2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

mardi 14 octobre 2025

Madagascar : 53 ans plus tard, une autre révolution

Cet article est disponible également en anglais, espagnol et portugais (brésilien)

1972–2025, deux générations de révolte. Les pancartes d’hier, les drapeaux pirates d’aujourd’hui : même colère, autre langage.

Pour ceux qui ont l’âge de se souvenir, les années 1960-1970 furent une école du réel : l’odeur des gaz lacrymogènes, les cortèges qui débordent l’itinéraire « autorisé », la certitude joyeuse que rien n’est immuable, et la brutalité de l’instant où l’État lâche ses chiens. À Tana, on disait FRS quand Paris disait CRS : mêmes boucliers, même matraque, même réflexe colonial pour « tenir » les indigènes récalcitrants.

C’est dans cette mémoire que résonne 2025.

Apprendre qu’Andry Rajoelina, putschiste hier, président aujourd’hui, a fini par s’enfuir sous protection étrangère (française) n’a rien d’une surprise : les régimes qui n’écoutent pas finissent par courir, et les parrains d’hier organisent parfois eux-mêmes la sortie de secours quand leur créature devient ingérable. On baptisera cela « transition », « stabilité », « responsabilité internationale ». Les mots changent, la logique demeure : éviter l’embrasement tout en s’assurant que les intérêts bien placés ne perdent pas la main sur l’Île Rouge.

La jeunesse malgache de 2025 ne descend pas seulement pour l’eau coupée et l’électricité rationnée, ni pour le panier de riz devenu luxe hebdomadaire : elle descend avec la mémoire dans le sang.

Ce sont, littéralement, les petits-enfants de la jeunesse qui, en 1972, avait fait tomber Philibert Tsiranana, le Président de l’époque. L’étincelle du mouvement révolutionnaire s’appelait ZWAM pour Zatovo Western Andevo Malagasy, les Jeunes Malgaches amateurs de westerns, ces garçons aux blousons de cuir et aux rêves d’écran large, caricaturés par le pouvoir comme des voyous inhalant la poussière d’un western de pacotille. Le régime les méprisait, et en cela il a commis une erreur fatale : derrière l’imagerie existait une vraie force sociale, une dignité blessée, et la rage de n’être plus les spectateurs de leur propre pays.

Vint ensuite la figure des ZOAM pour Zatovo Orin’Asa Malagasy, les Jeunes chômeurs malgaches, une génération que l’on disait « sans avenir » et qui s’est fabriqué un présent collectif. Les autorités les ont insultés, les qualifiant de « fumeurs de marie-jeanne », de « fauteurs de troubles ». La rue a répondu en renversant l’échafaudage politique.

Cinquante ans plus tard, le décor a changé mais la distribution est la même : une élite qui s’agrippe, des partenaires extérieurs qui prêchent la retenue, une administration qui parle « gestion de crise », et en face des cohortes de vingt ans qui n’ont rien, sinon le nombre, l’intelligence connective, et le mépris du ridicule des puissants.

L’espace de deux générations, les codes visuels sont passés des westerns au manga : drapeaux pirates et chapeaux de paille façon One Piece, clins d’œil mondialisés qui recodent la vieille révolte en feuilleton planétaire. On peut sourire de la grammaire pop mais on aurait tort d’ignorer ce qu’elle porte : une langue commune de l’insubordination, un montage d’images et de chants qui accélère la contagion affective. Les vieux lexiques du pouvoir en place, « provocation », « casseurs », « éléments incontrôlés », glissent comme l’eau sur un K-Way : la foule filme plus vite que les préfectures ne mentent.

On dira qu’il y a eu des pillages. Il y en a toujours. Ils offrent au pouvoir le contrechamp moral dont il a besoin : l’émeute, c’est sale ; la boutique saccagée, c’est tangible ; le visage tuméfié d’un adolescent, on le verra moins longtemps. Mais la ligne de force n’est pas là. Elle tient à un basculement simple : l’armée ne tire plus.

En 1972, Tsiranana, usé et malade, remit les clefs à Ramanantsoa, l’uniforme étant le seul médiateur encore capable d’éteindre l’incendie.

En 2025, c’est une mutinerie qui a donné l’axe : des unités refusent de « faire le sale boulot », d’autres sortent des casernes, certains encadrent même les cortèges. Quand le bras armé se dérobe, le verbe présidentiel perd sa verticalité. Rajoelina a cru, jusqu’au bout, qu’on gouverne en « gérant la communication », en remplaçant un gouvernement comme on change un fusible. La panne n’était pas un court-circuit ; c’était le réseau tout entier.

