bourita hausse le ton et juge la décision française injustifiée

La France a décidé ce matin de réduire drastiquement les octrois de visas aux trois pays du Maghreb. Rabat vient de réagir à cette décision via une déclaration du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita.

Le Maroc vient de réagir à la réduction de l’octroi des visas décidée aujourd’hui par le gouvernement français. « Nous avons pris acte de cette décision que nous considérons injustifiée pour plusieurs raisons », a indiqué le ministre des Affaires étrangères marocain lors d’un point presse tenu aujourd’hui avec son homologue mauritanien Ismaël Ould Cheikh Ahmed.

Pour Bourita, « la première raison est que le Maroc a toujours traité la question de l’immigration et de la circulation des personnes à partir de la logique de responsabilité, et de la logique de l’équilibre permanent entre le fait de faciliter la circulation des personnes, qu’elles soient étudiantes, hommes d’affaires ou voyageurs à des fins médicales, et le fait de lutter contre l’immigration clandestine ».

« La deuxième raison est que le Maroc, sur la base de cette responsabilité, a donné des instructions claires dans cette démarche. Au cours des 8 derniers mois, les consulats marocains ont soumis environ 400 documents à des personnes en situation irrégulière, et donc se fier à ce critère n’est pas approprié », a-t-il ajouté.

 


La militante sahraouie nominée pour le prix Sakharov du Parlement européen


BRUXELLES - La militante sahraouie des droits humains, Sultana Khaya, a été officiellement nominée pour le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit du Parlement européen, indique jeudi un communiqué de la représentation du Front Polisario en Europe.

La candidature de Sultana Khaya pour le prix Sakharov 2021 , parrainée par le groupe de la Gauche au Parlement européen (GUE/NGL),  a été  officiellement déposée mercredi au Parlement européen, précise le communiqué.

Décerné pour la première fois en 1988 à l'ancien président sud africain Nelson Mandela et à Anatoli Martchenko, le prix Sakharov est la plus haute distinction accordée par l’Union européenne aux actions en faveur des droits de l’homme. Le prix honore les personnes, les groupes et les organisations qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la défense de la liberté de pensée.

Sultana Khaya, assignée à résidence avec sa famille dans la ville occupée de Boujdour depuis plus de neuf mois "a consacré sa vie à la défense pacifique du respect des droits humains dans les territoires sahraouis occupés par le Maroc. Bien que son combat ait toujours été pacifique, l'activiste a beaucoup souffert des agressions, de la torture et du harcèlement de l'occupant marocain", souligne le Front Polisario.

"Sa nomination pour le prix était en reconnaissance de son inlassable travail dans la défense des droits des Sahraouis, en particulier des femmes sahraouies qui ont défendu la lutte sahraouie", pour l'indépendance et l'autodétermination, précise le communiqué.

"L'attribution du prix Sakharov serait un geste important de la part de l'Union européenne. Un geste de volonté d'assumer son rôle dans la défense des droits de l'Homme  et des libertés des peuples", estime le Front Polisario.


dimanche 3 octobre 2021

Audios. Fnideq: que sont devenues les « femmes-mulets »?

A Fnideq, quelque 3.500 « femmes-mulets » vivaient des marchandises de contrebande importées de Sebta. Depuis la fermeture de la frontière fin 2019, les conditions de vie restent précaires pour certaines travailleuses transfrontalières. Si les plus qualifiées ont pu trouver du travail, d’autres restent sans ressources financières. 

« Après qu’ils ont fermé la douane, je me suis retrouvée sans travail. Depuis qu’on travaille avec la Relance nationale, ça va mieux », raconte Fatima, agent d’entretien et de nettoyage urbain au sein de la Relance nationale (الانعاش الوطني). Cette femme de 60 ans travaillait auparavant à Sebta en tant que femme de ménage, pour un salaire d’environ 250-300 DH la journée (environ 5.000 DH par mois pour cinq jours travaillés par semaine). Aujourd’hui, elle est payée 1.800 DH par mois pour son activité avec la Relance nationale.

La Relance nationale, c’est une « initiative pour l’emploi saisonnier dans toutes les institutions nationales affiliées au ministère de l’Intérieur », explique Mohamed Younes, président de l’Observatoire du Nord des Droits de l’Homme (ONDH) au Maroc.

A Fnideq, quelque 3.500 « femmes-mulets » vivaient des marchandises de contrebande importées de Sebta. Depuis la fermeture de la frontière fin 2019, les conditions de vie restent précaires pour certaines travailleuses transfrontalières. Si les plus qualifiées ont pu trouver du travail, d’autres restent sans ressources financières.

« Si on essaye de comprendre leur répartition aujourd’hui, on enregistre:

  • un groupe de femmes employées au sein de la Relance nationale, et c’est la plus grosse part, notamment dans certaines usines de Tanger et d’autres à Larache;
  • un groupe de femmes qui ont été soutenues financièrement par l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) et, sur le plan logistique, par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité afin de créer leurs propres projets;
  • un groupe de femmes retournées dans leurs villes d’origine », explique le président de l’ONDH qui précise que « les opportunités d’emploi n’ont pas été trouvées pour toutes les femmes ».

 

Lire aussi : Fnideq: saisie de drones qui transportaient du « qarqoubi »

 

S’il ne peut pas nous communiquer « un chiffre ou un indicateur précis », Mohamed El Barkouki estime que toutes les ex-femmes porteuses ont retrouvé un travail. Le chef de la division de l’action sociale à la préfecture de M’diq-Fnideq explique que différents programmes nationaux de l’INDH permettent de soutenir les femmes en situation précaire ou sans revenu fixe. Il précise qu’un nouveau programme sera mis en place d’ici la fin de l’année pour « aider les femmes en situation de travail et leur ouvrir d’autres opportunités pour faire leur propre projet ou intégré dans le cadre d’une économie solidaire et sociale ».

