mercredi 21 janvier 2026

Un « Conseil de paix » sans droit ni légitimité : le Maroc au service d’une paix factice

 

Victoria G. Corera, NO TE OLVIDES DEL SÁHARA OCCIDENTAL 20/1/2026

Original:  Un «Consejo de paz» sin derecho ni legitimidad: Marruecos y la instrumentalización de la diplomacia 

La diplomatie marocaine a annoncé avec emphase l’acceptation par Mohammed VI de l’invitation de Donald Trump à devenir « membre fondateur » d’un prétendu Conseil de paix. Derrière le vocabulaire consensuel et les références rituelles à la stabilité internationale, se dessine une opération politique sans fondement juridique, révélatrice d’un alignement stratégique assumé et d’un mépris persistant pour le droit international.



Le communiqué officiel présente cette initiative comme une organisation internationale vouée à la résolution des conflits. En réalité, il s’agit d’un mécanisme unilatéral, conçu hors de tout cadre multilatéral reconnu, sans mandat de l’ONU ni légitimité collective. Le principe même d’une participation sur invitation exclusive du président des États-Unis en dit long : ce « Conseil » n’est pas un espace de paix, mais un outil de pouvoir, pensé pour contourner les institutions internationales existantes lorsqu’elles deviennent contraignantes.

L’adhésion enthousiaste du Maroc à ce projet n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une logique d’alignement politique avec Washington, déjà illustrée par la normalisation avec Israël et l’adhésion aux Accords d’Abraham. Sous couvert de coopération et de pragmatisme, Rabat valide une approche où la paix se réduit à des arrangements sécuritaires et à une gestion technocratique des crises, au détriment des droits des peuples concernés.

La prétention à présenter Mohammed VI comme un « acteur de paix incontournable » relève de l’inversion du réel. Le communiqué ne dit mot sur une donnée centrale : le Maroc est une puissance occupante au Sahara occidental, territoire non autonome inscrit sur la liste de l’ONU depuis 1963. Dans les territoires occupés, la répression, les entraves aux libertés fondamentales et le pillage des ressources naturelles sont documentés de longue date. Aucun discours sur la paix ne peut être crédible tant que Rabat refuse le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

La référence finale à la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 apparaît dès lors comme une formule creuse. Cette déclaration de principe, répétée sans effet concret, est en totale contradiction avec l’alignement marocain sur une stratégie américaine qui a systématiquement marginalisé la question palestinienne et vidé le droit international de sa substance. Là encore, le décalage entre les mots et les actes est flagrant.

Ce Conseil de paix n’est ni une avancée diplomatique ni une réponse crédible aux conflits actuels. Il constitue un instrument de communication et de repositionnement géopolitique, destiné à offrir une respectabilité internationale à des politiques qui violent ouvertement le droit. En y participant, le Maroc ne se place pas du côté de la paix, mais de la normalisation de l’injustice.

Tant que l’occupation du Sahara occidental perdurera, et tant que le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui sera nié, aucune posture pacifique ne pourra masquer la réalité. La paix ne se décrète pas dans des communiqués ; elle se construit sur le respect du droit international. Et c’est précisément ce que ce « Conseil » — et ceux qui s’en réclament — s’emploient à contourner.

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