L’exfiltration : le dernier geste du Parrain français

Reste la France, spectre obstiné. Elle ne se mêle pas, dit-elle. Elle « facilite ». Il n’y aura « pas d’intervention »… mais seulement un avion, un couloir aérien, une discrétion diplomatique et des éléments de langage sur la nécessité du calme. Les mêmes mains qui ont si longtemps griffé l’île de leurs concessions minières et de leurs coopérants sécuritaires assurent qu’elles n’y touchent plus. Peut-être ? Peut-être pas ?

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lundi 13 octobre 2025

Le mouvement GENZ212 au Maroc : Premier bilan et perspectives - Scénarios possibles

Une note d'analyse stratégique de Solidarité Maroc examine le déroulement et les perspectives du mouvement GENZ212, en élaborant les scénarios possibles à court, moyen et long terme. Cliquez, lisez, réfléchissez et commentez !



vendredi 10 octobre 2025

Les eurodéputé·es choqué·es de la manière dont la Commission européenne élude la question du Sahara Occidental

Western Sahara Resource Watch, 10/10/2025

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Lors d'une audition au Parlement Européen en début de semaine, les eurodéputé·es se sont indigné·es de la façon dont la Commission les a courtcircuité·es pour imposer un nouvel accord couvrant le Sahara Occidental occupé, en violation des décisions de la Cour de Justice de l'Union Européenne.

Onze mois après que la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) a de nouveau annulé l'accord commercial UE-Maroc pour avoir inclus le Sahara Occidental occupé dans son champ d'application sans le consentement des Sahraouis, la Commission Européenne et le Maroc ont soudain dévoilé un nouvel accord qui, selon eux, « résout » les problèmes juridiques – une approche qu'ils vont appliquer à un nouvel accord de pêche.

Le 6 octobre, la Commission a présenté le nouvel accord à la commission du commerce international (INTA) du Parlement européen, après son entrée en application provisoire, contournant ainsi le droit de regard et d'approbation du Parlement. Cette décision a déclenché cette audition extraordinaire, au cours de laquelle les députés ont exprimé leur mécontentement et leurs critiques.

Alors que les députés des groupes S&D, Verts/ALE, La Gauche et Renew Europe ont vivement critiqué la Commission, les députés de droite des groupes ECR et PfE ont défendu le rôle du Maroc et présenté le débat comme une question de « partenariat stratégique ». Malgré cela, un malaise évident régnait, d'un bord à l'autre de l'échiquier politique, sur la manière dont la Commission a géré le processus et sur le manque de transparence qui l'a entouré.

L'application provisoire suscite l'indignation

Tous groupes politiques confondus, les eurodéputés ont condamné la Commission pour avoir imposé l'application provisoire de l'accord, entrée en vigueur le 3 octobre, avant même de transmettre officiellement les propositions au Parlement pour approbation.

Le président de la commission, Bernd Lange (S&D, Allemagne), a qualifié la procédure de « totalement inacceptable » et a averti qu'elle pourrait saper la confiance du Parlement envers la Commission. Il a rejeté l'argument de la Commission selon lequel elle était confrontée à un « délai serré » avant l'expiration, le 4 octobre 2025, de la période de transition accordée par la Cour.

« Les raisons que vous avez invoquées ne sont pas valables », a déclaré M. Lange, soulignant que le Parlement avait donné son avis sur l'accord post-Brexit au Royaume-Uni « en deux jours ». « La pression du temps ne saurait justifier l'ignorance du Parlement. » L'argument de « l'urgence » est également démenti par la jurisprudence. Après l'annulation par la CJUE du précédent accord UE-Maroc en décembre 2016, les produits du Sahara Occidental sont entrés dans l'UE pendant deux ans et sept mois sans droits de douane préférentiels, jusqu'à l'entrée en vigueur du nouvel accord en juillet 2019.

Une négociation de cinq jours – après un an de silence

Plusieurs députés se sont interrogés sur la rapidité avec laquelle un accord aussi complexe a pu être négocié. La rapporteure permanente du Parlement pour le Maghreb, Lynn Boylan (The Left, Irlande), a rappelé à la Commission que l'INTA avait demandé une réunion d'information en mars 2025, qui lui a été refusée au motif que la Commission « ne disposait pas d'informations à partager sur les prochaines étapes concernant le dossier du Sahara Occidental ».