Notre interlocuteur explique aussi que des opérateurs anciennement informels en ce qui concerne le commerce de contrebande ont légalisé leur activité. Par exemple, quatre entreprises du secteur de la friperie emploient actuellement entre 2.000 et 3.000 salariées, selon une source autorisée à l’administration des douanes et des impôts indirects (ADII) consultée par nos confrères de Médias24,

La zone franche de Fnideq bientôt opérationnelle

« Dans les usines, ils ont recruté les plus jeunes et les plus qualifiées », reprend à son tour Khadija, ex-« femme-mulet » âgées de 67 ans. « On n’arrive pas à rentrer dans nos frais. On a toujours des factures à payer. Ils ont dit qu’ils allaient ouvrir pleins d’entreprises mais on n’a rien vu », regrette-t-elle.

« Plein d’entreprises », en écho au projet de zone franche à Fnideq, dont les travaux ont commencé en juin 2020, retardés par la pandémie du covid-19. Un projet attendu par des centaines de familles, autrefois tributaires de la douane commerciale de l’enclave espagnole. Selon Mohamed Younes, les travaux de cette « zone d’activités économiques située à la périphérie de Sebta, à Fnideq » sont dans leur « phase finale ».

Etalée sur une superficie de 10 hectares, la zone comptera 33 entrepôts de 365 à 1.000 m2 en fonction des besoins des investisseurs. L’installation des premiers a déjà été finalisée cet été. 1.200 personnes, principalement des ex-« femmes-mulets », ont été embauchées dans le cadre de quatre unités industrielles. A terme, le projet devrait porter quelque 5.000 emplois au profit de la population cible.

« Réalisés par Tanger Med, les travaux d’une zone commerciale à Martil n’en sont qu’à leurs débuts », informe par ailleurs Mohamed Younes.

 

Vaccins anti-Covid: Amnesty accuse les laboratoires de délaisser les pays pauvres

Pfizer, BioNTech et Moderna prévoient de dégager au total 130 milliards de dollars de profits d'ici à fin 2022, selon Amnesty.
Pfizer, BioNTech et Moderna prévoient de dégager au total 130 milliards de dollars de profits d'ici à fin 2022, selon Amnesty. PATRICK T. FALLON / AFP

Dans un rapport publié mercredi , l'ONG estime que les fabricants, qui ont reçu «des milliards de dollars» d'aide publique, font obstacle à la fabrication du vaccin dans les pays les moins avancés.

L'ONG Amnesty international a accusé mercredi 22 septembre les groupes pharmaceutiques qui produisent les vaccins contre le Covid-19 d'alimenter une «crise des droits humains sans précédent», réclamant l'octroi de deux milliards de doses aux pays pauvres. Dans un rapport intitulé «Une double dose d'inégalité: les compagnies pharmaceutiques et la crise des vaccins contre le Covid-19», l'ONG affirme que la plupart d'entre elles ne donnent pas la priorité aux pays les plus pauvres. Cette publication intervient alors qu'un sommet mondial sur les vaccins est prévu mercredi. Le président américain Joe Biden a promis d'annoncer des engagements supplémentaires pour la vaccination des pays les moins avancés.

«Vacciner le monde est notre seule voie pour sortir de cette crise. Il devrait être temps de saluer ces entreprises, qui ont créé ces vaccins si rapidement, comme des héros», a déclaré dans un communiqué la secrétaire générale d'Amnesty, Agnès Callamard. «Au lieu de ça, à leur grande honte et notre chagrin collectif, le blocage intentionnel du transfert de connaissances par Big Pharma et leurs manœuvres en faveur des États riches ont engendré une pénurie de vaccins tout à fait prévisible et tout à fait dévastatrice pour tant d'autres.»

L'ONG a passé en revue la politique d'AstraZeneca, Pfizer, BioNTech, Moderna, Johnson & Johnson et Novavax - dont le vaccin n'est pas encore approuvé - en matière de droits humains, fixation des prix, propriété intellectuelle, partage de connaissances et de technologie, allocation de doses et transparence. Elle a conclu qu'«à divers degrés, les six développeurs de vaccins n'ont pas respecté leurs responsabilités en matière de droits humains». Sur 5,76 milliards de doses administrées, seules 0,3% l'ont été dans des pays à «faibles» revenus, 79% allant dans des pays aux revenus «moyens supérieurs» et «élevés», souligne l'ONG.

Pfizer, BioNTech et Moderna prévoient de dégager au total 130 milliards de dollars de profits d'ici à fin 2022, selon Amnesty, pour qui «les bénéfices ne devraient jamais passer avant les vies». Si la plupart des groupes ont reçu «des milliards de dollars de financements gouvernementaux, les développeurs de vaccins ont monopolisé la propriété intellectuelle, bloqué les transferts de technologie et limité de manière agressive les mesures qui permettraient d'étendre la fabrication dans le monde de ces vaccins», accuse Amnesty.

L'ONG appelle entreprises et gouvernements à «changer de cap» pour fournir deux milliards de vaccins aux pays à faibles et moyens revenus. Contactées par l'ONG avant publication du rapport, toutes ces entreprises sauf Novavax lui ont répondu et ont reconnu qu'une distribution juste et équitable, particulièrement dans les pays à faibles revenus, est essentielle, et mis en avant leurs efforts en ce sens, sans convaincre Amnesty.