Les négociations avec le Maroc n'auraient duré que cinq jours (du 10 au 15 septembre), ce qui laisse planer un doute sur l'éventualité qu'ils aient en fait débuté avant même que la Commission ne reçoive un mandat du Conseil.

« Il vous a fallu un an, une année entière, à l'exception de quelques semaines, pour procéder à une analyse complète de l'arrêt, puis d'arriver en quelques semaines à un mandat, une conclusion et un accord avec les autorités marocaines. Où était le temps d'impliquer le Parlement européen ? Et où était le temps de faire le nécessaire pour obtenir le consentement du peuple sahraoui ? », a demandé Kathleen Van Brempt (S&D, Belgique).

Truc d'étiquetage : dissimuler le Sahara Occidental derrière des régions marocaines

Dans le cadre du nouvel accord, les produits du Sahara Occidental bénéficieront des mêmes préférences tarifaires que les produits marocains et seront identifiés par leur « région de production ». Maria Isabel García Catalán, fonctionnaire de la Commission, a déclaré qu'une référence à « deux régions, Dakhla et Laâyoune » figurerait sur toutes les « preuves d'origine, certificats d'origine, déclarations sur facture et sur l'étiquetage », confirmant ainsi que les certificats et étiquettes utiliseront uniquement les noms régionaux administratifs imposés par le Maroc – Laâyoune-Sakia el Hamra et Dakhla-Oued Eddahab – sans aucune référence au « Sahara Occidental ».

Les députés ont averti que cette approche contredit la conclusion de la Cour selon laquelle le territoire est « séparé et distinct » du Maroc et induit les consommateurs européens en erreur.

« Est-ce qu'on y trouvera la mention « Sahara Occidental ? Oui ou non ? » a demandé Vicent Marzà Ibáñez (Verts/ALE, Espagne). « Les consommateurs méritent de savoir d'où viennent les produits qu'ils achètent. »

L'audition n'a pas abordé les incohérences pratiques de ce système. La région administrative marocaine « Laâyoune-Sakia el Hamra » s'étend en partie au Maroc même, tandis que d'autres parties du Sahara Occidental occupé sont administrativement regroupées dans la région Guelmim-Oued Noun – des zones qui, selon la logique de la Commission, seraient traitées comme territoire marocain.

Consentement présumé et logique discutable des « avantages »

Plusieurs députés ont condamné la Commission pour avoir une fois de plus exclu le peuple sahraoui, dont le consentement a été jugé essentiel à plusieurs reprises par la Cour de justice.

Florian Ermacora, DG MENA, a déclaré que le consentement pouvait être « présumé » car l'accord pourrait apporter des « avantages » aux Sahraouis. Il a ajouté que les conditions fixées par la Cour pour un consentement présumé sont respectées parce que « l'Union européenne s'engage à soutenir la région du Sahara Occidental, en finançant des projets dans des secteurs clés tels que l'eau, l'énergie et d'autres ». Ermacora a ajouté que, dans le cadre de cette déclaration, l'UE s'engage également à « poursuivre l'aide humanitaire aux Sahraouis encore présents dans les camps de Tindouf » et à « soutenir des programmes adéquats dans des secteurs tels que l'éducation, les compétences et la culture, destinés aux populations du Sahara Occidental qui ne se trouvent ni au Sahara Occidental ni à Tindouf ».

Ermacora a ajouté que la Commission avait « une vision très claire » pour surveiller la manière dont les avantages parviennent aux Sahraouis, mais n'a pas expliqué comment cela fonctionnerait au-delà de vagues références à la « quantification des ressources » par le biais d'un « mécanisme de contrôle régulier ».

La question de savoir si la Commission a sollicité le consentement du peuple sahraoui, si celui-ci a été invité au processus de négociation ou à participer au « mécanisme de contrôle régulier », est restée sans réponse.

Saskia Bricmont (Verts/ALE, Belgique) a soulevé une question importante à ce propos : « Comment garantir que les investissements de l’UE ne profitent pas aux entreprises colonisatrices, car cela pourrait être le cas ? », a-t-elle demandé. La question a été ignorée.

C’est pourtant précisément le risque de l’accord : canaliser les fonds européens vers des projets d’infrastructures et d’énergies renouvelables au Sahara Occidental pour lesquels le Maroc sollicite depuis longtemps le soutien de l’UE, sous couvert de « profiter aux Sahraouis ».

Dans ce nouveau cadre, les fonds européens financeront des projets d’énergie, de dessalement et d’irrigation au Sahara Occidental – des secteurs sous le contrôle strict du gouvernement marocain, voire de la monarchie. Ce que les eurodéputés – y compris ceux qui défendent les droits des agriculteurs européens – n’ont apparemment pas encore saisi, c’est la manière dont ces projets pourraient intensifier la concurrence avec des agriculteurs européens déjà confrontés à la pression du marché. Le Maroc investit actuellement massivement dans le dessalement éolien pour dynamiser son agro-industrie, notamment au Sahara Occidental occupé. Ces derniers mois, deux gigantesques usines de dessalement ont été annoncées au Maroc même, alimentées par des centrales d'énergie renouvelable au Sahara Occidental occupé. Un projet similaire est sur le point d'être opérationnel à Dakhla, au Sahara Occidental occupé, qui permettra de multiplier par six la surface de terres agricoles destinées à l'exportation vers l'UE.

La CJUE a annulé l'accord précédent en octobre 2024, réaffirmant que le Sahara Occidental est « séparé et distinct » du Maroc et que le consentement libre et véritable du peuple sahraoui est indispensable. La Cour n'a autorisé qu'un « consentement présumé » limité lorsqu'un accord n'impose aucune obligation et procure au peuple sahraoui – et pas seulement de la population vivant dans la partie du territoire occupée par le Maroc -, un « avantage spécifique, tangible, substantiel et vérifiable » proportionnel au degré d'exploitation du territoire. Une chronologie des affaires portées devant les tribunaux de l'UE au cours de la dernière décennie est disponible ici.

« Loin de répondre aux objections de la Cour, la proposition de la Commission semble ignorer les fondements mêmes du raisonnement de la CJUE », déclare Sara Eyckmans de Western Sahara Resource Watch. « En traitant le Sahara Occidental comme une extension du Maroc et en adoptant les divisions administratives marocaines, elle méconnaît la conclusion pourtant claire de la Cour selon laquelle le territoire est séparé et distinct du Maroc. Le consentement présumé ne saurait non plus excuser le mépris total du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, ni justifier son exclusion des décisions qui concernent directement ses terres et ses ressources. Ce faisant, la Commission non seulement répète les erreurs juridiques condamnées dans des arrêts successifs, mais porte également atteinte à la crédibilité de l'UE en tant que défenseur du droit international. »

Une transcription intégrale, réalisée par WSRW  et traduite par SOLIDMAR, de l'échange de vues avec la Commission européenne sur le nouvel accord commercial UE-Maroc couvrant les importations en provenance du Sahara Occidental, au sein de la commission INTA du 6 octobre 2025, est disponible ici en anglais)

mercredi 8 octobre 2025

Déluge d’Al-Aqsa : deux ans de résistance et d’affrontements légendaires

Les communiqués de l’Axe de la Résistance à l’occasion du second anniversaire de l’opération Déluge d’Al-Aqsa, lancée le 7 octobre par le Hamas, et à laquelle se sont jointes toutes les factions de la Résistance palestinienne.

  • Communiqué du Hamas
  • Communiqué du Jihad islamique palestinien
  • Communiqué conjoint des factions de la Résistance palestinienne
  • Communiqué du Hezbollah

Source : RNN

Traduction : lecridespeuples.substack.com

Lire ici



mardi 7 octobre 2025

Le peuple sans carte : diaspora, conscience et reconnaissance palestinienne

Deux ans après le déclenchement du génocide à Gaza, l’État s’efface, mais le peuple demeure. Partout dans le monde, la diaspora palestinienne incarne une conscience qui refuse l’effacement.

François Vadrot, 7/10/2025 

Silhouette de Gaza, vide au cœur d’un ciel saturé d’étoiles. Autour du noir, la lumière : celle des vivants dispersés.

Le 7 octobre 2023, ce qui fut d’abord présenté comme une nouvelle « guerre » entre Israël et le Hamas marquait en réalité l’un des épisodes les plus violents d’un processus engagé depuis 1947 : celui de la destruction progressive du peuple palestinien. Deux ans plus tard, la fiction militaire s’est dissipée. Ce n’était pas une guerre, mais un anéantissement.

Et pourtant, au-delà des ruines, la Palestine demeure à travers sa diaspora : un peuple sans carte, mais non sans mémoire. C’est cette reconnaissance, celle du Peuple palestinien au même rang que le Peuple juif, qui dessine désormais la ligne de fracture morale du siècle.

Gaza, la destruction et le retour du réel

Deux ans après le 7 octobre 2023, la réalité ne peut plus être contournée : Gaza n’a pas connu une guerre, mais un génocide. Le rapport de la Commission internationale d’enquête indépendante des Nations unies, publié le 16 septembre 2025, conclut formellement qu’Israël a commis et continue de commettre des actes constitutifs de génocide au sens de la Convention de 1948. Les experts y documentent, preuves à l’appui, les quatre critères légaux : « tuer les membres du groupe, infliger des atteintes graves physiques ou mentales, infliger des conditions de vie destinées à entraîner sa destruction, empêcher les naissances », avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, le peuple palestinien de Gaza.

Le rapport balaie la fiction d’une « guerre » : il ne s’agit pas d’« opérations disproportionnées », mais d’une entreprise de destruction systématique. La population civile fut la cible : bombardements sur les zones d’évacuation, exécutions dans les abris, hôpitaux et écoles rasés, infrastructures hydrauliques et électriques anéanties, usage de la faim comme arme (blocus du lait pour nourrissons, coupures de carburant et d’eau). Le document détaille aussi le ciblage d’enfants (« y compris des tout-petits, atteints à la tête et à la poitrine »), la destruction du seul centre de fécondation in vitro et l’usage répété de la violence sexuelle comme instrument de domination. Même les symboles de continuité, mosquées, églises, cimetières, universités, ont été délibérément pulvérisés.

Les chiffres dépassent tout ce que le langage peut contenir : plus de 50 000 morts, dont 83 % de civils, 200 000 logements détruits, un million et demi de personnes déplacées dans une enclave rendue inhabitable. Un expert militaire cité par l’ONU note qu’Israël « a largué en une semaine plus de bombes que les États-Unis en une année en Afghanistan ». Le rapport conclut : « Il n’y avait aucune nécessité militaire pour justifier ce schéma de conduite. Le peuple de Gaza, dans son ensemble, était la cible. »

Ce n’est donc pas seulement la mort, mais la condition de vie elle-même qui a été détruite. Ce qui s’effondre sous les ruines n’est pas une entité politique : c’est la possibilité d’habiter le monde.

Mais c’est justement dans cette négation absolue qu’apparaît la trace d’une survie : là où la terre est détruite, la mémoire s’étend.

Une diaspora mondiale, miroir de l’effacement

Depuis la Nakba de 1948, la Palestine se disperse et se recompose dans l’exil. Sur près de quinze millions de Palestiniens, plus de la moitié vivent hors de la terre d’origine. Six millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’UNRWA : un peuple déraciné dont la condition d’exilé est devenue héréditaire.

lundi 6 octobre 2025

Maroc : la génération Z redessine l’héritage des printemps arabes

Les manifestations se poursuivent au Maroc. Partie d’Agadir, après la mort de plusieurs femmes enceintes dans un hôpital, la colère s’est rapidement étendue à tout le pays. Ce mouvement marque-t-il le retour d’un souffle contestataire hérité du “Mouvement du 20 février” et des printemps arabes ?

Entretien avec   Nadia Hachimi Alaoui, professeure en science politique à l’Université Internationale de Rabat


Un jeune Marocain du collectif GenZ 212 brandit un drapeau du Maroc lors d'une manifestation, à Rabat, le 3 octobre 2025. Photo Abdelmajid BZIOUAT/AFP


samedi 4 octobre 2025

Le boomerang “Netflix” : l’empire de vapeur sème la révolte

De Netflix à Discord, puis à l’intelligence artificielle, les outils conçus pour divertir et connecter sont devenus les vecteurs d’une conscience collective mondiale.

François Vadrot, 4/10/2025

« Qui sème le vent récolte la tempête. » Les symboles de la culture mondiale, drapeaux pirates, masques, écrans, logos de TikTok et de Discord, flux de lumière et de code, reviennent frapper l’empire qui les a créés. Écho visuel du boomerang “Netflix” : le vent des images devenu tempête d’imaginaires.


Le boomerang "Netflix" : l’empire de vapeur sème la révolte par François Vadrot

De Netflix à Discord, puis à l’intelligence artificielle, les outils conçus pour divertir et connecter sont devenus les vecteurs d’une conscience collective mondiale.

Lire sur Substack

Voir aussi sur le même sujet Entraîner ou inférer : l’intelligence artificielle révèle deux mondes, publié le 3 octobre 2025. Cet article décrivait la fracture technique entre l’entraînement américain et l’inférence chinoise ; celui-ci en montre la résonance symbolique et politique, lorsque la matière de la machine devient langage commun.


vendredi 3 octobre 2025

LE MONDE
Au Maroc, le cri d’alarme de la génération Z

Éditorial, Le Monde, 3/10/2025
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Les autorités du royaume chérifien, tout absorbées par des chantiers de prestige, lancés pour la Coupe d’Afrique des nations de football et de la Coupe du monde de 2030, ont été prises de court par la révolte d’une jeunesse mobilisée contre les injustices sociales.

La colère sociale gronde au Maroc. Le royaume chérifien est le théâtre depuis le 27 septembre de rassemblements quotidiens de jeunes protestataires − parfois mineurs − réclamant de meilleurs services d’éducation et de santé. Dans la nuit de mercredi 1er à jeudi 2 octobre, des débordements violents à proximité d’Agadir, dans le sud du pays, ont causé la mort de trois manifestants.

Face à une fièvre contestataire comme le Maroc n’en avait pas connu depuis la révolte du Rif (Nord) en 2016-2017, le gouvernement paraît pris de court. Le premier ministre, Aziz Akhannouch, s’est dit prêt jeudi à « dialoguer » afin de « répondre aux revendications sociales » des jeunes. Il est toutefois douteux que ces derniers se contentent de promesses creuses.

Le mouvement est né d’une indignation générale face à la mort de huit femmes à la mi-septembre dans un hôpital d’Agadir après des accouchements par césarienne, tragique illustration d’un secteur de la santé à l’abandon. Une dizaine de jours plus tard, la mobilisation se structurait sur le réseau social Discord sous la bannière d’un collectif GenZ 212.

Ce dernier se présente comme une déclinaison locale (212 est l’indicatif téléphonique du Maroc) d’une génération Z − née entre 1997 et 2012 − qui a déjà fait vaciller le pouvoir au Sri Lanka, au Bangladesh et au Népal, et enfiévré plus récemment Madagascar. Connexion numérique, aspiration à la dignité et rejet de la vieille politique : la jeunesse marocaine se met au diapason d’un soulèvement transnational.

A la différence de leurs camarades de génération, les jeunes Marocains se gardent toutefois bien de franchir une ligne rouge : la sacralité de l’institution royale. Si nombre d’entre eux réclament la démission du chef de gouvernement Akhannouch, homme d’affaires richissime et symbole d’une oligarchie conquérante, nul n’appelle à la fin d’une monarchie multiséculaire à laquelle la population demeure attachée malgré l’acuité des doléances sociales.

Le coup est rude

L’agitation actuelle ne résonne pas moins comme une alarme inquiétante dont le Palais devra prendre toute la mesure, car elle sanctionne l’échec de politiques publiques pourtant maintes fois proclamées dans les discours officiels, notamment le fameux chantier de l’« initiative nationale pour le développement humain » remontant à 2005. Les bonnes intentions n’ont pas résisté à un modèle économique − le capitalisme de rente et de connivence − générant factures sociales et déséquilibres régionaux au profit d’une minorité de superprivilégiés.


Lors d’une manifestation pour une réforme des systèmes de santé et d’éducation, à Casablanca (Maroc), le 2 octobre 2025. STR/AP

Déjà électrique, le climat social n’a cessé de se tendre, à mesure que les prestigieux projets lancés dans la perspective de la Coupe d’Afrique des nations de football, qui s’ouvre fin décembre, et de la Coupe du monde de 2030 − que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal − détournaient les financements des priorités sanitaires et éducatives. Le régime espérait désamorcer le ressentiment populaire dans le patriotisme sportif : il s’est trompé. « Des écoles et des hôpitaux, plutôt que des stades ! », clame en substance la jeunesse soulevée.

La GenZ 212 braque une lumière crue sur l’envers de la vitrine scintillante d’un Maroc « émergent ». Le coup est rude pour l’image que le royaume aime à projeter de lui-même à l’étranger. Confronté à la revanche du réel, il lui faudra plus que d’habiles expédients pour apaiser la tension ambiante : le courage de s’attaquer à un double monopole − politique et économique − qui exhibe sans fard ses travers.

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CATHERINE DUTHU
Drapeau pirate de “One Piece”, salut à trois doigts de “Hunger Games”: emblèmes de pop culture, symboles de révolte
Entretien avec David Peyron

jeudi 2 octobre 2025

Madagascar : une révolte logique

 

Le peuple malagasy se révolte contre la misère et la corruption soutenues par le néocolonialisme. Les étudiants ont lancé le mouvement GÉNÉRATION Z MADAGASIKARA. Il s'étend à tout le pays. Le régime répond par la violence et fait tirer sur les foules pacifiques : plus de 20 morts et 100 blessés depuis le 25 septembre.
Le gouvernement est tombé.
Le mouvement s'étend à tout le pays.
Le pouvoir prévoit un acte genre guerre civile samedi avec des milliers de voyous payés pour affronter les manifestants pacifiques.

MADAGASIKARA
Lien vers la page officielle des jeunes de la Génération Z. Pour être informés et pas désinformés.



Madagascar : le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme choqué par la réponse violente aux manifestations contre les coupures d’électricité et d’eau

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit choqué lundi par la réponse violente des forces de sécurité aux manifestations en cours à Madagascar. Au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine d’autres ont été blessées.

Parmi les victimes figurent des manifestants et des passants tués par des membres des forces de sécurité, mais aussi d’autres tués lors des violences et des pillages généralisés qui ont suivi, perpétrés par des individus et des gangs sans lien avec les manifestants.

« Je suis choqué et attristé par les pertes en vies humaines et les atteintes aux personnes au cours des manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité à Madagascar », a déclaré M. Türk dans un communiqué de presse. « J’exhorte les autorités à garantir le respect des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, conformément à leurs obligations en vertu du droit international relatifs aux droits humains ».

Utilisation de balles réelles

Les manifestations pacifiques ont commencé dans la capitale Antananarivo le 25 septembre, mais les forces de sécurité sont intervenues avec une force non-nécessaire, lançant des gaz lacrymogènes, et frappant et arrêtant des manifestants. Certains officiers ont également utilisé des balles réelles, a noté le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) dans un communiqué de presse.

D’autres manifestations ont rapidement éclaté dans huit autres grandes villes du pays.

« J’exhorte les forces de sécurité à s’abstenir de recourir à une force non-nécessaire et disproportionnée et à libérer immédiatement tous les manifestants arrêtés arbitrairement. Le droit international relatif aux droits humains est particulièrement strict quant à l’usage des armes à feu ; elles ne peuvent être utilisées par les agents des forces de l’ordre que lorsque cela est strictement nécessaire pour protéger des vies ou prévenir des blessures graves résultant d’une menace imminente », a dit le chef des droits de l’homme.

Il a également exhorté les autorités malgaches à mener des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et transparentes sur les violences et à traduire en justice les personnes reconnues coupables.

Source

Révolution 

Document pour penser la Révolution à Madagascar

     Révolution, cela veut dire avoir le sens du moment historique;

cela veut dire changer tout ce qui doit être changé; cela veut dire l’égalité et la liberté pleines;

cela veut dire être traité soi-même et traiter autrui comme un être humain;

cela veut dire nous libérer par nous-mêmes et par nos propres efforts;

cela veut dire défier de puissantes forces dominantes dans l’arène sociale et nationale et au-dehors;

cela veut dire défendre des valeurs auxquelles on croit au prix de n’importe quel sacrifice;

cela veut dire modestie, désintéressement, altruisme, solidarité et héroïsme;

cela veut dire lutter avec audace, intelligence et réalisme;

cela veut dire ne jamais mentir, ne jamais violer des principes moraux;

cela veut dire conviction profonde qu’il n’existe pas de force au monde capable d’écraser la force de la vérité et des idées.

Révolution, cela veut dire unité, cela veut dire indépendance, cela veut dire lutter pour nos rêves de justice

 

En l’an 2000, le président de la République de Cuba, Fidel Castro Ruz, 
a résumé ce que devait être, selon lui, la Révolution.

mercredi 1 octobre 2025

Plan de paix pour Gaza : entre le bâton et la carotte empoisonnée

 Víctor de Currea-Lugo, 1/10/2025
Traduit par Tlaxcala

Víctor de Currea-Lugo (Bogotá, 1967) est médecin, enseignant, journaliste, écrivain et photographe. Il est actuellement (2025) conseiller pour les affaires du Moyen-Orient auprès du président colombien Gustavo Petro. https://victordecurrealugo.com        


Le plan de paix [lire ici] que proposent Israël et les USA pour Gaza n’est pas seulement un piège, il répète aussi les erreurs du passé, qui n’ont précisément pas conduit à la paix.

    1. La résistance est réduite au terrorisme et le terrorisme est réduit à ce que fait le Hamas ; il n’y a aucune mention du terrorisme d’Israël. Dans ce contexte, il n’y a ni génocide, ni occupation.
    2. Les limites du retrait des troupes israéliennes ne sont pas claires et, si l’on tient compte des déclarations de Netanyahou après le lancement de la proposition, un tel retrait n’aura pas lieu.
    3. Il n’est pas fait mention des plus de 10 000 Palestiniens détenus illégalement. Et, comme dans d’autres propositions antérieures, on impose d’abord des devoirs à l’occupé plutôt qu’à l’occupant.
    4. Israël libérerait moins de 15 % des personnes qu’il a détenues depuis octobre 2023. La formulation reconnaît qu’il détient des mineurs.
    5. Il propose la reddition du Hamas. En d’autres termes, il tente de gagner à la table ce qu’il n’a pas réussi sur le champ de bataille. Israël a échoué militairement.
    6. Il subordonne la fourniture d’aide humanitaire à la reddition du Hamas. L’humanitaire est, par définition, inconditionnel. Soutenir cela revient à soutenir l’usage de la faim comme stratégie de guerre.
    7. L’autodétermination des Gazaouis n’est même pas insinuée. La proposition d’un « gouvernement apolitique » est une contradiction dans les termes. De plus, un gouvernement dirigé par Trump et Tony Blair n’est pas une garantie. Le projet soumet l’Autorité palestinienne (AP) à une réforme imposée de l’extérieur qui vise à « attirer des investisseurs ». Lisez : annexer le néolibéralisme au génocide.
    8. On dit que personne ne sera forcé à partir, ni interdit de revenir. Les réfugiés de 1948 attendent encore qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU et les laisse revenir. La constante d’Israël est la déportation.
    9. Le Hamas est plus qu’une simple milice ; l’exclure de l’avenir de Gaza est à la fois naïf et pervers. C’est ne pas reconnaître ce qu’est le Hamas. On projette également une Gaza démilitarisée, ce qui est incompatible avec l’idée d’un État palestinien souverain.
    10. Le danger régional présenté dans la proposition est le Hamas, alors qu’il n’a bombardé ni le Liban, ni le Yémen, ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran, ni le Qatar.
    11. Le retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza répète la formule échouée des Accords d’Oslo. Quelle marge y a-t-il pour croire Israël ? De plus, on réduit Gaza et on exclut la Cisjordanie et Jérusalem-Est de la discussion.
    12. Si le Hamas n’accepte pas, alors l’armée israélienne délègue ses tâches aux forces internationales de stabilisation. Autrement dit, il est certain que l’agenda politique de cette force proposée suivra l’agenda israélien.
    13. On parle de la paix comme d’une abstraction, de préférence sans mentionner Jérusalem, le mur ni les colonies. Mais on appelle cela un “plan de paix”.
Dessin de Piet, France

Plan de paix, au-delà d’une liste de courses

Le plan, dans son ensemble, comporte plusieurs erreurs de fond :

    • Il maintient une lecture selon laquelle Gaza est une chose et la Cisjordanie en est une autre ; par conséquent, toute allusion à l’unité palestinienne ou à son autodétermination est une déclaration vide.
    • Ce projet démasque complètement la tendance croissante à reconnaître l’État de Palestine et montre que cette reconnaissance était vide de contenu. Tous les pays qui, à la dernière minute, voulaient reconnaître la Palestine, se plient désormais à un plan qui ne reconnaît pas la Palestine.
    • La reconnaissance de l’État palestinien n’est pas perçue comme un droit légitime d’un peuple occupé mais comme une carte de négociation sur la table : soit c’est un mensonge soit ça se retire selon les convenances politiques.
    • Rappelons qu’en 1982, la communauté internationale a offert, par le biais de l’ONU, aux milices palestiniennes de quitter les camps de réfugiés de Beyrouth, en s’engageant à respecter la vie des civils. Et quelques semaines plus tard, il y eut le génocide de Sabra et Chatila. Demande-t-on encore aux Palestiniens de croire que la communauté internationale va les protéger ?
    • Confier le gouvernement de Gaza à un représentant des élites anglaises actuelles (descendantes de celles qui ont soutenu la création de l’État d’Israël) et au président des USA qui soutient un génocide est tout simplement indéfendable. L’opinion des Palestiniens en général et des Gazaouis en particulier ne compte pas.
    • Les accords d’Oslo ont beaucoup enseigné sur ce qu’il ne faut pas faire : confondre les minima de départ avec le point d’arrivée, signer pour ne pas appliquer, mettre les devoirs de la victime avant ceux du bourreau, croire en la communauté internationale comme sauvegarde et négocier en laissant de côté tout ce qui relève du droit international. Ainsi, l’échec semble garanti.

P.S. : Les opinions exprimées dans cet article sont exclusivement celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de l’institution pour laquelle il travaille. L’auteur est le conseiller pour les affaires du Moyen-Orient du président colombien.